Étiquette : Fleuve noir
L’effet Halstead par Christian Mantey

Fiche de L’effet Halstead
Titre : L’effet Halstead (Tome 2 sur 4 – Titcht)
Auteur : Christian Mantey
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’effet Halstead
« Ce fut comme un flash.
L’obscurité éclata soudain et le décor s’imposa, avec la violence d’une gifle, bien qu’il fût toujours le même depuis ces derniers jours.
L’intérieur d’un car Greyhound, l’un de ces monstres d’acier rutilant qui sillonnent inlassablement le pays entier et peuvent transporter un voyageur de la côte Est à la frontière Mexicaine sans qu’il ait besoin de quitter le véhicule.
Pour l’heure, une atmosphère feutrée baignait l’endroit, ronron rassurant par rapport à un extérieur pas bien engageant où s’affrontaient sans prendre encore le pas l’un sur l’autre le jour et la nuit.
C’était le fameux moment baptisé entre chien et loup.
Il régnait dans le véhicule un calme lénifiant.
Des têtes émergeaient des fauteuils, les unes bien droites, animées, qui s’intéressaient au déroulement incessant d’un paysage qui commençait à s’estomper ; les autres qui bringuebalaient au gré des dénivellations du macadam, leurs propriétaires, peu attirés par les choses de la nature, ayant cherché refuge dans un assoupissement réparateur ; d’autres encore, baignées par la lumière douce de veilleuses directionnelles, étaient plongées dans des lectures qui requéraient toute leur attention. »
Extrait de : C. Mantey. « L’effet Halstead – Titcht. »
Titcht par Christian Mantey

Fiche de Titcht
Titre : Titcht (Tome 1 sur 4 – Titcht)
Auteur : Christian Mantey
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Titcht
« Selon le pronostiqueur vedette de Always Winner, le cheval de ce lundi, la « peinture » de la réunion du jour à Aqueduct avait nom Little Adonis.
Ses performances laissaient entendre qu’il n’avait qu’à paraître pour gagner. Un véritable épouvantail. Une cote pas bien affolante, d’accord, mais un quasi coup-caisse. Un placement de père de famille. Le tiers ou la moitié de la mise en sus, pas plus, mais vraiment de l’argent trouvé par terre s’il fallait en croire la conjoncture.
Seulement, à ce taux-là, il fallait « plonger » sec, mettre comme un ramoneur pour espérer se faire une journée coquette. L’argent allait toujours à l’argent. Rien de changé.
Assis dans un vieux fauteuil branlant, les pieds sur un bureau du même acabit, Mel Titcht faisait le papier.
Apparemment, l’avenir s’annonçait plutôt sombre. Little Adonis, s’il gagnait, passerait le poteau sans lui. Il ne lui restait que cinq dollars à faire fructifier et ce chaud favori ne valait pas le risque. Les six autres courses n’offraient à première vue aucune évidence non plus. »
Extrait de : C. Mantey. « Titcht. »
Palowstown par Jean-Christian Bergman

Fiche de Palowstown
Titre : Palowstown
Auteur : Jean-Christian Bergman
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir
Première page de Palowstown
« L’organe à la fois métallique et monocorde de James éclata soudain dans le silence ouaté du poste de pilotage.
— Tibet II offre toutes les conditions de « vivabilité » que l’on peut souhaiter, Monsieur.
Surpris et un peu agacé, je jetai un coup d’œil vers le haut-parleur d’où sortait la voix de celui que, par humanité et gentillesse, j’avais eu la bonté de baptiser « James », alors qu’il n’était en fait rien d’autre qu’un cerveau électronique de type AK 348, imposé par l’Union des défenseurs de la nature et de l’environnement spatial. Un appareil monté en grande série sur tous nos vaisseaux d’exploration et de contrôle.
— James, tu sembles oublier que tu n’es pas autre chose que le fruit d’une technologie avancée…
— Comment pourrais-je l’oublier, Monsieur ; un enfant vénère toujours son père… à quelques exceptions près.
— Un enfant n’a pas toutes tes connaissances et j’aimerais qu’à l’avenir tu respectes la syntaxe et que tu cesses d’employer des néologismes imbéciles.
— C’est « vivabilité » qui vous reste en travers de la gorge ?
— Entre autres, répondis-je sèchement énervé par le zeste d’insolence qu’il me semblait déceler depuis peu chez cet AK 348. Et puis maintenant, ça suffit : quel est le niveau de Tibet II ? »
Extrait de : JC Bergman. « Palowstown. »
Homme, sweet homme… par Jean-Christian Bergman

