Étiquette : Fleuve noir
Le bruit des autres par Pierre Pelot

Fiche de Le bruit des autres
Titre : Le bruit des autres (Tome 2 sur 4 – Chromagnon « Z »)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le bruit des autres
« Le soleil blanc cassait les ombres, comme s’il avait voulu les réduire en poudre, en faire une cendre épaisse, pour étouffer les grésillements des insectes. Il n’y avait pas seulement des mouches, mais des centaines, des milliers d’autres bestioles invisibles, enterrées, narguant la lumière aveuglante. Des lézards verts et jaunes se coulaient sur les murs pétris de silence, par saccades, ou restaient immobiles comme des excroissances de pierre, des boursouflures de crépi écaillé ; leur gorge palpitait, ils ne faisaient que respirer rapidement.
La rue était muette, depuis longtemps.
Morte.
Comme une espèce de vieux squelette éparpillé, qui n’intéressait plus personne, sinon la vermine vorace. »
Extrait de : P. Pelot. « Le bruit des autres – Chromagnon « Z ». »
Paradis zéro par Pierre Pelot

Fiche de Paradis zéro
Titre : Paradis zéro (Tome 1 sur 4 – Chromagnon « Z »)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Paradis zéro
« À l’image, le paysage était très blanc, trop, avec une lumière qui saturait et bavait dans les zones d’ombre. Ce défaut d’éclairage qui sabotait la photo ne donnait pas le rendu recherché… Mais c’est souvent comme ça. Ils ne fignolent pas ; leur problème est ailleurs, si problème il y a, ce dont je ne suis même pas sûr. J’essaie de construire au mieux un paysage, une ambiance visuelle, je leur donne un maximum d’informations et ils n’en utilisent pas le dixième. Ou alors ils dérapent. Ils composent. Je sais bien qu’ils ne sont pas seuls en cause et qu’ils doivent évoluer dans les créneaux précis de certains barèmes, je sais bien qu’ils ne sont pas maîtres du jeu, évidemment.
C’est une de mes certitudes.
Par contre, je suis bien incapable de dire qui ils sont. »
Extrait de : P. Pelot. « Paradis Zero – Chromagnon « Z ». »
Pour une poignée d’Helix Pomatias par M. Pagel

Fiche de Pour une poignée d’Helix Pomatias
Titre : Pour une poignée d’Helix Pomatias
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Pour une poignée d’Helix Pomatias
« Comme d’habitude, j’étais sous la douche lorsque le téléphone sonna. Je m’aspergeai vivement pour chasser le savon qui me recouvrait et reposai le pommeau au fond du bac. Quand je me redressai, mon crâne fit un bruit harmonieux contre la tablette de céramique où aurait dû se trouver ma savonnette.
Je mis le pied sur le carrelage humide de la salle de bains en me frottant vigoureusement la tête. Je me rendis alors compte que j’avais oublié de rincer le shampooing. Une brûlure désagréable envahit mes yeux et je fermai les paupières. Ce fut sans doute pour cela que je ne remarquai pas la savonnette que j’avais laissée traîner par terre. Posant le pied dessus, je partis en arrière et me retrouvai sur les fesses après avoir exécuté un splendide saut périlleux.
La journée commençait mal. »
Extrait de : M. Pagel. « Pour une poignée d’Helix Pomatias !. »
Orages en terre de France par M. Pagel

Fiche de Orages en terre de France
Titre : Orages en terre de France
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir
Première page de Orages en terre de France
« Ce matin-là, Jehan Fillioux fut éveillé à l’aube par le son du canon.
Il ouvrit les yeux dans l’obscurité de sa chambre et demeura immobile, attentif. Les explosions retentissaient sporadiquement – une par minute, peut-être, deux tout au plus –, coups de tonnerre lointains, presque hésitants, comme si les obus s’excusaient d’accomplir un travail qu’ils n’avaient pas voulu.
On se battait à la frontière, à quelques dizaines de kilomètres de là. On se battait… Non : on s’expédiait de part et d’autre ces messages de mort rituels qui, à mesure que les mois s’écoulaient, ressemblaient de plus en plus à des cartes postales. Bonjour, nous sommes encore là. Bonjour, nous aussi. »
Extrait de : M. Pagel. « Orages en terre de France. »
Le Viêt-nam au futur simple par M. Pagel

Fiche de Le Viêt-nam au futur simple
Titre : Le Viêt-nam au futur simple
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le Viêt-nam au futur simple
« On en avait tellement parlé avant, sans jamais y croire vraiment, que quand c’est arrivé on a commencé par se pincer un bon coup, juste histoire de s’assurer qu’on ne donnait pas dans l’hallucination collective.
Et puis non ! C’était la vérité, crue, nette et sans bavures ; et, de toute façon, six personnes différentes n’auraient pas pu faire le même cauchemar éveillé, au même moment, avec les mêmes bruitages et les mêmes effets spéciaux, hein ? Ça aurait tenu du miracle…
Ça a commencé un vendredi soir, aux alentours du 15 juin ; je ne me rappelle plus la date exacte mais ça n’a pas grande importance. Tout ce dont je me souviens, c’est qu’il faisait une chaleur à crever et que j’avais béni toutes les divinités possibles de travailler dans une salle climatisée pendant la journée, au lieu de trimer dans un bureau – transformé pour l’occasion en étuve – comme la plupart de mes concitoyens. »
Extrait de : M. Pagel. « Le Viêt-Nam au futur simple. »
Le cimetière des astronefs par M. Pagel

