Étiquette : Fleuve noir
Blue par Joël Houssin

Fiche de Blue
Titre : Blue
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir
Première page de Blue
« Starlette commençait à me débecter. Je comprenais maintenant pourquoi Blue l’avait larguée. J’aurais dû me douter. Et moi, bonne pomme, quand je l’avais vue, toute seule sur ses roulettes, au milieu de la piste du Trocade, j’avais rien trouvé de mieux que de lui proposer la botte. L’occase, le pigeon inespéré, elle avait plongé à pieds joints, me faisant croire, poussant le vice qu’elle avait grossier, que j’avais tout juste la pointure pour la mériter. C’est sans doute de l’avoir aperçue si souvent aux côtés de Blue qui m’avait trompé. La régulière du chef, évidemment elle en jetait à l’époque. Saboulé brillance, sa chevelure noire interminable qui flottait comme l’étendard des Patineurs quand elle dévalait, l’œil souligné velours, les toboggans du Champ de Mars. J’aurais parié qu’un envieux, sur un coup de folie, aurait pu décapiter Blue pour cette gonzesse. »
Extrait de : J. Houssin. « Blue. »
Angel felina par Joël Houssin

Fiche de Angel felina
Titre : Angel felina
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Angel felina
« Le type au blouson râpé commença par se racler la gorge, à toussoter légèrement comme s’il allait entrer dans le premier acte d’un opéra lyrique.
— Je marchais depuis deux heures quand j’ai aperçu ce bar de la rue de Buci. Je savais pas bien s’il était encore ouvert ou non. Il y avait de la lumière mais il était tard. J’ai quand même poussé la porte. Le barman nettoyait un verre et une femme d’une quarantaine d’années fumait une cigarette derrière le bar. C’était la seule cliente, à part moi. Je me suis installé à deux tabourets d’elle et j’ai commandé une bière. J’ai demandé aussi si je pouvais manger quelque chose. Le barman m’a regardé comme si un chapelet de furoncles me poussait sur la frite et la fille s’est marrée. J’ai tout de même compris à quel genre de bar j’avais affaire quand la blonde est descendue de son perchoir pour venir vers moi. « Vous m’offrez un glass ? » qu’elle a fait. C’était un de ces bars de poche qu’on appelle « américains » et qu’on trouve un peu partout dans Paris ouverts jusqu’à quatre, cinq heures du matin. Avec de l’alcool et des poules. »
Extrait de : J. Houssin. « Angel Felina. »
Dans le ventre de la bête… par David Rome
Fiche de Dans le ventre de la bête…
Titre : Dans le ventre de la bête… (Tome 6 sur 6 – SCUM)
Auteur : David Rome
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Dans le ventre de la bête…
« Le commissariat de la 87e Rue, face au Grand Réservoir de Central Park, reçut le premier appel.
Le téléphone sonnait sans interruption depuis le début de la soirée. C’était une de ces sales nuits où toutes les putains, tous les travestis, les violeurs, les dealers, détrousseurs de tout poil semblaient avoir donné rendez-vous au reste de l’humanité. Un samedi soir humide, chaud et poisseux comme New York en connaissait trop depuis quelques semaines. Une de ces soirées où le métier de flic prenait des dimensions cosmiques.
Il y avait eu dix-sept appels pour agressions entre vingt heures trente et vingt et une heures. Trente minutes pour un record. Le hululement sinistre des voitures de police crevait la nuit épaisse, rebondissait en échos discordants sur le glacis des buildings.
L’inspecteur Motta releva sa casquette et s’épongea le front d’un revers de manche. En temps ordinaire, il ne bossait ni le samedi ni le dimanche. »
Extrait de : D. Rome. « SCUM – Dans le ventre de la bête… »
Opération Satan par David Rome
Fiche de Opération Satan
Titre : Opération Satan (Tome 3 sur 6 – SCUM)
Auteur : David Rome
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Opération Satan
« Le commandant Hussein entendit claquer dans son dos la porte de la cabine de pilotage. Il comprit aussitôt ce qui arrivait en enregistrant, juste à hauteur de sa nuque, les claquements métalliques d’une culasse qui se refermait, et d’un percuteur qui heureusement ne rencontrait que le vide.
– Simple avertissement ! grinça la voix au fort accent libanais du pirate de l’air.
L’homme armé se tenait à quelques dizaines de centimètres du commandant de bord.