Fiche de Homme, sweet homme…
Titre : Homme, sweet homme…
Auteur : Jean-Christian Bergman
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir
Première page de Homme, sweet homme…
« La foule de vingt heures trente couvrait le dallage artiplast de la Station 84.
Les Humains étaient, comme de coutume, plus nombreux que les Andros, et malgré cela la portion A du quai, exclusivement réservée a la Classe Androïde, grouillait de monde.
Sholem considérait avec attendrissement le joyeux désordre qui régnait du côté des Hommes. Leurs vêtements multicolores, leurs glapissements, l’anarchie totale qui présidait à leurs différents comportements, tout cela les faisait ressembler à des oiseaux des îles dans une volière.
Les deux tiers de la Station leur étaient dévolus. Une bonne mesure. L’inverse eût été inimaginable, ne serait-ce qu’en fonction de leur éducation dépourvue de la moindre rigueur. »
Extrait de : JC Bergman. « Homme, Sweet Homme… »
Apocalypse snow par Jean-Christian Bergman

Fiche de Apocalypse snow
Titre : Apocalypse snow
Auteur : Jean-Christian Bergman
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Apocalypse snow
« Sur les doubles vitrages, le givre cristallisait des œuvres de hasard.
À mesure que les kilomètres défilaient, malgré un chauffage défaillant, le décor alentour perdait toute consistance, se muait en un flou blanchâtre.
Pour ce qu’il y avait à voir, de toute façon…
Le pays entier grelottait. D’année en année, le froid progressait, étendait son emprise bien au-delà des frontières, gagnait insensiblement toutes les parties du globe. Les contrées jusqu’ici favorisées cédaient petit à petit du terrain. La Floride par exemple était rentrée dans le rang ; fini le climat paradisiaque. Les milliardaires avaient tous plié bagage et s’en étaient allés vers des cieux plus hospitaliers. S’il en restait… Les nouvelles météorologiques étaient plutôt sujettes à caution. D’ailleurs les spécialistes se confinaient dans une réserve prudente. Ils ne cherchaient plus à expliquer, évitaient toutes prévisions de peur qu’on les rende responsables.
Bien calé sur sa chaise en plastique moulé fixée au sol, Bert Devasco n’en finissait pas de réchauffer un verre à demi plein d’un cognac potable entre ses deux mains épaisses aux doigts courts, bercé par le staccato monotone des boggies et l’atmosphère ouatée et presque rassurante du wagon-restaurant. Pour un peu, avec de la bonne volonté et pas mal d’imagination, on se serait cru ailleurs.
Enfin avant. »
Extrait de : JC Bergman. « Apocalypse Snow. »
Réseau liquidation par Adam Saint-Moore

Fiche de Réseau liquidation
Titre : Réseau liquidation
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1957
Editeur : Fleuve noir
Première page de Réseau liquidation
« Laura Pershing mélangea soigneusement un soupçon de vert et de blanc de son pinceau et se mit à étendre à petits coups précis une mince couche émeraude au ras du campanile à droite de son tableau.
Là-bas, à l’horizon, en face d’elle, le vrai campanile, les coupoles de Saint-Marc, les toits roses des vieilles Procuraties et toute la masse rose de Venise flottaient dans la claire vapeur d’argent des crépuscules de l’Adriatique.
C’était l’heure où cette clarté évanescente, pâle, rayonnante et fugace, scintille au ras des lagunes torpides, des somptueux palais et des canaux, avant de se dissoudre. Il fallait faire vite pour la saisir. Dans une demi-heure tout au plus, elle aurait mystérieusement fondu et la nuit absorberait Venise.
Consciencieusement, la jeune femme acheva de poser sa couleur, puis recula d’un pas, regarda son tableau avec attention et fit la moue.
C’était mauvais, évidemment. Trop léché. Encore un de ces infects chromos comme elle pouvait en réaliser sans effort, des séries. Fidèle et ressemblant. Il n’y manquait que ce don de la couleur qui fait les vrais peintres. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Réseau liquidation. »
Protection collective par Adam Saint-Moore

