Étiquette : Le Masque
La cité folle par Kenneth Bulmer

Fiche de La cité folle
Titre : La cité folle
Auteur : Kenneth Bulmer
Date de parution : 1971
Traduction : M. Rosenthal
Editeur : Le Masque
Première page de La cité folle
« Le sommeil refusait obstinément de venir. Une malignité subtile du lit empêchait toute tranquillité, mettait en boule draps et couvertures. Sur le côté droit, il se sentit ligoté. Sur le côté gauche, il entendit, affolants, les battements assourdissants de son cœur. Impossible de trouver le repos.
Il s’assit, tendu et résigné. Le lit à deux places le raillait de son immensité vide. Si seulement il était marié, maintenant. Des reins tendres contre lesquels se blottir, un corps docile pour faire du lit un havre matrimonial… et il aurait peut-être pu dormir.
Lumineuse, sottement joyeuse, la pendulette indiquait trois heures du matin. Il tritura sauvagement son oreiller, s’allongea, chercha le calme. En vain. Combien d’autres hommes attendaient-ils, eux aussi, le sommeil, l’oubli, énervés, inquiets sans raison précise, prisonniers de leur solitude… ?
Inutile. Il renonçait. Mais il ferait encore un essai avant de recourir à un somnifère. Indécis, épuisé, il se leva. Le sommeil l’avait fui et cependant il n’était pas totalement éveillé. Il fit la lumière lui-même, sans attendre qu’elle se fasse automatiquement. La bouche sèche, mauvaise, il avança vers la cuisine d’un pas mal assuré. »
Extrait de : K. Bulmer. « La cité folle. »
Irunium par Kenneth Bulmer

Fiche de Irunium
Titre : Irunium
Auteur : Kenneth Bulmer
Date de parution : 1967
Traduction : F. Serph
Editeur : Le Masque
Première page de Irunium
« Toute sa vie, il avait eu vaguement conscience qu’autour de lui les choses avaient tendance à disparaître sans raison apparente. Le jour de son baptême, lui avait-on raconté avec de gros rires, l’eau s’était volatilisée des fonts baptismaux. « À cause d’une vague de chaleur, mon vieux ! » avait été l’explication officielle ; mais c’était tout de même curieux.
À l’école, ses professeurs – des silhouettes sans visage maintenant – ne comprenaient pas pourquoi c’était toujours Preston dont les livres, les crayons et les règles étaient inévitablement portés disparus et pourquoi les classes dont il faisait partie semblaient perpétuellement à court de matériel pédagogique. Mais, comme il passait la moitié de son temps aux États-Unis et l’autre en Grande-Bretagne, sa scolarité fut plutôt empirique que guidée par une ferme régularité académique.
Aujourd’hui, adulte pourvu d’une situation stable, en route pour le London Airport, il se souvenait qu’il ne s’était jamais interrogé là-dessus. Il ne se posait pas de questions car son avenir était tout tracé : il serait pilote, comme son père. »
Extrait de : K. Bulmer. « Irunium. »
Le masque des regrets par Kurt Steiner

Fiche de Le masque des regrets
Titre : Le masque des regrets
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1960
Editeur : Le masque
Première page de Le masque des regrets
« Le lecteur me saura gré de taire le nom de mes personnages ou de les nantir d’un patronyme emprunté. Car l’histoire que je prendrai plaisir à leur conter risquerait de froisser quelque grande famille. Si peu vraisemblable qu’elle puisse paraître, cette aventure est très exacte. Je ne peux mettre en doute les écrits et les témoignages que j’ai pu étudier. Tous concordent à établir la réalité des faits qui relient curieusement l’époque de Louis XIV à la nôtre et bien que je n’eusse aucune raison valable de mettre en doute la parole d’un gentilhomme de la meilleure naissance, je poussai néanmoins le scrupule jusqu’à prendre beaucoup de mon temps pour consulter de vieilles archives de police qui confirmèrent, s’il en était besoin, le bien-fondé de ce que je vais sans plus tarder vous relater. »
Extrait de : K. Steiner. « Le Masque des regrets. »
La chaîne de feu par Kurt Steiner

