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L’astronef rouge par Max-André Rayjean

Fiche de L’astronef rouge

Titre : L’astronef rouge
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1975
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’astronef rouge

« Un huissier se leva.

Il était vêtu d’un habit noir et portait sur la tête une sorte de bicorne galonné du plus affreux effet. Son teint blafard, terne, terreux, avait quelque chose de lugubre. Il est vrai qu’il n’exerçait pas une profession bien réjouissante.

Il se figea et annonça d’un ton solennel, d’une voix caverneuse :

— Mesdames… Messieurs… La Cour !

Si la salle du tribunal était pleine à craquer, ce n’était pas parce que les gens se passionnaient pour les procès. En fait, ils recevaient des cartes d’invitation et ils étaient obligés d’obéir. Sinon ils recevaient des blâmes et cela les empêchait de s’élever dans la hiérarchie sociale ou dans leur travail. Un blâme, c’était comme un avertissement, un frein. Il entraînait des conséquences lointaines.

L’auditoire se composait d’un mélange d’hommes et de femmes, peu enthousiastes. Mais il fallait respecter la tradition. Les débats restaient publics. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « L’astronef rouge. »

L’astre vivant par Max-André Rayjean

Fiche de L’astre vivant

Titre : L’astre vivant
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1965
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’astre vivant

« Le lac frissonnait sous la brise matinale. Surgis par paquets inégaux au long des rives, les roseaux balançaient insolemment leurs têtes barbues et chuchotaient des confidences dans un froissement de longues tiges. Ils étiraient leurs cous flexibles, presque fragiles, pour observer l’eau endormie que la brise éveillait à peine.
Derrière les montagnes violettes, auréolées d’or, de rouge, le soleil se levait, gonflant sa bedaine chaude à mesure de son ascension dans le ciel majestueusement bleu, limpide, transparent, diaphane. Il saupoudrait la vallée d’une poussière jaune, impalpable, jetant des poignées de chaleur autour de lui.
Les herbes, ankylosées par huit heures de nuit, de sommeil, ondulaient élégamment et époussetaient la rosée tenace. La terre buvait avidement cette eau perlée, fraîche, tonifiante.
L’homme marchait dans l’étroit sentier qui conduisait au lac. Il avait un visage très beau et il avançait avec souplesse. Une toge à la romaine couvrait ses épaules et ses pieds portaient des cothurnes. Il était musclé, jeune, harmonieux dans ses formes, dans ses gestes. Des cheveux blonds, bouclés, couronnaient un front sans rides.
Il se retourna, à plusieurs reprises, de crainte d’être suivi. Le silence de la vallée le rassura et il poursuivit son chemin vers le lac repu. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « L’Astre vivant. »

L’anneau des invincibles par Max-André Rayjean

Fiche de L’anneau des invincibles

Titre : L’anneau des invincibles
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1958
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’anneau des invincibles

« La nuit estompait peu à peu les contours, mais à mesure qu’elle envahissait la ville, l’éclairage artificiel s’allumait, spontanément. Les arcs au krypton, les rampes et les globes luminescents, projetaient sur les façades des buildings et sur les larges avenues macadamisées avec un mélange de goudron et de caoutchouc synthétique, des flaques de lumière vive, qui, par leur nombre et leur juxtaposition, ne formaient qu’un tout, un immense bocal illuminé.

On y voyait comme en plein jour et les automobiles à turbines, sillonnant les pistes suspendues, roulaient tous feux éteints, sans la moindre difficulté. Du reste, des arrêtés gouvernementaux interdisaient l’usage des phares dans les agglomérations.

Sur les plate-formes aériennes des stations d’hélitaxis ou d’aérotrolleys, les projecteurs orientaient leurs faisceaux rotatifs à peu près dans toutes les directions, sans pour cela gêner la circulation au sol. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « L’anneau des invincibles. »

L’an un des Kreols par Max-André Rayjean

Fiche de L’an un des Kreols

Titre : L’an un des Kreols
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1969
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’an un des Kreols

« Lio Tchek prend un flacon étiqueté dans le porte-éprouvettes, l’élève à hauteur de son regard, l’agite doucement par habitude. Au fond du tube une minuscule masse gélatineuse, grosse comme un petit pois, nage dans un liquide légèrement bleuté. L’agitation ne dissout pas le nodule protoplasmique, grisâtre.

