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Fou dans la tête de Nazi Jones… par Pierre Pelot

Fiche de Fou dans la tête de Nazi Jones…

Titre : Fou dans la tête de Nazi Jones…
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de Fou dans la tête de Nazi Jones…

« Il n’oublierait jamais les jours verts de son enfance en Guyane. Plus il avançait en âge et plus il se souvenait avec acuité d’une profusion de détails concernant cette époque de sa vie. Le phénomène obéissait sans doute à un mécanisme psychologique compensateur qui lui accordait de temps à autre une sorte de récréation, un repos. Alors, le poids du passé, que traduisait le présent, s’allégeait un peu. Sa mémoire gentille lui faisait des cadeaux.

Ses parents étaient français. Son père un ingénieur de la société de recherches aérospatiale M.O.U.C. basée à Touqué, à une cinquantaine de kilomètres en aval de l’embouchure deltaïque du Dyapok, sur la frontière du Nord-Est brésilien. »

Extrait de : P. Pelot. « Fou dans la tête de Nazi Jones. »

Et puis les loups viendront par Pierre Suragne

Fiche de Et puis les loups viendront

Titre : Et puis les loups viendront
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir

Première page de Et puis les loups viendront

« Ils étaient environ une quinzaine.
Quelques années plus tôt, ils étaient encore cent. Et puis, le froid s’était mis à grandir, et mille nouveaux bras avaient poussé au spectre de la mort. Les enfants chétifs s’étaient éteints les premiers, comme ces petites flammes vacillantes qui tremblotent péniblement au-dessus des coupelles des lampes à suif. Soudain bleus et raides comme des bûches. Ou bien encore, ils se mettaient à tousser, puis à cracher du sang. Quelques jours, pas davantage. Et puis, ils mourraient.
Ensuite, en nombre croissant, des femmes s’étaient couchées pour ne plus s’éveiller. Et aussi les vieux, ceux qui avaient dépassé le cap de la trentaine. De ceux-là, il en restait quelques-uns, mais très peu.
Ils restaient environ une quinzaine, sur cent et plus. »

Extrait de : P. Pelot. « Et puis les loups viendront. »

Elle était une fois… par Pierre Suragne

Fiche de Elle était une fois…

Titre : Elle était une fois…
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir

Première page de Elle était une fois…

« Carling Joe avait l’âme généreuse, et il le regrettait parfois. Toujours trop tard, bien entendu.

Par exemple, ce mercredi de novembre…

Il aurait préféré mille fois se trouver chez lui, dans la maison de Boolt City, à regarder tomber la pluie furieuse derrière les carreaux, une tasse de café fumant dans le creux de la main. Ou même sous l’auvent de la scierie, dans l’odeur humide des tas de sciure. La scierie ou la maison, c’était pareil : c’était chez lui.

Mais non. Au lieu de ça, il roulait sur la route tortueuse, en plein cœur de la bourrasque, luttant avec le volant de sa camionnette poussive qui balançait méchamment sous les coups de boutoir du vent.

Un vent du diable, assurément. Un temps à ne pas mettre un chrétien dehors. C’était sûr  ; après toute cette pluie, on entendrait rugir la Boolt River un fameux moment. »

Extrait de : P. Suragne. « Elle était une fois…. »

Duz par Pierre Suragne

Fiche de Duz

Titre : Duz
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir

Première page de Duz

« A un moment, Duz en eut assez de regarder défiler le paysage. Il décolla son front de la vitre de la portière et se laissa tomber sur la banquette.

— Est-ce que tu as fini de sauter comme ça ? dit le Type.

Sans même tourner la tête, ni jeter le moindre coup d’œil dans le rétroviseur. Rien. Ce gars-là devait avoir des yeux derrière la tête, ou quelque chose comme ça. On ne pouvait rien faire, sans qu’il le sente dans la seconde et se mette à râler.

Un instant, Duz joua à se demander s’il n’était pas un Extra-Terrestre, avec des dons particuliers, comme on en trouve dans les bandes dessinées. De ces types qui viennent d’ailleurs, de la planète Marfol par exemple, et qui se font passer pour des Terriens, mais tout ça pour faire des coups en douce et essayer de coloniser la planète – la Terre – et jouer des sales tours autant qu’ils le peuvent. »

Extrait de : P. Suragne. « Duz. »

Dérapages par Pierre Suragne

Fiche de Dérapages

Titre : Dérapages
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Dérapages

« Le vent courait sans s’énerver, sud-ouest-nord-est, tout juste pour dire qu’il était le vent, tout juste pour maintenir le ciel dégagé, comme une grande cape bleue bien repassée dont les pans reposaient, en ronde corolle, aux quatre points des horizons dentelés de la forêt.
Il y a deux saisons au Québec, vous diront tous les Québécois, sur un sourire-clin d’œil et un joli roulement d’accent : l’hiver et le mois de juillet.
C’était juillet, fidèle au rendez-vous, comme tous les autres juillets passés et comme ceux qui viendraient. Ciel bleu, chaleur épaisse, lourde, et chaque instant de la journée semble étiré, allongé au maximum dans le temps : le matin n’en finit pas, le midi n’en finit pas, l’après-midi n’en finit pas, le soir n’en finit pas. C’était l’après-midi de ce jour-là et ce jour-là était dimanche. »

Extrait de : P. Suragne. « Dérapages. »

Ballade pour presque un homme par Pierre Suragne

Fiche de Ballade pour presque un homme

Titre : Ballade pour presque un homme
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve Noir