Il y eut un nouveau cliquetis d’arme, une autre manipulation de la culasse. Le pilote du 747 sut qu’une cartouche venait d’être introduite dans la chambre du pistolet mitrailleur pointé sur son occiput. Celui qui le tenait en joue n’avait plus désormais qu’à presser la détente. La pointe du percuteur écraserait l’amorce et son crâne exploserait comme un fruit pourri.
Hussein dont le visage s’était couvert d’une abondante transpiration leva instinctivement les mains. Ses trois coéquipiers – le second, le radio, le mécanicien de bord – l’imitèrent aussitôt sans même qu’on les en prie. »
Extrait de : D. Rome. « SCUM – Opèration Satan. »
Le soleil ne se lève plus sur Tokyo par David Rome
Fiche de Le soleil ne se lève plus sur Tokyo
Titre : Le soleil ne se lève plus sur Tokyo (Tome 2 sur 6 – SCUM)
Auteur : David Rome
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le soleil ne se lève plus sur Tokyo
« Yoshimura Yoji était tellement habitué aux séismes qu’il n’accorda pas plus d’une seconde d’attention aux vibrations qui agitèrent les vitres de son bureau et firent déborder l’eau du bain-marie où finissait de tiédir son saké. A cette heure de l’après-midi, Yoshimura se laissait volontiers investir par une certaine langueur due tout autant à l’alcool, dont il abusait après avoir appris qu’un tiers des rescapés d’Hiroshima étaient de gros buveurs, qu’aux matinées épuisantes qu’il consacrait à sillonner l’usine de Kawasaki en hurlant des ordres que plus personne n’écoutait.
Aussi est-ce dans un état de parfaite béatitude qu’il regarda s’émietter la baie vitrée qui séparait son bureau de la partie sud de l’usine, le quartier des composants électroniques. Là encore, le tremblement de terre lui vint automatiquement à l’esprit. Il rectifia mentalement le degré d’amplitude qu’il avait accordé à la première secousse. »
Extrait de : D. Rome. « SCUM – Le Soleil Ne Se Lève Plus Sur Tokyo. »
La variole rouge par David Rome
Fiche de La variole rouge
Titre : La variole rouge (Tome 1 sur 6 – SCUM)
Auteur : David Rome
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de La variole rouge
« Le pur-sang galopait librement dans la prairie, bondissant comme un cabri dans les hautes herbes frémissantes de capitules dorées. L’automne, précoce, tachait de rouille les bosquets du ranch.
Perché sur un énorme cheval de selle aux balzanes velues, le lieutenant-colonel Fairfax surveillait les ébats de son yearling. Pour ce poulain à la robe noire et luisante, il imaginait déjà les plus belles heures de gloire. Son père, prématurément accidenté à l’aube d’une superbe carrière, lui avait donné la vitesse, et sa mère, une authentique championne, transmis le fond, la résistance, la tenue. Doté d’impressionnants points de force, le poulain promettait beaucoup. Pour lui, Fairfax rêvait déjà du King George et, plus loin encore, de l’Arc de Triomphe, la prestigieuse épreuve française, du Washington D. C… Coiffé d’un melon typiquement britannique, Fairfax s’imaginait aux premiers rangs de toutes ces fêtes, l’objet de tous ces honneurs. »
Extrait de : D. Rome. « SCUM – La Variole Rouge. »
L’écho des suppliciés par Joël Houssin
Fiche de L’écho des suppliciés
Titre : L’écho des suppliciés
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir / Gore
Première page de L’écho des suppliciés
« D’abord vint la tempête…
À la Pierre-Saint-Luc, la station la plus élevée de la région, le paysage se métamorphosait d’heure en heure. La veille encore, la hauteur de neige était à peine suffisante pour le ski alpin. Les rochers affleuraient la surface glacée des pistes. Le Couloir de l’Observatoire et le Mur des Bouquetins, deux pistes classées noires, étaient fermées, jugées impraticables et dangereuses. Seules les descentes vertes, bleues et quelques rouges étaient mises à la disposition des premiers vacanciers. Mais le plus gros de la troupe arrivait le lendemain et pas le moindre nuage chargé de flocons ne se profilait à l’horizon. Un soleil insolent éclaboussait les pistes-miroirs dentelées d’énormes racines et de roches noirâtres. Pendues à leur câble comme de vilains fruits, les télécabines se balançaient en grinçant, bercées par une brise tiédasse qui accélérait encore la fonte. Tout comme la saison précédente, le redoux surgissait trois mois trop tôt. À la suite de ce printemps prématuré, les locations étaient tombées de quinze pour cent. Cette fois, le personnel de la station sombrait franchement dans la morosité. L’année prochaine, la fréquentation chuterait de moitié. Certains commerçants, devant la répétition de cette hostilité climatique, avaient déjà renoncé, tiré le rideau et étaient redescendus dans la vallée. »
Extrait de : J. Houssin. « L’écho des suppliciés. »
L’autoroute du massacre par Joël Houssin
Fiche de L’autoroute du massacre
Titre : L’autoroute du massacre
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir / Gore
Première page de L’autoroute du massacre
« C’est l’Aîné qui avait commencé à manger des choses vivantes. Dès le lendemain de la mort du Père, tout ratatiné dans la Boîte Blanche, rongé de l’intérieur. Respectant les ordres de la Mère, l’Aîné s’était mis à creuser un trou dans la terre, piochant le sol avec ses ongles. Le Cadet, assis au bord de la fosse, regardait faire son frère. C’est ainsi qu’il le vit ramasser une limace, la poser dans le creux de sa paume, l’observer un instant avant, d’un geste brusque, se la coller en bouche. Le Cadet, effrayé, crut que le Père allait se réveiller pour dérouiller son frère. L’Aîné, la grosse limace posée sur la langue, fixait son père, insolent et provocant. Il posa ses poings sur ses hanches, fila un coup de pied au Père et se mit à mastiquer longuement la limace. Le Cadet poussa un glapissement de terreur et s’enfuit à toutes jambes vers la Boîte Blanche.
