Étiquette : Fleuve noir
Observation du virus en temps de paix par Pierre Pelot

Fiche de Observation du virus en temps de paix
Titre : Observation du virus en temps de paix (Tome 2 sur 5 – Ballade de Tony Burden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Observation du virus en temps de paix
« L’autre avait passé la moitié de son temps à me dire que s’il avait été plus jeune et en bonne santé il y aurait belle lurette qu’il aurait quitté le pays ; à part ça, pour le reste du temps, il mâchonnait en silence un chewing-gum, ou peut-être une vieille chique de tabac, je sais pas – mais si c’était du tabac il ne crachait pas – ; et aussi il me demanda trois ou quatre fois d’où je venais, où j’allais. J’avais dû lui dire à un moment quelconque que je revenais au pays. Ça l’intriguait.
Surtout à cause de mon ventre.
Il me jetait des regards en coin, tout en ouvrant et refermant ses doigts sur le volant. Je voyais ses doigts bouger ; j’avais pas besoin de tourner la tête. »
Extrait de : P. Pelot. « Observation du virus en temps de paix – Ballade de Tony Burden. »
Mémoires d’un épouvantail blessé au combat par Pierre Pelot

Fiche de Mémoires d’un épouvantail blessé au combat
Titre : Mémoires d’un épouvantail blessé au combat (Tome 1 sur 5 – Ballade de Tony Burden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Mémoires d’un épouvantail blessé au combat
« En ce début d’après-midi torride et plat, Ab Cutty et Tony Burden regardaient s’agiter Malcolm, à quelques pas, de l’autre côté de la route poussiéreuse et blanche, devant le hangar aux pneus branlants. C’était comme si le simple fait d’avoir à contempler le nègre qui bougeait dans le soleil les eut terrassés définitivement, eux, victimes de quelque processus sournois de vases communicants qui les clouait plus profondément, à chaque seconde écoulée, au creux de cette vieille banquette de Ford défoncée qui leur servait de fauteuil, sous l’auvent de la boutique. Comme si, à cause du nègre et de ses gestes lourds, lents, à cause de la sueur du nègre qui coulait sur ses joues et que parfois, de loin en loin, il essuyait d’un revers de main excessivement caricatural – sans manquer, alors, de leur glisser un regard en biais, et aussi à cause des taches sombres de transpiration sur sa chemise vieux rose fanée, Cutty aussi bien que Burden eussent éprouvé de plus en plus de peine à soulever les paupières, à porter à leurs lèvres les boîtes de Bud tiède, à faire le minimum de gestes nécessaires pour chasser les mouches bleues – et même, quasiment respirer. »
Extrait de : P. Pelot. « Mémoires d’un épouvantail blessé au combat – Ballade de Tony Burden. »
Les faucheurs de temps par Pierre Pelot

Fiche de Les faucheurs de temps
Titre : Les faucheurs de temps (Tome 4 sur 4 – Les raconteurs de nulle part)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les faucheurs de temps
« Les premières neiges étaient tombées sur le causse au début de décembre, sans abondance, mais avec une opiniâtre constance, jour après jour ; juste ce qu’il fallait pour que le paysage pâlît, barbouillé de grisailles et de lividités malades, toutes véritables couleurs disparues. Parfois, le vent tombait, laissant en paix les nuages qui s’écartaient alors comme sous la poussée du bleu. Le soleil était encore suffisamment chaud pour attaquer la couche blanche, ne fût-ce que pendant deux ou trois heures, dans la journée. L’eau de la fonte qui brillait sur les pierres, affleurant les prés galeux du causse gelait la nuit suivante ; c’est ainsi que le jour nouveau se levait sur de vastes bavures brillantes parmi les herbes cassées et brunies, comme des traces laissées par de gigantesques bêtes au cours de la nuit, de monstrueuses limaces évaporées dans la lumière grise »
Extrait de : P. Pelot. « Les faucheurs de temps – Les raconteurs de nulle part. »
Le ciel sous la pierre par Pierre Pelot

Fiche de Le ciel sous la pierre
Titre : Le ciel sous la pierre (Tome 3 sur 4 – Les raconteurs de nulle part)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le ciel sous la pierre
« Ce qui s’offrit aux yeux de Troper et d’Alice les laissa muets et bouche bée un long moment.
Sans doute elle s’était attendue à découvrir l’extraordinaire mais pas maintenant, pas si tôt. Pas cet extraordinaire-là.
Qu’elle devait bien vite adopter et assimiler. Dont elle devait bien vite faire son ordinaire.
C’est pourquoi elle était ici. Pour ne plus s’étonner de rien – une fois déjà, et ce n’était pas si ancien, et cela semblait déjà si loin, la stupéfaction était tombée sur elle. Cela suffisait bien. Elle n’en était toujours pas revenue.
Elle en gardait comme une sécheresse à la base de la langue, au fond de la gorge, qui se signalait à elle à chaque inspiration. Comme une aigreur douceâtre au creux de l’estomac, un goût de fer permanent dans la salive. »
Extrait de : P. Pelot. « Le ciel sous la pierre – Les raconteurs de nulle part. »
Les forains du bord du gouffre par Pierre Pelot

