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Le dernier pirate par José Moselli

Fiche de Le dernier pirate

Titre : Le dernier pirate
Auteur : José Moselli
Date de parution : 1924
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le dernier pirate

« MARSEILLE. Une nuit de décembre 1921. Sur la place de la Joliette, tandis que le mistral hurle, des cris retentissent, des ombres se jettent les unes sur les autres. Des matraques se lèvent. Les hurlements vont crescendo.

Ce sont des chauffeurs arabes et des boys chinois qui s’empoignent. Très vraisemblablement, les chauffeurs arabes ont attaqué les Chinois qu’ils exècrent et méprisent. Mais les Célestes, plus nombreux, se défendent vaillamment. Le claquement d’un revolver éclate ; un cri d’agonie, un choc sourd, un autre hurlement accompagné d’un fracas de bouteille brisée, puis les antagonistes s’éparpillent dans toutes les directions ; du poste de police installé dans le bâtiment des Messageries maritimes tout proche, des agents, attirés par la détonation, accourent.

Curieux, je les imite. Sur le lieu du combat, deux hommes gisent à terre. Un Chinois, dont la poitrine est trouée par une balle et qui geint doucement ; à deux pas de lui, un Arabe étendu, animé. »

Extrait de : J. Moselli. « Le dernier pirate. »

Le baron Stromboli par José Moselli

Fiche de Le baron Stromboli

Titre : Le baron Stromboli – l’intégrale
Auteur : José Moselli
Date de parution : 1912
Editeur : Oxymoron Editions

Première page de Le baron Stromboli

« — Sur l’eau grise, moirée par la brise, et que le soleil de juillet faisait luire, l’escadre poméranienne, au grand complet, était posée.

En une ligne symétrique, les gigantesques cuirassés, tout blancs, sans une tache, élevaient vers le ciel les cimes parallèles de leurs mâts d’acier et le panache roux des fumées de leurs chaudières.

Ils arboraient le grand pavois ! pas un de leurs cordages qui ne soutînt mille pavillons aux couleurs hurlantes. Et, à leur poupe, l’aigle noir, drapé de blanc, frissonnait. Derrière les cuirassés, les croiseurs, plus longs, aux lignes effilées, puis les minces torpilleurs aux énormes cheminées.

Toute la flotte poméranienne était là ! À l’horizon, la ville de Piel, grise, presque noire, s’étendait sur la côte basse et, entre deux bouées, cinq yachts de course aux mâtures invraisemblables attendaient le signal du départ.

En face des navires de guerre, la multitude des yachts de toutes les nations, depuis le grand steamer à marche rapide, vaste comme un paquebot, jusqu’aux coquilles de noix montées par deux hommes, se pressait pour assister à la fête unique qu’est l’inauguration de la grande semaine maritime de Piel. »

Extrait de : J. Moselli. « Le baron Stromboli – L’Intégrale. »

Quand reviendra l’oiseau-nuage par Bernard Villaret

Fiche de Quand reviendra l’oiseau-nuage

Titre : Quand reviendra l’oiseau-nuage
Auteur : Bernard Villaret
Date de parution : 1983
Editeur : Albin Michel

Première page de Quand reviendra l’oiseau-nuage

« En terminant ma tournée médicale dans les deux villages, j’ai appris ce matin, par le père Hellas, qu’il y aurait au crépuscule une « Séance missionnaire ».

Hellas est une personnalité de la « Réserve » ; ce maître Jacques est à la fois sabotier, garde-champêtre chargé d’annoncer les nouvelles au son du tambour et préposé à l’entretien des Solaires. Chez lui, la nature, économe de chair, n’a pas rechigné sur les os. Ce que l’on remarque d’abord, c’est son squelette qui transparaît de partout, prêt à crever la peau. Hellas est maigre à faire peur aux enfants, mais encore solide puisqu’il mène sa triple tâche à la satisfaction générale. Il est toujours vêtu d’un long manteau grisâtre qui lui vient de son grand-père, probablement plus grand que lui. Ce manteau lui tombe jusqu’aux pieds et semble marcher tout seul, tant le corps est sec, quasi inexistant. »

Extrait de : B. Villaret. « Quand reviendra l’oiseau-nuage. »

Deux soleils pour Artuby par Bernard Villaret

Fiche de Deux soleils pour Artuby

Titre : Deux soleils pour Artuby
Auteur : Bernard Villaret
Date de parution : 1971
Editeur : Denoël

Première page de Deux soleils pour Artuby

« Au moment de commencer ce récit, j’éprouve bien des scrupules. Peut-être en est-il toujours ainsi pour celui qui se propose d’écrire la biographie d’un grand homme, alors que les événements n’ont pas encore été figés par l’histoire.

