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Les rivages incertains par Serge Brussolo

Fiche de Les rivages incertains
Titre : Les rivages incertains (Tome 2 sur 2 – La fille aux cheveux rouges)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2006
Editeur : J’ai lu
Première page de Les rivages incertains
« Il y aurait un mois, ce soir, qu’ils avaient quitté Londres. Quatre semaines d’une navigation interrompue par de brèves escales ; la plus importante ayant eu lieu à Cuba. Quatre semaines d’angoisse et d’insomnie, passées à scruter l’océan ; car la mort était là, cachée sous le gris des vagues, invisible. Amy, chaque fois qu’elle s’accoudait au bastingage, la sentait rôder à dix encablures. À côté d’elle, Sharon, devinant ses angoisses, plissait les yeux pour sonder les flots.
— La mer, disait la fillette, ça ressemble à une peau d’éléphant.
Ce n’était pas faux. Par calme plat, les lames se muaient en une multitude de rides superficielles, de plis, de sillons. Amy, elle, avait l’impression de contempler une plaine d’asphalte infinie, une piste d’atterrissage désespérément vide attendant le retour d’une escadrille fantôme à jamais égarée dans les brumes du Walhalla.
Elle avait conscience de se laisser submerger par ses fantasmes, mais le voyage, interminable, favorisait les dérives mentales. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les rivages incertains – La fille aux cheveux rouges. »
Le chemin de cendre par Serge Brussolo
Fiche de Le chemin de cendre
Titre : Le chemin de cendre (Tome 1 sur 2 – La fille aux cheveux rouges)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2006
Editeur : J’ai lu
Première page de Le chemin de cendre
« Le 22 juin 1940, la France capitule devant le déferlement allemand qui la submerge de toutes parts. C’est la consternation, personne n’avait imaginé cela ! L’Angleterre se retrouve seule, isolée, mais, dans un premier temps, va se réjouir, voire s’enorgueillir de cet isolement. No more bloody allies ! proclament les graffitis. Au vrai, les Anglais ont toujours ressenti comme un fardeau l’obligation de composer avec les Français. Ils sont soulagés de n’avoir, désormais, à ne compter que sur eux-mêmes. Ils sont convaincus qu’ils se débrouilleront mieux en ayant les mains libres.
On a certes beaucoup écrit sur cette période que la propagande britannique s’est appliquée à embellir. Pendant longtemps on a tressé des couronnes, élevé des statues, entonné des panégyriques… Aujourd’hui, les historiens sont plus circonspects ; sous l’image d’Épinal ils commencent à discerner une réalité plus triviale, moins chevaleresque. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le Chemin de cendre – La fille aux cheveux rouges. »
Terminus par Patrice Duvic

Fiche de Terminus
Titre : Terminus
Auteur : Patrice Duvic
Date de parution : 1987
Editeur : J’ai lu
Première page de Terminus
« On aurait dit un bloc de brume solidifiée flottant dans la demi-obscurité au-dessus d’un autel de marbre noir. La lumière verdâtre, tremblotante, qui l’animait lui donnait un côté inquiétant, ectoplasmique. Une présence maléfique dont l’influence semblait imprégner Terminus, donnant à l’immense salle taillée à même le roc sous l’antique forteresse l’allure d’un temple colossal : ni l’appareillage sophistiqué de la base, digne d’un centre de contrôle spatial, ni la profusion de techniciens qui s’y affairaient devant des ordinateurs ne parvenaient à dissiper cette impression qu’on était en train de s’y livrer à des préparatifs pour quelque cérémonie relevant davantage de la magie que de la technologie la plus avancée. Comme si les graphiques qui s’étalaient sur les écrans vidéo n’étaient en fin de compte que le dernier avatar des signes cabalistiques et du pentagramme destinés à convoquer quelque démon, voire le diable en personne. »
Extrait de : P. Duvic. « Terminus. »
Aucune étoile aussi lointaine par Serge Lehman

