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Changez de bocal par Paul Béra

Fiche de Changez de bocal
Titre : Changez de bocal
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Changez de bocal
« Je me demande encore comment j’ai pu sortir de mon bocal. Hasard ? Impulsion due aux puissances surnaturelles ? Je ne sais. Peut-être le comportement de Sylvie y fut-il pour quelque chose.
Car je croyais aimer Sylvie. Comme un dingue. Et elle en profitait. C’est curieux : dans la vie, nombreux sont les couples chez lesquels l’un profite de l’autre, sans aucune réciprocité.
Par exemple, Sylvie. Depuis deux ans que nous nous connaissions, elle n’avait cessé de m’imposer sa loi. A moi, un jeune gars sans préjugés, qui ne croit à rien, ni à Dieu, ni au diable, ni à la société, ni à la fraternité… etc.
Bien qu’au fond, si je ne crois à rien de tout ça, c’est parce que je suis bourré de préjugés, dus non à mon ascendance mais à mon éducation. Un jour, je m’en souviens, j’ai dit à un ami qui se flattait de ne suivre aucun principe :
— Si fait.
— Comment ça ?
— Tu poses en principe que tu n’en as pas. »
Extrait de : P. Béra. « Changez De Bocal. »
Ceux d’ailleurs par Paul Béra

Fiche de Ceux d’ailleurs
Titre : Ceux d’ailleurs
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ceux d’ailleurs
« Les premières feuilles mortes voltigeaient au soleil d’octobre. À travers les parois transparentes de la Bulle, je les regardais sans les voir, attristé et soucieux.
Depuis quelques heures, je le savais, Martha allait mourir. Et il n’y avait rien à faire. On ne rallume pas une lampe quand le réservoir est vide. Martha avait presque cent six ans… Moi, cent huit.
Je n’avais même pas appelé un médecin. Je savais trop bien ce qu’il allait dire : des phrases de consolation, en me frappant paternellement dans le dos. Paternel, un gars de soixante ans à peine !
Normalement, j’aurais dû disparaître avant Martha. Les femmes, sur notre monde de techniciens, vivent en général plus longtemps que les hommes. Pour notre couple, c’était le contraire. Martha allait mourir, et je pouvais vivre encore pendant quelques années… Vivre seul, avec le souvenir.
Je précise que, grâce aux progrès de notre chirurgie et de notre médecine, nos corps restaient robustes et sains jusqu’à l’heure dernière. Chez nous, on ne meurt que d’accident ou de vieillesse.
— Approche-toi un peu plus, souffla Martha.
Et, rêveuse :
La plus belle fin… comme dans les romans d’autrefois… ma main dans ta tienne… »
Extrait de : P. Béra. « Ceux d’Ailleurs. »
Bulles d’univers par Paul Béra

Fiche de Bulles d’univers
Titre : Bulles d’univers
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir
Première page de Bulles d’univers
« J’étais assis à la terrasse du Coliséum (un nom bizarre qui vient, dit-on, de milliers d’années en arrière). Je ne connaissais pas cet établissement. À mon dernier séjour sur Planète Mère, il n’existait pas. Il est vrai que pendant deux ans (déjà !) j’avais caboté de terre en terre dans la zone d’Altaïr, et je n’étais revenu que depuis la veille.
Un garçon, qui m’apportait une consommation, me dit avec indifférence :
— Pa’don, monsieu.
Cette affectation de ne pas prononcer les « r » me hérissait le poil. Ça non plus, ça n’existait pas quand j’étais parti. Le matin même, Arr… non ! A’’abat, un ami de toujours, m’avait expliqué ça avec complaisance : une nouvelle mode avait frappé la planète. Depuis près d’un an, les « gens distingués » ne prononçaient que le moins possible la lettre « r ». On avait connu une mode semblable quelque mille ans plus tôt, prétendait Aabat. Ça faisait très chic, très aristocratique… pardon ! A’istoc’atik. Moi, je veux bien. »
Extrait de : P. Béra. « Bulles d’Univers. »
Espace interdit par Paul Béra