Satisfait, le biologiste hoche la tête, vide le contenu du flacon sur une plaquette de verre, séparant ainsi le liquide conservateur de l’agglomérat cellulaire. Puis à l’aide d’un outil spécial, il découpe plusieurs lamelles extrêmement fines dans la masse gélatineuse.

Sa préparation achevée, il la place sous un microscope électronique accouplé à un écran de télévision. Il s’approche d’un clavier, appuie sur plusieurs boutons. Un léger ronronnement monte du puissant appareil d’optique. L’écran T.V., en couleur, s’allume aussitôt et plusieurs cellules apparaissent nettement avec une brillance extrême. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « L’an Un des Kréols. »

L’âge de lumière par Max-André Rayjean

Fiche de L’âge de lumière

Titre : L’âge de lumière
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’âge de lumière

« Quand Sam m’avait demandé d’entrer dans la combine, j’avais exigé quelques jours de réflexion. Normal. En fait, j’avais donné ma réponse en moins de quarante-huit heures.
D’abord, parce que Sam était mon ami et que j’avais parfaitement confiance en lui. Ensuite parce que son projet m’emballait. J’étais d’une curiosité dévorante. Après tout, il fallait bien un défaut !
J’étais éducateur en sociologie. Je ne mettais pas ma profession en parallèle avec l’Expérience que je m’apprêtais à vivre, mais j’avoue avec franchise que le « cloisonnement » des âges, tel qu’on le pratiquait depuis des lustres, n’était pas pour moi le meilleur type de société.
Je défendais ce que j’exécrais ! Étrange paradoxe. Aussi j’avais sauté sur l’occasion de Sam. Il me donnait les moyens de m’évader.
Enfin, disons qu’il accélérait un certain processus et que de ce fait, j’accéderais à des connaissances jusqu’ici refusées. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « L’Âge de la lumière. »

Jaïral par Max-André Rayjean

Fiche de Jaïral

Titre : Jaïral
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Jaïral

« Planétol, la grande métropole de l’Amérinord, s’étageait au bord du Lac Supérieur, face à l’Est. Dans cette énorme cité s’entassaient dix millions d’habitants.

Le lac n’était pas comme autrefois. On avait construit des îles artificielles, si bien imitées d’ailleurs, qu’elles ressemblaient à des vraies. Une végétation naturelle poussait sur les plates-formes bourrées de terre végétale et d’humus.

Il y avait, par exemple, l’île de la Réflexion, l’île du Repos, l’île de la Recherche. Canada et États-Unis avaient fusionné, comme de nombreux pays du reste, s’associant en fédérations.

Aussi, depuis ce temps-là, au milieu du XXIe siècle, les guerres et les conflits locaux n’existaient plus. La Terre vivait une ère de paix totale, pour la première fois de son Histoire.

Tout semblait parfait, équilibré. Pourtant, l’assagissement des hommes débouchait sur d’autres problèmes qu’on résolvait grâce aux médicaments.

Sur l’île de la Recherche, dans la tour du Centre expérimental farouchement isolée par un cordon de gardes armés et tout un réseau de surveillance électronique, Lubio Stenz fut prévenu à son domicile par télé-écran. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Jaïral. »

Groupe Géo par Max-André Rayjean

Fiche de Groupe Géo

Titre : Groupe Géo
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Groupe Géo

« Transparents comme du cristal, vingt caissons hermétiques s’alignaient, par rangées de cinq, sur quatre niveaux différents.

À l’intérieur de chacun il y avait un Humain, allongé, les yeux clos, le visage un peu pâle, vêtu d’une combinaison bleutée.

Des vivants ou des morts ?

Dans la crypte aux cercueils régnait une température très basse, au-dessous de zéro. Les corps étaient eux-mêmes froids, rigides.

Et puis, lorsque le compteur d’une pendule électronique passa sur le chiffre douze – qui correspondait à midi ou à minuit –, les couvercles des caissons se soulevèrent tous en même temps.

Plus exactement ils coulissèrent sans bruit. Un air tiède pénétra alors dans la crypte, prélude au grand retour à la vie.

