Étiquette : Gautier
Le capitaine Fracasse par Théophile Gautier

Fiche de Le capitaine Fracasse
Titre : Le capitaine Fracasse
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1861
Editeur : Flammarion
Première page de Le capitaine Fracasse
« Sur le revers d’une de ces collines décharnées qui bossuent les Landes, entre Dax et Mont-de-Marsan, s’élevait, sous le règne de Louis XIII, une de ces gentilhommières si communes en Gascogne, et que les villageois décorent du nom de château.
Deux tours rondes, coiffées de toits en éteignoir, flanquaient les angles d’un bâtiment, sur la façade duquel deux rainures profondément entaillées trahissaient l’existence primitive d’un pont-levis réduit à l’état de sinécure par le nivelage du fossé, et donnaient au manoir un aspect assez féodal, avec leurs échauguettes en poivrière et leurs girouettes à queue d’aronde. Une nappe de lierre enveloppant à demi l’une des tours tranchait heureusement par son vert sombre sur le ton gris de la pierre déjà vieille à cette époque.
Le voyageur qui eût aperçu de loin le castel dessinant ses faîtages pointus sur le ciel, au-dessus des genêts et des bruyères, l’eût jugé une demeure convenable pour un hobereau de province ; mais, en approchant, son avis se fût modifié. »
Extrait de : T. Gautier. « Le Capitaine Fracasse. »
La morte amoureuse par Théophile Gautier

Fiche de La morte amoureuse
Titre : La morte amoureuse
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1995
Editeur : Flammarion
Sommaire de La morte amoureuse
- La cafetière
- Omphale
- La morte amoureuse
- Le pied de momie
Première page de La cafetière
« L’année dernière, je fus invité, ainsi que deux de mes camarades d’atelier, Arrigo Cohic et Pedrino Borgnioli, à passer quelques jours dans une terre au fond de la Normandie.
Le temps, qui, à notre départ, promettait d’être superbe, s’avisa de changer tout à coup, et il tomba tant de pluie, que les chemins creux où nous marchions étaient comme le lit d’un torrent.
Nous enfoncions dans la bourbe jusqu’aux genoux, une couche épaisse de terre grasse s’était attachée aux semelles de nos bottes, et par sa pesanteur ralentissait tellement nos pas, que nous n’arrivâmes au lieu de notre destination qu’une heure après le coucher du soleil.
Nous étions harassés ; aussi, notre hôte, voyant les efforts que nous faisions pour comprimer nos bâillements et tenir les yeux ouverts, aussitôt que nous eûmes soupé, nous fit conduire chacun dans notre chambre.
La mienne était vaste ; je sentis, en y entrant, comme un frisson de fièvre, car il me sembla que j’entrais dans un monde nouveau. »
Extrait de : T. Gautier. « La Morte amoureuse et autres nouvelles. »
La mille et deuxième nuit par Théophile Gautier

Fiche de La mille et deuxième nuit
Titre : La mille et deuxième nuit
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1898
Editeur : BnF
Première page de La mille et deuxième nuit
« J’avais fait défendre ma porte ce jour-là ; ayant pris dès le matin la résolution formelle de ne rien faire, je ne voulais pas être dérangé dans cette importante occupation. Sûr de n’être inquiété par aucun fâcheux (ils ne sont pas tous dans la comédie de Molière), j’avais pris toutes mes mesures pour savourer à mon aise ma volupté favorite.
Un grand feu brillait dans ma cheminée, les rideaux fermés tamisaient un jour discret et nonchalant, une demi-douzaine de carreaux jonchaient le tapis, et, doucement étendu devant l’âtre à la distance d’un rôti à la broche, je faisais danser au bout de mon pied une large babouche marocaine d’un jaune oriental et d’une forme bizarre ; mon chat était couché sur ma manche, comme celui du prophète Mahomet, et je n’aurais pas changé ma position pour tout l’or du monde. »
Extrait de : T. Gautier. « La Mille et Deuxième Nuit. »
La chaine d’or par Théophile Gautier
Fiche de La chaine d’or
Titre : La chaine d’or
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1896
Editeur : BnF
Première page de La chaine d’or
« LANGON la Milésienne fut en son temps une des femmes les plus à la mode d’Athènes. Il n’était bruit que d’elle dans la ville ; pontifes, archontes, généraux, satrapes, petits-maîtres, jeunes patriciens, fils de famille, tout le monde en raffolait. Sa beauté,
semblable à celle d’Hélène aimée de Pâris, excitait l’admiration et les désirs des vieillards moroses et regretteurs du temps passé. En effet, rien n’était plus beau que Plangon, et je ne sais pourquoi Vénus, qui fut jalouse de Psyché, ne l’a pas été de notre Milésienne. Peut-être les nombreuses couronnes de roses et de tilleul, les sacrifices de colombes et de moineaux, les libations de vin de Crète offerts par Plangon à la coquette déesse, ont-ils détourné son courroux et suspendu sa vengeance ; toujours est-il que personne n’eut de plus heureuses amours que Plangon la Milésienne, surnommée Pasiphile. »
Extrait de : T. Gautier. « La Chaine d’or. »
La belle Jenny par Théophile Gautier