Pourrai-je saisir avec exactitude les motifs profonds qui ont poussé Jan Artuby vers sa prodigieuse épopée ? Saurai-je traduire le caractère à la fois pur et explosif de ce héros exemplaire qui galvanisa les foules par ses paroles, ses œuvres et ses actes, ces foules qui le placeront peut-être dans leur mémoire aux côtés d’Alexandre le Grand, du Christ et de Léonard de Vinci…

Serai-je capable enfin de cerner sa personnalité insolite – monolithique de la jeunesse à la mort – mais en vérité faite tout entière de contrastes. Durant sa brève existence, ne fut-il pas déchiré entre ses deux passions, l’art et la liberté, auxquelles vint s’ajouter un troisième amour – terrestre celui-là et peut être le plus grand – qu’il entraîna avec lui dans sa fulgurante apothéose ! »

Extrait de : B. Villaret. « Deux soleils pour Artuby. »

La prison de glace par José Moselli

Fiche de La prison de glace

Titre : La prison de glace
Auteur : José Moselli
Date de parution : 1919
Editeur : Ebooks libres et gratuits

Première page de La prison de glace

« Dans tous les pays du monde, la police, comme la médecine, n’ont jamais été très populaires : on leur reproche leurs insuccès, leurs hésitations, oubliant que ces deux honorables corps de métiers ont à réprimer et à guérir des maux qu’ils ignorent…
En temps d’épidémie, le sort des policiers et des médecins n’est pas gai : pour un peu, on les rendrait responsables des maux qu’ils s’évertuent à atténuer.
Car il y a aussi des épidémies de crimes ! Et c’est d’une de ces épidémies dont il sera question dans ce chapitre.
Une épidémie étrange. Plusieurs méfaits, qui eussent, après tout, passé inaperçus s’ils avaient été commis isolément. Mais, comme ils se succédèrent en moins d’une semaine, l’imagination du public en fut considérablement impressionnée, d’autant plus que l’arrestation des coupables parut tout de suite devoir se faire attendre.
Le chimiste Charles Elwell, qui habitait dans un des nombreux boarding-houses avoisinant la Barbary-Coast, à San Francisco, disparut. Comment ? Impossible de le savoir. »

Extrait de : J. Moselli. « La Prison de glace. »

La momie rouge par José Moselli

Fiche de La momie rouge

Titre : La momie rouge
Auteur : José Moselli
Date de parution : 1925
Editeur : Oxymoron Editions

Première page de La momie rouge

« La sonnerie de l’appareil téléphonique suspendu au-dessus du lit de Ralph Gorse crépita violemment.

Ralph Gorse, un grand gaillard carré – carré de partout – se redressa.

C’était encore la nuit. Il tourna le commutateur de la lampe électrique fixée au-dessus du lit et, d’un geste machinal, regarda la montre de nickel fixée à son poignet par une large courroie de cuir. Elle marquait sept heures quarante, exactement. Ralph Gorse devait se rappeler ce détail…

À partir de ce mercredi, quatre janvier, à sept heures quarante, sa vie allait puissamment changer !

La sonnerie continuait son bruit de crécelle.

Ralph Gorse empoigna le récepteur de l’appareil et le plaqua à son oreille.

Après toute une nuit passée dehors, à la recherche des assassins d’une brocanteuse, il était rentré chez lui vers six heures du matin. Et, à sept heures quarante, on le réveillait ! »

Extrait de : J. Moselli. « La momie rouge. »

La fin d’Illa par José Moselli

Fiche de La fin d’Illa

Titre : La fin d’Illa
Auteur : José Moselli
Date de parution : 1925
Editeur : Bibebook

Première page de La fin d’Illa

« Il faut bien qu’il y ait un commencement à une histoire quelle qu’elle soit, comme il faut bien qu’il y ait un commencement à tout, quoiqu’il n’y ait de commencement à rien. Le commencement d’une histoire est simplement le moment à partir duquel on s’intéresse à ses héros. Du moins dans la plupart des cas, mais pas dans celui qui nous occupe…

On le verra.

Le 22 mars 1875, vers deux heures du matin, le brick américain Grampus, de Norfolk (Virginie), voguait allègrement, toutes ses voiles dessus, vers le sud-est.

Le point, calculé quelques heures auparavant par le capitaine Ellis, avait donné comme résultat 163∘ de longitude ouest et 18∘ 33’ de latitude nord, chiffres, d’ailleurs, sujets à caution, le capitaine Ellis s’entendant beaucoup plus à abattre un homme d’un coup de poing ou à lamper d’une haleine une pinte de whisky qu’à calculer correctement une droite de hauteur.

