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Tambours de guerre par Serge Brussolo

Fiche de Tambours de guerre

Titre : Tambours de guerre
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2015
Editeur : Editions du Masque

Première page de Tambours de guerre

« Naomi rêve souvent du feu…

Dans la première partie du cauchemar, si elle ne le voit pas encore, elle flaire néanmoins son odeur âcre. Cette puanteur si particulière de peinture et de vernis brûlés. Elle se voit, au bout de la rue encombrée de camions et de taxis coincés par la barrière de sécurité des pompiers.

Elle voit les combattants du feu du NYFD, avec leur casque énorme, leur veste jaune. Ils portent un masque respiratoire à cause des émanations toxiques.

La nuit d’hiver pèse sur la ville ; dans une semaine ce sera Noël. Des poupées gonflables à l’effigie de Santa Claus trônent aux carrefours ou se balancent, pendues aux balcons. Naomi n’a jamais aimé ce personnage de légende. Petite, déjà, il lui faisait peur, avec sa barbe, sa face rubiconde. Elle lui trouvait une trogne de violeur et de pillard viking. C’est idiot, elle en a conscience, mais elle n’y peut rien.

Elle sait déjà que, désormais, le barbu en houppelande couleur sang restera associé à l’incendie, comme si… Comme s’il s’en réjouissait, ou pire : comme s’il en était l’auteur. Elle imagine sa hotte remplie de bidons d’essence et d’allumettes. »

Extrait de : S. Brussolo. « Tambours de guerre. »

Le visiteur sans visage par Serge Brussolo

Fiche de Le visiteur sans visage

Titre : Le visiteur sans visage
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1994
Editeur : Editions du Masque

Première page de Le visiteur sans visage

« Ne vous approchez pas du labyrinthe végétal ! lança tout de suite Annette de sa curieuse voix sifflante. C’est une vraie saloperie ce truc, personne ne sait plus comment en sortir. Même à l’agence immobilière, ils en ont perdu le plan.

Activant les roues de son fauteuil de paralytique, elle se déplaça jusqu’à la tache noire de l’entrée découpée dans la haie.

— Là, vous voyez, murmura-t-elle en désignant un fragment de stèle fiché dans le gazon à la manière d’une pierre tombale. C’était le plan du circuit vu d’en haut, il était gravé en creux, il suffisait de le recopier par frottis, avec un papier et un crayon… mais quelqu’un l’a cassé. Maintenant, pour se déplacer dans cet embrouillamini, il faudrait être Einstein… »

Extrait de : S. Brussolo. « Le visiteur sans visage. »

La route de Santa Anna par Serge Brussolo

Fiche de La route de Santa Anna

Titre : La route de Santa Anna
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2014
Editeur : Editions du Masque

Première page de La route de Santa Anna

« C’est quelque part dans le désert du Nevada, loin des routes habituellement patrouillées par les Rangers. Une de ces zones qui, parfois, sont le théâtre de fêtes clandestines. Autant dire que c’est nulle part, ou presque. Une tache blanche sur la carte.
Le désert a toujours abrité d’étranges rituels auxquels les fidèles, conviés par un efficace bouche à oreille, se pressent en secret. Les esprits forts ont décidé qu’il s’agissait là de légendes urbaines ; ils se trompent lourdement ; mais faire croire qu’il n’existe pas n’est-elle pas la suprême ruse du Diable ?
Markh serre le volant poisseux de toutes ses forces. Le va-et-vient des voitures au centre de l’arène soulève tant de poussière qu’il ne distingue plus les gradins où s’entassent les spectateurs hurlants. Il conduit au sein d’un brouillard jaune, au hasard, sachant qu’une collision peut se produire à tout moment.
Le public du premier rang le bombarde de boulons qu’il sème à grosses poignées, visant les pare-brise des véhicules. »

Extrait de : S. Brussolo. « La Route de Santa Anna. »

La porte d’ivoire par Serge Brussolo

Fiche de La porte d’ivoire

Titre : La porte d’ivoire
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2018
Editeur : Editions du Masque