Fiche de La chaîne de feu
Titre : La chaîne de feu
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1959
Editeur : Le Masque
Première page de La chaîne de feu
« — Un Bourbon… commanda Greg, l’air maussade.
Le barman jeta un coup d’œil interrogateur à la caissière. Gras et lourd, il avait fait, de la lèvre supérieure, une grimace qui avait accentué sa ressemblance naturelle avec un cheval de trait. La caissière posa ses yeux noirs aux paupières flétries sur Gregory Crane.
— Non, dit-elle sèchement. Greg, ton ardoise s’allonge, et tu n’as pas l’air de te renflouer.
— Écoute, Bessie, fit Greg en penchant en avant sa tête haut perchée, Bill m’aurait servi. Fais comme si…
— Je ne ferai rien, déclara Bessie. Banque d’abord.
Greg serra les lèvres, qu’il avait déjà minces. Son visage prit un air de méchanceté :
— Un de ces jours, dit-il du coin de la bouche, tu auras des ennuis, Bessie. Fais-moi confiance. »
Extrait de : K. Steiner. « La chaîne de feu. »
Veruchia par Edwin Charles Tubb

Fiche de Veruchia
Titre : Veruchia
Auteur : Edwin Charles Tubb
Traduction : J. Huet
Date de parution : 1973
Editeur : Le masque
Première page de Veruchia
« Le musée avait quelque chose d’une cathédrale, si bien que les visiteurs marchaient à pas feutrés et parlaient en chuchotant, intimidés par la majesté de l’édifice. Il était fait de pierre brute, ses hauts toits en voûte murmurants d’échos lointains, ses vastes salles flanquées de galeries et de fenêtres oblongues en verre de couleur vive. Même les gardiens, discrètement postés près des piliers sculptés, ressemblaient davantage à des pièces de musée qu’à des hommes : créatures soumises à l’art du taxidermiste, simulacres en uniforme chargés de protéger des trésors fabuleux. Il eût été facile d’oublier leur présence.
Dumarest ne l’oubliait pas. Dès son entrée dans le musée, il avait eu conscience de leurs regards attentifs. Ils le suivaient en ce moment même, tandis qu’il déambulait avec une douzaine d’autres personnes, sa tenue gris neutre contrastant violemment avec leurs atours citadins, le désignant comme étranger et, par là, objet d’intérêt. Même les gardiens finissaient par s’ennuyer.
— Un phendrat.
La voix du guide s’éleva par-dessus le bruit étouffé des pas qui bientôt se tut. Il leva le doigt en direction d’une créature ailée hérissée de piquants, suspendue par des fils invisibles. »
Extrait de : E. C. Tubb. « Veruchia. »
Les maîtres du hasard par Edwin Charles Tubb

Fiche de Les maîtres du hasard
Titre : Les maîtres du hasard
Auteur : Edwin Charles Tubb
Traduction : J. Huet
Date de parution : 1964
Editeur : Le masque
Première page de Les maîtres du hasard
« Rien ne semblait justifier l’existence d’une telle salle. Elle ouvrait directement sur l’espace par une vaste baie vitrée et, en cela, la station bactériologique britannique était seule de son espèce sur la Lune.
Rien de semblable chez les Russes ou les Américains, et encore moins chez les Chinois.
Tapis dans les galeries blindées de leurs installations souterraines, ils avaient bien trop à faire avec les armes de toute sorte qui les hérissaient pour songer à de telles fioritures. Quant aux Chinois, ils restaient terrés au fond de leur base de la mer de la Fécondité, énigmatiques et inquiétants.
Seuls les Anglais, grâce à leur génie des situations difficiles, avaient décidé que, quitte à s’installer sur la Lune, ils profiteraient au moins du spectacle.
Pour une fois, Sir Ian Macdonald avait l’occasion d’en jouir tranquillement. »
Extrait de : E. C. Tubb. « Les Maîtres du hasard. »
Lallia par Edwin Charles Tubb

Fiche de Lallia
Titre : Lallia
Auteur : Edwin Charles Tubb
Traduction : J. Huet
Date de parution : 1971
Editeur : Le masque
Première page de Lallia
« Sur Aarn, un homme fut assassiné et Dumarest le vit mourir. La chose se passa très vite, dans un endroit proche du champ d’atterrissage : une taverne animée, reluisante de confort, de l’autre côté de la haute clôture périphérique, tout près de l’entrée principale ; un endroit civilisé et feutré, aux éclairages tamisés, douillettement installé sur un monde civilisé. Cette violence bestiale n’en était que plus inattendue.
Dumarest vit toute la scène ; il tournait le dos au décor mural vivant, des femmes nues folâtrant dans une mer d’émeraude parmi des bêtes visqueuses aux proportions obscènes. Devant lui, éparpillés sur les tapis moelleux, les clients de la taverne étaient vautrés dans des fauteuils ou appuyés au long comptoir de bois luminescent. Un assortiment d’officiers, d’hommes d’équipage, d’employés au sol, de commerçants et de voyageurs. Sur cette foule se détachaient les parures voyantes des filles de joie déployant leurs charmes. Du plafond sculpté susurrait une musique douce, et l’air était teinté d’une fumée odorante. »
Extrait de : E. C. Tubb. « Lallia. »
Les cercles de l’épouvante par J. Ray

