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Une histoire de revenants par Paul Féval
Fiche de Une histoire de revenants
Titre : Une histoire de revenants
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1881
Editeur : Feedbooks
Première page de Une histoire de revenants
« La vieille église se cachait dans un pli du vallon ; le clocher montrait son coq de cuivre, incliné sur sa tige, que le temps avait faussée, au-dessus d’un groupe de chênes ébranchés, ressemblant de loin à des géants difformes.
C’était un carrefour de la Grand-Lande, entre Redon et Malestroit, au pays de Bretagne. Il y avait là une table de pierre couchée sur trois supports inégaux. L’ajonc épineux, les genêts et la haute fougère formaient comme une haie autour de ce monument druidique que jamais paysan du bourg d’Orlan n’avait osé toucher du pied ni du doigt : on l’appelait la Pierre-des-Païens.
On disait que, sous cette table de granit, se creusait un trou de forme ovale, caché par les ronces, et que ce trou donnait accès dans une caverne qui rejoignait les souterrains
du manoir de Treguern.
On disait cela ; mais personne n’y avait été voir, car la ceinture de fougère, de genêts et d’ajoncs était intacte et ne présentait pas d’ouverture apparente pouvant livrer passage à un lapin. »
Extrait de : P. Féval. « Une Histoire de revenants. »
Quatre femmes et un homme par Paul Féval
Fiche de Quatre femmes et un homme
Titre : Quatre femmes et un homme
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1862
Editeur : Feedbooks
Première page de Quatre femmes et un homme
« Nous sommes une dynastie de commerçants sérieux. Ce mot, dans le langage des marchands de Paris, a une acception austère et presque solennelle. Le commerce sérieux est celui qui ne joue pas et opère constamment sur des bases certaines. Ces bases certaines manquent parfois ; car les meilleurs ponts peuvent crouler, et les négociants sérieux font la culbute. Ils passent alors à l’état de faillis sérieux. Leur naufrage entraîne presque toujours d’obscures et lugubres catastrophes, précisément parce que la confiance inspirée était générale et robuste. Le contre-coup se fait sentir la plupart du temps jusqu’aux couches sociales où le besoin est une règle. Mais il n’est pas rare de voir l’estime publique s’obstiner ; on pourrait même dire que la perte complète de la considération personnelle est ici l’exception. Si le commerçant sérieux ne s’est pas rendu coupable du crime de luxe, si les cachemires de sa femme n’ont pas blessé la vue de mesdames les négociantes aux jours de la prospérité, on lui jette volontiers la corde de sauvetage. Il a des parents nombreux et bien posés ; car ce monde est à part, et forme une sorte de tribu dans la grande ville. »
Extrait de : P. Féval. « Quatre femmes et un homme. »
Madame Gil Blas par Paul Féval
Fiche de Madame Gil Blas
Titre : Madame Gil Blas
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1856
Editeur : Feedbooks
Première page de Madame Gil Blas
« Si je prends au plus illustre des romanciers français le titre de son livre immortel, ce n’est pas que j’espère cacher longtemps au lecteur mon véritable nom. L’entreprise serait folle. J’ai pour cela trop d’ennemis et trop d’amis. Les uns et les autres me devineront à la première ligne tombée de ma plume, et tous se divertiront à révéler mon secret aux indifférents. Loin d’être un voile, ce sobriquet sera un indice, car on me l’a donné dans le
monde, – au temps où je vivais dans le monde. On me l’a donné ; je le garde, non point pour me mettre à l’abri derrière lui, mais par je ne sais quel scrupule qui m’empêche de livrer à la publicité l’étiquette même de mon bonheur tranquille.
Les aventures de ma vie ont été, du reste, assez bizarres, assez nombreuses, pour que je puisse dire qu’aucune femme même pourrait s’appliquer mieux que moi le nom de cet enfant perdu de la fortune, Gil Blas de Santillane. »
Extrait de : P. Féval. « Madame Gil Blas. »
Les belles de nuit – Tome 2 par Paul Féval
Fiche de Les belles de nuit – Tome 2
Titre : Les belles de nuit ou les anges de la famille – Tome 2
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1850
Editeur : Feedbooks
Première page de Les belles de nuit – Tome 2
« On avait vu s’établir, depuis six semaines ou deux mois, au grand hôtel des Quatre Parties du monde, situé rue de Valois-Batave, devant le Palais-Royal, une colonie composée d’étrangers assez marquants.
