Étiquette : livre
Nouvelles antiques et exotiques par Théophile Gautier
Fiche de Nouvelles antiques et exotiques
Titre : Nouvelles antiques et exotiques
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1837-1840
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande
Sommaire de Nouvelles antiques et exotiques
- La chaîne d’or
- Le roi Candaule
- La mille et deuxième nuit
- Le pavillon sur l’eau
- Une nuit de Cléopâtre
Première page de La chaîne d’or ou l’amant partagé
« Plangon la Milésienne fut en son temps une des femmes les plus à la mode d’Athènes. Il n’était bruit que d’elle dans la ville ; pontifes, archontes, généraux, satrapes, petits-maîtres, jeunes patriciens, fils de famille, tout le monde en raffolait. Sa beauté, semblable à celle d’Hélène aimée de Paris, excitait l’admiration et les désirs des vieillards moroses et regretteurs du temps passé. En effet, rien n’était plus beau que Plangon, et je ne sais pourquoi Vénus, qui fut jalouse de Psyché, ne l’a pas été de notre Milésienne. Peut-être les nombreuses couronnes de roses et de tilleul, les sacrifices de colombes et de moineaux, les libations de vin de Crète offerts par Plangon à la coquette déesse, ont-ils détourné son courroux et suspendu sa vengeance ; toujours est-il que personne n’eut de plus heureuses amours que Plangon la Milésienne, surnommée Pasiphile. »
Extrait de : T Gautier. « Nouvelles antiques et exotiques. »
Militona par Théophile Gautier

Fiche de Militona
Titre : Militona
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1847
Editeur : BnF
Première page de Militona
« Un lundi du mois de juin de 184… dia de toros, comme on dit en Espagne, un jeune homme de bonne mine, mais qui paraissait d’assez mauvaise humeur, se dirigeait vers une maison de la rue San Bernardo, dans la très noble et très héroïque cité de Madrid.
D’une des fenêtres de cette maison s’échappait un clapotis de piano qui augmenta d’une manière sensible le mécontentement peint sur les traits du jeune homme : il s’arrêta devant la porte comme hésitant à entrer ; mais cependant il prit une détermination violente, et surmontant sa répugnance, il souleva le marteau au fracas duquel répondit dans l’escalier le bruit de pas lourds et gauchement empressés du gallego qui venait ouvrir.
On aurait pu supposer qu’une affaire désagréable, un emprunt usuraire à contracter, une dette à solder, un sermon à subir de la part de quelque vieux parent grondeur amenait ce nuage sur la physionomie naturellement joyeuse de don Andrès de Salcedo.
Il n’en était rien. »
Extrait de : T. Gautier. « Militona. »
Ménagerie intime par Théophile Gautier
Fiche de Ménagerie intime
Titre : Ménagerie intime
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1869
Editeur : BnF
Première page de Ménagerie intime
« On a souvent fait notre caricature : habillé à la turque, accroupi sur des coussins, entouré de chats dont la familiarité ne craint pas de nous monter sur les épaules et même sur la tête. La caricature n’est que l’exagération de la vérité ; et nous devons avouer que nous avons eu de tout temps pour les chats en particulier, et pour les animaux en général, une tendresse de brahmane ou de vieille fille. Le grand Byron traînait toujours après lui une ménagerie, même en voyage, et il fit élever un tombeau avec une épitaphe en vers de sa composition, dans le parc de l’abbaye de Newstead, à son fidèle terre-neuve Boastwain. On ne saurait nous accuser d’imitation pour ce goût, car il se manifesta chez nous à un âge où nous ne connaissions pas encore notre alphabet.
Comme un homme d’esprit-prépare en ce moment une Histoire des animaux de lettres, nous écrivons ces notes dans lesquelles il pourra puiser, en ce qui concerne nos bêtes, des documents certains. »
Extrait de : T. Gautier. « Ménagerie intime. »
Mademoiselle de Maupin par Théophile Gautier