Première page de La porte d’ivoire

« Cette nuit-là, l’éléphant passa la tête par la fenêtre du bungalow et, de sa trompe poisseuse, vint chatouiller Tracy Morgan pour la réveiller. La jeune femme sursauta et s’assit, de la morve plein la figure.
« Je suis venu te dire que je vais tous vous tuer, dit l’éléphant. Les hommes, les femmes, les enfants, tous.
— Pourquoi ? protesta Tracy avec la voix geignarde de la fillette qu’elle était vingt-cinq ans plus tôt.
— Parce que j’ai mal à la tête, grogna le pachyderme. Que ça me fait chier comme pas possible. Et aussi parce que tes semblables ont massacré beaucoup de mes frères. Donc, je vais venir vous tuer, toi, ton mâle et tes complices. Demain, ou plus tard, je ne sais pas encore. J’y réfléchirai quand j’aurai moins la migraine. Enfin voilà, c’est tout ce que je voulais te dire. Tu peux te rendormir.
— Je ne te laisserai pas faire ! » lança Tracy.
L’éléphant ricana comme seuls les éléphants savent le faire, et rétorqua :
« C’est ce que tu crois. Les hommes s’imaginent toujours plus forts que les animaux, ils se trompent. »

Extrait de : S. Brussolo. « La porte d’ivoire. »

Cheval rouge par Serge Brussolo

Fiche de Cheval rouge

Titre : Cheval rouge
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2017
Editeur : Editions du Masque

Première page de Cheval rouge

« Sozzo a horriblement mal au cul. Après trois heures de chevauchée, il a l’impression que les couilles lui rentrent dans le corps, et ce, jusqu’à la hauteur du nombril. C’est très désagréable. Malgré tout, il s’évertue à n’en rien laisser paraître car il sait l’œil du gringo fixé sur lui, tel le point de mire laser d’un fusil de sniper.

Sozzo a peur du gringo. Il est même carrément terrifié par ce géant aux cheveux gris, coincé entre les accoudoirs d’un fauteuil de paralytique. Certes, le fauteuil a l’air sorti d’une série de science-fiction. Un machin chromé aux roues bizarres, électrifié, motorisé, et dont le moindre mouvement est régi par un ordinateur capable de détecter les obstacles, les fossés, les précipices, de sorte que celui qui s’y trouve assis pourrait tomber dans les pommes sans avoir à craindre de basculer du haut d’une falaise.

Le gringo est riche, très riche. Il en impose avec son torse musculeux, ses bras à la Popeye aussi épais que des jambons de Virginie. Rien à voir avec l’image qu’on se fait d’ordinaire d’un infirme. »

Extrait de : S. Brussolo. « Cheval rouge. »

Armés et dangereux par Serge Brussolo

Fiche de Armés et dangereux

Titre : Armés et dangereux
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1993
Editeur : Editions du Masque

Première page de Armés et dangereux

« Le chien gris sortit du bungalow. C’était une vieille bête au museau blanchi par l’âge, et qui boitait bas. On aurait vainement essayé de déterminer sa race. Jadis il avait été un fier chien de garde toujours en éveil, prompt à détecter les intrus et à montrer les crocs, aujourd’hui ce n’était plus qu’une outre sur pattes. Une outre de cuir mangée par la pelade, et qui sentait mauvais. Il fit quelques pas hésitants sur la pelouse en friche, devant la haute maison dont le fronton de pierre disparaissait sous le chanvre des lianes et les ramifications des plantes grimpantes. Tout autour de la bâtisse, le jardin s’était peu à peu changé en une jungle épaisse avalant balustrades et statues.

L’animal gémit. Chaque fois qu’il regardait la résidence en ruines, la peur le saisissait. Une peur qui lui dressait le poil sur l’échine. Cinquante ans auparavant, la maison était lentement sortie de terre, majestueuse. Ç’avait été un monument de blancheur dans l’écran végétal de cette oasis plantée à la lisière du désert Mojave. Une maison à colonnades et fronton, à la manière des demeures du Vieux Sud, presque un petit château. »

Extrait de : S. Brussolo. « Armés et dangereux. »

A l’image du dragon par Serge Brussolo

Fiche de A l’image du dragon

Titre : A l’image du dragon
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1982
Editeur : Editions du Masque

Première page de A l’image du dragon

« – Tout ce qui est conçu à l’image du dragon est mauvais, dit le prêtre. La seule lueur que vous pourrez entr’apercevoir dans les pupilles de la bête est celle du mal. Pour cette raison vous ne devez avoir qu’un seul but : tuer, encore tuer. Toujours tuer.

Ils étaient dix. Dix jeunes hommes en armure noire agenouillés dans le sable brûlant du désert. Nath n’avait pas besoin de tourner la tête pour les compter. Il en connaissait parfaitement le nombre puisqu’il était l’un d’eux. Comme ses compagnons, il tenait le bouclier rond sur son ventre, comme eux il sentait la morsure du soleil sur le couvre-nuque du casque à large visière, où seule une mince fente laissait filtrer le regard.