Fiche de La belle Jenny
Titre : La belle Jenny
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1868
Editeur : BnF
Première page de La belle Jenny
« Une pâle aurore de novembre encore mal éveillée se frottait les yeux derrière une courtine de nuages grisâtres, et déjà le digne hôtelier Geordie se tenait debout sur le seuil de son auberge, les bras aussi croisés que le permettait un abdomen plus que majestueux, qui témoignait on ne peut plus favorablement de la cuisine du Lion rouge.
Il avait l’air profondément tranquille d’un aubergiste qui, étant unique, se sent maître de la situation et ne craint pas que les voyageurs puissent lui échapper ; car le Lion rouge était, en ce temps-là, la seule hôtellerie de Folkstone.
Folkstone, au temps où se passait l’histoire que nous entreprenons de raconter, n’était qu’un petit village dont les maisons de briques jaunes et de planches goudronnées s’échelonnaient un peu au hasard sur la pente qui, de la montagne, descend à la mer.
La maison de Geordie était une des plus belles, sinon la plus belle de Folkstone. À l’angle du bâtiment, au bout d’une volute de fer élégamment contournée, se balançait à la brise de mer le lion rouge découpé en tôle, dont les vapeurs salines de l’Océan nécessitaient de raviver fréquemment les couleurs, et qui, repeint depuis peu, flamboyait aussi fièrement qu’un lion de gueules sur champ d’or dans un manuel héraldique. »
Extrait de : T. Gautier. « La Belle Jenny. »
Jettatura par Théophile Gautier
Fiche de Jettatura
Titre : Jettatura
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1857
Editeur : BnF
Première page de Jettatura
« Le Léopold, superbe bateau à vapeur toscan qui fait le trajet de Marseille à Naples, venait de doubler la pointe de Procida. Les passagers étaient tous sur le pont, guéris du mal de mer par l’aspect de la terre, plus efficace que les bonbons de Malte et autres recettes employées en pareil cas.
Sur le tillac, dans l’enceinte réservée aux premières places, se tenaient des Anglais tâchant de se séparer les uns des autres le plus possible et de tracer autour d’eux un cercle de démarcation infranchissable ; leurs figures splénétiques étaient soigneusement rasées, leurs cravates ne faisaient pas un faux pli, leurs cols de chemise roides et blancs ressemblaient à des angles de papier Bristol ; des gants de peau de Suède tout frais recouvraient leurs mains, et le vernis de lord Elliot miroitait sur leurs chaussures neuves. On eût dit qu’ils sortaient d’un des compartiments de leurs nécessaires ; dans leur tenue correcte, aucun des petits désordres de toilette, conséquence ordinaire du voyage. »
Extrait de : T. Gautier. « Jettatura. »
Jean et Jeannette par Théophile Gautier

