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Brebis galeuses par Kurt Steiner

Fiche de Brebis galeuses

Titre : Brebis galeuses
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1974
Editeur : J’ai lu

Première page de Brebis galeuses

« Accoudé à la rambarde, Rolf admirait le monde. Il était au sommet de la tour du cinquième niveau, celle qui dominait la ville. De là, on avait une vision complète de l’horizon. Il suffisait de tourner la tête, de tourner sur soi-même à la limite de torsion du cou et de revenir à sa position primitive. Ainsi, on avait vu le monde.

Rolf sourit. Non, on ne pouvait tout voir d’un seul point. Le monde était trop grand. À partir des faubourgs déjà lointains, son œil erra vers l’horizon cotonneux. Au-delà, et d’une façon très progressive, c’était le néant : le sol se confondait avec le ciel, à force de monter. Si on continuait de lever la tête, il fallait fermer les yeux car le regard rencontrait le soleil. On pouvait toujours les rouvrir après l’avoir dépassé. Alors, on voyait l’autre partie du ciel et on rencontrait bientôt l’autre partie de l’horizon.

Car le monde avait la forme d’un œuf immense, avec le Soleil dedans. On pouvait faire le tour du Soleil sans jamais quitter le sol… enfin, théoriquement. »

Extrait de : K. Steiner. « Brebis galeuses. »

Aux armes d’Ortog par Kurt Steiner

Fiche de Aux armes d’Ortog

Titre : Aux armes d’Ortog (Tome 1 sur 2 – Ortog)
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1975
Editeur : J’ai lu

Première page de Aux armes d’Ortog

« Le soleil venait de disparaître derrière les fougères arborescentes. De l’humus montait une vapeur où tourbillonnaient des mouches dorées, grandes comme la main.

Dâl s’arrêta au pied d’une haute sigillaire. Il regarda le brouillard pernicieux des bas-fonds végétaux et rabattit sur son visage le masque nocturne, le masque aux trois usages. Alors seulement il s’avança vers la combe, dans la direction d’où semblait provenir le barrissement.

Le masque réagissait au moindre photon. Opaque de l’extérieur, sa matière devenait transparente de l’intérieur, et plus que transparente, sensibilisait la rétine en lui envoyant mille particules lumineuses pour une seule reçue – toujours selon la trajectoire initiale. Il faisait de la nuit un crépuscule et du crépuscule un jour ensoleillé. Mais là ne s’arrêtait pas son rôle : le filtre dont il était pourvu détruisait les miasmes. Enfin, il constituait un bouclier contre les mouches. »

Extrait de : K. Steiner. « Aux armes d’Ortog. »

La fille sans ombre par Karen Haber

Fiche de La fille sans ombre

Titre : La fille sans ombre
Auteur : Karen Haber
Date de parution : 1995
Traduction : B. Emerich
Editeur : J’ai lu

Première page de La fille sans ombre

« Dans les cavernes, seules les ténèbres annonçaient le matin. Loin au-dessous de la surface déchaînée et délétère de Styx, dans les galeries creusées à la main, les stalactites projetaient des ombres pourpres : elles ondoyaient au gré de la torche de lumière froide que Kayla John Reed balançait comme un pendule. L’âcre et familière odeur qu’elle avait toujours associée au lever du jour dans les mines imprégnait l’air artificiel. À l’affût, elle huma ce parfum et ses yeux brillèrent de plaisir. La journée allait être chargée, fructueuse.
— Waouh ! Par les yeux de Dieu !
La douleur fulgurante qui fusa dans le jarret de Kayla lui arracha des larmes. Elle s’était cogné un orteil contre le chicot noir de la stalagmite que les mineurs avaient surnommée « Le Nez du Vieux Baronnet ». Jurant, elle sautilla à cloche-pied jusqu’à une cavité où elle put s’asseoir confortablement, et se massa le pied. »

Extrait de : K. Haber. « La fille sans ombre. »

Les 7 anneaux de Rhéa par François Richard-Bessière

Fiche de Les 7 anneaux de Rhéa

Titre : Les 7 anneaux de Rhéa (Tome 2 sur 2 – Les derniers jours)
Auteur : François Richard-Bessière
Date de parution : 1962
Editeur : J’ai lu

Première page de Les 7 anneaux de Rhéa

« Le professeur Kurt Warren s’arrêta un instant en bordure de la piste, juste à la sortie du vaste aérodrome, avant de grimper dans le fusaujet qu’il avait garé là, quelques instants plus tôt.

