Étiquette : livre
La comtesse de sang par Maurice Périsset

Fiche de La comtesse de sang
Titre : La comtesse de sang – Erzébeth Bathory
Auteur : Maurice Périsset
Date de parution : 1975
Editeur : Pygmalion
Première page de La comtesse de sang
« La comtesse Bathory fit torturer et assassiner six cent dix jeunes filles et, pour garder sa jeunesse, se baigna dans leur sang.
— Je n’ai pas à vous répondre, je suis votre maîtresse ! répondit-elle au pasteur de Csejthe qui lui reprochait ses crimes. Comment, venant de si bas, votre question peut-elle arriver jusqu’à moi, qui suis si haut ?
Descendante d’une illustre famille de Hongrie, maîtresse absolue et dame de Csejthe, elle pouvait tout se permettre. La loi féodale l’y autorisait. Contester son droit de vie et de mort sur ses sujets, qui s’y serait risqué en ces Balkans où, en plein XVIIe siècle, le Moyen Âge durait toujours ? Erzébeth Bathory n’eut d’autre maître que son propre démon, d’autre souci que sa beauté. Le seul ennemi qu’elle redoutât, c’était le temps qui flétrissait ses traits. Elle vécut toute sa vie dans une solitude essentielle, dans la solitude créée par son orgueil, sa froideur et sa cruauté. Elle savait que son pouvoir souverain tombait devant la vieillesse, la maladie et la mort, et sa fierté se révoltait d’avoir à subir le sort commun. Puisqu’elle pouvait tout, elle devait pouvoir éterniser sa jeunesse et sa beauté. »
Extrait de : M. Périsset. « La comtesse de sang. »
Mascarad City par Lucas Gorka

Fiche de Mascarad City
Titre : Mascarad City
Auteur : Lucas Gorka
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Mascarad City
« Russell Wismayer s’apprête à commettre son treizième viol. Treize, le chiffre qui file la poisse. Dans l’ancienne remise à carburant, le bruit des ventilos incrustés dans les murs. Russell essuie la sueur qui perle à son front, enfile un ciré jaune et se recoiffe dans un morceau de glace brisée. Puis il s’assoit sur son lit, canot pneumatique de sauvetage dérobé à l’une des navettes de la Cité, et chausse une paire de tennis souples et silencieux. Ses muscles tremblent déjà, c’est bon signe. Ce soir Wismayer a la libido en effervescence.
La porte de la remise claque derrière lui. Il est tard, la passerelle est déserte et le trafic des navettes réduit au service minimum. Russell s’infiltre dans un couloir éclairé au néon pâle, l’un de ceux qui mènent aux ascenseurs, la cheville bien serrée. Silence et habileté du singe.
Il n’a pas vu l’ombre qui le suit. »
Extrait de : L. Gorka. « Mascarad-City. »
Les gardiennes d’espérance par Pierre Debuys

Fiche de Les gardiennes d’espérance
Titre : Les gardiennes d’espérance
Auteur : Pierre Debuys
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les gardiennes d’espérance
« Depuis la reprise des combats, des flots humains se déversaient dans l’enceinte beaucoup trop étroite du camp de réfugiés. Au début, c’étaient surtout des citadins qui avaient fui le guêpier à l’échelle d’une race qu’était devenue la capitale toute proche : Thourbey n’était plus qu’un amas de décombres fumants. Puis des villageois des communes agricoles voisines, descendus des montagnes, s’étaient mêlés aux cohortes citadines. Les combats n’avaient pas encore atteint la sierra, mais la crainte d’une avancée des troupes azuréennes suffisait à provoquer des mouvements de panique.
Dans les bâtiments préfabriqués du camp, toute la surface disponible était utilisée. Prévu pour accueillir trente mille personnes, il en abritait maintenant plus du triple. Chacun, s’ingéniant à garder le plus possible d’effets personnels, encombrait les chambrées et occupait la place que d’autres auraient pu prendre.
À la tombée de la nuit, ils étaient encore plus de dix mille devant les entrées. »
Extrait de : P. Debuys. « Les gardiennes d’Espérance. »
Penta par Dominique Brotot

Fiche de Penta
Titre : Penta
Auteur : Dominique Brotot
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Penta
« La ligne de basse avait l’agressivité lancinante d’un battement cardiaque. Evan en sentait les ondes sonores palpiter contre la peau de son visage. Du moins sur ses joues, là où l’épiderme demeurait sensible. Un chœur de voix féminines, très aiguës, gémissait en contrepoint sans que l’on pût distinguer si elles souffraient ou râlaient de plaisir. En dessous de lui, sur la vaste piste de danse, la foule hétéroclite du Z.O. ondulait sur le tempo, une gigantesque copulation dans les jets de sang que puisaient les projecteurs. Des caméras invisibles isolaient certains danseurs pour exhiber leurs étreintes sur les murs concaves de la salle. Le Rimmel des filles dégoulinait sur leurs grimaces d’extase, des grimaces feintes ou obtenues à hautes doses d’euphorisants, mais au rez-de-chaussée du dernier grand centre militaire de ce qui restait des États-Unis, rien ne devait troubler la satisfaction du permissionnaire. »
Extrait de : D. Brotot. « Penta. »
Neurovision par Dominique Brotot