Fiche de Les forains du bord du gouffre
Titre : Les forains du bord du gouffre (Tome 2 sur 4 – Les raconteurs de nulle part)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les forains du bord du gouffre
« À une époque, le cadran de la montre avait été lumineux, mais c’était avant qu’on n’en fasse cadeau à Troper – d’ailleurs, le type n’en avait pas fait mystère en lui donnant l’objet (tout ce qui lui restait de valeur pour payer sa dette de jeu) : « À part son cadran lumineux qui ne marche plus, elle vaut encore du fric, tu pourras la revendre quand tu voudras…»
Troper l’entendait encore. Mais il n’avait pas revendu la montre, l’avait fixée une fois pour toutes à son poignet et ne l’en avait jamais retirée, même pour se laver.
C’était un chrono-bracelet comme il en existe des millions, à l’écran encastré dans une sorte de gaine en plastique caoutchouteux hérissée de boutons qui commandaient un nombre impressionnant de fonctions, auxquelles Troper n’avait jamais rien compris. »
Extrait de : P. Pelot. « Les Forains Du Bord Du Gouffre – Les raconteurs de nulle part. »
Le présent du fou par Pierre Pelot

Fiche de Le présent du fou
Titre : Le présent du fou (Tome 1 sur 4 – Les raconteurs de nulle part)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le présent du fou
« L’homme s’immobilisa enfin.
Non pas d’un seul coup, mais comme si l’élan de la marche était plus fort que sa volonté, le poussant en avant pour quelques dizaines de mètres encore après qu’il eut décidé de s’arrêter. Comme une mécanique au ressort d’acier détendu, se mouvant bravement jusqu’à son dernier soubresaut. Il y avait effectivement quelque chose d’une machine dans son allure – mais pas dans les yeux, pas dans l’expression qui creusait durement (pour ne pas dire ravageait) ses traits. Car une machine n’exprime rien, et certainement pas cet au-delà de la fatigue qui, plus qu’un visage, pétrissait un masque à l’homme aux cheveux longs. Une machine exprime encore moins la peur. »
Extrait de : P. Pelot. « Le présent du fou – Les raconteurs de nulle part. »
Les conquérants immobiles par Pierre Pelot

Fiche de Les conquérants immobiles
Titre : Les conquérants immobiles (Tome 4 sur 4 – Chromagnon « Z »)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les conquérants immobiles
« Andrew Hill s’écouta respirer un moment et trouva la chose agréable. En somme, rassurante, si tant est qu’il avait besoin d’être rassuré.
En avait-il besoin ? Se posant la question, il se trouva finalement dans l’incapacité d’y répondre, au bout d’un certain temps de réflexion. Et il comprit ceci : ce serait pareil pour un bon nombre d’interrogations à venir. Il comprit ceci : les interrogations ne manqueraient pas de se succéder en chapelets ; elles le laisseraient, les unes après les autres, à chaque fois, un peu plus démuni. Un peu plus ahuri. Cette évidence lui fit l’effet d’un coup de marteau. La combattre était inutile. Quelque peu sonné, un moment, il trouva beaucoup moins agréables les petits bruits chuintants de sa respiration. Il les jugea même parfaitement incongrus… et davantage encore. Comment dire ? Quasiment obscènes. Totalement déplacés. Des gargouillis impudiques. »
Extrait de : P. Pelot. « Les conquérants immobiles – Chromagnon « Z ». »
Les passagers du mirage par Pierre Pelot

Fiche de Les passagers du mirage
Titre : Les passagers du mirage (Tome 3 sur 4 – Chromagnon « Z »)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les passagers du mirage
« Dans la nuit du 2 au 3 juillet de cette année-là, un peu après vingt-deux heures, une voiture franchit les trois barrages protecteurs successifs, puis le portail d’entrée de l’enceinte murée de cette grande et très ancienne propriété qui abritait les effectifs du C.R.E.E.S. Le chauffeur portait l’uniforme kaki de l’Armée (c’est-à-dire de la Milice Corporatiste du C.R.E.E.S. d’Énergies World), et une casquette dont la visière lustrée mangeait totalement son front bas. À chaque barrage, il ralentit et s’arrêta, présenta son laissez-passer. Sur les portières de la voiture était peint le sigle du C.R.E.E.S. – le même que celui, discret, qui surmontait un des piliers de l’entrée de l’enceinte.
La voiture n’eut pas à pénétrer bien loin à l’intérieur de la propriété ; elle roula sur une dizaine de mètres, pas davantage, puis effectua un parfait demi-tour sur l’allée, faisant à peine crisser le gravillon sous ses pneus. »
Extrait de : P. Pelot. « Les passagers du mirage – Chromagnon « Z ». »

