Étiquette : livre
La cloche de brume par Maurice Limat
Fiche de La cloche de brume
Titre : La cloche de brume
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir
Première page de La cloche de brume
« Le navire glisse, lentement, très lentement, sur les flots du golfe de Gascogne.
Lentement. Car la brume est épaisse, à tel point que par prudence le commandant de bord, sans préjudice de l’apport du radar relatif à d’éventuelles rencontres, a sacrifié au procédé ancestral. Un homme, à l’avant, agite en permanence la cloche de brume.
Et c’est comme un glas, bizarrement ouaté par le brouillard ambiant, qui annonce aux navires-frères qu’il y a là un bâtiment, et que le danger des collisions plane sur tous les navigants.
L’homme grelotte dans son suroît. Le monde a changé. Des contacts ont été établis avec les humanités lointaines et la sapience prodigieuse des divers peuples cosmiques a permis de véritables miracles qui n’étonnent plus personne, et surtout pas les très jeunes, nés dans la plus haute technologie. »
Extrait de : M. Limat. « La cloche de brume. »
La cité du vent damné par Maurice Limat

Fiche de La cité du vent damné
Titre : La cité du vent damné
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de La cité du vent damné
« Le Vent Damné menaçait. C’était encore le silence, ce silence angoissé et angoissant qui précède les grandes catastrophes. Mais les prémices du fléau étaient signalées depuis les plaines et la nature se taisait. Et dans la ville, les hommes se terraient déjà.
Sous le ciel lourd où l’astre n’apparaissait plus que telle une tache blafarde endeuillée de nuées livides, chacun paraît comme il pouvait à l’attaque qui allait venir, entre terre et firmament. On rappelait les enfants, on bloquait les issues, on
relevait prestement tout ce qui était susceptible d’être emporté par le tourbillon.
Delkaar songeait.
À chaque manifestation du Vent Damné, les souvenirs lui revenaient en foule. »
Extrait de : M. Limat. « La cité du Vent Damné. »
L’oeil écarlate par Maurice Limat

Fiche de L’oeil écarlate
Titre : L’oeil écarlate
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’oeil écarlate
« Je m’ennuie. Je m’ennuie. Cela me paraît interminable.
Interminable ! C’est le mot, si j’ai droit à l’ironie en la circonstance.
J’ai pourtant tout essayé depuis… mais il y a si longtemps que très sincèrement et si je suis capable de sincérité (encore que cette vertu, comme toutes les autres vertus d’ailleurs, ne puisse guère figurer dans mes attributions), j’ai oublié quand peut bien se situer le début de ma… disons : ma carrière !
J’ai multiplié les essais, les expériences. Je me suis réjoui, repu, saoulé de tout. Tout ce qui relève de mes fonctions. Je peux croire que dans ce domaine je n’ai pas oublié grand-chose : tout y est passé : les vices, les crimes, les perversions de tout genre, la haine, l’envie, la jalousie… (pour la suite, voir la liste des sept péchés capitaux).
Les guerres et les révolutions, mes filles chéries, m’ont apporté de grandes satisfactions. Elles ont l’avantage de couvrir d’un voile de fausse morale tous les forfaits, les tortures, les spoliations, et d’une façon générale tout ce qui relève du brigandage, au nom d’une monumentale hypocrisie ! C’est dire si j’ai pu en tirer des divertissements
appréciables ! »
Extrait de : M. Limat. « L’oeil écarlate. »
L’iceberg rouge par Maurice Limat

Fiche de L’iceberg rouge
Titre : L’iceberg rouge
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’iceberg rouge
« — Vous ne voulez pas me croire ? Commandant ! Commandant, je vous en supplie… Il faut m’écouter. Il le faut. Si nous continuons, nous allons au malheur ! Et le navire est perdu !
Karemson ne répondait pas. Il ne regardait même pas le matelot. Sourcils froncés, regard lointain, il écoutait, fumant toujours.
Taremba avança vers lui, bousculant toute marque extérieure de respect, au mépris des
règlements maritimes.
— Commandant ! Je sais ce que vous croyez, que je suis soûl… Une fois de plus… Eh bien ! non, je vous jure, je n’ai pas bu aujourd’hui… ou si peu. Et ce que j’ai vu… ce sont les signes. Les signes annoncés depuis si longtemps… depuis toujours. Il ne faut pas que le bateau aille plus loin… Commandant ! »
Extrait de : M. Limat. « L’Iceberg rouge. »
L’hydre acéphale par Maurice Limat