Fiche de Le cimetière des astronefs
Titre : Le cimetière des astronefs
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le cimetière des astronefs
« J’introduis le condensateur de positrons dans l’avaleur de pièces universel. Il se met en place en cliquetant.
L’astro démarre.
Je me renverse en arrière sur mon siège et je tire une bouffée du cigare que je viens d’allumer.
Entre Betty et moi, c’est une longue histoire d’amour.
Je l’ai achetée il y a cinq ans, dans une casse minable, du côté de Rigel IV, au moment où un sagouin pédonculé s’apprêtait à la passer au désintégrateur. J’étais venu là chercher un palpeur de mirette pour la ruine qui me trimballait avant, et je furetais depuis une heure ou deux dans un véritable foutoir de carcasses explosées et de joints huileux quand je l’ai vue. »
Extrait de : M. Pagel. « Le cimetière des astronefs. »
La taverne de l’espoir par M. Pagel

Fiche de La taverne de l’espoir
Titre : La taverne de l’espoir
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir
Première page de La taverne de l’espoir
« Le soleil n’était levé que depuis quelques heures et déjà la chaleur de juillet commençait de se répandre, comme un voile de fumée descendant lentement sur la terre. Sa douceur moite envahissait tout, se mêlait à un léger souffle d’air pour animer fébrilement les champs de maïs, s’insinuait par les portes et les fenêtres ouvertes, repoussait la fraîcheur des bâtiments de pierre, aux murs épais. Elle imprégnait la campagne tout entière, dévorant impitoyablement les dernières gouttes de rosée qu’avait laissées la nuit.
Allongée sur son lit, les yeux fermés, Gallys ne dormait pas. Et pourtant elle rêvait : plongée au cœur d’un de ces songes éveillés dont elle était coutumière, elle se laissait aller, vagabondant au gré de ses espoirs et de son imagination. »
Extrait de : M. Pagel. « La taverne de l’espoir. »
Demain matin, au chant du tueur ! par M. Pagel

Fiche de Demain matin, au chant du tueur !
Titre : Demain matin, au chant du tueur !
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir
Première page de Demain matin, au chant du tueur !
« Robert Lacordet extirpa en maugréant son grand corps dégingandé du sac de couchage. Pendant la nuit, l’eau était encore montée et avait atteint le niveau du quai : le duvet n’ayant pas le bon goût d’être
étanche, Lacordet baignait littéralement dans une mare de flotte nauséabonde. Il jura grossièrement : la station devenait franchement invivable. Terminus de la ligne de métro en provenance d’Auteuil, la gare d’Austerlitz avait été désaffectée aussitôt après le tremblement de terre qui avait secoué la capitale une cinquantaine d’années auparavant – pour cause d’éboulements trop importants sur les voies. Les trains de banlieue avaient été ré-aiguillés sur Jussieu où on avait bricolé une gare en prolongeant les lignes existantes. Seules restaient à Austerlitz les « grandes lignes ». Mais le quai d’où partaient les grands voyageurs était trop loin du métro – non par la distance mais par la masse de béton les séparant – pour gêner les troglodytes… »
Extrait de : M. Pagel. « Demain matin, au chant du tueur !. »
Casino perdu par M. Pagel

Fiche de Casino perdu
Titre : Casino perdu
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1998
Editeur : Fleuve noir
Première page de Casino perdu
« Au commencement était l’Achronie…
Nous le savons, malgré les recherches incessantes effectuées depuis l’Arrivée par des générations de scientifiques, aucune théorie satisfaisante n’a été formulée pour expliquer ce phénomène qui frappait les quatre planètes aujourd’hui habitées de notre système solaire. L’Achronie : l’absence totale de temps à l’échelle d’un monde – de quatre mondes –, et ce jusqu’aux limites de son atmosphère puisque l’espace, tout comme le soleil et les trois géantes gazeuses de la périphérie, vivaient au même rythme que le reste de l’univers connu.
Imaginez ce spectacle, à la fois grandiose et terrifiant : un air dépourvu de mouvement, où s’inscrivaient des arbres que rien ne venait faire bruire ni même osciller ; des animaux figés comme par l’œil de l’holimag, certains en plein bond, suspendus entre ciel et terre ; une planète qui ne tournait pas et qui, pourtant, ne tombait pas vers le soleil car, par définition, elle n’en avait pas le temps… Imaginez cela : ni la vie ni la mort, toutes choses à la fois identiques et changées, ni passé ni futur – tout juste le présent, en un instant éternel. »
Extrait de : M. Pagel. « Casino perdu. »
Soleil pourpre, soleil noir par M. Pagel

Fiche de Soleil pourpre, soleil noir
Titre : Soleil pourpre, soleil noir (Tome 4 sur 4 – Les flammes de la nuit)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Soleil pourpre, soleil noir
« Les neiges recouvraient Fuinör. Dans la contrée des semailles, de flocon en flocon, de gelée en gelée, le sol s’était vêtu d’une couche de glace interdisant tout travail de la terre. Serrés autour d’une cheminée où se consumaient quelques maigres tisons, les serfs attendaient au sein de leur chaumière le début de la saison des fleurs. Pour eux, cette période de cent jours où rien ne poussait était la pire. Leurs maigres réserves de grain, ce qu’avaient bien voulu leur laisser les nobles, permettaient à peine de cuire un pain par jour. Et les haillons qu’animait aux beaux jours un vent chaud ne semblaient aujourd’hui adhérer à leur corps que pour mieux les serrer dans un étau glacé. Bien sûr, pendant la saison des neiges ils ne s’épuisaient pas au travail. Mais il se trouvait parfois un chevalier pour venir le leur reprocher et, fort de ce prétexte, distribuer horions et coups d’épée. »
Extrait de : M. Pagel. « Soleil Pourpre, Soleil Noir – Les flammes de la nuit. »