Fiche de Espace interdit
Titre : Espace interdit (Tome 4 sur 4 – Robi le robot)
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir
Première page de Espace interdit
« Quand Robi reprit conscience, il était dans un astronef. Pendant une fraction de seconde, son esprit erra encore sur le monde qu’il venait de quitter, sur cette terre qu’il avait débarrassée d’une créature qui se nourrissait de la souffrance humaine.
D’instinct – bien que robot, il avait une apparence et des réactions d’homme – il commença par vérifier si ses vêtements l’avaient suivi lors de sa réintégration. Avec satisfaction, il constata qu’il était vêtu. Il lui était déjà advenu de surgir tout nu sur une place publique, ce qui était assez désagréable.
Puis il regarda autour de lui.
C’était un petit astronef de tourisme, à peine long d’une vingtaine de mètres, large de quatre à cinq. A l’avant, un humain était assis au poste de pilotage. Ses cheveux étaient très longs et tombaient sur ses épaules. A sa carrure, à son attitude, Robi jugea qu’il devait avoir la cinquantaine. »
Extrait de : P. Béra. « Robi le robot – Espace interdit. »
Terres d’arriérés par Paul Béra

Fiche de Terres d’arriérés
Titre : Terres d’arriérés (Tome 3 sur 4 – Robi le robot)
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1971
Editeur : Fleuve noir
Première page de Terres d’arriérés
« Ce n’était pas possible ! Non, ce n’était pas possible ! Quelques minutes encore, et Karim deviendrait folle… Folle de souffrance. Atroce. Il savait bien que c’était la distraction favorite des Maîtres. Et, comme tous, il avait affecté de n’en rien savoir tant que l’horrible châtiment s’était appliqué à d’autres qu’aux siens. Cette fois…
— Karim !
Cramponné aux barreaux de sa cage, il avait hurlé, non pas crié, mais hurlé comme un loup…, comme un chien. Et il savait que Karim l’entendait, bien qu’ils fussent très loin l’un de l’autre. En fait, il avait, comme elle, l’impression visuelle et auditive qu’ils étaient tout près, lui dans sa cage de fauve, elle dans la boule grillagée. C’était l’un des secrets des Maîtres : ils pouvaient vous donner la sensation physique que vous étiez à proximité d’un être ou d’un objet. »
Extrait de : P. Béra. « Robi le robot – Terre d’arriérés. »
Les êtres de lumière par Paul Béra

Fiche de Les êtres de lumière
Titre : Les êtres de lumière (Tome 2 sur 4 – Robi le robot)
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1971
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les êtres de lumière
« Quand Robi surgit du néant, il crut tout d’abord qu’il avait émergé dans le vide interstellaire. C’était une des questions qu’il n’avait jamais osé poser à Allan, son créateur : le dispositif ultra-sensible dont son organisme de robot était muni lui permettait de passer d’un monde dans l’autre, et peut-être d’un univers dans l’autre, mais rien ne prouvait qu’il dût se retrouver sur une planète (Même collection : Planète maudite). Les mondes habités ne sont que des poussières dans l’infini du cosmos. Nuit et silence. Ce furent ses premières sensations. Puis, après une dizaine de secondes, il nota devant lui, plus haut que sa tête, une faible lueur. L’angoisse l’étreignit. Était-ce une vague étoile à des centaines de siècles de lumière ? Pis encore : était-ce la luminescence d’une très lointaine galaxie et s’était-il réintégré à d’inimaginables distances de toute planète ?
Tout à coup, il sut qu’il se trompait, et son soulagement fut tel qu’il se mit à rire à mi-voix. »
Extrait de : P. Béra. « Robi le robot – Les etres de lumieres. »
La planète maudite par Paul Béra

Fiche de La planète maudite
Titre : La planète maudite (Tome 1 sur 4 – Robi le robot)
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1970
Editeur : Fleuve noir
Première page de La planète maudite
« Le Noir somnolait, les yeux mi-clos, accoudé à la balustrade. Vaguement, il percevait le ronron des pensées des rares promeneurs, sur la place. Pas la moindre hostilité parmi ces gens-là, appartenant tous aux basses classes. Sans même les voir, il en était sûr : c’étaient des Quatre et des Cinq. Il était rare de trouver des Insoumis parmi eux car ils représentaient la caste moyenne. Dans toutes les civilisations, les révoltés appartiennent aux basses classes, ou bien à ceux des hautes classes qui ont lieu de se plaindre.
Des hélicos passaient, très haut. Par jeu, le Noir tenta de capter les pensées des pilotes, mais ne put y parvenir. Trop loin. D’ailleurs, ce n’était pas son boulot. Il bénéficiait d’une certaine perception extra-sensorielle, mais n’était pas vraiment télépathe, sans quoi il n’eût pas été vulgaire policier vêtu de noir, mais détecteur habillé de blanc. Il le regrettait. Quand la Machine avait formé son esprit, dix ans plus tôt, elle avait conclu qu’elle ne pouvait aller plus loin sans risques. »
Extrait de : P. Béra. « Robi le robot – La planète maudite. »
L’être mystérieux par John Luck