Depuis plusieurs jours le processus d’un réchauffement progressif était en marche. Il entrait dans sa phase finale.

Les hibernés ouvrirent les yeux. Ils s’étonnèrent d’abord de leur présence dans ce lieu inhabituel. Engourdis par un long sommeil, ils récupérèrent lentement leurs facultés intellectuelles. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Groupe Géo. »

Génération alpha par Max-André Rayjean

Fiche de Génération alpha

Titre : Génération alpha
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1978
Editeur : Fleuve noir

Première page de Génération alpha

« New York s’éveilla sous un épais matelas de brume jaunâtre et pestilentiel.

Capitale administrative de l’Am-Nord, vaste province intégrée depuis un siècle à la Grande Fédération, elle était devenue une énorme agglomération tentaculaire de cent millions d’habitants. Elle avait absorbé les grandes cités de la couronne périphérique et comme une lèpre avait envahi la vallée de l’Hudson, rongeant la plaine jusqu’aux montagnes de Pennsylvanie.

Certes, les architectes avaient aménagé des espaces verts, des parcs, des squares. Mais les arbres attaqués par la pollution perdaient leurs feuilles, s’étiolaient, malgré les traitements chimiques de plus en plus fréquents.

Le soleil se leva sur l’Atlantique, dessinant un rond rougeâtre à travers le brouillard. Les villages avaient disparu peu à peu et les populations se concentraient toutes dans les cités urbaines, laissant ainsi à l’abandon d’immenses territoires où la nature reprenait ses droits.

Mais ce n’était pas la même végétation qu’avant. La forêt mourait lentement, asphyxiée. D’autres essences d’arbres avaient été plantées, plus résistantes. Combien de temps dureraient-elles ? »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Génération Alpha. »

Ere cinquième par Max-André Rayjean

Fiche de Ere cinquième

Titre : Ere cinquième
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1959
Editeur : Fleuve noir

Première page de Ere cinquième

« Une pluie diluvienne tombait sans arrêt depuis des heures, sempiternelle, chaude, elle estompait les détails, bornait l’horizon, lavait les rocs déchiquetés et les plages sableuses. Elle tissait entre le ciel et la terre un voile opaque, répandant partout son humidité malsaine. Elle s’infiltrait dans les moindres interstices avec un bruit immuable, fatigant, prélude à la désolation.

La pluie !

Les nuages la déversaient en grosses et larges gouttes presque tièdes. Il semblait que ce déluge ne s’arrêterait qu’au jour du jugement dernier, et pourtant le jour du jugement dernier était déjà arrivé. Il était même loin dans le passé englouti par l’eau.

A quelques pas de là, dans la grisaille striée de bandes violettes, l’océan battait furieusement les récifs, bavant d’une colère écumeuse, obstinée. Tenu en échec par les rocs ventrus impassibles à son déchaînement, repoussé parfois par une haute bordure de granit ou de porphyre, il ravalait sa rancœur en repliant magistralement ses lames bordées de dentelle sale, en les cachant jalousement au plus profond de lui-même, dans ses abîmes insondables, inviolés aussi. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Ere cinquième. »

Déchéa par Max-André Rayjean

Fiche de Déchéa

Titre : Déchéa
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Déchéa

« Au bout de quelques heures, ils n’eurent plus aucun doute. Le radar montra que personne ne les poursuivait.

Ils avaient réussi !

Ils se congratulèrent. La joie explosait sur leurs visages jusque-là figés. Certes, cela ne signifiait pas obligatoirement la victoire finale mais ils entrevoyaient une issue.

L’exploit qu’ils venaient de réaliser n’était pas à la portée de tout le monde. Dans les annales du Pénitencier, il y avait très peu d’évasions. Hormis quelques exceptions notoires.

Jos Wand, Laura Noll et Mel Boskil se prirent donc pour des exceptions. Ils jouaient les héros. En tout cas ils avaient tout de même de la chance, beaucoup de chance. Une veine insolente !

Bien sûr, ils avaient préparé minutieusement leur coup. Wand avait bénéficié de complicités à l’intérieur même du Bagne. Mais encore une fois, s’échapper d’Embryon II constituait une performance. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Déchéa. »