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Les vacances du lundi par Théophile Gautier

Fiche de Les vacances du lundi
Titre : Les vacances du lundi
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1881
Editeur : BnF
Sommaire de Les vacances du lundi
- Les Vosges
- Vues de Savoie et de Suisse
- La fête des vignerons à Vevey
- Une visite dans la montagne
- Voyage d’exploration sur la Meuse par le chaland la Beauté
- Le mont Blanc
- Le mont Cervin
Première page de Les Vosges
« Épinal n’a rien de bien pittoresque. On croirait aisément le contraire en regardant le charmant dessin que M. Bellel en a fait. Cette petite rivière coulant sur les sables d’un lit trop grand pour elle en été, bordée d’arbres élégants, à travers lesquels on aperçoit les maisons de la ville avec leurs hauts murs et leurs toits de tuiles à l’italienne, compose un premier plan dont l’artiste a tiré le meilleur parti. L’arche du pont termine bien la perspective, et le dôme ou, si ce mot est trop ambitieux, le clocheton de l’église en forme avec bonheur le point culminant. Par son imagerie légendaire, Épinal se rattache d’ailleurs à l’art. Jadis, des Byzantins, plus naïfs que ceux du mont Athos, y plaquaient de rouge, de bleu et de jaune les grossières gravures sur bois représentant la Madone de Lorette, le Juif errant, Saint Hubert et le Cerf miraculeux, Pyrame et Thisbé, les Quatre Fils Aymon, Geneviève de Brabant, et autres sujets éternellement populaires. Fasse le ciel que la civilisation n’amène pas la décadence dans cette industrie primitive en la voulant perfectionner ! Le progrès enlèverait tout caractère à ces images. »
Extrait de : T. Gautier. « Les Vacances du lundi. »
Les rouées innocents par Théophile Gautier

Fiche de Les rouées innocents
Titre : Les rouées innocents
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1863
Editeur : BnF
Première page de Les rouées innocents
« Plusieurs calèches, crottées jusqu’aux capotes, attelées de chevaux de poste fumants, arrivèrent à de petites distances l’une de l’autre, avec un grand tintamarre de coups de fouet et de grelots, devant la porte d’un des plus célèbres restaurateurs du Palais-Royal, vers six ou sept heures du soir, un jour qu’il y avait eu sur les rives de la Bièvre une de ces courses au clocher, entremêlées d’averses, où les gentlemen-riders auraient autant besoin de parapluies que de cravaches.
Il sortit des voitures quelques hommes, dont aucun n’était vieux, et quelques jeunes femmes à qui un goût sévère n’aurait guère pu reprocher autre chose que d’être trop bien mises et d’une élégance trop voyante, pour emprunter au style figuré des modistes et des couturières cette hypallage qui leur sert à désigner tout objet ou toute couleur qui attire l’œil.
La troupe joyeuse ou du moins turbulente s’engouffra dans l’escalier, et les passants attirés par ce fracas purent entendre, pendant quelques minutes, des éclats de voix et de rire qui les firent penser en soupirant aux voluptés sans nombre qu’allaient savourer ces fortunés mortels. Les postillons, mis en belle humeur par les cinq francs de guide qu’ils venaient de recevoir, s’en retournèrent en faisant le plus triomphant vacarme du monde par manière de remerciement. »
Extrait de : T. Gautier. « Les Roués innocents. »
Les noces de Cana de Paul Véronèse par Théophile Gautier
Fiche de Les noces de Cana de Paul Véronèse
Titre : Les noces de Cana de Paul Véronèse
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1852
Editeur : BnF
Première page de Les noces de Cana de Paul Véronèse
« La gravure est aux arts plastiques ce que l’imprimerie est à la pensée, un puissant moyen de vulgarisation ; sans elle un chef-d’œuvre renfermé au fond d’une avare galerie resterait pour ainsi dire inconnu. Ils sont rares ceux qui peuvent, accomplissant un pieux pèlerinage, visiter les tableaux des grands maîtres dans les églises, les palais et les musées d’Italie, d’Espagne, d’Angleterre et de France. Malgré la facilité de communication tous les jours augmentée, il n’est pas donné encore à tout le monde d’aller à Corinthe. Rome, Venise, Parme, Florence, Naples, Gènes, Madrid, Séville, Londres, Anvers, Bruxelles, Dresde, renferment d’inestimables trésors, éternelle admiration, des voyageurs ; mais il existe beaucoup d’esprits intelligents, sensibles aux pures jouissances de l’art qui, pour des raisons de fortune et de position, par les occupations d’une vie forcément sédentaire, n’auraient jamais connu certains chefs-d’œuvre de Raphaël, de Titien, de Léonard de Vinci, de Paul Véronèse sans le secours de la gravure, dont l’invention a concordé par un parallélisme providentiel avec la renaissance des arts, comme l’imprimerie avait concordé avec la renaissance de la pensée. »
Extrait de : T. Gautier. « Les Noces de Cana de Paul Véronèse. »
Les Jeunes France par Théophile Gautier

