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Le pique-nique du crocodile par Serge Brussolo

Fiche de Le pique-nique du crocodile

Titre : Le pique-nique du crocodile (Tome 2 sur 2 – Conan Lord)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1995
Editeur : Le Masque

Première page de Le pique-nique du crocodile

« Lorsqu’il se posait franchement la question, Dexton Colby était forcé de s’avouer qu’il avait eu beaucoup moins peur de partir combattre les Japonais, après le bombardement de Pearl Harbor, que de rentrer chez lui une fois démobilisé.

C’était comme ça. Ça ne se raisonnait pas.

À l’idée de retrouver la maison familiale des Everglades, en Floride, il sentait la sueur lui jaillir par tous les pores, et pourtant il avait tellement transpiré pendant cette foutue guerre qu’il avait longtemps cru qu’une fois revenu à la vie civile il ne mouillerait jamais plus un tee-shirt de son existence.

Parfois, la nuit, il lui arrivait encore d’entendre dans ses rêves la voix de la Rose de Tokyo qui, d’un ton susurrant, promettait aux GI’s une mort inéluctable et terrible. Comme les autres, il l’avait écoutée avec avidité et frustration, roulé dans son sac de couchage, dans l’humidité de la jungle. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le pique-nique du crocodile. »

Carnets secrets d’un cambrioleur par Serge Brussolo

Fiche de Carnets secrets d’un cambrioleur

Titre : Carnets secrets d’un cambrioleur (Tome 1 sur 2 – Conan Lord)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1995
Editeur : Le Masque

Première page de Carnets secrets d’un cambrioleur

« C’était un enfant d’une dizaine d’années, au visage très pâle, d’une beauté un peu triste, aux cheveux blonds presque blancs, et que le vent du square faisait voler comme des fils de soie. Il était vêtu d’un manteau de drap bleu marine, probablement taillé dans une capote militaire retournée. Cela se devinait aux boutons d’uniforme dorés que le gosse arborait avec fierté. La nurse l’appelait Tiny, sans qu’on puisse savoir s’il s’agissait de son vrai prénom ou d’un sobriquet affectueux. Il marchait à pas lents. C’était véritablement un très beau garçonnet. Son nez et sa bouche avaient des transparences de porcelaine et ses dents, lorsqu’il parlait, semblaient des grains de riz à l’alignement parfait. En général, il avait le maintien un peu cérémonieux d’un petit lord Fauntleroy, une gravité que renforçait l’expression des yeux bleus, trop pensifs, presque chargés de soucis, et souvent les adultes le prenaient pour un orphelin. Un instant plus tôt, un gentleman de la City, en le croisant, avait pensé : « Encore une malheureuse victime de la guerre, un pauvre petit gars dont le Blitz a tué les parents. »

Extrait de : S. Brussolo. « Carnets secrets d’un cambrioleur – Conan Lord. »

Coup de chien par Anne McCaffrey

Fiche de Coup de chien

Titre : Coup de chien
Auteur : Anne McCaffrey
Date de parution : 1972
Traduction : D. Verguin
Editeur : Le Masque

Première page de Coup de chien

« Après tout, de quoi me plaignais-je ? Le train allait dans la bonne direction. La ligne reliait Boston à l’extrémité de Cap Cod, et, finalement, le train lui-même avait une chance de parvenir à destination. Peut-être pas le jour même, ce 18 mars 1945, mais, tôt ou tard, il finirait par arriver. D’un autre côté, ce n’était pas cette pensée vaguement rassurante qui allait rendre moins froid et moins lugubre ce trajet de Boston à East Orleans dans un fourgon glacial.

Bien sûr, ce n’était pas mon premier voyage en fourgon à bagages. Merlin et moi avions traversé ainsi de long en large toute l’étendue des États-Unis, y compris le territoire de l’Alaska. Mais cette fois-ci, l’ignominie qui avait forcé un gentleman de la classe de Merlin à voyager, parmi de vulgaires cageots, ballots et caisses, muselé et enchaîné, dépassait toutes les blessures d’amour-propre que j’avais déjà dû endurer. Ma révolte était totale. Le seul être qu’elle n’atteignait pas était Merlin. Tout compte fait, il était le seul à avoir pris soin de moi, Carlysle Murdock. Plus précisément, James Carlysle Murdock, pour enfoncer un peu plus ce fer-là dans la plaie. »

Extrait de : A. McCaffrey. « Coup de chien. »

Une dernière lueur par Vincent King

Fiche de Une dernière lueur

Titre : Une dernière lueur
Auteur : Vincent King
Date de parution : 1969
Traduction : E. Chédaille
Editeur : Le Masque

