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Les grotesques Tome 2 par Théophile Gautier

Fiche de Les grotesques Tome 2

Titre : Les grotesques Tome 2
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1844
Editeur : BnF

Sommaire de Les grotesques Tome 2

  • Colletet
  • Chapelain
  • Georges de Scudéry
  • Paul Scarron

Première page de Colletet

« Ce fut à Paris la bonne ville, le 12 mars 1598, que naquit Guillaume Colletet, le héros de cette notice : il était le premier-né ; aussi fut-il bien venu. Mais il ne resta pas longtemps enfant unique, et sa mère, douée d’une fécondité égale à celle de la très célèbre mère Gigogne, cette Niobé du théâtre des Marionnettes, lui donna une ample compagnie de frères et de sœurs jusqu’à la concurrence de vingt-quatre, ce qui est un nombre presque fabuleux et tout à fait déplorable. Lorsqu’il s’agit de partager un héritage, quel agrément d’avoir, à trente ans, des petits frères de six semaines !

L’aîné de toute cette marmaille, le plus long de cette flûte de Pan composée d’enfants d’inégale grandeur, ne se destinait pas d’abord à ce glorieux métier de poète qu’il fit par la suite à la satisfaction de ses nombreux amis et même d’une certaine portion du public. Il étudia le droit et se fit recevoir avocat au parlement ; cependant il ne paraît pas qu’il ait jamais plaidé. »

Extrait de : T. Gautier. « Les Grotesques – Tome II. »

Les grotesques Tome 1 par Théophile Gautier

Fiche de Les grotesques Tome 1

Titre : Les grotesques Tome 1
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1844
Editeur : BnF

Sommaire de Les grotesques Tome 1

  • François Villon
  • Scalion de Virbluneau, sieur d’Ofayel
  • Théophile de Viau
  • Pierre de Saint-Louis
  • Saint-Amant
  • Cyrano de Bergerac

Première page de François Villon

« Une étude charmante et curieuse, c’est l’étude des poètes du second ordre : d’abord, comme ils sont moins connus et moins fréquentés, on y fait plus de trouvailles, et puis l’on n’a pas pour chaque mot saillant un jugement tout fait ; l’on est délivré des extases convenues, et l’on n’est pas obligé de se pâmer et de trépigner d’aise à de certains endroits, comme cela est indispensable pour les poètes devenus classiques.

La lecture de ces petits poètes est incontestablement plus récréative que celle des célébrités les plus reconnues ; car c’est dans les poètes du second ordre, je crois pouvoir l’avancer sans paradoxe, que se trouve le plus d’originalité et d’excentricité. C’est même à cause de cela qu’ils sont des poètes du second ordre. Pour être grand poète, du moins dans l’acception où l’on prend ce mot, il faut s’adresser aux masses et agir sur elles ; il n’y a guère que des idées générales qui puissent impressionner la foule ; chacun aime à retrouver sa pensée dans l’hymne du poète : c’est ce qui explique pourquoi la scène se montre si rebelle aux curiosités de la fantaisie. »

Extrait de : T. Gautier. « Les Grotesques – Tome I. »

Le roman de la momie par Théophile Gautier

Fiche de Le roman de la momie

Titre : Le roman de la momie
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1858
Editeur : BnF

Première page de Le roman de la momie

« Oph (c’est le nom égyptien de la ville que l’antiquité appelait Thèbes aux cent portes ou Diospolis Magna) semblait endormie sous l’action dévorante d’un soleil de plomb.

Il était midi ; une lumière blanche tombait du ciel pâle sur la terre pâmée de chaleur ; le sol brillanté de réverbérations luisait comme du métal fourbi, et l’ombre ne traçait plus au pied des édifices qu’un mince filet bleuâtre, pareil à la ligne d’encre dont un architecte dessine son plan sur le papyrus ; les maisons, aux murs légèrement inclinés en talus, flamboyaient comme des briques au four ; les portes étaient closes, et aux fenêtres, fermées de stores en roseaux clissés, nulle tête n’apparaissait.

Au bout des rues désertes, et au-dessus des terrasses, se découpaient, dans l’air d’une incandescente pureté, la pointe des obélisques, le sommet des pylônes, l’entablement des palais et des temples, dont les chapiteaux, à face humaine ou à fleurs de lotus, émergeaient à demi, rompant les lignes horizontales des toits, et s’élevant comme des écueils parmi l’amas des édifices privés. »

Extrait de : T. Gautier. « Le Roman de la momie. »

Le roi Candaule par Théophile Gautier

Fiche de Le roi Candaule

Titre : Le roi Candaule
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1893
Editeur : BnF

Première page de Le roi Candaule

« Cinq cents ans après la guerre de Troie, et sept cent quinze ans avant notre ère, c’était grande fête à Sardes. – Le roi Candaule se mariait. – Le peuple éprouvait cette espèce d’inquiétude joyeuse et d’émotion sans but qu’inspire aux masses tout évènement, quoiqu’il ne les touche en rien et se passe dans des sphères supérieures dont elles n’approcheront jamais.

Depuis que le Phœbus-Apollon, debout sur son quadrige, dorait de ses rayons les cimes du mont Tmolus fertile en safran, les braves Sardiens allaient et venaient, montant et descendant les rampes de marbre qui reliaient la cité au Pactole, cette opulente rivière dont Midas, en s’y baignant, a rempli le sable de paillettes d’or. On eût dit que chacun de ces honnêtes citoyens se mariait lui-même, tant ils avaient l’air important et solennel.