Fiche de L’être mystérieux
Titre : L’être mystérieux (Tome 6 sur 6 – Léonox)
Auteur : John Luck
Date de parution : 1977
Editeur : Le Masque
Première page de L’être mystérieux
« La Chose se manifesta pour la première fois alors que Léonox sortait du cercueil. Pour ceux qui ne connaissent pas Léonox, je précise que cet envoyé d’une Puissance plus qu’humaine possède le singulier pouvoir de modifier son apparence physique à la condition de s’enfermer dans un espace clos en compagnie d’un frais cadavre.
Donc, comme de coutume, son aide ôta les vis qui maintenaient le couvercle de la bière. Ce couvercle se souleva, et un nouveau Léonox, jeune, athlétique, souriant, sortit de la boîte.
Mais cette fois, il en sortit aussi autre chose.
Certes, l’aide n’en eut aucune conscience. La Chose était invisible, inodore, impalpable, et sa présence ne tombait sous le coup d’aucun des sens humains. Pour remarquer sa présence, il fallait avoir été choisi, c’est-à-dire être Léonox.
Léonox, lui, sut tout de suite qu’une Chose venait de sortir de la bière en même temps que lui. Il était incapable de préciser quelle en était la forme, et même si Cela avait une forme. Mais il savait que Cela venait de se tapir dans l’angle de la chambre le plus éloigné de lui. »
Extrait de : J. Luck. « L’être mystérieux – Léonox. »
Les crocs d’acier de Léonox par Paul Béra

Fiche de Les crocs d’acier de Léonox
Titre : Les crocs d’acier de Léonox (Tome 5 sur 6 – Léonox)
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les crocs d’acier de Léonox
« Je ne pris pas garde, je l’avoue, au début de l’affaire. De ce qu’on appela par la suite « l’Affaire Dalvant ». Comme si j’y étais pour quelque chose ! Mais il faut bien donner un nom aux « affaires de police » – et quand on ne connaît pas le coupable on lui donne le nom de l’innocent. Ne l’avez-vous jamais remarqué ? Il y a eu « l’affaire Landru », mais aussi « l’affaire Dreyfus ».
Cela commença par quelques lignes dans mon journal l’Éclair : « On recherche Myriam Doukin, âgée de dix-huit ans, qui n’est pas rentrée au domicile de ses parents le 24 décembre au soir… etc. »
Si j’écris « etc. » c’est parce que je n’allai pas plus loin dans la lecture du fait divers. Il y avait une photo : celle de Myriam Doukin. Impossible de dire si cette jeune femme était jolie ou laide. Vous savez ce que c’est que les photos des quotidiens ! À force de vouloir accélérer le tirage, on arrive à donner une tête d’assassin même au Prix Nobel de la Paix. »
Extrait de : P. Béra. « Les Crocs d’acier de Léonox. »
Léonox et le mage par Paul Béra

Fiche de Léonox et le mage
Titre : Léonox et le mage (Tome 4 sur 6 – Léonox)
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir
Première page de Léonox et le mage
« — Avec le chapeau, dit l’homme en reculant de quelques pas et en clignant des yeux, satisfait, je crois que ça pourra aller.
Il prit un chapeau de feutre, en coiffa l’homme qu’il maquillait et siffla, tout heureux.
Sans répondre, Léonox se leva, arracha le chapeau, le jeta au sol et l’écrasa sous son soulier. Le sourire joyeux du maquilleur se transforma en une grimace apeurée.
— Ce que j’en disais, moi, c’est parce que…
— Bavard ! grogna Léonox. Imagines-tu qu’un domestique…, pardon ! un « employé de maison » va se promener, chapeau sur la tête, dans le logis de son maître ? Non, pardon, de son employeur ! J’oublie toujours ces nouvelles désignations.
Il passait sa main sur son front, rêveur :
— Autrefois, il y avait des « serviteurs »… Ils sont devenus des « domestiques »… puis des « gens de maison »… Pardon ! J’oublie, il y a bien longtemps, les esclaves… »
Extrait de : P. Béra. « Léonox et le Mage. »