Première page de Une dernière lueur

« Là-haut, dans le nord, il fait encore plus froid que par ici. Je vous parle des régions désolées qui s’étendent au-delà de la toundra. Un enfer recouvert de dix mètres de glace, où le blizzard souffle sans arrêt toute l’année. Encore plus au nord, du côté du pôle, la glace doit faire des centaines de mètres d’épaisseur, des kilomètres, peut-être… mais là-bas, il en a toujours été ainsi.
Jour après jour, les glaciers gagnent du terrain. Ils renversent tout, même les collines. Quelquefois, quand le vent est au sud, une sale odeur d’acide flotte dans l’air. Cela doit venir de leurs expériences pour changer l’atmosphère.
Il me fallut un certain temps pour sortir mon pistolet quand j’aperçus les envahs. Il faut vous dire qu’ils s’aventurent rarement aussi loin de la frontière. Ils préfèrent les régions chaudes du sud, comme tout le monde. »

Extrait de : V. King. « Une dernière lueur. »

La planète des Loups par Edmond Hamilton

Fiche de La planète des Loups

Titre : La planète des Loups (Tome 3 sur 3 – Les loups des étoiles)
Auteur : Edmond Hamilton
Date de parution : 1971
Traduction : R. Chome
Editeur : Le Masque

Première page de La planète des Loups

« Il était dorénavant loin des étoiles et s’en trouvait très bien.

Au diable les étoiles ! songeait Dilullo. J’en ai eu plus que mon compte.

Au flanc d’une petite colline, assis sur l’herbe roussie et chauffée par le soleil, la tête appuyée sur ses genoux, avec sa combinaison grise, il ressemblait à un rocher incrusté dans le sol. Le visage même de Dilullo paraissait lui aussi taillé dans du roc, avec sa figure aux traits accusés et durs et sa chevelure grisonnant sur les tempes.

De son observatoire, il contemplait les rues et les bâtiments de Brindisi, la jetée, le cap et les petites îles du large, et au loin, scintillant sur le bleu de la mer Adriatique, le chaud soleil d’Italie. Il connaissait parfaitement la vieille ville mais celle-ci avait bien changé depuis le temps où, encore enfant, il la traversait en courant pour se rendre à l’école.

Ici, j’ai travaillé et étudié pour devenir un homme des étoiles, rêvait-il, et qu’ai-je obtenu en retour ? Du danger, des soucis, de la sueur et lorsque, une fois de trop, je suis reparti, ce fut pour découvrir au retour que tous les miens avaient disparu. »

Extrait de : E. Hamilton. « La Planète des Loups – Les loups des étoiles. »

Les mondes interdits par Edmond Hamilton

Fiche de Les mondes interdits

Titre : Les mondes interdits (Tome 2 sur 3 – Les loups des étoiles)
Auteur : Edmond Hamilton
Date de parution : 1971
Traduction : R. Chome
Editeur : Le Masque

Première page de Les mondes interdits

« Il se promenait dans les rues de New York, essayant de se comporter en vrai Terrien.

Si jamais ils découvrent ma véritable identité, je suis un homme mort, se disait Morgan Chane.

De taille moyenne, les épaules larges, le cheveu noir, le visage boucané aux traits accusés et durs, il avait tout d’un natif. Il s’exprimait très correctement en terrien, ce qui n’avait rien de bien extraordinaire car ses défunts parents étaient nés sur ce globe, sur cette Terre qu’il n’avait jamais vue avant ces derniers jours.

Il ne te faut même pas penser que tu es un Loup des étoiles ! songeait-il.

À part Dilullo, nul ne le savait, et celui-ci ne le trahirait pas de sitôt, du moins tant qu’ils resteraient associés. Mais en lui-même, ce secret assurait à son détenteur un droit de vie et de mort sur lui. En effet, sur presque tous les mondes de la galaxie, la mort était le châtiment rapide et certain qui attendait un Loup capturé. »

Extrait de : E. Hamilton. « Les mondes interdits – Les loups des étoiles. »

L’arme de nulle part par Edmond Hamilton

Fiche de L’arme de nulle part

Titre : L’arme de nulle part (Tome 1 sur 3 – Les loups des étoiles)
Auteur : Edmond Hamilton
Date de parution : 1971
Traduction : R. Chome
Editeur : Le Masque

Première page de L’arme de nulle part

« Les étoiles l’observaient et il lui sembla qu’elles murmuraient : « Meurs, Loup des étoiles. Ta course s’achève ici. »

Il gisait en travers du siège de pilotage, un voile noir lui embrumait l’esprit tandis que sa blessure au flanc l’élançait et le brûlait. Il n’était cependant pas inconscient et comprit que son petit vaisseau venait d’émerger de l’hyperespace, qu’il y avait des choses qu’il devait faire. Mais cela ne servait à rien, absolument à rien…

« Lâche la rampe, Loup des étoiles. Laisse-toi mourir. »