Fiche de Neurovision
Titre : Neurovision
Auteur : Dominique Brotot
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir
Première page de Neurovision
« Le dégivrage de la Ford marchait mal. Le chauffage pas mieux. De sa main gantée, Tom Hopkins ouvrit une fenêtre rectangulaire dans la buée qui s’obstinait à voiler le pare-brise. Il ralentit pour ne pas rater le panneau du carrefour. 55* Rue Ouest. La prochaine était la bonne. De minuscules flocons dansaient dans la lueur des phares. Ils semblaient résister à la pesanteur, refuser leur destin. Comme leurs prédécesseurs, ils finissaient néanmoins par se fondre à la boue grise que projetaient en longues giclées les rares voitures à emprunter Columbus Avenue à cette heure de la nuit.
Tom tourna dans la 54°. Il écrasa la pédale de frein. Sa vieille Mustang glissa sur le bitume mouillé mais s’arrêta. Des catadioptres orange barraient la moitié de la chaussée, luisant dans la nuit comme les yeux de monstrueux félins. Ils signalaient une clôture volante qui protégeait une tranchée. Au bout de celle-ci, un tas de sable occupait dix mètres de trottoir. »
Extrait de : D. Brotot. « Neurovision. »
Les voleurs d’organes par Dominique Brotot
Fiche de Les voleurs d’organes
Titre : Les voleurs d’organes
Auteur : Dominique Brotot
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les voleurs d’organes
« Mon maton s’appelait John et plus qu’une véritable personne, il était une moyenne statistique. Anglo-saxon blanc, ni gros ni mince, ni grand ni petit, John possédait un nez droit, des cheveux châtains, des yeux marrons et une bouche sans personnalité. Il gagnait sans aucun doute le salaire moyen d’un employé nord-américain et avait deux enfants et une femme sans taches de rousseur. H semblait né dans son uniforme gris et trouvait jolies les fausses boiseries qui décoraient I ‘antichambre exiguë de la salle d’audience n°3 du tribunal correctionnel de New Chicago. Le chiffon de son masque anti-ultraviolets replié sous son menton lui faisait comme un goitre.
Enfermé dans un cube de plastique transparent, j’attendais de passer en jugement. Assis sur le banc en similichêne qui occupait le fond de la pièce, John jouait. Les yeux rivés sur le minuscule écran de sa console portable, il s’activait les pouces avec l’exaltation du passionné. »
Extrait de : D. Brotot. « Les voleurs d’organes. »
Chair à supplices par Dominique Brotot

Fiche de Chair à supplices
Titre : Chair à supplices
Auteur : Dominique Brotot
Date de parution : 1988
Editeur : Patrick Siry Editeur
Première page de Chair à supplices
« — C’est foutu. Mieux vaut redescendre.
Les dents de Roméo Balducci se mirent à claquer. Il fourra les mains dans les poches de son blouson de cuir mais l’intérieur en était trempé. Gelé aussi, comme les fringues de ville qu’il portait dessous. Celles dont il était si fier à Naples.
— Non, pas question. (Maria Giannelli passa son bras sous le sien.) Si nous restons en Italie, mon père nous retrouvera. (Il la sentit frissonner.) Et nous n’avons plus assez d’argent pour payer un autre passeur.
— Si j’avais gardé mon couteau, ce Tino n’aurait jamais pu nous larguer comme ça.
— Roméo ! (Il y avait une trace de reproche dans le ton de la jeune fille.) Tu regrettes ta promesse ?
— Non. (Il dégagea son bras pour la serrer contre lui.) Non, Maria, je ne regrette rien. Ne pensons plus à ce salopard. Il n’en vaut pas la peine.
Ils restèrent un moment à contempler le cirque glaciaire envahi de neige qui s’ouvrait devant
eux. Ils allaient devoir le traverser. Impossible de le contourner par les rochers, contrairement à ce qu’avait affirmé le passeur. Le col paraissait inaccessible, tout là-haut, entre les deux aiguilles de granit. »
Extrait de : D. Brotot. « Chair à supplices. »
Daâh le premier homme par Edmond Haraucourt

Fiche de Daâh le premier homme
Titre : Daâh le premier homme
Auteur : Edmond Haraucourt
Date de parution : 1914
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande
Première page de Daâh le premier homme
« Au sommet de la falaise crayeuse, les branches du hallier s’écartèrent : une face brutale et recuite se fit jour entre les feuilles, puis, la chair d’une épaule, d’un bras, d’un buste, et la femme qui rampait se redressa, nue et velue.
C’était une femelle trapue, petite, au torse massif, aux membres durs ; tout en elle était large et court, excepté le bassin : une hauteur d’adolescente et une ampleur de portefaix, des jambes brèves, des genoux bas, des pieds aplatis, des mains épaisses et des doigts en spatules : ses muscles noueux comme le chêne s’accrochaient à une ossature de roc, et son ventre proéminait ; sur le fond rougeâtre de sa peau, une toison flexueuse dessinait un décor symétrique, dont la pointe s’effilait sur le sternum et qui descendait en deux courbes depuis la gorge jusqu’aux plis de l’aine, tandis que, par derrière, deux autres volutes partaient des aisselles, pour rejoindre l’épine dorsale et glisser vers les reins, où elles s’éployaient en éventail. »
Extrait de : E. Haraucourt. « Daâh, le premier homme. »