Fiche de Jean et Jeannette
Titre : Jean et Jeannette
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1863
Editeur : BnF
Première page de Jean et Jeannette
« La marquise de Champrosé est à sa toilette ; ses femmes l’accommodent. Le galant édifice de sa coiffure touche à sa fin. Des houppes de cygne s’échappe un nuage de poudre à la maréchale dont la marquise préserve ses yeux en tenant cachée sa charmante figure dans un cornet de maroquin vert-pomme, au grand désespoir de M. l’abbé, qui proteste contre cette éclipse.
Enfin l’opération est terminée ! Les cheveux blonds cendrés de la marquise relevés en hérisson sur le sommet de la tête, crêpés en neige sur chaque face, ont disparu sous cette poussière blanche qui s’allie si bien aux tons de pastel de sa peau. Un long repentir, faiblement bouclé, descend le long de son col et vient jouer sur sa poitrine un peu découverte.
Mme de Champrosé abaisse le fatal cornet, et son joli visage, frais comme une rose pompon, apparaît dans tout son éclat ; l’abbé ne se sent pas d’aise, il s’est levé brusquement de la duchesse où il était étendu et papillonne dans la chambre.
Dans sa joie, il heurte les meubles, renverse les porcelaines, gêne les femmes, fait japper le petit chien et glapir le sapajou effrayés de sa turbulence ; il jette au loin le malencontreux cornet, qu’il appelle l’éteignoir des grâces, et va se placer au bon point pour détailler les charmes de la marquise. »
Extrait de : T. Gautier. « Jean et Jeannette. »
Italia par Théophile Gautier
Fiche de Italia
Titre : Italia
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1855
Editeur : BnF
Première page de Italia
« Nous avons bien peur d’avoir marqué notre premier pas sur la terre étrangère par un acte de paganisme, une libation au soleil levant ! L’Italie catholique, qui sait si bien s’arranger avec les dieux grecs et romains, nous le pardonnera ; mais la rigide Genève nous trouvera peut-être un peu libertin. Une bouteille de vin d’Arbois, achetée en passant à Poligny, jolie ville au pied de la muraille jurassique qu’il faut franchir pour sortir de France, fut bue par nous au premier rayon du jour ! Phœbo nascenti ! Ce rayon venait de nous révéler subitement, au bas des dernières croupes de la montagne, le lac Léman, dont quelques plaques miroitaient sous la brume argentée du matin.
La route descend par plusieurs pentes, dont chaque angle découvre une perspective toujours nouvelle et toujours charmante.
Le brouillard se déchirant nous laissa deviner, comme à travers une gaze trouée, les crêtes lointaines des Alpes suisses, et le lac, grand comme une petite mer, sur lequel flottaient, pareilles à des plumes de colombes tombées du nid, les voiles blanches de quelques barques matineuses. »
Extrait de : T. Gautier. « Italia. »
Histoire du romantisme par Théophile Gautier

Fiche de Histoire du romantisme
Titre : Histoire du romantisme
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1874
Editeur : BnF
Sommaire de Histoire du romantisme
- Histoire du romantisme
- Notices romantiques
- Le progrès de la poésie française depuis 1830
Première page de Histoire du romantisme
« De ceux qui, répondant au cor d’Hernani, s’engagèrent à sa suite dans l’âpre montagne du Romantisme et en défendirent si vaillamment les défilés contre les attaques des classiques, il ne survit qu’un petit nombre de vétérans disparaissant chaque jour comme les médaillés de Sainte-Hélène. Nous avons eu l’honneur d’être enrôlé dans ces jeunes bandes qui combattaient pour l’idéal, la poésie et la liberté de l’art, avec un enthousiasme, une bravoure et un dévouement qu’on ne connaît plus aujourd’hui. Le chef rayonnant reste toujours debout sur sa gloire comme une statue sur une colonne d’airain, mais le souvenir des soldats obscurs va bientôt se perdre, et c’est un devoir pour ceux qui ont fait partie de la grande armée littéraire d’en raconter les exploits oubliés.
Les générations actuelles doivent se figurer difficilement l’effervescence des esprits à cette époque ; il s’opérait un mouvement pareil à celui de la Renaissance. Une sève de vie nouvelle circulait impétueusement. Tout germait, tout bourgeonnait, tout éclatait à la fois. Des parfums vertigineux se dégageaient des fleurs ; l’air grisait, on était fou de lyrisme et d’art. Il semblait qu’on vint de retrouver le grand secret perdu, et cela était vrai, on avait retrouvé la poésie. »
Extrait de : T. Gautier. « Histoire du romantisme. »
Fusains et eaux-fortes par Théophile Gautier
Fiche de Fusains et eaux-fortes
Titre : Fusains et eaux-fortes
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1880
Editeur : BnF
Sommaire de Fusains et eaux-fortes
- Un buste de Victor Hugo
- De l’originalité – en France
- Scènes populaires – de Henri Monnier
- Voyages littéraires
- Excellence de la poésie
- Sculpteurs contemporains – M. Antonin Moine
- Au bord de l’océan
- Décorations de stradella
- Les danseurs espagnols
- Un feuilleton a faire
- Vente de la galerie – de l’Elysée-Bourbon
- Copie du jugement dernier – de Michel-Ange
- Les éventails de la princesse Hélène
- Les concours de 1837
- Les fêtes de juillet – vues de Montmartre
- Le chemin de fer
- Illustrations – de Paul et Virginie
- Utilité de la poésie
- Préface pour la Turquie – de Camille Rogier
- La république de l’avenir
- L’atelier de M. Ingres – en 1848
- A propos de ballons
- De l’incommodité – des logements modernes
- Théophile de Viau
- Saint-Amant
- Charles Baudelaire
- Les aventures – du baron de Munchhausen