Fiche de Les Jeunes France
Titre : Les Jeunes France
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1833
Editeur : BnF
Sommaire de Les Jeunes France
- Onuphrius, ou les vexations fantastiques
- Daniel Jovard, ou la conversion d’un classique
- Celle-ci et celle-là, ou la jeune france passionnée
- Elias Wildmandstadius, ou l’homme Moyen-Âge
- Le bol de punch
Première page de Onuphrius, ou les vexations fantastiques
« – KLING, kling, kling ! – Pas de réponse. – Est-ce qu’il n’y serait pas ? dit la jeune fille.
Elle tira une seconde fois le cordon de la sonnette ; aucun bruit ne se fit entendre dans l’appartement : il n’y avait personne.
– C’est étrange !
Elle se mordit la lèvre, une rougeur de dépit passa de sa joue à son front ; elle se mit à descendre les escaliers un à un, bien lentement, comme à regret, retournant la tête pour voir si la porte fatale s’ouvrait. – Rien.
Au détour de la rue, elle aperçut de loin Onuphrius, qui marchait du côté du soleil avec l’air le plus inoccupé du monde, s’arrêtant à chaque carreau, regardant les chiens se battre et les polissons jouer au palet, lisant les inscriptions de la muraille, épelant les enseignes, comme un homme qui a une heure devant lui et n’a aucun besoin de se presser. »
Extrait de : T. Gautier. « Les Jeunes France. »
Les grotesques Tome 2 par Théophile Gautier

Fiche de Les grotesques Tome 2
Titre : Les grotesques Tome 2
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1844
Editeur : BnF
Sommaire de Les grotesques Tome 2
- Colletet
- Chapelain
- Georges de Scudéry
- Paul Scarron
Première page de Colletet
« Ce fut à Paris la bonne ville, le 12 mars 1598, que naquit Guillaume Colletet, le héros de cette notice : il était le premier-né ; aussi fut-il bien venu. Mais il ne resta pas longtemps enfant unique, et sa mère, douée d’une fécondité égale à celle de la très célèbre mère Gigogne, cette Niobé du théâtre des Marionnettes, lui donna une ample compagnie de frères et de sœurs jusqu’à la concurrence de vingt-quatre, ce qui est un nombre presque fabuleux et tout à fait déplorable. Lorsqu’il s’agit de partager un héritage, quel agrément d’avoir, à trente ans, des petits frères de six semaines !
L’aîné de toute cette marmaille, le plus long de cette flûte de Pan composée d’enfants d’inégale grandeur, ne se destinait pas d’abord à ce glorieux métier de poète qu’il fit par la suite à la satisfaction de ses nombreux amis et même d’une certaine portion du public. Il étudia le droit et se fit recevoir avocat au parlement ; cependant il ne paraît pas qu’il ait jamais plaidé. »
Extrait de : T. Gautier. « Les Grotesques – Tome II. »
Les grotesques Tome 1 par Théophile Gautier

Fiche de Les grotesques Tome 1
Titre : Les grotesques Tome 1
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1844
Editeur : BnF
Sommaire de Les grotesques Tome 1
- François Villon
- Scalion de Virbluneau, sieur d’Ofayel
- Théophile de Viau
- Pierre de Saint-Louis
- Saint-Amant
- Cyrano de Bergerac
Première page de François Villon
« Une étude charmante et curieuse, c’est l’étude des poètes du second ordre : d’abord, comme ils sont moins connus et moins fréquentés, on y fait plus de trouvailles, et puis l’on n’a pas pour chaque mot saillant un jugement tout fait ; l’on est délivré des extases convenues, et l’on n’est pas obligé de se pâmer et de trépigner d’aise à de certains endroits, comme cela est indispensable pour les poètes devenus classiques.
La lecture de ces petits poètes est incontestablement plus récréative que celle des célébrités les plus reconnues ; car c’est dans les poètes du second ordre, je crois pouvoir l’avancer sans paradoxe, que se trouve le plus d’originalité et d’excentricité. C’est même à cause de cela qu’ils sont des poètes du second ordre. Pour être grand poète, du moins dans l’acception où l’on prend ce mot, il faut s’adresser aux masses et agir sur elles ; il n’y a guère que des idées générales qui puissent impressionner la foule ; chacun aime à retrouver sa pensée dans l’hymne du poète : c’est ce qui explique pourquoi la scène se montre si rebelle aux curiosités de la fantaisie. »
Extrait de : T. Gautier. « Les Grotesques – Tome I. »
Le roman de la momie par Théophile Gautier