L’armure était noire. Le sable beige, décoloré par tant de lumière et d’éblouissement. Le paysage de dunes et de rocailles avait blanchi sous les feux du jour, telle une étoffe oubliée sur un fil, et que cuit et recuit la brûlure de midi.

Devant eux le monde perdait ses lignes pour s’évaporer dans l’intense luminosité du matin. Le soleil gommait les contours jusqu’à les dissoudre dans le néant. »

Extrait de : S. Brussolo. « A l’image du dragon. »

Le grand serpent par Serge Brussolo

Fiche de Le grand serpent

Titre : Le grand serpent (Tome 3 sur 4 – Sigrid et les mondes perdus)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2002
Editeur : Editions du Masque

Première page de Le grand serpent

« À bord du bateau tout le monde mourait de faim, Sigrid plus que les autres, peut-être en raison de son jeune âge. À vingt ans, elle était capable d’engloutir des tonnes de riz et de poisson séché sans prendre une once de graisse. Mais les occasions de faire bombance devenaient rares ces temps derniers.

Assis sur le bastingage, les matelots laissaient traîner des lignes, appâtées avec des morceaux de chiffon frottés de graisse à canon, sans jamais rien attraper. Il n’y avait pas de poisson, pas dans ces eaux du moins, car la présence du dragon les avait fait fuir depuis longtemps.

Au début, quand les vivres avaient commencé à manquer, on avait essayé de piéger les cormorans volant dans le sillage du navire. Le stratagème avait fonctionné deux ou trois fois, puis les oiseaux avaient éventé la ruse. Désormais, ils ne commettaient plus l’erreur de se poser sur le pont. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le Grand Serpent – Sigrid et les mondes perdus. »

La fiancée du crapaud par Serge Brussolo

Fiche de La fiancée du crapaud

Titre : La fiancée du crapaud (Tome 2 sur 4 – Sigrid et les mondes perdus)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2002
Editeur : Editions du Masque

Première page de La fiancée du crapaud

« — Les monstres apparaissent au sommet de ce mur, grinça Malvina Goodson en désignant la paroi de parpaings qui séparait son jardin de celui du voisin. Tous les matins, ils terrorisent mon fils, Kévin. La fenêtre de sa chambre donne de ce côté, et c’est la première chose qu’il voit en ouvrant les yeux : ces sales monstres se pavanant le long du mur. À 10 ans c’est un spectacle insupportable !
Sigrid examina la plaignante du coin de l’œil. Une femme sèche, à la bouche pincée, désagréable. Visiblement, décidée à en découdre.
— J’ai déjà déposé trois plaintes au service du contrôle des monstres, répéta la dénommée Malvina d’un ton grincheux. On ne peut pas dire que vous soyez prompts à réagir !
Gus, posté dans le dos de Mme Goodson, adressa à Sigrid une grimace que la mère du petit Kévin ne pouvait voir. La jeune fille se mordit la langue pour s’empêcher de rire et baissa les yeux sur le formulaire officiel qu’elle devait remplir. »

Extrait de : S. Brussolo. « La Fiancée du Crapaud – Sigrid et les mondes perdus. »

L’oeil de la pieuvre par Serge Brussolo

Fiche de L’oeil de la pieuvre

Titre : L’oeil de la pieuvre (Tome 1 sur 4 – Sigrid et les mondes perdus)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2002
Editeur : Editions du Masque

Première page de L’oeil de la pieuvre

« Sigrid Olafssen et Gus McQueen dînaient à la cantine du sous-marin. À cette heure avancée de la nuit, il n’y avait guère de monde, et il était déconseillé de se montrer difficile sur la qualité du menu.
Gus et Sigrid avaient fêté leur vingtième anniversaire la semaine précédente. Pour célébrer ce mémorable événement, le chef cuistot leur avait accordé une part de purée supplémentaire… et deux yaourts.
Gus était un grand garçon maigre, aux cheveux rouges.
— Je suis un légume-garou, avait-il coutume d’affirmer. À chaque pleine lune, je me change en carotte vivante. C’est pour ça que les lapins sont mes pires ennemis.
Sigrid avait les yeux bridés, d’un vert très clair, et bien qu’elle eût le crâne tondu, on devinait au duvet repoussant sur ses tempes que sa chevelure avait la couleur pâle du miel. Des taches de rousseur criblaient ses pommettes de minuscules éclaboussures roses. »

Extrait de : S. Brussolo. « L’oeil de la pieuvre – Sigrid et les mondes perdus. »