Dans un recoin de son cerveau, Morgan Chane se rendait bien compte que ce n’étaient pas les étoiles qui s’adressaient à lui. C’était plutôt une partie de lui-même qui voulait encore vivre et qui l’aiguillonnait, l’exhortant à reprendre la lutte. Pourtant, combien il était tentant de se laisser aller ; tout serait tellement plus facile. Mais il savait trop combien sa mort réjouirait ses chers amis et compatriotes. L’esprit à la dérive de Chane se raccrocha à cette idée. Finalement, cela suscita en lui une sourde colère et une résolution nouvelle. Il n’avait pas l’intention de leur faire ce plaisir. »

Extrait de : E. Hamilton. « L’arme de nulle part. »

La puissance d’un dieu par Mack Reynolds

Fiche de La puissance d’un dieu

Titre : La puissance d’un dieu
Auteur : Mack Reynolds
Date de parution : 1966
Traduction : J.-P. Pugi
Editeur : Le Masque

Première page de La puissance d’un dieu

« Dans la cabine de la régie, Jerry s’étirait. Ed Wonder releva le regard vers l’horloge du studio. L’émission tirait à sa fin.
— Je voudrais revenir un peu en arrière, dit-il à son invité. Vous avez utilisé deux termes dont la signification exacte échappe sans doute à la plupart d’entre nous. – Il regarda le bloc-notes sur lequel il avait griffonné quelques mots, tandis que l’émission se poursuivait. – Palin… palin… quelque chose.
— Palingénésie, compléta Reinhold Miller sur un ton ne contenant qu’une légère trace de condescendance.
— C’est ça. Et métempsychose. Ne me suis-je pas trompé ?
— C’est correct. Métempsychose. Le passage d’une âme d’un corps à l’autre. Ce nom vient d’un mot latin lui-même dérivé du grec. En toute modestie, je pense être le plus grand spécialiste actuel en palingénésie et en métempsychose.
— Vous venez de définir la métempsychose, mais qu’est-ce que la palingénésie ?
— Ce terme est synonyme de renaissance, de réincarnation. C’est la doctrine de la transmigration des âmes. »

Extrait de : M. Reynolds. « La puissance d’un dieu. »

La cité folle par Kenneth Bulmer

Fiche de La cité folle

Titre : La cité folle
Auteur : Kenneth Bulmer
Date de parution : 1971
Traduction : M. Rosenthal
Editeur : Le Masque

Première page de La cité folle

« Le sommeil refusait obstinément de venir. Une malignité subtile du lit empêchait toute tranquillité, mettait en boule draps et couvertures. Sur le côté droit, il se sentit ligoté. Sur le côté gauche, il entendit, affolants, les battements assourdissants de son cœur. Impossible de trouver le repos.
Il s’assit, tendu et résigné. Le lit à deux places le raillait de son immensité vide. Si seulement il était marié, maintenant. Des reins tendres contre lesquels se blottir, un corps docile pour faire du lit un havre matrimonial… et il aurait peut-être pu dormir.
Lumineuse, sottement joyeuse, la pendulette indiquait trois heures du matin. Il tritura sauvagement son oreiller, s’allongea, chercha le calme. En vain. Combien d’autres hommes attendaient-ils, eux aussi, le sommeil, l’oubli, énervés, inquiets sans raison précise, prisonniers de leur solitude… ?
Inutile. Il renonçait. Mais il ferait encore un essai avant de recourir à un somnifère. Indécis, épuisé, il se leva. Le sommeil l’avait fui et cependant il n’était pas totalement éveillé. Il fit la lumière lui-même, sans attendre qu’elle se fasse automatiquement. La bouche sèche, mauvaise, il avança vers la cuisine d’un pas mal assuré. »

Extrait de : K. Bulmer. « La cité folle. »

Irunium par Kenneth Bulmer

Fiche de Irunium

Titre : Irunium
Auteur : Kenneth Bulmer
Date de parution : 1967
Traduction : F. Serph
Editeur : Le Masque

Première page de Irunium

« Toute sa vie, il avait eu vaguement conscience qu’autour de lui les choses avaient tendance à disparaître sans raison apparente. Le jour de son baptême, lui avait-on raconté avec de gros rires, l’eau s’était volatilisée des fonts baptismaux. « À cause d’une vague de chaleur, mon vieux ! » avait été l’explication officielle ; mais c’était tout de même curieux.
À l’école, ses professeurs – des silhouettes sans visage maintenant – ne comprenaient pas pourquoi c’était toujours Preston dont les livres, les crayons et les règles étaient inévitablement portés disparus et pourquoi les classes dont il faisait partie semblaient perpétuellement à court de matériel pédagogique. Mais, comme il passait la moitié de son temps aux États-Unis et l’autre en Grande-Bretagne, sa scolarité fut plutôt empirique que guidée par une ferme régularité académique.
Aujourd’hui, adulte pourvu d’une situation stable, en route pour le London Airport, il se souvenait qu’il ne s’était jamais interrogé là-dessus. Il ne se posait pas de questions car son avenir était tout tracé : il serait pilote, comme son père. »

Extrait de : K. Bulmer. « Irunium. »