Fiche de Le roman de la momie
Titre : Le roman de la momie
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1858
Editeur : BnF
Première page de Le roman de la momie
« Oph (c’est le nom égyptien de la ville que l’antiquité appelait Thèbes aux cent portes ou Diospolis Magna) semblait endormie sous l’action dévorante d’un soleil de plomb.
Il était midi ; une lumière blanche tombait du ciel pâle sur la terre pâmée de chaleur ; le sol brillanté de réverbérations luisait comme du métal fourbi, et l’ombre ne traçait plus au pied des édifices qu’un mince filet bleuâtre, pareil à la ligne d’encre dont un architecte dessine son plan sur le papyrus ; les maisons, aux murs légèrement inclinés en talus, flamboyaient comme des briques au four ; les portes étaient closes, et aux fenêtres, fermées de stores en roseaux clissés, nulle tête n’apparaissait.
Au bout des rues désertes, et au-dessus des terrasses, se découpaient, dans l’air d’une incandescente pureté, la pointe des obélisques, le sommet des pylônes, l’entablement des palais et des temples, dont les chapiteaux, à face humaine ou à fleurs de lotus, émergeaient à demi, rompant les lignes horizontales des toits, et s’élevant comme des écueils parmi l’amas des édifices privés. »
Extrait de : T. Gautier. « Le Roman de la momie. »
Le roi Candaule par Théophile Gautier

Fiche de Le roi Candaule
Titre : Le roi Candaule
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1893
Editeur : BnF
Première page de Le roi Candaule
« Cinq cents ans après la guerre de Troie, et sept cent quinze ans avant notre ère, c’était grande fête à Sardes. – Le roi Candaule se mariait. – Le peuple éprouvait cette espèce d’inquiétude joyeuse et d’émotion sans but qu’inspire aux masses tout évènement, quoiqu’il ne les touche en rien et se passe dans des sphères supérieures dont elles n’approcheront jamais.
Depuis que le Phœbus-Apollon, debout sur son quadrige, dorait de ses rayons les cimes du mont Tmolus fertile en safran, les braves Sardiens allaient et venaient, montant et descendant les rampes de marbre qui reliaient la cité au Pactole, cette opulente rivière dont Midas, en s’y baignant, a rempli le sable de paillettes d’or. On eût dit que chacun de ces honnêtes citoyens se mariait lui-même, tant ils avaient l’air important et solennel.
Des groupes se formaient dans l’agora, sur les degrés des temples, le long des portiques. À chaque angle de rue, l’on rencontrait des femmes traînant par la main de pauvres enfants dont les pas inégaux s’accordaient mal avec l’impatience et la curiosité maternelles. »
Extrait de : T. Gautier. « Le Roi Candaule. »
Le capitaine Fracasse Tome 2 par Théophile Gautier

Fiche de Le capitaine Fracasse Tome 2
Titre : Le capitaine Fracasse Tome 2
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1868
Editeur : BnF
Première page de Le capitaine Fracasse Tome 2
« Le duc de Vallombreuse fut assis avec précaution dans une chaise à porteurs, le bras bandé par le chirurgien et soutenu d’une écharpe. Sa blessure, quoiqu’elle le mît hors d’état de manier l’épée de quelques semaines, n’était point dangereuse ; sans léser artère ni nerf, la lame avait traversé seulement les chairs. Assurément sa plaie le faisait souffrir, mais son orgueil saignait bien davantage. Aussi, aux contractions légères que la douleur imprimait parfois aux sourcils noirs du jeune duc, se mêlait une expression de rage froide, et sa main valide égratignait de ses doigts crispés le velours de la chaise. Souvent, pendant le trajet, il pencha sa tête pâle pour gourmander les porteurs, qui cependant marchaient de leur pas le plus égal, cherchant les endroits unis pour éviter le moindre cahot, ce qui n’empêchait pas le blessé de les appeler « butors », et de leur promettre les étrivières, car ils le secouaient, disait-il, comme salade en panier. »
Extrait de : T. Gautier. « Le Capitaine Fracasse – Tome second. »
Le capitaine Fracasse Tome 1 par Théophile Gautier

Fiche de Le capitaine Fracasse Tome 1
Titre : Le capitaine Fracasse Tome 1
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1868
Editeur : BnF
Première page de Le capitaine Fracasse Tome 1
« Sur le revers d’une de ces collines décharnées qui bossuent les Landes, entre Dax et Mont-de-Marsan, s’élevait, sous le règne de Louis XIII, une de ces gentilhommières si communes en Gascogne, et que les villageois décorent du nom de château.
Deux tours rondes, coiffées de toits en éteignoir, flanquaient les angles d’un bâtiment, sur la façade duquel deux rainures profondément entaillées trahissaient l’existence primitive d’un pont-levis réduit à l’état de sinécure par le nivelage du fossé, et donnaient au manoir un aspect assez féodal, avec leurs échauguettes en poivrière et leurs girouettes à queue d’aronde. Une nappe de lierre enveloppant à demi l’une des tours tranchait heureusement par son vert sombre sur le ton gris de la pierre déjà vieille à cette époque.
Le voyageur qui eût aperçu de loin le castel dessinant ses faîtages pointus sur le ciel, au-dessus des genêts et des bruyères, l’eût jugé une demeure convenable pour un hobereau de province ; mais, en approchant, son avis se fût modifié. »
Extrait de : T. Gautier. « Le Capitaine Fracasse – Tome premier. »