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La féline par Gary Brandner

Fiche de La féline

Titre : La féline
Auteur : Gary Brandner
Date de parution : 1982
Traduction : M. Lederer
Editeur : J’ai lu

Première page de La féline

« Luna était assise devant sa hutte dans la chaleur de midi. Son regard inquiet était posé sur les hommes du village qui tenaient conseil un peu plus bas. Ils étaient accroupis en cercle au bord d’un champ d’herbes brûlées, un champ qui avait été jadis fertile. Au delà, on distinguait une étendue de
boue séchée, toute craquelée, avec au milieu une petite mare d’eau croupie. C’était tout ce qui restait d’un large point d’eau qu’hommes et bêtes avaient un jour partagé.

À la lisière de la jungle, les arbres autrefois verts et luxuriants étaient devenus, au cours de la sécheresse, des squelettes grotesques et rabougris. Au loin, la neige qui brillait sur les pics des hautes montagnes semblait narguer la soif du village.

Luna détourna les yeux pour regarder jouer son petit garçon. L’enfant avait une pierre dans la main. Il la lança à plusieurs reprises sur la terre aride en poussant de petits cris de joie. Se sentant observé, il leva les yeux vers sa mère et lui sourit. Ses dents étaient blanches et saines, son regard vif et intelligent. Luna lui sourit à son tour, mais son expression était triste.

– Chien, dit l’enfant dans le langage du village, en montrant à Luna la pierre nichée dans sa paume.

– Oui, acquiesça doucement Luna. C’est un gentil chien.

Le gamin reprit son jeu et la femme murmura :

– Amuse-toi tant que tu le peux, mon fils. Amuse-toi et sois heureux aujourd’hui. »

Extrait de : G. Brandner. « La féline. »

Carrion par Gary Brandner

Fiche de Carrion

Titre : Carrion
Auteur : Gary Brandner
Date de parution : 1986
Traduction : M. Deutsch
Editeur : J’ai lu

Première page de Carrion

« C’était un lundi du début de février et il ne faisait pas chaud. McAllister Fain tira les épais rideaux cramoisis des fenêtres. Il habitait au premier. Il mit une cassette de musique d’orgue mollassonne, embrasa un bâtonnet d’encens au jasmin, baissa les lumières, alluma des bougies stratégiquement disposées et se plaça au centre de la pièce pour juger de l’effet produit.
Pas trop mal, estima-t-il. Il fit le tour du propriétaire, redressant les gravures métaphysiques qui recouvraient des reproductions d’Utrillo, rectifiant la position des accessoires occultes disséminés çà et là. Dehors, un chien aboyait et quelqu’un enjoignit en espagnol au maître de l’animal de le réduire au silence ou en chair à pâté. L’odeur combinée de l’encens et du jasmin luttait bravement contre les relents épicés du menudo que mijotaient les voisins du dessous. On ne pouvait jamais totalement ignorer la présence du quartier. »

Extrait de : G. Brandner. « Carrion. »

Brebis galeuses par Kurt Steiner

Fiche de Brebis galeuses

Titre : Brebis galeuses
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1974
Editeur : J’ai lu

Première page de Brebis galeuses

« Accoudé à la rambarde, Rolf admirait le monde. Il était au sommet de la tour du cinquième niveau, celle qui dominait la ville. De là, on avait une vision complète de l’horizon. Il suffisait de tourner la tête, de tourner sur soi-même à la limite de torsion du cou et de revenir à sa position primitive. Ainsi, on avait vu le monde.

Rolf sourit. Non, on ne pouvait tout voir d’un seul point. Le monde était trop grand. À partir des faubourgs déjà lointains, son œil erra vers l’horizon cotonneux. Au-delà, et d’une façon très progressive, c’était le néant : le sol se confondait avec le ciel, à force de monter. Si on continuait de lever la tête, il fallait fermer les yeux car le regard rencontrait le soleil. On pouvait toujours les rouvrir après l’avoir dépassé. Alors, on voyait l’autre partie du ciel et on rencontrait bientôt l’autre partie de l’horizon.