Fiche de Aucune étoile aussi lointaine
Titre : Aucune étoile aussi lointaine
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 1998
Editeur : J’ai lu
Première page de Aucune étoile aussi lointaine
« Toute la nuit, le fracas de l’orage et celui du fleuve s’étaient mêlés pour faire trembler la ville. Un torrent noir, poussé par le vent d’ouest, se frayait un chemin parmi les nuées et s’abattait sur la terre, fouettant les toits, les rues, les places, avant de se diviser en une multitude de ruisseaux et de mares ombreuses.
Lorsque l’aube vint, Arkadih réalisa avec surprise qu’il était éveillé depuis longtemps. Il ouvrit les yeux. Une lumière jaune, languide, filtrait par la fenêtre de sa chambre, comme si le soleil peinait à s’extraire de l’horizon boursouflé. Arkadih se leva et s’approcha de la baie. Le crépitement de la pluie, qui s’élançait en rafales contre les murs du palais, le fit frissonner. Il se retourna et considéra avec envie son lit ouvert, encore tiède. Mais à l’instant où la tentation se formait en lui, il la repoussa dédaigneusement. L’autodiscipline était, pour lui, une seconde nature – “le seul aspect honorable de l’héritage Tomekin”, selon grand-père Pavel (qui n’était pas peu fier de cette formule). »
Extrait de : S. Lehman. « Aucune étoile aussi lointaine. »
Involution par Johan Heliot

Fiche de Involution
Titre : Involution
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2014
Editeur : J’ai lu
Première page de Involution
« Vincent n’avait pas imaginé à quel point la chaleur et l’humidité peuvent porter sur les nerfs quand elles s’allient pour harasser le voyageur tout frais débarqué d’Europe du Nord. Pourtant, Sebastian l’avait mis en garde dans son dernier mail : Attends-toi à un choc, mon pâle et frêle ami habitué aux frimas !
Vincent avait souri, certain que son correspondant exagérait dans une sorte de réflexe chauvin destiné à mettre en avant les ressources naturelles de son pays – du moins les plus évidentes d’entre elles.
Mais il se heurte à un véritable mur de moiteur en sortant du terminal climatisé de Guarulhos, le gigantesque aéroport international implanté dans la banlieue nord-est de São Paulo. À peine a-t-il fait trois pas sous le soleil implacable que le dos de sa chemisette lui colle à la peau et que des auréoles sombres s’épanouissent sous ses aisselles. »
Extrait de : J. Heliot. « Involution. »
Création par Johan Heliot

