Étiquette : livre
Le long détour par Arthur Bertram Chandler

Fiche de Le long détour
Titre : Le long détour
Auteur : Arthur Bertram Chandler
Date de parution : 1976
Traduction : F. M. Watkins
Editeur : Albin Michel
Première page de Le long détour
« Trajectoire, commandant ? » demanda vivement Carnaby.
Le commodore Grimes considéra son navigateur avec fort peu d’enthousiasme. Le jeune homme maigre, la mine éveillée sous les cheveux blond presque blancs, ses longs doigts posés sur le clavier de l’ordinateur du poste de commande, avait son expression alerte et empressée qui irritait toujours l’officier. Grimes se détourna lentement et contempla par les viseurs la sphère opalescente qui était, qui ne pouvait être que la planète de Kinsolving et au-delà de ce monde le lointain ellipsoïde de luminosité pâle de la Lentille Galactique. Rien ne pressait, pensa-t-il, inutile de prendre une décision immédiate. Il avait de nouveau son vaisseau, ses propres hommes autour de lui et le reste n’avait guère d’importance.
« Nous devons aller quelque part, dit sèchement Sonya.
— Ou quelque quand », murmura Grimes, plus pour lui que pour elle bien qu’il la regardât en parlant. »
Extrait de : A. B. Chandler. « Le long détour. »
Verte destinée par Kenneth Bulmer