Ils étaient trois hommes et deux femmes, sans compter les domestiques, et vivaient en famille, bien qu’ils portassent tous des noms différents.
En 1820, les hôtels nombreux, groupés autour du Palais-Royal étaient encore habités presque exclusivement par ce peuple cosmopolite de joueurs et de viveurs qu’attiraient la roulette et la gloire européenne des déesses parquées dans les galeries.
Le Palais-Royal était le centre des joyeux mystères ; les goutteux de province en parlaient avec onction à leurs coquins de neveux. Sa renommée était aussi brillante aux froides rives de la Néva qu’aux bords de la Tamise, ce brumeux Pactole qui roule des guinées, Vienne, Berlin, l’Italie, envoyaient à ce temple, ouvert à tous les désirs, d’innombrables dévots. Les sauvages de l’Amérique en racontaient les merveilles dans leurs wigwams, en buvant des petits verres d’eau-de-feu, et les bons musulmans de Turquie nourrissaient le secret espoir que c’était là précisément le paradis annoncé par le prophète. »
Extrait de : P. Féval. « Les-Belles-de-nuit ou Les Anges de la famille – Tome II. »
Les belles de nuit – Tome 1 par Paul Féval
Fiche de Les belles de nuit – Tome 1
Titre : Les belles de nuit ou les anges de la famille – Tome 1
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1850
Editeur : Feedbooks
Première page de Les belles de nuit – Tome 1
« En 1817, la principale auberge de la ville de Redon était située sur le port et avait pour enseigne un bélier noir, coiffé d’une auréole.
On connaissait le Mouton couronné à Rennes, à Vannes et jusqu’à Nantes ; bon logis à pied et à cheval, tenu par le père Géraud, ancien cuisinier au long cours.
Redon est une cité de trois mille âmes, assise sur les confins de la Loire-Inférieure et de l’Ille-et-Vilaine, au bord même de la rivière qui donne son nom à ce dernier département. Malgré son nom romain, elle renferme peu de monuments remarquables, et la maison de maître Géraud, portant six fenêtres de façade, rivalisait avec les édifices affectés aux plus illustres destinations ; c’était bâti en bonnes pierres comme la sous-préfecture, et grand comme la gendarmerie.
Devant la maison et au delà de l’étroite bande du quai, la Vilaine roulait ses eaux marneuses et saumâtres ; à marée haute, les petits navires caboteurs venaient jusque sous les fenêtres de l’auberge. »
Extrait de : P. Féval. « Les-Belles-de-nuit ou Les Anges de la famille – Tome I. »
Le cavalier fortune par Paul Féval
Fiche de Le cavalier fortune
Titre : Le cavalier fortune
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1869
Editeur : Feedbooks
Première page de Le cavalier fortune
« – Monseigneur, dit Fortune, nous autres Français nous n’avons point la vanterie des Espagnols. S’il y a chez nous un défaut, c’est que nous ne savons pas nous faire valoir suffisamment. Je suis brave, mes preuves sont faites, et quant à la prudence, j’en ai en vérité à revendre. À Paris, comme à Florence, à Turin et dans d’autres villes capitales, mon adresse passe en proverbe, et c’est justice, car aussitôt que j’entreprends une affaire elle est dans le sac. En me choisissant, Votre Éminence a
eu la main heureuse : je lui en fais mon sincère compliment.
C’était un magnifique garçon, à la taille élégante et robuste à la fois. Il disait tout cela en souriant, debout qu’il était, dans une attitude noble mais respectueuse, incliné à demi devant un personnage aux traits sévères et fortement accentués qui portait le costume de prêtre.
Il avait, lui, notre beau jeune homme, l’accoutrement d’un cavalier d’Espagne. »
Extrait de : P. Féval. « Le Cavalier Fortune. »
Le bossu par Paul Féval

Fiche de Le bossu
Titre : Le bossu
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1857
Editeur : Feedbooks
Première page de Le bossu
« Il y avait autrefois une ville en ce lieu, la cité de Lorre, avec des temples païens, des amphithéâtres
et un capitole.
