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Dans les griffes du diable par Max-André Rayjean

Fiche de Dans les griffes du diable

Titre : Dans les griffes du diable
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1971
Editeur : Fleuve noir

Première page de Dans les griffes du diable

« Les arbres dénudés du parc gémissent sous le vent glacial des Highlands. Ils se courbent, se rapetissent, se tassent, comme broyés par une force gigantesque. Ils s’aplatissent et s’accrochent au sol par leurs racines. Ils résistent. Ils veulent vivre, et rebourgeonner au printemps. Alors ils fournissent l’effort nécessaire.
Leurs dernières feuilles jaunâtres, arrachées avec brutalité, voltigent dans un tourbillon de folie et s’amoncellent. La belle parure d’automne s’égrène lentement, s’éparpille, irréversible. Triste journée et triste saison.
Dans la nuit froide de novembre, les lumières de la grande bâtisse brillent comme des étoiles en perdition dans l’espace. La massive demeure en pierre, genre manoir, cossue, avec des fenêtres à petits carreaux comme c’est revenu à la mode aujourd’hui, se découpe dans l’ombre noire.
Le plus proche village, un bourg très modeste, se trouve à trente kilomètres. Même la ferme la plus rapprochée est encore à vingt-cinq kilomètres. L’imposante maison isolée baigne dans sa solitude et au-devant d’elle s’étend la lande stérile balayée par le vent. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Dans les griffes du diable. »

Civilisation « Omega » par Max-André Rayjean

Fiche de Civilisation « Omega »

Titre : Civilisation « Omega »
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1968
Editeur : Fleuve noir

Première page de Civilisation « Omega »

« Mervey appuie sur un bouton. Ce simple geste déclenche deux conséquences différentes. D’abord, un déclic à peine audible. Quelque chose de ténu, d’habituel, de routinier. Puis sur le panoramique, la boule lunaire apparaît, crève l’écran de sa luminosité intense. Une boule gonflée à bloc, à la surface torturée et craquelée de fissures. Une vision routinière, aussi, pour l’équipage de l’astronef BX.14.
N’empêche. Mervey ressent un choc au creux de l’estomac. Un petit coup d’émotion qui l’électrise, s’infiltre dans toutes les fibres de son corps, le transforme momentanément en statue.
— Quelle gueule tu fais ! raille Brice, le commandant. On dirait que tu n’as jamais vu la Lune.
— Je sais, soupire l’électronicien. Chaque fois, c’est pareil. Je ne peux pas m’y soustraire. Pourtant, j’ignore à quel nombre de voyages j’en suis. Je ne les ai pas comptés. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Civilisation « Omega ». »

Chocs en synthèse par Max-André Rayjean

Fiche de Chocs en synthèse

Titre : Chocs en synthèse
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1958
Editeur : Fleuve noir

Première page de Chocs en synthèse

« — Augmentez le grossissement, Formery, ordonna le professeur Maubrey avec une légère émotion dans la voix, voire même une certaine inquiétude.

L’assistant du célèbre généticien s’exécuta. Il tourna un minuscule volant crénelé et le gigantesque microscope électronique, doublé d’une caméra et d’un appareil de projection, plongea dans l’infiniment petit de la matière organique.

Sur l’écran, dans l’obscurité du laboratoire, la luminosité s’intensifia et les objets se précisèrent avec une netteté incroyable. Mais il fallait toute la science des savants, ces inlassables chercheurs, pour donner une signification à l’extraordinaire spectacle.

Le profane ne découvrait qu’un chaos confus de matière, et pourtant Maubrey guettait anxieusement la préparation projetée sur le carré de toile blanche.