Fiche de Verte destinée
Titre : Verte destinée
Auteur : Kenneth Bulmer
Date de parution : 1957
Traduction : A. Audiberti
Editeur : Fleuve noir
Première page de Verte destinée
« L’eau était profonde, froide et noire. Prises dans l’étau d’une pression écrasante, les molécules bougeaient à peine au-dessus du limon pélagique dont la profondeur confond l’imagination, dont la masse, au sein d’une immense obscurité, masque un monde mystérieux de nuit éternelle.
L’eau pèse sur le limon du fond océanique et pousse contre le mur pâle de l’escarpement qui s’élève en colonnes de roc fissurées. Des cascades de boue drapent comme des rideaux les crevasses rocheuses et suintent en éventails onduleux. On ne voit ici aucune couleur. Seules règnent d’éternelles ténèbres.
Fendus et dentelés, les flancs du talus s’élèvent en une chaîne ininterrompue, sans cassure, et forment la plus longue paroi continue du monde. Vingt mille pieds de roche nue et de boue, sans lumière, sans végétation, s’élancent du fond océanique vers la surface avec une inclinaison presque verticale pour soutenir et étayer le plateau continental. Des ténèbres épaisses, et cependant des lumières. Des lumières partout. Des points brillants colorés se ruent, s’arrêtent net un temps infinitésimal, puis s’envolent, disparaissent, s’ébattent et resplendissent dans le triomphe sauvage, stupide, de la faim rassasiée. »
Extrait de : K. Bulmer. « Verte Destinée. »
Les hommes du jugement dernier par Kenneth Bulmer
Fiche de Les hommes du jugement dernier
Titre : Les hommes du jugement dernier
Auteur : Kenneth Bulmer
Date de parution : 1965
Traduction : P. Billon
Editeur :
Première page de Les hommes du jugement dernier
« Dans quarante-trois secondes et demie, James McLellan Partridge serait mort une fois encore, une fois de plus assassiné. Pour le moment, Partridge avançait sans se presser à travers la foule des promeneurs attardés, au long du boulevard brillamment illuminé, ses yeux blasés enregistrant au passage la profusion de pacotille étalée derrière les vitrines sous un éclairage cru propre à séduire les touristes, ses oreilles percevant le martèlement pneumatique amorti qui provenait des pistes de circulation, au-dessus de lui, éprouvant sous ses pieds la texture à la fois élastique et ferme de la chaussée qu’il foulait, tandis que parvenaient à ses narines les senteurs subtilement revigorantes de la cité et que sur sa langue fondait une pastille sédative à saveur de menthol. Comme la plupart des gens, James Partridge considérait toutes ces acquisitions de la civilisation moderne comme allant de soi.
Mais, parmi tous ces citadins se hâtant dans les dédales de leurs catacombes aux multiples étages dans un furieux tohu-bohu ruisselant de lumière, il était le seul – lui, James McLellan Partridge – qui eût rendez-vous avec la mort dans moins d’une minute. »
Extrait de : K. Bulmer. « Les hommes du jugement dernier. »
La cité folle par Kenneth Bulmer
Fiche de La cité folle
Titre : La cité folle
Auteur : Kenneth Bulmer
Date de parution : 1971
Traduction : M. Rosenthal
Editeur : Le Masque
Première page de La cité folle
« Le sommeil refusait obstinément de venir. Une malignité subtile du lit empêchait toute tranquillité, mettait en boule draps et couvertures. Sur le côté droit, il se sentit ligoté. Sur le côté gauche, il entendit, affolants, les battements assourdissants de son cœur. Impossible de trouver le repos.
Il s’assit, tendu et résigné. Le lit à deux places le raillait de son immensité vide. Si seulement il était marié, maintenant. Des reins tendres contre lesquels se blottir, un corps docile pour faire du lit un havre matrimonial… et il aurait peut-être pu dormir.
Lumineuse, sottement joyeuse, la pendulette indiquait trois heures du matin. Il tritura sauvagement son oreiller, s’allongea, chercha le calme. En vain. Combien d’autres hommes attendaient-ils, eux aussi, le sommeil, l’oubli, énervés, inquiets sans raison précise, prisonniers de leur solitude… ?
Inutile. Il renonçait. Mais il ferait encore un essai avant de recourir à un somnifère. Indécis, épuisé, il se leva. Le sommeil l’avait fui et cependant il n’était pas totalement éveillé. Il fit la lumière lui-même, sans attendre qu’elle se fasse automatiquement. La bouche sèche, mauvaise, il avança vers la cuisine d’un pas mal assuré. »
Extrait de : K. Bulmer. « La cité folle. »
Irunium par Kenneth Bulmer
Fiche de Irunium
Titre : Irunium
Auteur : Kenneth Bulmer
Date de parution : 1967
Traduction : F. Serph
Editeur : Le Masque
Première page de Irunium
« Toute sa vie, il avait eu vaguement conscience qu’autour de lui les choses avaient tendance à disparaître sans raison apparente. Le jour de son baptême, lui avait-on raconté avec de gros rires, l’eau s’était volatilisée des fonts baptismaux. « À cause d’une vague de chaleur, mon vieux ! » avait été l’explication officielle ; mais c’était tout de même curieux.
À l’école, ses professeurs – des silhouettes sans visage maintenant – ne comprenaient pas pourquoi c’était toujours Preston dont les livres, les crayons et les règles étaient inévitablement portés disparus et pourquoi les classes dont il faisait partie semblaient perpétuellement à court de matériel pédagogique. Mais, comme il passait la moitié de son temps aux États-Unis et l’autre en Grande-Bretagne, sa scolarité fut plutôt empirique que guidée par une ferme régularité académique.
Aujourd’hui, adulte pourvu d’une situation stable, en route pour le London Airport, il se souvenait qu’il ne s’était jamais interrogé là-dessus. Il ne se posait pas de questions car son avenir était tout tracé : il serait pilote, comme son père. »
Extrait de : K. Bulmer. « Irunium. »
Zone de rupture par Peter Randa
Fiche de Zone de rupture
Titre : Zone de rupture
Auteur : Peter Randa
Date de parution : 1964
Editeur : Fleuve noir
Première page de Zone de rupture
« Lélia m’a accompagné jusqu’à la plage. J’aurais préféré qu’elle reste dans la chambre, mais naturellement elle se croit obligée. Elle est ma femme après tout. Ma femme ! mais il n’y a que pour elle que ça a de l’importance.
Heureusement, elle sait se taire. Elle ne m’a posé aucune question. En général, ces femmes-là nous assourdissent de leurs bavardages en s’imaginant que ça nous change des longues solitudes de l’espace.
Je lui sais gré de son silence et de sa discrétion. Moi non plus je ne l’ai pas questionnée. Au début, lors de mes premières escales, je voulais savoir, comprendre, mais c’est toujours la même chose. Comme toutes les autres elle espère un enfant.
L’enfant roi des jeunes colonies, qui lui vaudra une place privilégiée dans la société puisque ce sera celui d’un « combattant ». Je m’arrête au bord de l’eau et une vague vient lécher mes bottes. Le soleil haut sur l’horizon tape dur. »
Extrait de : P. Randa. « Zone de rupture. »
Venu de l’infini par Peter Randa

Fiche de Venu de l’infini
Titre : Venu de l’infini
Auteur : Peter Randa
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir
Première page de Venu de l’infini
« D’un regard, je branche l’enregistreur encéphalographique et vais en faire autant pour le premier écran, mais je retiens mon influx. Avant, autant faire le point car j’ignore dans quel coin de la galaxie mon vaisseau ira se poser s’il m’arrive un accident. Après tout, la mort me guette comme un autre.
Dans le vide, on ne sait jamais. D’accord, ce fait est rarissime, seulement, dans l’espace, on n’est jamais à l’abri d’une décompression brutale. Certaines espèces les supportent. Elles ont des charpentes plus solides. En un sens, les nôtres sont assez fragiles. Pas exactement car elles sont plus souples. Je reste songeur… La souplesse a ses limites aussi et parfois, en ne pliant pas, on fait sauter l’obstacle.
Nous dominons toutes les espèces par l’intelligence et pourtant, nous sommes des créatures abominablement fragiles dans l’univers monstrueux et cruel. L’intelligence ne suffit pas. Elle compense souvent et ne remplace jamais.
Une impulsion mentale branche le premier écran de la rangée basse. Le quatrième étage du vaisseau. Les malheureux enfermés là le nomment l’Enfer. Les plus gravement atteints. Dix cabines contenant chacune trois couchettes sur
lesquelles sont allongés trois êtres vivants. »
Extrait de : P. Randa. « Venu de l’infini. »
Veillée des morts par Peter Randa