Peu importait. Le Grampus naviguait en plein Pacifique, loin de toute terre, et quelques milles d’erreur ne pouvaient nuire en rien. »

Extrait de : J. Moselli. « La fin d’Illa. »

La corde d’acier par José Moselli

Fiche de La corde d’acier

Titre : La corde d’acier
Auteur : José Moselli
Date de parution : 1921
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de La corde d’acier

« DANS une agglomération aussi gigantesque que celle de Paris et de sa banlieue, les crimes sont forcément nombreux : assassinats, attentats de toutes sortes, vols, cambriolages, disparitions, sont choses courantes. Ils ont leur place marquée dans les journaux, sous le titre général de Faits divers.

Pendant les vacances parlementaires, ou lorsque les événements internationaux ne « donnent » pas, les journalistes à court de copie sortent un fait divers et le détaillent. Un gros titre, large de deux colonnes, signale à l’attention du lecteur le terrible attentat de la rue X…, ou le crime affreux de l’avenue Z… Et les moindres circonstances de l’assassinat ou du meurtre sont minutieusement relatées. Il faut bien remplir le journal !

Et si, le lendemain, quelque scandale ou autre survient, le « grand » crime de la veille est de nouveau relégué à sa place, dans les faits divers. En quelques lignes, l’on apprend au lecteur que l’enquête suit son cours. Et, aussi bien, le lecteur, habitué et sceptique, porte son intérêt sur d’autres événements. »

Extrait de : J. Moselli. « La Corde d’Acier. »

La cité du gouffre par José Moselli

Fiche de La cité du gouffre

Titre : La cité du gouffre suivi par Le messager de la planète
Auteur : José Moselli
Date de parution : 1926
Editeur : Bibebook

Première page de La cité du gouffre

« Il existe de nombreux cas, contrôlés, d’hallucinations collectives. Mais tout fait croire que ce qui s’est passé à bord du cargo-boat Ariadne, de Bordeaux, est réel.
Le capitaine Mercier, commandant ce navire, est un homme calme, pondéré, connu pour son sang-froid. Le lieutenant Mauris a été reçu capitaine au long cours le premier de sa promotion. Le chef mécanicien de l’Ariadne, Gérard Fouque, est un quinquagénaire placide ; le second capitaine, Jacques Michel, est connu pour certains travaux astronomiques qui lui ont valu les honneurs d’une communication à l’Académie des sciences.

Tous sont d’accord ; ils ont vu. Ils ont entendu. Et, au reste, le livre de bord, le rapport de mer du capitaine Mercier, signé par deux hommes de l’équipage, attestent qu’il s’agit d’un fait réel, indiscutable – mais que personne ne croira.

Il était cinq heures du soir. L’Ariadne, un cargo chargé de six mille tonnes de riz embarquées à Saigon à destination de Nantes, naviguait dans le golfe d’Aden, lorsque, deux heures après avoir doublé le sinistre cap Guardafui, où tant de navires ont trouvé leur perte, le lieutenant Mauris, qui était de quart, fit prévenir le capitaine Mercier qu’il venait d’apercevoir une mine flottante ! »

Extrait de : J. Moselli. « La cité du gouffre. »

Les idées morales du temps présent par Édouard Rod

Fiche de Les idées morales du temps présent

Titre : Les idées morales du temps présent
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1891
Editeur : BnF

Première page de Les idées morales du temps présent

« Il est difficile d’imaginer une contradiction plus frappante que celle qui existe entre les premiers écrits de M. Renan et ses derniers ouvrages : la distance est tout juste celle qui sépare une époque de belles rêveries, comme fut 1848, d’une époque de déceptions, comme est 1890, ou un dogmatisme passablement accentué d’un scepticisme aussi absolu qu’aimable ; et l’on peut se demander comment le poète, qui prête à son Prospéro de si gracieuses dissertations sur l’incertitude de la vertu, a pu sortir du jeune doctrinaire en rupture de ban avec l’Eglise, c’est vrai, mais qui parlait en émule de Guizot de la « base indubitable… où l’homme trouvera jusqu’à la fin des jours le point fixe de ses incertitudes ». Celui-là semble rèver, pour abri de sa vieillesse, une sorte d’abbaye de Thélème, où son renoncement s’ébattrait parmi les jeux folâtres de petits enfants, de filles et de garçons ; celui-ci disait tout simplement à ses contemporains : « Le bien, c’est le bien ; le mal, c’est le mal. » — On reconnaîtra que le chemin parcouru est assez long. »

Extrait de : E Rod. « Les Idées morales du temps présent. »