Le célèbre généticien du laboratoire de Chicago était un homme d’une cinquantaine d’années. Ses tempes grisonnaient fortement et il paraissait plus que son âge. Son existence se passait derrière le microscope et son labeur acharné l’avait vieilli prématurément. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Chocs En Synthèse. »

Base spatiale 14 par Max-André Rayjean

Fiche de Base spatiale 14

Titre : Base spatiale 14
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1957
Editeur : Fleuve noir

Première page de Base spatiale 14

« François Chame hésita un instant avant de heurter discrètement du doigt la porte devant laquelle il venait de s’arrêter.
Il hocha la tête en se demandant s’il était vraiment indispensable de déranger Henry Wayne, le chef de la petite colonie terrienne du Planétoïde Quatorze, gravitant quelque part aux confins du système solaire, entre Neptune et Pluton.
Chame hésitait d’autant plus que sa montre à cadran lumineux indiquait deux heures du matin. Ce n’était évidemment pas une heure à réveiller les gens, surtout Henry Wayne qui n’admettait pas qu’on le dérangeât pour une futilité.
Peut-être Nelton exagérait-il, après tout, l’importance de sa découverte, au point de considérer comme un phénomène inexplicable une simple constatation astronomique… »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Base spatiale 14. »

Attaque sub-terrestre par Max-André Rayjean

Fiche de Attaque sub-terrestre

Titre : Attaque sub-terrestre
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1956
Editeur : Fleuve noir

Première page de Attaque sub-terrestre

« Mac-Corry, accoudé à la fenêtre de son bureau, plongea son regard distrait dans Spark-Avenue. Du haut de son quinzième étage, la foule lui apparaissait minuscule, semblable à une cohorte de fourmis dociles et disciplinées.

Les automobiles glissaient, silencieuses, souples, sur la chaussée recouverte d’une mince pellicule de caoutchouc synthétique.

Vert. Orange. Rouge. Les feux multicolores se succédaient automatiquement, à une cadence régulière. Un sourire tirailla nerveusement la bouche de Mac-Corry.

Le spectacle, vu du quinzième étage, il le connaissait. Il le connaissait même trop. Cela l’écœurait. Pourtant il venait s’accouder à la fenêtre et plongeait son regard dans Spark-Avenue. Peut-être parce qu’il n’y avait pas d’autre coin, pour distraire l’esprit…

Mac-Corry avait en effet besoin de distraction. Il avait dénoué sans élégance son nœud de cravate et son regard sondait l’abîme. Et dire que les gens se promenaient, insouciants, égoïstes, alors qu’il avait à résoudre un problème indéchiffrable. Oui, indéchiffrable, même pour le plus malin. Inexplicable et déconcertant.

Il faisait chaud en cette après-midi de juin. Dans la pièce, les ventilateurs tournaient à plein régime, à une telle vitesse que Mac-Corry en était pris de vertige ! »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Attaque sub-terrestre. »

Alpha-park par Max-André Rayjean

Fiche de Alpha-park

Titre : Alpha-park
Auteur : Max-André Rayjean
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Alpha-park

« L’hôtesse apparut sur les petits écrans individuels disposés en face de chaque passager. C’était une belle fille aux yeux en amande, au teint café au lait. Race hybride, de plus en plus fréquente sur la Terre. Cheveux noirs, avec une frange sur le front. Son sourire découvrait des dents très blanches. L’uniforme bleu pâle de la Compagnie lui seyait à
ravir.

Sa voix chaude annonça :

— Attachez vos ceintures. Nous arrivons sur Alpha-Park.

Recommandation traditionnelle que les voyageurs suivaient scrupuleusement. Puis une boule légèrement indigo, voire verdâtre, se substitua à l’hôtesse, sur fond d’ébène. Alpha-Park. Ou plutôt Hio-West, dans le système solaire du Centaure.

J’ancrai ma ceinture aux points de fixation. Je sortais comme les autres de l’hibernation totale, après plusieurs mois de traversée spatiale. Installé confortablement sur mon siège-couchette, j’observai mes voisins. »

Extrait de : M.-A. Rayjean. « Alpha-Park. »

Notes d’un voyage dans l’ouest de la France par Prosper Mérimée

Fiche de Notes d’un voyage dans l’ouest de la France

Titre : Notes d’un voyage dans l’ouest de la France
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1836
Editeur : BnF