Première page de Ballade pour presque un homme

« Depuis ce jour où il était devenu Chasseur, chaque retour de safari était un grand moment de joie pour Matom. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’aimait pas son travail, tout au contraire. S’il aimait les retours, c’est parce qu’il pouvait alors se plonger à cœur perdu dans les délices de la planète capitale. Il était fêté et pouvait raconter mille histoires. C’était, en vérité et indiscutablement, un fameux instant.
Mais, au bout de quelques jours, l’ennui mettait la patte sur Matom. Il devenait alors très nerveux, il se traînait sans véritable but et les visages qu’il rencontrait, toujours les mêmes, ne lui semblaient plus présenter d’intérêt. Matom se mettait à attendre le prochain départ avec une impatience croissante. C’est pourquoi l’on peut dire que, s’il aimait les retours sur Vataïr, il aimait tout autant – et peut-être davantage encore – les départs. »

Extrait de : P. Suragne. « Ballade pour Presque un Homme. »

Aux chiens écrasés par Pierre Pelot

Fiche de Aux chiens écrasés

Titre : Aux chiens écrasés (Gore)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve Noir

Première page de Aux chiens écrasés

« La première fois qu’Alain Chalendon entendit prononcer son nom à la radio, cela lui fit un choc. Sa première réaction fut de se dire que le seul ayant le droit de porter ce nom était lui, personne d’autre; qu’il était bel et bien le véritable Alain Chalendon, et ce depuis suffisamment longtemps pour qu’il en soit certain, que tout autre utilisateur du patronyme ne pouvait être qu’un usurpateur éhonté.

Après quoi, passée sa première bouffée de stupéfaite révolte, cela lui fit tout drôle.

Il avait vécu pendant soixante-huit ans, s’imaginant l’unique détenteur du nom, n’ayant en vérité jamais rien fait d’autre, jamais rien de franchement important, que s’appeler ainsi et être reconnu comme tel par une trentaine de personnes au monde. »

Extrait de : P. Pelot. « Aux Chiens Écrasés. »

Offensive du virus sous le champ de bataille par Pierre Pelot

Fiche de Offensive du virus sous le champ de bataille

Titre : Offensive du virus sous le champ de bataille (Tome 5 sur 5 – Ballade de Tony Burden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Offensive du virus sous le champ de bataille

« C’était un jour de janvier 1997 ; lequel, exactement, Burden n’aurait su le dire ; en début, milieu ou fin de semaine, il ne savait pas. Depuis trop longtemps, ce maelström dans lequel il survivait avait transformé en tourbillon cet ordonnancement hebdomadaire.
Le nom des jours, il s’en fichait bien. La seule chose importante était qu’ils continuent de se succéder encore, encore et toujours, envers et contre tout. Et qu’il en soit témoin, lui, à chaque aube une fois encore, à chaque crépuscule une fois de plus.
Il n’y avait pas d’autre urgence.
Il n’existait plus d’autre façon d’exister ; pour Burden, en tout cas. »

Extrait de : P. Pelot. « Offensive du virus sous le champ de bataille – Ballade de Tony Burden. »

Sécession bis par Pierre Pelot

Fiche de Sécession bis

Titre : Sécession bis (Tome 4 sur 5 – Ballade de Tony Burden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Sécession bis

« On ne résume pas en quelques lignes, en quelques mots, ces événements qui se succédèrent depuis le mois d’août 1996, pour en arriver à la situation présente de fin décembre de cette même année : cet état de guerre qui opposait une fois de plus le Sud des États-Unis au Nord, et qu’ils appelèrent « Sécession Bis ».
Tout au plus, peut-on tenter de remonter la filière, d’établir une sorte de récapitulation des faits significatifs qui amenèrent à l’explosion. Tout au plus, peut-on faire ce que fit un dénommé Mat Pealbean, qui se crut malin en jouant les détectives et en perdit la vie.
Et voici ce que fut la fin de la vie de Mat Pealbean, obscur représentant de commerce marron, petit escroc à la vente au porte-à-porte et occasionnellement dealer. »

Extrait de : P. Pelot. « Sécession bis – Ballade de Tony Burden. »

Alabama un. neuf. neuf. six. par Pierre Pelot

Fiche de Alabama un. neuf. neuf. six.

Titre : Alabama un. neuf. neuf. six. (Tome 3 sur 5 – Ballade de Tony Burden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Alabama un. neuf. neuf. six.

« Naturellement, en vérité, tout commença ailleurs et bien longtemps auparavant. Mais il faut bien tenter un début quelque part, comme on attrape une balle au vol ; un début qui, tout menteur et apparemment approximatif qu’il soit, n’en est pas moins aussi fiable, aussi solide – peut-être même probablement davantage – que ne l’est le véritable début dont les racines, pareilles à celles d’un sacré saule sauvage vert, se perdent et s’enfouissent à Dieu sait quelles distances du tronc visible de l’arbre. Et ce n’était pas à quelques centaines de miles de ce bled d’Alabama, dans les collines, rizières et marais à l’abandon de la fourche entre la Tombigbee River et l’Alabama River, que le véritable début eut lieu ; ce n’était pas uniquement une question de distance géographique ; c’était si bien enfoui ailleurs et dans le temps que seules quelques personnes auraient pu préciser où et quand, pour avoir vécu ces instants de la genèse. »

Extrait de : P. Pelot. « Alabama. Un. Neuf. Neuf. Six. – Ballade de Tony Burden. »