Fiche de Les cercles de l’épouvante
Titre : Les cercles de l’épouvante
Auteur : Jean Ray
Date de parution : 1943
Editeur : Le masque
Sommaire de Les cercles de l’épouvante
- Les cercles
- La main de Goetz von Berlichingen
- L’assiette de Moustiers
- Le cimetière de Marlyweck
- Le dernier voyageur
- L’homme qui osa
- Dürer, l’idiot
- L’auberge des spectres
- L’histoire du Wûlkh
- Le miroir noir
- Hors des cercles
Première page de Les cercles
« Ma petite fille Lulu a des yeux noirs comme la nuit qui s’avance, ses cheveux coulent comme les ténèbres d’une nue nocturne. Elle est grave et très belle ; son arrière-grand-mère était une squaw d’une tribu perdue du Dakota et elle fut certainement sorcière aux journées menaçantes de sa jeunesse.
Je lui demande :
— Tes poupées parlent-elles ?
— Elles parlent, courent, jouent et se battent, dit-elle.
— Et tes soldats de plomb, bougent-ils ?
— Sûr ! Avant de mourir… car ils sont soldats et faits pour mourir. Tu vois comme beaucoup ont la tête tranchée. Ils se coupent le cou en se battant avec leurs sabres.
En vain, par le trou de la serrure, j’espionne Lulu toute à ses jeux : les soldats montent une garde immobile et les poupées sont sagement assises en rond. »
Extrait de : Jean Ray. « Les Cercles de l’Epouvante. »
Les furies par K. Roberts

Fiche de Les furies
Titre : Les furies
Auteur : Keith Roberts
Date de parution : 1966
Traduction : F. Straschitz
Editeur : Le masque
Première page de Les furies
« On peut les nommer les Gardiens. La chose qu’ils gardaient si jalousement n’était pas matérielle dans le sens où nous l’entendons. Elle avait du volume, mais pas de forme ; de la masse, mais pas de dimension. Bouillonnant nœud de mémoire, frémissant arbre de sagesse, elle avait bourgeonné à travers l’espace, ballottée par les courants gravitationnels, léchée par les flammes blanches des novæ. Et elle avait atteint la Terre…
Peut-être les Gardiens étaient-ils las. Pour eux, Vanderdecken était une créature éphémère et le millénium des Ahasuerws, guère plus que le lent clignement d’un œil. Leur voyage s’étendait à l’infini dans l’avenir comme dans le passé, loin, loin, loin avant notre ère, jusqu’au jour, peut-être, de la Première Création. Et les Gardiens eux-mêmes avaient oublié d’où ils venaient, et n’avaient jamais su comment ils avaient propagé leur espèce. »
Extrait de : K. Roberts. « Les Furies. »
Le cavalier squelette par G. J. Arnaud

Fiche de Le cavalier squelette
Titre : Le cavalier squelette
Auteur : G. J. Arnaud
Date de parution : 2002
Editeur : Editions du Masque
Première page de Le cavalier squelette
« Comme chaque nuit vers 2 heures, le curé de Cubières quittait la chaleur de son gros édredon pour jeter une bûche dans sa cheminée. Ce mois de décembre lui gelait les os le jour comme la nuit et il ne cessait de grelotter. Aumônier de l’armée en Algérie, il y avait pris des fièvres qui ne lui laissaient de répit que l’été. Tout grelottant, il allait se recoucher lorsque le galop d’un cheval se fit entendre, venant de la route de Bugarach. D’abord roulement lointain d’orage sur le chemin gelé, les sabots de l’animal décomposèrent l’allure en petit trot. L’abbé Reynaud jeta sa robe de chambre en laine des Pyrénées sur ses épaules aiguës, gratta les fleurs de givre de sa vitre. Depuis son arrivée au presbytère, le menuisier de Mouthoumet devait installer des volets et l’abbé pensait que ce retard avait quelque sournoiserie d’anticlérical.
Maintenant réduit au pas, le cheval dépité devait secouer sa tête car cliquetait son mors entre ses dents. »
Extrait de : G. J. Arnaud. « Le Cavalier Squelette. »