Fiche de Mademoiselle de Maupin
Titre : Mademoiselle de Maupin
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1878
Editeur : BnF
Première page de Mademoiselle de Maupin
« Tu te plains, mon cher ami, de la rareté de mes lettres. – Que veux-tu que je t’écrive, sinon que je me porte bien et que j’ai toujours la même affection pour toi ? – Ce sont choses que tu sais parfaitement, et qui sont si naturelles à l’âge que j’ai et avec les belles qualités qu’on te voit, qu’il y a presque du ridicule à faire parcourir cent lieues à une misérable feuille de papier pour ne rien dire de plus. – J’ai beau chercher, je n’ai rien qui vaille la peine d’être rapporté ; – ma vie est la plus unie du monde, et rien n’en vient couper la monotonie. Aujourd’hui amène demain comme hier avait amené aujourd’hui ; et, sans avoir la fatuité d’être prophète, je puis prédire hardiment le matin ce qui m’arrivera le soir. »
Extrait de : T. Gautier. « Mademoiselle de Maupin. »
Loin de Paris par Théophile Gautier
Fiche de Loin de Paris
Titre : Loin de Paris
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1865
Editeur : BnF
Sommaire de Loin de Paris
- En Afrique
- En Espagne – les courses royales à Madrid
- En Grèce
- Ce qu’on peut voir en six jours
Première page de En Afrique
« Le mois de juin venait de finir, et l’été, sourd aux appels des pantalons de nankin et des paletots de coutil, ne se décidait pas à faire son entrée. Las de l’attendre, nous résolûmes d’aller au-devant de lui ; car nous commencions à ressentir les atteintes d’une maladie bizarre à laquelle nous sommes sujet, et que nous, appellerons la maladie du bleu. Aucune nosographie n’en fait mention à notre connaissance. Elle se développe chez nous, après une saison pluvieuse, sous l’influence d’une atmosphère grise et attristée de brouillard ; nous tombons d’abord dans un dégoût de toutes choses, dans un marasme profond. Nos amis nous deviennent insupportables, les plus douces relations nous sont à charge, aucun livre ne nous amuse, nul spectacle ne nous distrait ; nous avons la nostalgie de l’azur : dans nos rêves, il nous semble être bercé par des vagues de saphir sous un ciel de turquoise. Nous sommes en proie à des hallucinations de cobalt, d’outremer et d’indigo ; et, comme dans la strophe de Byron, nous voyons s’élever, du bleu foncé de la mer vers le bleu foncé du ciel, des dentelures de villes éblouissantes de blancheur. »
Extrait de : T. Gautier. « Loin de Paris. »
Lettre à la présidente – Voyage en Italie 1850 par Théophile Gautier
Fiche de Lettre à la présidente – Voyage en Italie 1850
Titre : Lettre à la présidente – Voyage en Italie 1850
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1890
Editeur : BnF
Première page de Lettre à la présidente – Voyage en Italie 1850
« CETTE lettre ordurière, destinée à remplacer les saloperies dominicales, s’est bien fait attendre ; mais c’est la faute de l’ordure et non celle de l’auteur.
La pudicité règne en ces lieux solennels mais antiques, et j’ai le grand regret de ne pouvoir vous envoyer que des cochonneries breneuses et peu spermatiques. Je vais procéder par ordre de route :
A Genève, le gouvernement vous recommande, à la porte de la ville, devoir ci derrière ; ce qui est beaucoup, dans une ville protestante, où, pour humilier les catholiques, et leur montrer qu’ils ne sont que des payens sensuels, les femmes se rabotent le cul et les tétons avec la varlope de la modestie, selon la méthode américaine.
Nous avons fait tous nos efforts pour voir ces douze fesses prescrites par l’autorité, et nous n’en avons vu que quatre, sur la corde raide, séparées par un périnée plafonnant, et formant, sous la jupe de deux jeunes saltimbanques allemandes, deux culs rebondis, qui ne devaient pas être désagréables dans le tête à tête. »
Extrait de : T. Gautier. « Lettre à la présidente – Voyage en Italie, 1850. »
Les vacances du lundi par Théophile Gautier

Fiche de Les vacances du lundi
Titre : Les vacances du lundi
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1881
Editeur : BnF
Sommaire de Les vacances du lundi
- Les Vosges
- Vues de Savoie et de Suisse
- La fête des vignerons à Vevey
- Une visite dans la montagne
- Voyage d’exploration sur la Meuse par le chaland la Beauté
- Le mont Blanc
- Le mont Cervin
Première page de Les Vosges
« Épinal n’a rien de bien pittoresque. On croirait aisément le contraire en regardant le charmant dessin que M. Bellel en a fait. Cette petite rivière coulant sur les sables d’un lit trop grand pour elle en été, bordée d’arbres élégants, à travers lesquels on aperçoit les maisons de la ville avec leurs hauts murs et leurs toits de tuiles à l’italienne, compose un premier plan dont l’artiste a tiré le meilleur parti. L’arche du pont termine bien la perspective, et le dôme ou, si ce mot est trop ambitieux, le clocheton de l’église en forme avec bonheur le point culminant. Par son imagerie légendaire, Épinal se rattache d’ailleurs à l’art. Jadis, des Byzantins, plus naïfs que ceux du mont Athos, y plaquaient de rouge, de bleu et de jaune les grossières gravures sur bois représentant la Madone de Lorette, le Juif errant, Saint Hubert et le Cerf miraculeux, Pyrame et Thisbé, les Quatre Fils Aymon, Geneviève de Brabant, et autres sujets éternellement populaires. Fasse le ciel que la civilisation n’amène pas la décadence dans cette industrie primitive en la voulant perfectionner ! Le progrès enlèverait tout caractère à ces images. »
Extrait de : T. Gautier. « Les Vacances du lundi. »
Les rouées innocents par Théophile Gautier