Le soleil était au zénith et il régnait à cet endroit une chaleur lourde, presque suffocante.

L’homme souffla un peu, puis tourna la tête vers l’aire d’envol. En face de lui, il y avait la fusée posée toute droite sur ses ailerons, pointée vers le ciel de Vénus, qui brillait et rayonnait une promesse de puissance, d’évasion et de réussite.

Il avait assisté à la manœuvre et aux derniers préparatifs ; maintenant ce n’était plus qu’une question d’heures, avant le grand départ.

— Comme elle est belle, murmura-t-il presque en lui-même, et un sentiment de fierté l’envahît aussitôt.

Un sentiment de fierté qu’il éprouvait pour tous ses semblables, pour toutes les générations qui s’étaient succédé sur Vénus depuis plus de trois cents ans. »

Extrait de : Richard-Bessière. « Les 7 anneaux de Rhéa – Les derniers jours. »

Spirale de malchance par Ramsey Campbell

Fiche de Spirale de malchance

Titre : Spirale de malchance
Auteur : Ramsey Campbell
Date de parution : 1991
Traduction : P.-F. Reignier
Editeur : J’ai lu

Première page de Spirale de malchance

« Ce dimanche-là, Jack Orchard fut réveillé par un éternuement. Et les odeurs de peinture. À l’aube, heure blafarde où les noctambules quittaient les discothèques du front de mer, des claquements de portières avaient dérangé son sommeil. Et puis la voix de Julia retentit depuis la cuisine :
— Laura, si ton père n’est pas encore levé, dis-lui qu’il devra se débrouiller seul pour son petit déjeuner !
Jack fixa d’un regard éteint le réveil électronique, bondit hors du lit et se précipita vers la porte en se prenant les pieds dans le tapis. Sur le palier, une odeur de graisse lui chatouilla les narines.
— J’ai pas le temps, chérie ! cria-t-il.
Julia apparut au pied de l’escalier en bois ; sa chevelure rousse étincelait devant le mur fraîchement plâtré.
— C’est prêt, Jack, si tu veux quelque chose. Il faut que je m’en aille. Il y a une crise au bureau. »

Extrait de : R. Campbell. « Spirale de malchance. »

La quatrième dimension par R. Bloch

Fiche de La quatrième dimension

Titre : La quatrième dimension
Auteur : R. Bloch et collectif
Date de parution : 1983
Traduction : M. Lebailly
Editeur : J’ai lu

Première page de La quatrième dimension

« Bill se frayait un passage dans la circulation de fin de journée à grand renfort d’injures, manœuvrant sa Ford de façon à emprunter la voie de droite et à amorcer son virage.
Bien entendu, juste au moment où il y parvenait, ce sacré feu passa au rouge.
Exactement comme dans ma vie, se dit-il. Chaque fois que je crois arriver à quelque chose, ça ne rate pas… on m’empêche d’avancer.
Tambourinant sur le volant, il regarda d’un œil mauvais, dans le rétroviseur, les phares des véhicules qui avançaient pare-chocs contre pare-chocs. Bien avant que le feu ne fût passé au vert, il appuya sur l’accélérateur et entama son virage.
Devant lui se pressaient des silhouettes indistinctes, et un cri jaillit. Sa voiture, dans un grincement de freins, manqua de peu le flot de piétons qui s’écoulait sur le passage clouté. »

Extrait de : R. Bloch et collectif. « La quatrième dimension. »

Le sortilège de Castleview par Gene Wolfe

Fiche de Le sortilège de Castleview

Titre : Le sortilège de Castleview
Auteur : Gene Wolfe
Date de parution : 1990
Traduction : M. Deutsch
Editeur : J’ai lu

Première page de Le sortilège de Castleview

« Tom Howard, debout au bord du quai de chargement, regardait par-delà la cour de l’entrepôt. Il pleuvait à verse, ce qui brouillait sa vision. La première équipe était déjà repartie et, passé l’été, il n’y en avait pas une seconde pour la relever. La pluie faisait un vacarme infernal avec ces gouttes d’eau glacées qui tambourinaient sur les barils.