Fiche de Protection collective
Titre : Protection collective
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1959
Editeur : Fleuve noir
Première page de Protection collective
« Le tueur écarta doucement les volets de la fenêtre, regarda la rue où un groupe de jeunes gens passaient en riant, et commença à s’installer méthodiquement. Il ôta sa veste et la plia sur le dossier d’une chaise, avec soin, déboutonna le col de sa chemise, et respira avec plaisir.
Il faisait extrêmement chaud depuis une semaine et New York fumait et ondulait sous le soleil comme une plaque de métal au-dessus du feu.
Ensuite le tueur ouvrit sa petite mallette et en retira, avec des gestes soigneux, les trois parties d’une carabine enveloppée de chiffons huileux. Il avait de grandes mains soigneuses d’artisan. Sans se hâter, comme un bon ouvrier, il adapta les trois morceaux et frotta la culasse et la crosse avec un chiffon. Il plaça le chargeur de six balles d’un coup sec du poignet puis fixa le silencieux. Quand ce fut fait, il s’assit sur la chaise et se mit à régler le viseur télescopique. Il le régla pour un tir à cent cinquante mètres. C’était exactement la distance qui séparait la fenêtre de la maison du Professeur La Varla. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Protection collective. »
Les comptes du petit poucet par Adam Saint-Moore

Fiche de Les comptes du petit poucet
Titre : Les comptes du petit poucet
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les comptes du petit poucet
« Georges rampa un instant sur l’épaisse moquette, comme il l’avait vu faire aux soldats dans la jungle, à la télévision, puis se dressa brusquement et brandit la petite mitraillette en plastique qui crachait des étincelles rouges.
— Pan ! pan ! pan ! pan ! hurla-t-il en visant la centaine de silhouettes imaginaires, armées jusqu’aux dents, qui avaient brusquement surgi de la ligne des grandes herbes et des cocotiers. Les féroces guerriers culbutèrent comme des quilles. Ils commençaient même à s’enfuir en criant de peur et Georges se préparait à les pourchasser afin de transformer leur fuite en déroute, quand la mince silhouette de miss Dorothy se dressa devant lui.
— Georges, my dear boy, soyez assez gentil pour me donner cette chose infernale, s’il vous plaît.
La voix était douce mais implacable. Miss Dorothy ne criait jamais. Elle n’avait pas besoin de crier, d’ailleurs. Elle possédait cette douceur qui décourage la révolte. Avec un soupir de résignation, Georges tendit la mitraillette et regarda se fondre dans la brousse les farouches Watutsi. Ils l’avaient échappé belle ! »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Les comptes du Petit Poucet. »
Le sang des idoles par Adam Saint-Moore

Fiche de Le sang des idoles
Titre : Le sang des idoles
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1964
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le sang des idoles
« Alan Gildar regarda autour de lui d’un air attentif. Il avait l’air d’un loup bien élevé, très beau et un peu maigre. Un loup blond. Il tenait cette blondeur de son ascendance germanique. Son père l’avait emmené à New York quand il avait moins d’un an. Il ne gardait de son Allemagne natale qu’un souvenir extrêmement vague et confus ; entre autres, celui d’une grande femme au doux visage qui se penchait vers lui et lui souriait en chantant des chansons. C’était sa grand-mère, la mère de son père.
Alan ne gardait pas un bon souvenir de son séjour à New York. Ils étaient pauvres et la pauvreté est très exactement considérée comme un vice. Alan avait grandi dans les sales coins de Brooklyn et il y avait reçu ce dressage, comme disent les psychologues, qui transforme le plus doux des gosses en une sorte de bête féroce qui se bat pour survivre.
Les terribles « clans » de gosses, les gangs d’adolescents qui règnent littéralement sur les quartiers pauvres à la façon dont les petits féodaux de l’Europe médiévale le faisaient sur leurs fiefs, sont un des problèmes les plus inquiétants de ce temps et nul adolescent ne passe impunément par ce genre d’école. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Le sang des idoles. »
Le feu à la mèche par Adam Saint-Moore

Fiche de Le feu à la mèche
Titre : Le feu à la mèche
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1956
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le feu à la mèche
« Le petit Esteban resserra frileusement le col de son manteau autour de son maigre cou et lança un regard aigu dans la rue. Un vent aigre chassait de minces ondées sur les trottoirs luisants de l’avenue vide. Esteban leva ses yeux fiévreux sur les baies illuminées de l’Ambassade. Accroché au balcon du premier, le drapeau trempé se balançait lourdement comme un pendu. Esteban cracha devant lui, violemment, et se rejeta dans l’ombre de la porte-cochère. La nuit d’hiver descendait lentement sur Washington.
Esteban avait trente ans, à peu près. Son visage émacié, basané et grêlé, était tendu, mais calme. Un visage appliqué comme celui d’un coureur de cent mètres qui ne veut pas manquer le départ. Le gros colt 45 faisait une bosse dans sa poche et il en serrait la crosse comme une main amicale.
Un policier en uniforme, revêtu du large ciré noir, faisait les cent pas sous la pluie, devant la porte de l’Ambassade. Un grand gars costaud à la démarche lourde et assurée. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Le feu à la mèche. »