Fiche de Les rouées innocents
Titre : Les rouées innocents
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1863
Editeur : BnF
Première page de Les rouées innocents
« Plusieurs calèches, crottées jusqu’aux capotes, attelées de chevaux de poste fumants, arrivèrent à de petites distances l’une de l’autre, avec un grand tintamarre de coups de fouet et de grelots, devant la porte d’un des plus célèbres restaurateurs du Palais-Royal, vers six ou sept heures du soir, un jour qu’il y avait eu sur les rives de la Bièvre une de ces courses au clocher, entremêlées d’averses, où les gentlemen-riders auraient autant besoin de parapluies que de cravaches.
Il sortit des voitures quelques hommes, dont aucun n’était vieux, et quelques jeunes femmes à qui un goût sévère n’aurait guère pu reprocher autre chose que d’être trop bien mises et d’une élégance trop voyante, pour emprunter au style figuré des modistes et des couturières cette hypallage qui leur sert à désigner tout objet ou toute couleur qui attire l’œil.
La troupe joyeuse ou du moins turbulente s’engouffra dans l’escalier, et les passants attirés par ce fracas purent entendre, pendant quelques minutes, des éclats de voix et de rire qui les firent penser en soupirant aux voluptés sans nombre qu’allaient savourer ces fortunés mortels. Les postillons, mis en belle humeur par les cinq francs de guide qu’ils venaient de recevoir, s’en retournèrent en faisant le plus triomphant vacarme du monde par manière de remerciement. »
Extrait de : T. Gautier. « Les Roués innocents. »
Les noces de Cana de Paul Véronèse par Théophile Gautier
Fiche de Les noces de Cana de Paul Véronèse
Titre : Les noces de Cana de Paul Véronèse
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1852
Editeur : BnF
Première page de Les noces de Cana de Paul Véronèse
« La gravure est aux arts plastiques ce que l’imprimerie est à la pensée, un puissant moyen de vulgarisation ; sans elle un chef-d’œuvre renfermé au fond d’une avare galerie resterait pour ainsi dire inconnu. Ils sont rares ceux qui peuvent, accomplissant un pieux pèlerinage, visiter les tableaux des grands maîtres dans les églises, les palais et les musées d’Italie, d’Espagne, d’Angleterre et de France. Malgré la facilité de communication tous les jours augmentée, il n’est pas donné encore à tout le monde d’aller à Corinthe. Rome, Venise, Parme, Florence, Naples, Gènes, Madrid, Séville, Londres, Anvers, Bruxelles, Dresde, renferment d’inestimables trésors, éternelle admiration, des voyageurs ; mais il existe beaucoup d’esprits intelligents, sensibles aux pures jouissances de l’art qui, pour des raisons de fortune et de position, par les occupations d’une vie forcément sédentaire, n’auraient jamais connu certains chefs-d’œuvre de Raphaël, de Titien, de Léonard de Vinci, de Paul Véronèse sans le secours de la gravure, dont l’invention a concordé par un parallélisme providentiel avec la renaissance des arts, comme l’imprimerie avait concordé avec la renaissance de la pensée. »
Extrait de : T. Gautier. « Les Noces de Cana de Paul Véronèse. »
Les Jeunes France par Théophile Gautier

Fiche de Les Jeunes France
Titre : Les Jeunes France
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1833
Editeur : BnF
Sommaire de Les Jeunes France
- Onuphrius, ou les vexations fantastiques
- Daniel Jovard, ou la conversion d’un classique
- Celle-ci et celle-là, ou la jeune france passionnée
- Elias Wildmandstadius, ou l’homme Moyen-Âge
- Le bol de punch
Première page de Onuphrius, ou les vexations fantastiques
« – KLING, kling, kling ! – Pas de réponse. – Est-ce qu’il n’y serait pas ? dit la jeune fille.
Elle tira une seconde fois le cordon de la sonnette ; aucun bruit ne se fit entendre dans l’appartement : il n’y avait personne.
– C’est étrange !
Elle se mordit la lèvre, une rougeur de dépit passa de sa joue à son front ; elle se mit à descendre les escaliers un à un, bien lentement, comme à regret, retournant la tête pour voir si la porte fatale s’ouvrait. – Rien.
Au détour de la rue, elle aperçut de loin Onuphrius, qui marchait du côté du soleil avec l’air le plus inoccupé du monde, s’arrêtant à chaque carreau, regardant les chiens se battre et les polissons jouer au palet, lisant les inscriptions de la muraille, épelant les enseignes, comme un homme qui a une heure devant lui et n’a aucun besoin de se presser. »
Extrait de : T. Gautier. « Les Jeunes France. »