Fiche de Veillée des morts
Titre : Veillée des morts
Auteur : Peter Randa
Date de parution : 1956
Editeur : French Pulp
Première page de Veillée des morts
« Dehors, il pleut. Une pluie méchante, hargneuse et sauvage qui enferme la campagne dans un élan sans merci. Tout est gris. Presque noir. La clarté du jour est malsaine, hésitante, précaire. Pas un nuage, mais une lourde chape bistrée qui enclôt le ciel jusqu’à l’horizon… un horizon maussade à la limite duquel deux grands ifs lancent leurs troncs maigres dans un geste de protestation désabusée.
Le Bois des Pendus ! Pourquoi des « pendus » ? Qui le sait encore ? Un nom, un mot plutôt. Il ne suggère même plus une image précise. Du moins on le croit, à cause de l’habitude qu’on en a. On l’a toujours appelé ainsi, ce bois, et personne n’y fait plus attention… pour le moment.
Le Bois des Pendus ! Le nom est là en réserve. Il n’arrache rien au souvenir… en attendant. Issu d’un lointain passé, il a la patience des choses qui enseignent la mort ou la représentent.
Le dernier pendu du bois date de combien d’années en arrière ? De combien de siècles ? Personne ne l’a jamais su. Personne ne l’a jamais dit. »
Extrait de : P. Randa. « Veillée des morts. »
Tueur au pays des merveilles par Peter Randa

Fiche de Tueur au pays des merveilles
Titre : Tueur au pays des merveilles
Auteur : Peter Randa
Date de parution : 1964
Editeur : French Pulp
Première page de Tueur au pays des merveilles
« — Et c’est la troisième fois qu’on fait passer cette annonce ?
— Oui, monsieur Dupont… M. Mercadier m’a dit de venir vous en parler.
Mercadier ! Le directeur de Centre-Presse ! Devant moi, un petit bonhomme replet, chauve comme un œuf, myope mais trop coquet pour porter des lunettes et cela donne à son regard quelque chose d’incisif et de lointain.
Chef de service aux petites annonces. Vêtu d’un costume de confection très nouvelle vague malgré sa cinquantaine bien sonnée. Il m’a tendu le texte, soigneusement collé sur un morceau de carton.
Si Lindy se souvient d’Alice qu’il a conduite au Pays des Merveilles quand elle avait huit ans, qu’il vienne vite à son secours. Écrire au journal.
— Quelqu’un a répondu à cette annonce ?
— Ce matin. Nous avons reçu une lettre. La première. L’annonce nous a été remise par une jeune fille qui a refusé de nous donner son adresse. Elle passe au journal tous les après-midi à cinq heures.
— Donc elle viendra aujourd’hui ?
— Oui.
— Comment est-elle ?
— Toute jeune ; moins de vingt-cinq ans. »
Extrait de : P. Randa. « Tueur au pays des merveilles. »
Solde à la morgue par Peter Randa

Fiche de Solde à la morgue
Titre : Solde à la morgue
Auteur : Peter Randa
Date de parution : 1955
Editeur : Fleuve noir
Première page de Solde à la morgue
« Le Bercy ouvre ses portes à neuf heures du soir. Je traînais dans le coin sans trop savoir ce que j’allais fiche. Quelques tours de chant, puis, vers minuit, une revue rosse, c’est exactement ce qu’il me fallait pour aider le temps à se tirer sans trop me peser sur les épaules. L’affiche est alléchante comme pas une : deux numéros de strip-tease ; les plus belles mômes de Paname, sans voile ; un chansonnier qui se défend et une chanteuse, sans doute à la noix, mais dont la photo, dans la vitrine, donne pas mal d’idées… celles qu’on garde en réserve derrière la tête et qu’on met en pratique, dès que le cochon accepte de s’éveiller, comme disait Montaigne ou un autre… plutôt un autre.
Le champagne doit y être hors de pris et les filles faciles autant qu’aimables. Le genre d’endroit où l’on ne passe pas inaperçu quand on est bourré de pognon et bien décidé à en claquer une liasse. C’est mon cas ce soir. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Vague à l’âme et tout ce qu’on veut. Désœuvrement, quoi ! J’ai une mentalité de gars en vacances. »
Extrait de : P. Randa. « Solde à la morgue. »