Étiquette : Fleuve noir

 

La nuit du chat par Adam Saint-Moore

Fiche de La nuit du chat

Titre : La nuit du chat
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1967
Editeur : Fleuve noir

Première page de La nuit du chat

« Le bonhomme était miteux. Toute une vie de difficultés, d’échecs et d’humiliations avait coulé sur ce visage tiré vers le bas, avec ses yeux tristes de clown et sa grande bouche aux commissures affaissées, et, sur ce corps au dos rond, ce dos frileux et craintif qui semblait garder le souvenir de longues séries de coups de pieds aux fesses.

Les vêtements, eux aussi, mystérieusement, avaient une « expression » de résignation. Les vêtements, par une loi singulière, participent de la psychologie de leurs propriétaires et prennent des « rides d’expression », comme disent les typologues. Il existe des vêtements arrogants, enflés, pleins d’eux-mêmes, des vestons paisibles et probes, des pantalons loufoques et des imperméables pervers. Le manteau, pourtant propre, du bonhomme, et son costume étalaient la fatigue, la peur et aussi la ruse.

Car il y avait de la ruse dans ce visage chevalin et morne. Elle se lisait dans les yeux, à la fois observateurs et fuyants qui clichaient à la dérobée, à la sournoise, puis se baissaient vite, comme pris en faute. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « La nuit du chat. »

La dernière battue par Adam Saint-Moore

Fiche de La dernière battue

Titre : La dernière battue
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1968
Editeur : Fleuve noir

Première page de La dernière battue

« Si seulement il avait pu pleuvoir, ça aurait plus ou moins gâché le plaisir de ces messieurs et dames ! Patauger dans des layons noyés de flaques et recevoir des averses quand on lève son fusil, ça calme les plus enragés et ça défraîchit les plus ravissantes tenues de chasse ! Mais non, il allait faire beau ! Il allait même faire très beau. Il suffisait de lever le nez pour s’en rendre compte !
Le ciel virait au rose tendre du côté de l’est et il étendait un grand drap bien tendu, d’un bleu pâle, couleur de gorge de tourterelle, sans une tache, sans une salissure, sans un nuage. En ce moment-ci, le père Dubuc, le garde-chasse, devait inspecter le même ciel, avec son œil infaillible d’adjupète qui inspecte le permissionnaire, et tirailler sa moustache de sanglier d’un air satisfait : ça irait ! Les invités pourraient, en toute quiétude, massacrer les faisans et les lapins de Monsieur. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « La dernière battue. »

Ça se mange froid par Adam Saint-Moore

Fiche de Ça se mange froid

Titre : Ça se mange froid
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Ça se mange froid

« La retraite, je la sens venir et s’approcher à la façon d’un petit matin mélancolique qui pointe, inexorablement, à l’horizon. Elle est, chaque jour, plus proche. Chaque jour, quand je me rends au bureau, je la devine qui gagne encore sur moi, qui va me tomber dessus à la date prévue.

Prévue, la date, elle l’est, et par tout le Service. On ne laisse pas partir l’O.P. Paumard, un des vieux de la vieille, comme un simple planton. C’est que je suis quelque chose comme un cas ! Simple O.P. à cinquante-deux ans, après vingt-six ans de service, après avoir fait la carrière type du flic de la P.J. : gardien de la paix, secrétaire suppléant à la Mondaine et aux Garnis, affecté au commissariat du Faubourg Montmartre après le concours de secrétaire, j’ai suivi tout le parcours du flic modèle, sauf le concours de commissaire. Manque de bagage et de diplômes, et aussi le manque de pot : je suis arrivé au mauvais moment, quand la nouvelle génération des forts en thème d’après la Libération rappliquait avec ses diplômes supérieurs et tout le toutim. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « Ça se mange froid. »

Les clans de l’étang vert par Adam Saint-Moore

Fiche de Les clans de l’étang vert

Titre : Les clans de l’étang vert (Tome 9 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les clans de l’étang vert

« Athyr se demandait quel était l’âge de la Grande Forêt. Depuis qu’elle pénétrait dans ses profondeurs, avec les hommes du clan, et que son immensité paraissait sans limites, elle s’interrogeait sur ses origines. Avait-elle commencé à croître dès les temps primordiaux ? Ou bien avait-elle surgi sur les décombres, après la Grande Désolation, quand la Terre avait été ravagée par la folie des hommes ?