Fiche de Création
Titre : Création
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2011
Editeur : J’ai lu
Première page de Création
« Le problème, songea Rachel, c’est qu’ils n’étaient pas censés se trouver là. Même les yeux électroniques ouverts dans le ciel avaient été convaincus de regarder ailleurs par la grâce mathématique de quelques lignes de code injectées dans les profondeurs du réel, là où dialoguent les maîtres du virtuel.
Stop, ça suffit. Trop tard pour les regrets. C’était arrivé, personne n’y pouvait plus rien. Ni en un improbable ailleurs, ni ici. Et ici, justement, n’avait plus aucune existence officielle. Les autorités au courant de la présence de Rachel et de ses collègues pouvaient se réunir dans une chambre de motel sans risquer de manquer de place, et même inviter quelques professionnelles pour leur tenir compagnie – il devait exister une ligne budgétaire pour ça aussi.
Rachel soupira. L’autre problème, celui qui aurait dû figurer en tête de liste de ses préoccupations, lui apparut soudain accessoire, dans la mesure où la jeune femme avait la certitude de sa mort prochaine. »
Extrait de : J. Heliot. « Création. »
L’âme du cyclone par Johan Heliot
Fiche de L’âme du cyclone
Titre : L’âme du cyclone (Tome 4 sur 4 – Le tempestaire)
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2012
Editeur : J’ai lu
Première page de L’âme du cyclone
« Ayiti avait survécu à la colère du Roi au Cœur de Pierre. La terre avait tremblé, la montagne au centre de l’île s’était ouverte en deux, la forteresse noire avait croulé et n’était plus que ruines. La joyeuse et bigarrée Potoprens avait été rudement secouée, mais elle s’était relevée. Les décombres avaient été déblayés, les rues nettoyées, les bâtisses reconstruites.
La vie avait fait un retour triomphal sous un soleil généreux, qui n’avait jamais tant brillé pour les habitants de l’Archipel. Aucun nuage n’était plus apparu dans le ciel depuis plusieurs saisons. Le vent ne soufflait plus sur Ayiti, la pluie n’y tombait plus, à croire que l’île vivait désormais en dehors du temps tel qu’il s’écoulait partout ailleurs.
Les premières semaines, la population avait accueilli ce climat d’exception comme une bénédiction. Après les souffrances endurées sous le long règne de Kristof, ce n’était qu’un juste retour des choses, une récompense pour tous ceux qui avaient vécu dans la crainte de son courroux. »
Extrait de : J. Heliot. « L’âme du cyclone. »
Le roi au coeur de pierre par Johan Heliot
Fiche de Le roi au coeur de pierre
Titre : Le roi au coeur de pierre (Tome 3 sur 4 – Le tempestaire)
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2011
Editeur : J’ai lu
Première page de Le roi au coeur de pierre
« La colère qui embrasait le cœur de Jed était retombée d’un coup. Il avait été le vent et la tempête, la fureur du ciel, une force indomptable et puis plus rien.
Sa flamme sombre ne brûlait plus, mouchée à la manière d’une chandelle inutile en plein jour. Il sentait un vide, une absence, quelque part dans le fond de sa poitrine. Toute énergie l’avait abandonné.
Il était bien trop las pour seulement regagner son corps. Il ne savait d’ailleurs plus dans quelle direction souffler. Le combat avec les Directeurs l’avait totalement désorienté. Mais il se rappelait comment cela avait pris fin. Impossible d’oublier une chose pareille !
Ils s’entredéchiraient à coups de griffes quand le ciel s’était ouvert pour attirer les adversaires dans une zone de calme à l’abri des ravages de la tempête. Partout alentour, l’averse continuait de faire rage, les éclairs incendiaient les nuages, le tonnerre grondait. Mais pas dans la brèche inondée d’une clarté aveuglante, comme si l’ouragan s’accordait une pause à cet endroit précis. Jed avait été entraîné à l’intérieur à la suite des Directeurs. Il n’avait pas pu résister. »
Extrait de : J. Heliot. « Le roi au coeur de pierre. »
Les flibustiers du vent par Johan Heliot
Fiche de Les flibustiers du vent
Titre : Les flibustiers du vent (Tome 2 sur 4 – Le tempestaire)
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2010
Editeur : J’ai lu
Première page de Les flibustiers du vent
« La douleur réveilla monsieur Chandaigne. Il avait l’impression qu’un feu brûlait dans son cœur et ses poumons, ainsi que sous son crâne. Par réflexe, il tâtonna à la recherche d’une fiole de potion mais ne trouva rien à sa portée. Il prit alors conscience qu’il avait été presque entièrement déshabillé et allongé sur un bat-flanc à même le bois rugueux.
On l’avait donc emprisonné, constata-t-il, amer. Au moins était-il toujours en vie, chercha-t-il à se rassurer. Mais pour combien de temps encore ? C’était toute la question…
Faute de soin, la maladie n’allait pas tarder à l’emporter vers l’En-Bas. À moins que ses geôliers s’en chargent avant elle. Quoi qu’il en fût, monsieur Chandaigne ne s’imaginait pas d’autre option.
Cela acquis, il n’avait plus aucune raison de s’inquiéter. Seule l’incertitude nourrit le doute – une leçon apprise à la lecture des philosophes, ses plus chers amis des années passées. Il allait regretter leur fréquentation, mais savait-on jamais, peut-être s’en trouverait-il dans le Royaume d’En-Bas, prêts à lui tenir conversation ? L’éternité de la mort serait alors une épreuve moins dure à supporter. »
Extrait de : J. Heliot. « Les flibustiers du vent. »
La confrérie des naufrageurs par Johan Heliot

Fiche de La confrérie des naufrageurs
Titre : La confrérie des naufrageurs (Tome 1 sur 4 – Le tempestaire)
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2010
Editeur : J’ai lu
Première page de La confrérie des naufrageurs
« Les nuages s’étaient rassemblés au-dessus de la ville, tel un troupeau de grosses bêtes noires poussées par le vent. Ils étaient arrivés par la mer en lent cortège sombre, le matin même. Depuis, tout le monde attendait que l’orage éclate, mais les heures passaient et l’averse refusait de tomber. Le ciel pesait de plus en plus lourd à mesure que la journée avançait. Il donnait l’impression de vouloir écraser les toits couverts d’ardoise. On pouvait croire, en levant le nez, que les plus hautes cheminées allaient crever la panse des géants aériens chargés de pluie. Mais rien de tel ne se produisit.
L’orage se contenta de menacer. Chacun s’habitua à sa présence et reprit ses activités. La ville ne pouvait pas se permettre de faire de pause. Des marchandises arrivant du monde entier transitaient par ses entrepôts avant d’être distribuées dans l’arrière-pays. Ses quais accueillaient des navires jour et nuit. Les embarcations reprenaient la mer à peine leurs soutes déchargées et la solde des marins bue dans les tavernes du port. La grande cité ne dormait jamais. »
Extrait de : J. Heliot. « La confrérie des Naufrageurs. »