Première page de Notes d’un voyage dans l’ouest de la France

« La cathédrale de Chartres est trop connue par de bonnes monographies pour que j’essaie d’en donner une description nouvelle. Dans ma précédente tournée, j’ai eu l’honneur de vous adresser un rapport sur la situation de ce magnifique monument ; je vous ai particulièrement signalé la nécessité de réparer les toitures et les balustrades des galeries extérieures. Depuis, des accidens graves se sont manifestés1, et en quelques endroits les voûtes mêmes ont paru compromises. Sachant combien serait coûteuse la réparation complète d’un édifice aussi vaste, je ne demandais que les moyens d’arrêter les progrès de la destruction. Si, comme je le suppose, le département de l’intérieur ne pouvait prendre à sa charge toute la dépense nécessaire, je vous prierai de nouveau de vouloir bien appeler sur l’urgence des réparations toute la sollicitude de votre collègue M. le ministre des cultes.
Les dates de la construction de Notre-Dame de Chartres sont imparfaitement connues, et ce qu’on possède de renseignemens historiques semblent en contradiction avec les caractères architectoniques du monument. »

Extrait de : P. Mérimée. « Notes d’un voyage dans l’ouest de la France. »

Notes d’un voyage en Auvergne par Prosper Mérimée

Fiche de Notes d’un voyage en Auvergne

Titre : Notes d’un voyage en Auvergne
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1838
Editeur : BnF

Première page de Notes d’un voyage en Auvergne

« Il ne paraît pas douteux que la ville actuelle de Bourges n’occupe l’emplacement de l’antique Avaricum ; on ne doit point s’attendre pourtant à retrouver aujourd’hui des monuments de la cité des Bituriges. Si l’armée de César avait laissé quelque chose à détruire, la civilisation romaine, encore plus puissante, aurait bientôt promené son niveau sur ces vestiges d’un temps de liberté. L’inscription suivante prouve que, dès le premier siècle de notre ère, Avaricum était devenu une ville romaine.

On voit dans les caves de plusieurs maisons de Bourges quantité de blocs de pierre sculptés, employés dans des constructions plus ou moins modernes. Parmi ces débris, quelques fragments d’une frise couverte d’armures, et des bas-reliefs mutilés paraissent avoir fait partie d’un arc de triomphe ; enfin une certaine étendue des murs de l’enceinte actuelle atteste encore une origine romaine. »

Extrait de : P. Mérimée. « Notes d’un voyage en Auvergne. »

Notes d’un voyage en Corse par Prosper Mérimée

Fiche de Notes d’un voyage en Corse

Titre : Notes d’un voyage en Corse
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1841
Editeur : BnF

Première page de Notes d’un voyage en Corse

« Je n’hésite point à rapporter à une époque antérieure à l’établissement des Romains dans là Corse quelques monuments d’origine inconnue, et absolumeut analogues à ceux qu’en France ou en Angleterre on nommerait druidiques ou celtiques. Si, dans notre pays, on est embarrassé pour assigner une date à leur construction, à plus forte raison l’incertitude redouble lorsqu’on les rencontre dans une île assez éloignée du continent celtique, et qui n’a eu que fort tard des relations connues avec des peuples du Nord.

Déjà M. Mathieu, capitaine d’artillerie, avait signalé un dolmen dans la vallée du Taravo ; mais l’existence d’un semblable monument, en Corse, avait quelque chose de si improbable à mes yeux que je balançais à entreprendre une excursion pour m’en assurer. »

Extrait de : P. Mérimée. « Notes d’un voyage en Corse. »

La chambre bleue par Prosper Mérimée

Fiche de La chambre bleue

Titre : La chambre bleue
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1871
Editeur : BnF

Première page de La chambre bleue

« Un jeune homme se promenait d’un air agité dans le vestibule d’un chemin de fer. Il avait des lunettes bleues, et quoiqu’il ne fût pas enrhumé, il portait sans cesse son mouchoir à son nez. De la main gauche il tenait un petit sac noir qui contenait, comme je l’ai appris plus tard, une robe de chambre de soie et un pantalon turc.

De temps en temps il allait à la porte d’entrée, regardait dans la rue, puis tirait sa montre et consultait le cadran de la gare. Le train ne partait que dans une heure, mais il y a des gens qui craignent toujours d’être en retard. Ce train n’était pas de ceux que prennent les gens pressés : peu de voitures de première classe. L’heure n’était pas celle qui permet aux agents de change de partir après les affaires terminées, pour dîner dans leur maison de campagne. »

Extrait de : P. Mérimée. « La chambre bleue. »