Car le monde avait la forme d’un œuf immense, avec le Soleil dedans. On pouvait faire le tour du Soleil sans jamais quitter le sol… enfin, théoriquement. »

Extrait de : K. Steiner. « Brebis galeuses. »

Aux armes d’Ortog par Kurt Steiner

Fiche de Aux armes d’Ortog

Titre : Aux armes d’Ortog (Tome 1 sur 2 – Ortog)
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1975
Editeur : J’ai lu

Première page de Aux armes d’Ortog

« Le soleil venait de disparaître derrière les fougères arborescentes. De l’humus montait une vapeur où tourbillonnaient des mouches dorées, grandes comme la main.

Dâl s’arrêta au pied d’une haute sigillaire. Il regarda le brouillard pernicieux des bas-fonds végétaux et rabattit sur son visage le masque nocturne, le masque aux trois usages. Alors seulement il s’avança vers la combe, dans la direction d’où semblait provenir le barrissement.

Le masque réagissait au moindre photon. Opaque de l’extérieur, sa matière devenait transparente de l’intérieur, et plus que transparente, sensibilisait la rétine en lui envoyant mille particules lumineuses pour une seule reçue – toujours selon la trajectoire initiale. Il faisait de la nuit un crépuscule et du crépuscule un jour ensoleillé. Mais là ne s’arrêtait pas son rôle : le filtre dont il était pourvu détruisait les miasmes. Enfin, il constituait un bouclier contre les mouches. »

Extrait de : K. Steiner. « Aux armes d’Ortog. »

La fille sans ombre par Karen Haber

Fiche de La fille sans ombre

Titre : La fille sans ombre
Auteur : Karen Haber
Date de parution : 1995
Traduction : B. Emerich
Editeur : J’ai lu

Première page de La fille sans ombre

« Dans les cavernes, seules les ténèbres annonçaient le matin. Loin au-dessous de la surface déchaînée et délétère de Styx, dans les galeries creusées à la main, les stalactites projetaient des ombres pourpres : elles ondoyaient au gré de la torche de lumière froide que Kayla John Reed balançait comme un pendule. L’âcre et familière odeur qu’elle avait toujours associée au lever du jour dans les mines imprégnait l’air artificiel. À l’affût, elle huma ce parfum et ses yeux brillèrent de plaisir. La journée allait être chargée, fructueuse.
— Waouh ! Par les yeux de Dieu !
La douleur fulgurante qui fusa dans le jarret de Kayla lui arracha des larmes. Elle s’était cogné un orteil contre le chicot noir de la stalagmite que les mineurs avaient surnommée « Le Nez du Vieux Baronnet ». Jurant, elle sautilla à cloche-pied jusqu’à une cavité où elle put s’asseoir confortablement, et se massa le pied. »

Extrait de : K. Haber. « La fille sans ombre. »

Les 7 anneaux de Rhéa par François Richard-Bessière

Fiche de Les 7 anneaux de Rhéa

Titre : Les 7 anneaux de Rhéa (Tome 2 sur 2 – Les derniers jours)
Auteur : François Richard-Bessière
Date de parution : 1962
Editeur : J’ai lu

Première page de Les 7 anneaux de Rhéa

« Le professeur Kurt Warren s’arrêta un instant en bordure de la piste, juste à la sortie du vaste aérodrome, avant de grimper dans le fusaujet qu’il avait garé là, quelques instants plus tôt.

Le soleil était au zénith et il régnait à cet endroit une chaleur lourde, presque suffocante.

L’homme souffla un peu, puis tourna la tête vers l’aire d’envol. En face de lui, il y avait la fusée posée toute droite sur ses ailerons, pointée vers le ciel de Vénus, qui brillait et rayonnait une promesse de puissance, d’évasion et de réussite.

Il avait assisté à la manœuvre et aux derniers préparatifs ; maintenant ce n’était plus qu’une question d’heures, avant le grand départ.

— Comme elle est belle, murmura-t-il presque en lui-même, et un sentiment de fierté l’envahît aussitôt.