Maintenant, c’est un val désert où la charrue paresseuse du cultivateur gascon semble avoir peur d’émousser son fer contre le marbre des colonnes enfouies. La montagne est tout près. La haute chaîne des Pyrénées déchire juste en face de vous ses neigeux horizons, et montre le ciel bleu du pays espagnol à travers la coupure profonde qui sert de chemin aux contrebandiers de Venasque. A quelques lieues de là, Paris tousse, danse, ricane et rêve qu’il guérit son incurable bronchite aux sources de Bagnéres-de-Luchon ; un peu plus loin, de l’autre côté, un autre Paris, Paris rhumatisant, croit laisser ses sciatiques au fond des sulfureuses piscines de Baréges-les-Bains. Éternellement, la foi sauvera Paris, malgré le fer, la magnésie ou le soufre ! »
Extrait de : P. Féval. « Le bossu. »
La vampire par Paul Féval

Fiche de La vampire
Titre : La vampire
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1856
Editeur : Feedbooks
Première page de La vampire
« LA PECHE MIRACULEUSE
Le commencement du siècle où nous sommes fut beaucoup plus légendaire qu’on ne le croit généralement. Et je ne parle pas ici de cette immense légende de nos gloires militaires, dont le sang républicain écrivit les premières pages au bruit triomphant de la fanfare marseillaise, qui déroula ses chants à travers l’éblouissement de l’empire et noya sa dernière strophe – un cri splendide – dans le grand deuil de Waterloo.
Je parle de la légende des conteurs, des récits qui endorment ou passionnent la veillée, des choses
poétiques, bizarres, surnaturelles, dont le scepticisme du dix-huitième siècle avait essayé de faire table nette.
Souvenons-nous que l’empereur Napoléon Ier aimait à la folie les brouillards rêveurs d’Ossian, passés par M. Baour au tamis académique. C’est la légende guindée, roidie par l’empois ; mais c’est toujours la légende.
Et souvenons-nous aussi que le roi légitime des pays légendaires, Walter Scott, avait trente ans quand le siècle naquit. »
Extrait de : P. Féval. « La vampire. »
La fée des grèves par Paul Féval

Fiche de La fée des grèves
Titre : La fée des grèves
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1850
Editeur : Feedbooks
Première page de La fée des grèves
« Si vous descendez de nuit la dernière côte de la route de Saint-Malo à Dol, entre Saint-Benoît-des-Ondes et Cancale, pour peu qu’il y ait un léger voile de brume sur le sol plat du Marais, vous ne savez de quel côté de la digue est la grève, de quel côté la terre ferme. À droite et à gauche, c’est la même intensité morne et muette. Nul mouvement de terrain n’indique la campagne habitée ; vous diriez que la route court entre deux grandes mers.
C’est que les choses passées ont leurs spectres comme les hommes décédés ; c’est que la nuit évoque le fantôme des mondes transformés aussi bien que les ombres humaines.
Où passe à présent le chemin, la mer roula ses flots rapides. Ce marais de Dol, aux moissons opulentes, qui étend à perte de vue son horizon de pommiers trapus, c’était une baie. Le mont Dol et Lîlemer étaient deux îles, tout comme Saint-Michel et Tombelène. Pour trouver le village, il fallait gagner les abords de Châteauneuf, où la mare de Saint-Coulman reste comme une protestation de la mer expulsée. »
Extrait de : P. Féval. « La Fée des grèves. »
La fabrique de crimes par Paul Féval

Fiche de La fabrique de crimes
Titre : La fabrique de crimes
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1866
Editeur : Feedbooks
Première page de La fabrique de crimes
« Il était dix heures du soir…
Peut-être dix heures un quart, mais pas plus.
Du côté droit, le ciel était sombre ; du côté gauche, on voyait à l’horizon une lueur dont l’origine est un
mystère.
Ce n’était pas la lune, la lune est bien connue. Les aurores boréales sont rares dans nos climats, et le
Vésuve est situé en d’autres contrées.
Qu’était-ce ?…
Trois hommes suivaient en silence le trottoir de la rue de Sévigné et marchaient un à un. C’était des
inconnus !
On le voyait à leurs chaussons de lisière et aussi à la précaution qu’ils prenaient d’éviter les sergents de ville.
La rue de Sévigné, centre d’un quartier populeux, ne présentait pas alors, le caractère de propreté qu’elle affecte aujourd’hui ; les trottoirs étaient étroits, le pavé inégal ; on lui reprochait aussi d’être mal éclairée, et son ruisseau répandait des odeurs particulières, où l’on démêlait aisément le sang et les larmes… »
Extrait de : P. Féval. « La fabrique de crimes. »