Fiche de L’hydre acéphale
Titre : L’hydre acéphale
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’hydre acéphale
« Le nuage glissait au-dessus des crêtes. Tek’Ii le regardait sans le voir. Il était bien trop absorbé par sa rêverie.
Comme cela lui arrivait souvent, vers la fin du jour, il allait s’asseoir sur la colline, assez loin de la tribu. Il préférait ainsi demeurer seul. Et penser. Aucune fille, aucun garçon – pas même Gnôr, son compagnon le plus habituel – ne l’accompagnait. On estimait communément, au village lacustre, que Tek’Ii était un orgueilleux. Mais eu égard à sa force, à toute l’adresse qui existait dans ce corps mince et puissamment musclé, nul ne le lui avait jamais dit en face.
Le nuage semblait mordre sur le bord du disque du soleil.
L’immense disque rouge de Soleil I. Le plus vaste des trois astres qui dominaient la planète, parfois l’éblouissant et la brûlant de leurs feux conjugués, parfois aussi créant d’étranges lumières, et des journées qui n’en finissaient pas, ce monde se trouvant soumis à tour de rôle aux rayons de l’une ou l’autre des puissantes étoiles. »
Extrait de : M. Limat. « L’Hydre acéphale. »
L’étrange supplice par Maurice Limat

Fiche de L’étrange supplice
Titre : L’étrange supplice
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1953
Editeur : Editions Ferenczi
Première page de L’étrange supplice
« On dirait vraiment un décor !… »
Il se faisait cette réflexion depuis le moment où il avait mis le pied sur le quai de la gare. Là, il avait aperçu le donjon, et l’aspect médiéval accusé l’avait frappé.
Non, ce n’étaient pas là de ces ruines vétustes, qui mettent un point de pittoresque sur le paysage, et n’abritent que des corbeaux et des musaraignes. Un château féodal ne demeure pas aussi net, aussi précis de lignes, en plein XXe siècle, à moins d’avoir été restauré par un Viollet-le-Duc.
Teddy Verano avait parlé tout haut, au moment où le cabaretier essuyait d’une main rapide la petite table de marbre, à la terrasse abritée par les platanes.
Au-delà des platanes, de la place, du petit bourg, à moins de trois kilomètres, sur la colline de Genteuil, l’étrange construction se dressait.
Teddy Verano avait parlé autant pour lui-même que pour provoquer les propos du cafetier. Quand on tient un débit de boissons et de tabacs sur la place centrale principale, et d’ailleurs unique d’une bourgade comme Septmonts, il est bien évident qu’on doit savoir beaucoup de choses.
« Mais, monsieur, vous avez raison, c’est bien un décor, en effet. »
Extrait de : M. Limat. « L’étrange supplice. »
L’espace d’un éclair par Maurice Limat