L’ORGA, la Grande Organisation universelle, n’aimait pas les forêts. Elle les avait supprimées à chaque fois qu’elle l’avait pu. La Planification donnait la terre aux Fermes d’État, et district par district, les zones sylvestres avaient disparu, laissant la place aux champs et aux rizières. Le grand État rationnel savait que les rebelles et les déviants vont toujours se cacher dans les ombres et les labyrinthes des forêts, où l’ordre ne pénètre pas. Et les Matriarches, responsables de la loi, savaient que toutes les vieilles magies, les rêves et les puissances irrationnelles, se réfugient et prennent force dans le silence et la lumière tamisée de ses clairières. C’est pourquoi elles avaient fait abattre, impitoyablement, toutes les zones forestières, là où elles l’avaient pu. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « Les clans de l’étang vert – ORGA. »

Les ombres de la mégapole par Adam Saint-Moore

Fiche de Les ombres de la mégapole

Titre : Les ombres de la mégapole (Tome 8 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les ombres de la mégapole

« — Par la Matriarche Originelle ! grommela Bourka, une des Miliciennes qui marchait en tête de la colonne. Pourquoi faut-il de nouveaux territoires ?

— Parce que la population s’agrandit, pardi ! répondit la Gradée qui marchait sur le flanc de la colonne.

La Gradée s’appelait Gloka. C’était une dure à cuire qui avait fait presque toute sa carrière dans les Zones d’Insécurité, et qui en avait ramené les cicatrices qui marquaient son visage et ses bras.

— On manque de bonne terre pour implanter de nouvelles Fermes d’État, reprit-elle, sentencieuse comme une maîtresse d’école. Alors, il faut défricher et trouver des terres qui ne soient pas pourries. Et ça n’est pas facile, dans tous les Districts.

Toutes les Miliciennes hochèrent la tête. Toutes conservaient dans leur mémoire, obscurément présente, l’image de la Terre empoisonnée, telle qu’elle était apparue après la Grande Désolation, avant la fondation de l’UMAT, et que l’ORGA instaure son ordre sur la planète dévastée par la folie des hommes. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « Les ombres de la mégapole – ORGA. »

L’hérésiarque par Adam Saint-Moore

Fiche de L’hérésiarque

Titre : L’hérésiarque (Tome 7 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’hérésiarque

« Les chèvres commençaient à s’égailler à travers la rocaille semée de plantes odoriférantes. C’était comme si elles avaient compris que le vieil Eti, le vieux mâle à tignasse blanche qui les gardait s’était endormi. Il ronflait à l’ombre d’un buisson, et son chien, assis à côté de lui, se taisait.

Orsa regarda le vieil homme d’un œil indifférent. Elle aurait dû, selon le règlement, le réveiller à coups de fouet et lui infliger une punition, mais elle se souciait de cet Eti comme du lézard en train de se chauffer au soleil, à quelques pas des sabots de son cheval. En fait, elle ne le voyait même pas. Pas plus qu’elle ne voyait le troupeau qui s’égaillait le long des pentes. Elle songeait, en écoutant le vent dans les hautes herbes. Quand elle était ainsi, nul bruit ou voix, ou reflet du monde extérieur ne pouvait l’atteindre. Elle pouvait rester de la sorte, immobile, pendant des heures, à écouter ce que seule elle entendait. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « L’hérésiarque – ORGA. »

La traque d’été par Adam Saint-Moore

Fiche de La traque d’été

Titre : La traque d’été (Tome 6 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de La traque d’été

« Quand le deuxième appel, strident, de la trompette retentit dans la cour, ce fut presque la panique dans la chambrée.

— Magnez-vous les fesses ! gueula la grosse Ghéra, on va encore se démerder pour être les dernières au rassemblement !

Depuis la veille, la grosse Ghéra était sous pression, comme toutes les filles de la patrouille. C’était toujours ainsi, à la fin des stages, à la veille du Grand Rassemblement, quand la Traque allait commencer. Ça mettait les Filumats dans un état d’excitation terrible. Toutes piaillaient et s’agitaient comme une portée de souris ivres.