Un sentiment de fierté qu’il éprouvait pour tous ses semblables, pour toutes les générations qui s’étaient succédé sur Vénus depuis plus de trois cents ans. »

Extrait de : Richard-Bessière. « Les 7 anneaux de Rhéa – Les derniers jours. »

Spirale de malchance par Ramsey Campbell

Fiche de Spirale de malchance

Titre : Spirale de malchance
Auteur : Ramsey Campbell
Date de parution : 1991
Traduction : P.-F. Reignier
Editeur : J’ai lu

Première page de Spirale de malchance

« Ce dimanche-là, Jack Orchard fut réveillé par un éternuement. Et les odeurs de peinture. À l’aube, heure blafarde où les noctambules quittaient les discothèques du front de mer, des claquements de portières avaient dérangé son sommeil. Et puis la voix de Julia retentit depuis la cuisine :
— Laura, si ton père n’est pas encore levé, dis-lui qu’il devra se débrouiller seul pour son petit déjeuner !
Jack fixa d’un regard éteint le réveil électronique, bondit hors du lit et se précipita vers la porte en se prenant les pieds dans le tapis. Sur le palier, une odeur de graisse lui chatouilla les narines.
— J’ai pas le temps, chérie ! cria-t-il.
Julia apparut au pied de l’escalier en bois ; sa chevelure rousse étincelait devant le mur fraîchement plâtré.
— C’est prêt, Jack, si tu veux quelque chose. Il faut que je m’en aille. Il y a une crise au bureau. »

Extrait de : R. Campbell. « Spirale de malchance. »

La quatrième dimension par R. Bloch

Fiche de La quatrième dimension

Titre : La quatrième dimension
Auteur : R. Bloch et collectif
Date de parution : 1983
Traduction : M. Lebailly
Editeur : J’ai lu

Première page de La quatrième dimension

« Bill se frayait un passage dans la circulation de fin de journée à grand renfort d’injures, manœuvrant sa Ford de façon à emprunter la voie de droite et à amorcer son virage.
Bien entendu, juste au moment où il y parvenait, ce sacré feu passa au rouge.
Exactement comme dans ma vie, se dit-il. Chaque fois que je crois arriver à quelque chose, ça ne rate pas… on m’empêche d’avancer.
Tambourinant sur le volant, il regarda d’un œil mauvais, dans le rétroviseur, les phares des véhicules qui avançaient pare-chocs contre pare-chocs. Bien avant que le feu ne fût passé au vert, il appuya sur l’accélérateur et entama son virage.
Devant lui se pressaient des silhouettes indistinctes, et un cri jaillit. Sa voiture, dans un grincement de freins, manqua de peu le flot de piétons qui s’écoulait sur le passage clouté. »

Extrait de : R. Bloch et collectif. « La quatrième dimension. »

Le sortilège de Castleview par Gene Wolfe

Fiche de Le sortilège de Castleview

Titre : Le sortilège de Castleview
Auteur : Gene Wolfe
Date de parution : 1990
Traduction : M. Deutsch
Editeur : J’ai lu

Première page de Le sortilège de Castleview

« Tom Howard, debout au bord du quai de chargement, regardait par-delà la cour de l’entrepôt. Il pleuvait à verse, ce qui brouillait sa vision. La première équipe était déjà repartie et, passé l’été, il n’y en avait pas une seconde pour la relever. La pluie faisait un vacarme infernal avec ces gouttes d’eau glacées qui tambourinaient sur les barils.

Pourtant, Tom était certain d’avoir vu quelque chose.

Quand il entreprit de descendre les marches, la pluie s’acharna sur les épaules de son ciré jaune, martela le bord de son chapeau imperméabilisé. »

Extrait de : G. Wolfe. « Le sortilège de Castleview. »

La cinquième tête de cerbère par Gene Wolfe

Fiche de La cinquième tête de cerbère

Titre : La cinquième tête de cerbère
Auteur : Gene Wolfe
Date de parution : 1972
Traduction : G. Abadia
Editeur : Le livre de poche

Première page de La cinquième tête de cerbère

« Quand j’étais un petit garçon, mon frère David et moi, nous devions aller nous coucher de bonne heure, que nous ayons sommeil ou pas. En été particulièrement, l’heure de monter au lit venait souvent avant le coucher du soleil ; et comme notre dortoir était situé dans l’aile orientale de la maison, avec une large baie donnant sur la cour centrale et donc orientée à l’ouest, il arrivait que la lumière dure et rosée du couchant nous baigne pendant des heures, tandis que nous regardions de nos lits le singe infirme de mon père perché sur un parapet écaillé, ou que nous nous racontions des histoires, d’un
lit à l’autre, par gestes silencieux. »

Extrait de : G. Wolfe. « La Cinquième Tête de Cerbère. »