Fiche de L’espace d’un éclair
Titre : L’espace d’un éclair
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’espace d’un éclair
« Henrik stoppa le moteur photonique de l’électrauto. Lentement, très doucement, le coussin d’air s’amollit, diminua de volume, et l’engin se posa à même le sol.
Rêveur, il se demanda comment de tels engins, cependant si maniables, capables de telles manœuvres en douceur, pouvaient provoquer de pareils accidents.
Et pourtant…
Il soupira, bloqua les commandes, sortit de l’électrauto. Il alluma une cigarette et regarda longuement le paysage, peut-être sans le voir.
Il était charmant cependant, ce paysage de la vallée de la Marne. Il faisait beau et chaud. Pas ou peu de brume. Les larges rives verdoyaient et il apercevait déjà les premiers ceps de champagne.
Pourtant, un peu plus d’un an auparavant, c’était là que Stella avait trouvé la mort.
Un accident stupide. On dit cela, toujours.
C’est stupide, un accident, tout le monde le sait. Il n’y en a pas d’autres. »
Extrait de : M. Limat. « L’espace d’un éclair. »
L’aquarium de sang par Maurice Limat
Fiche de L’aquarium de sang
Titre : L’aquarium de sang
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1967
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’aquarium de sang
« Un souffle de vent passa…
C’était comme un soupir émanant d’un monde qu’oppressait la formidable chaleur. Bien que ce fût la nuit, l’air demeurait brûlant, sur les flots de la mer Rouge.
L’écharpe de Catherine, gaze légère, s’agita comme un oiseau un peu las et s’en alla, portée vers l’arrière du paquebot.
Surpris au moment où leurs lèvres allaient se joindre, les deux jeunes gens tournèrent instinctivement la tête.
— Oh ! Alain, mon écharpe…
— Un instant, chérie, je vais vous la ramener.
Il était contrarié de l’étreinte interrompue. Lui qui, une minute plus tôt, se trouvait tout content d’avoir pu amener Catherine sur la coursive, hors de la salle de bal du paquebot où quelques couples tournaient encore, au rythme langoureux d’un tango, d’ailleurs à peu près la seule danse possible par une nuit aussi chaude.
Catherine le regarda s’éloigner très vite. Son spencer jetait une tache claire dans la nuit. »
Extrait de : M. Limat. « L’Aquarium De Sang. »
L’anti-monde par Maurice Limat

Fiche de L’anti-monde
Titre : L’anti-monde
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1962
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’anti-monde
« Cela commença vraiment lorsque Kitô éclata de rire.
Luc en fut ébloui. Au sens réel du mot. Parce qu’à ce rire, d’une sonorité encore jamais ouïe par ses oreilles de Terrien, correspondit un véritable feu d’artifice, un jaillissement spontané de couleurs, explosant autour d’elle comme des fleurs de cactus.
Il était toujours sur ses gardes depuis le départ du monde solaire. Oswald et lui avaient toutes les raisons du monde de se méfier depuis les premières tentatives de sabotage.
Et ils n’étaient pas encore arrivés au but de leur voyage, l’astronef approchant seulement de l’Espace Étouffant.
Tout pouvait devenir suspect. Certes, les phénomènes inconnus abondaient dans le cosmos et les pionniers galactiques se trouvaient, à chaque instant, devant de surprenantes manifestations, naturelles ou non. »
Extrait de : M. Limat. « L’anti-monde. »
J’écoute l’univers par Maurice Limat
Fiche de J’écoute l’univers
Titre : J’écoute l’univers
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1960
Editeur : Fleuve noir
Première page de J’écoute l’univers
« L’ours avança une patte, la posa avec des précautions qui touchaient au comique. Puis, prenant une certaine assurance en se trouvant un centre de gravité approximatif, il déplaça tout son corps velu, sembla exécuter un quart de tour et posa l’autre patte.
Sandra, hallucinée, regardait venir le monstre…
L’ours, maintenant plus sûr de lui, fit un nouveau pas, se rapprochant encore de Sandra.
Crispée, elle s’était levée, mais se sentait incapable de faire un pas elle-même. L’ours poursuivait sa singulière promenade, en se dandinant d’une patte sur l’autre, selon la coutume de ses congénères de chair, lorsqu’ils progressent dans la position debout.
Lui tendait ses membres antérieurs, comme pour une accolade cordiale. Il n’avait nullement l’air méchant, d’ailleurs, avec ses yeux ronds, son museau exagérément pointu, l’allure humoristique de sa tête de plantigrade hydrocéphale, aux oreilles démesurées et cocasses.
La voix s’étrangla dans la gorge de Sandra lorsqu’elle voulut crier, hurler le nom de son fils. Mais non ! Rien ne venait, elle ne pouvait pas, elle comprenait. »
Extrait de : M. Limat. « J’écoute l’Univers. »