— Ma dague ? glapit Sekou, une blonde semée de taches de rousseur. Qui m’a piqué ma dague ?

— Elle est là, ta dague ! dit placidement la brune Jova qui la contemplait avec pitié de ses yeux verts. Sur ton pieu ! »

Extrait de : A. Saint-Moore. « La traque d’été – ORGA. »

La vingt-sixième réincarnation par Adam Saint-Moore

Fiche de La vingt-sixième réincarnation

Titre : La vingt-sixième réincarnation (Tome 5 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de La vingt-sixième réincarnation

« Le soleil allait se coucher dans moins d’une heure maintenant – et Blinska savait avec quelle rapidité il baissait et disparaissait dans ces contrées perdues. En quelques minutes à peine, il allongeait soudain des ombres démesurées, rougeoyait, et disparaissait dans ses brumes mauves. Et la nuit était là. Opaque, sauf si la lune montait de derrière ces montagnes pelées.

La nuit allait venir et la vieille continuait de marcher en marmonnant, comme si de rien n’était. Elle continuait sans rien voir, apparemment, comme elle le faisait chaque jour, depuis un mois qu’elles étaient parties.

La jeune Noire soupira en regardant la petite silhouette frêle, engoncée dans sa tunique rose aux teintes défraîchies, de la vieille Matriarche. C’était, certes ! Une sainte femme, une admirable prêtresse et une des plus respectées parmi « les Sœurs de Lumière », mais vivre avec elle et la protéger était un travail éreintant. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « La vingt-sixième réincarnation – ORGA. »

La mémoire de l’archipel par Adam Saint-Moore

Fiche de La mémoire de l’archipel

Titre : La mémoire de l’archipel (Tome 4 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de La mémoire de l’archipel

« Le vent qui soufflait depuis la veille s’arrêta. Les vagues qui se creusaient et cognaient s’apaisèrent. D’un coup, la mer redevint presque étale et d’un bleu limpide, avec de longues zones pourpres, là où dérivaient les immenses bancs d’algues visqueuses. Il en existait dans plusieurs zones maritimes, où ils déplaçaient, au gré des courants, leurs étendues gluantes, aux millions de ventouses. Malheur aux bancs de poissons, ou aux barques qui y pénétraient ! Ils n’en ressortaient jamais. Ils étaient inexorablement absorbés et dissous par les sucs acides et les milliards de petits tentacules, mi-végétal, mi-animal, qui s’agitaient dans ces espèces de continents flottants. Toutes les flottilles de pêche redoutaient ces îles herbeuses, d’un rouge sombre ; même les grandes unités militaires, les grands galiors et les vedettes de surveillance de l’ORGA les évitaient.

— Regarde cette saloperie ! grommela Kouima, en montrant, à quelques centaines de mètres de la barque, un de ces tapis pourpres qui ondulait mollement. Avec un peu de déveine, on aurait pu y entrer dedans, cette nuit… »

Extrait de : A. Saint-Moore. « La mémoire de l’archipel – ORGA. »

3087 par Adam Saint-Moore

Fiche de 3087

Titre : 3087 (Tome 3 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de 3087

« La chasse durait depuis trois jours.

Ils avaient levé la bête – un solitaire colossal – près des marécages où elle se plaisait. On y retrouvait souvent les bauges empestées où elle avait vautré sa carcasse hirsute. Plusieurs fois, des équipes de bûcherons qui revenaient des coupes l’avaient aperçue qui trottait dans les taillis. Tous la décrivaient sombre de poil et faisant deux fois la taille d’un sangolar normal.

Et puis, sans vraiment la chercher, en promenant ses chiens, à l’aube il y avait deux jours de ça, Mouira l’avait levée, dans cette terre humide, à la limite des grands étangs. Les chiens avaient tout de suite flairé son odeur et s’étaient mis à aboyer furieusement. Alors le vieux mâle s’était dressé hors de son trou fangeux et avait montré sa tête barbue au long groin
corné et la double boucle de ses défenses formidables. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « 3087 – ORGA. »