Pourtant, Tom était certain d’avoir vu quelque chose.

Quand il entreprit de descendre les marches, la pluie s’acharna sur les épaules de son ciré jaune, martela le bord de son chapeau imperméabilisé. »

Extrait de : G. Wolfe. « Le sortilège de Castleview. »

La cinquième tête de cerbère par Gene Wolfe

Fiche de La cinquième tête de cerbère

Titre : La cinquième tête de cerbère
Auteur : Gene Wolfe
Date de parution : 1972
Traduction : G. Abadia
Editeur : Le livre de poche

Première page de La cinquième tête de cerbère

« Quand j’étais un petit garçon, mon frère David et moi, nous devions aller nous coucher de bonne heure, que nous ayons sommeil ou pas. En été particulièrement, l’heure de monter au lit venait souvent avant le coucher du soleil ; et comme notre dortoir était situé dans l’aile orientale de la maison, avec une large baie donnant sur la cour centrale et donc orientée à l’ouest, il arrivait que la lumière dure et rosée du couchant nous baigne pendant des heures, tandis que nous regardions de nos lits le singe infirme de mon père perché sur un parapet écaillé, ou que nous nous racontions des histoires, d’un
lit à l’autre, par gestes silencieux. »

Extrait de : G. Wolfe. « La Cinquième Tête de Cerbère. »

La terre de promesse par Christian Léourier

Fiche de La terre de promesse

Titre : La terre de promesse (Tome 7 sur 7 – Le cycle de Lanmeur)
Auteur : Christian Léourier
Date de parution : 1994
Editeur : J’ai lu

Première page de La terre de promesse

« Depuis quatre mille ans, il tombait dans l’abîme… Le P.R.M.T. glissait dans le vide. Loin derrière lui poudroyait une galaxie. Loin devant, une autre s’étirait. Tous les vingt ans, l’astronef heurtait un grain de poussière. L’énergie dispersée par la collision, si infime fût-elle, constituait la catastrophe la plus importante que cette région de l’espace eût connue depuis l’origine. L’équilibre de l’univers s’en trouvait modifié.

Encore cet événement ne comptait-il pour rien au regard de ce que le vaisseau portait dans ses flancs. »

Extrait de : C. Léourier. « La terre de promesse – Le cycle de Lanmeur. »

Les masques du réel par Christian Léourier

Fiche de Les masques du réel

Titre : Les masques du réel (Tome 6 sur 7 – Le cycle de Lanmeur)
Auteur : Christian Léourier
Date de parution : 1991
Editeur : J’ai lu

Première page de Les masques du réel

« Le palais était ancien. On ne pouvait croire à la légende qui le faisait remonter à l’ère anté-privalienne ; toutefois son enceinte renfermait les plus vieux monuments de la planète. Deux règnes auparavant, Enid, cent vingt-quatrième Thoréide, avait fait raser toute trace d’architecture moderne. Répondant à un de ces mouvements d’humeur auxquels la prédisposait sa nature emportée, elle entendait ainsi démontrer que les souveraines thoréides, définitivement supplantées par l’aréopage statistique, étaient désormais des figures surannées. Cet état de fait, bien sûr, la désolait ; mais ses annalistes lui avaient démontré qu’il est des courants qu’on ne peut remonter, voire qu’il serait hasardeux de chercher à briser. Elle se plia. Toutefois, puisque l’histoire la reléguait au rang d’une pièce de musée, au moins entendait-elle montrer qu’elle n’était pas sa dupe. »

Extrait de : C. Léourier. « Les masques du réel – Le cycle de Lanmeur. »