Il revint quelques instants plus tard, progressant par bonds prudents. L’Aîné en était déjà à sa troisième limace et à son cinquième lombric. Il les gobait en riant et en se frottant le ventre. »
Extrait de : J. Houssin. « L’autoroute du massacre. »
Dix de der par Joël Houssin

Fiche de Dix de der
Titre : Dix de der (Tome 15 sur 19 – Le Dobermann)
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir
Première page de Dix de der
« Le 22 mars, date décidément fâcheuse pour l’équilibre de la nation, Joseph Ayache, alias Jo le Triste, s’évada en compagnie de deux autres détenus du fourgon cellulaire qui les transportait au palais de justice de Versailles. Au cours de cette évasion, un gardien fut tué et un autre grièvement blessé au visage et aux jambes.
Trois semaines plus tard, Benoît, Camel et Dominique Versini, complices d’Ayache, étaient repris dans un bar de Nice. Les deux gangsters n’étaient pas armés. Ils s’apprêtaient à passer en Italie.
Joseph Ayache, lui, courait toujours. Il avait quitté ses deux compagnons de cavale dès le lendemain de l’évasion sanglante, et traversé la France pour rejoindre son jeune frère, Jean-Claude, dit Moustique, qui prenait quelques jours de vacances en Haute-Savoie. Le gang du Dobermann était ainsi réuni au grand complet. Il n’allait plus tarder à faire parler de lui.
Le gang était composé de cinq hommes et deux femmes. Outre Yann Lepentrec, le Dobermann, il y avait Karine Erdal, sa maîtresse, Jean-Claude et Joseph Ayache, Louis Vilberstein, le gitan aux yeux vairons, Élie Frossart, dit l’Abbé, propriétaire du chalet où le gang séjournait, et Sylvie Furiani, ex-femme de Michel Mondiloni, abattu à Paris par les policiers de la brigade antigang. L’arrivée de Jo le Triste coïncida avec les premiers méfaits de la bande. »
Extrait de : J. Houssin. « Dix de der – Le Dobermann. »
Terreur par Benoît Becker

Fiche de Terreur
Titre : Terreur
Auteur : Benoît Becker
Date de parution : 1955
Editeur : Fleuve noir
Première page de Terreur
« Était-ce encore elle ? Ou bien était-ce une plainte plus déchirante du vent dans les couloirs du château ? Ou quelque chose qui avait grincé dans le parc ?
Non, c’était elle. C’était sa voix. Cela commençait comme une plainte, la plainte sourde de quelqu’un qui a mal et qui supplie. Et puis, au travers des longs couloirs, passant par des portes pourtant fermées, franchissant les chambres désertes et glacées, le cri.
Thorwald s’était redressé dans son lit. Un moment, il s’était bouché les oreilles, il avait plaqué avec violence ses mains sur ses oreilles et sur ses tempes, mais il ne pouvait pas s’empêcher d’entendre le cri qui sautait hors de la nuit et lui entrait dans la tête.
— Assez ! dit-il. Tais-toi !
Il se mit à crier ;
— Tais-toi ! Tais-toi !
Il retomba haletant sur sa couche, couvert de sueur, souhaitant que cela fût un rêve. »
Extrait de : B. Becker. « Terreur. »