Des groupes se formaient dans l’agora, sur les degrés des temples, le long des portiques. À chaque angle de rue, l’on rencontrait des femmes traînant par la main de pauvres enfants dont les pas inégaux s’accordaient mal avec l’impatience et la curiosité maternelles. »

Extrait de : T. Gautier. « Le Roi Candaule. »

Le capitaine Fracasse Tome 2 par Théophile Gautier

Fiche de Le capitaine Fracasse Tome 2

Titre : Le capitaine Fracasse Tome 2
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1868
Editeur : BnF

Première page de Le capitaine Fracasse Tome 2

« Le duc de Vallombreuse fut assis avec précaution dans une chaise à porteurs, le bras bandé par le chirurgien et soutenu d’une écharpe. Sa blessure, quoiqu’elle le mît hors d’état de manier l’épée de quelques semaines, n’était point dangereuse ; sans léser artère ni nerf, la lame avait traversé seulement les chairs. Assurément sa plaie le faisait souffrir, mais son orgueil saignait bien davantage. Aussi, aux contractions légères que la douleur imprimait parfois aux sourcils noirs du jeune duc, se mêlait une expression de rage froide, et sa main valide égratignait de ses doigts crispés le velours de la chaise. Souvent, pendant le trajet, il pencha sa tête pâle pour gourmander les porteurs, qui cependant marchaient de leur pas le plus égal, cherchant les endroits unis pour éviter le moindre cahot, ce qui n’empêchait pas le blessé de les appeler « butors », et de leur promettre les étrivières, car ils le secouaient, disait-il, comme salade en panier. »

Extrait de : T. Gautier. « Le Capitaine Fracasse – Tome second. »

Le capitaine Fracasse Tome 1 par Théophile Gautier

Fiche de Le capitaine Fracasse Tome 1

Titre : Le capitaine Fracasse Tome 1
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1868
Editeur : BnF

Première page de Le capitaine Fracasse Tome 1

« Sur le revers d’une de ces collines décharnées qui bossuent les Landes, entre Dax et Mont-de-Marsan, s’élevait, sous le règne de Louis XIII, une de ces gentilhommières si communes en Gascogne, et que les villageois décorent du nom de château.

Deux tours rondes, coiffées de toits en éteignoir, flanquaient les angles d’un bâtiment, sur la façade duquel deux rainures profondément entaillées trahissaient l’existence primitive d’un pont-levis réduit à l’état de sinécure par le nivelage du fossé, et donnaient au manoir un aspect assez féodal, avec leurs échauguettes en poivrière et leurs girouettes à queue d’aronde. Une nappe de lierre enveloppant à demi l’une des tours tranchait heureusement par son vert sombre sur le ton gris de la pierre déjà vieille à cette époque.

Le voyageur qui eût aperçu de loin le castel dessinant ses faîtages pointus sur le ciel, au-dessus des genêts et des bruyères, l’eût jugé une demeure convenable pour un hobereau de province ; mais, en approchant, son avis se fût modifié. »

Extrait de : T. Gautier. « Le Capitaine Fracasse – Tome premier. »

Le capitaine Fracasse par Théophile Gautier

Fiche de Le capitaine Fracasse

Titre : Le capitaine Fracasse
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1861
Editeur : Flammarion

Première page de Le capitaine Fracasse

« Sur le revers d’une de ces collines décharnées qui bossuent les Landes, entre Dax et Mont-de-Marsan, s’élevait, sous le règne de Louis XIII, une de ces gentilhommières si communes en Gascogne, et que les villageois décorent du nom de château.
Deux tours rondes, coiffées de toits en éteignoir, flanquaient les angles d’un bâtiment, sur la façade duquel deux rainures profondément entaillées trahissaient l’existence primitive d’un pont-levis réduit à l’état de sinécure par le nivelage du fossé, et donnaient au manoir un aspect assez féodal, avec leurs échauguettes en poivrière et leurs girouettes à queue d’aronde. Une nappe de lierre enveloppant à demi l’une des tours tranchait heureusement par son vert sombre sur le ton gris de la pierre déjà vieille à cette époque.
Le voyageur qui eût aperçu de loin le castel dessinant ses faîtages pointus sur le ciel, au-dessus des genêts et des bruyères, l’eût jugé une demeure convenable pour un hobereau de province ; mais, en approchant, son avis se fût modifié. »

Extrait de : T. Gautier. « Le Capitaine Fracasse. »

La morte amoureuse par Théophile Gautier

Fiche de La morte amoureuse

Titre : La morte amoureuse
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1995
Editeur : Flammarion

Sommaire de La morte amoureuse

  • La cafetière
  • Omphale
  • La morte amoureuse
  • Le pied de momie

Première page de La cafetière

« L’année dernière, je fus invité, ainsi que deux de mes camarades d’atelier, Arrigo Cohic et Pedrino Borgnioli, à passer quelques jours dans une terre au fond de la Normandie.
Le temps, qui, à notre départ, promettait d’être superbe, s’avisa de changer tout à coup, et il tomba tant de pluie, que les chemins creux où nous marchions étaient comme le lit d’un torrent.
Nous enfoncions dans la bourbe jusqu’aux genoux, une couche épaisse de terre grasse s’était attachée aux semelles de nos bottes, et par sa pesanteur ralentissait tellement nos pas, que nous n’arrivâmes au lieu de notre destination qu’une heure après le coucher du soleil.
Nous étions harassés ; aussi, notre hôte, voyant les efforts que nous faisions pour comprimer nos bâillements et tenir les yeux ouverts, aussitôt que nous eûmes soupé, nous fit conduire chacun dans notre chambre.
La mienne était vaste ; je sentis, en y entrant, comme un frisson de fièvre, car il me sembla que j’entrais dans un monde nouveau. »

Extrait de : T. Gautier. « La Morte amoureuse et autres nouvelles. »

La mille et deuxième nuit par Théophile Gautier

Fiche de La mille et deuxième nuit

Titre : La mille et deuxième nuit
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1898
Editeur : BnF

Première page de La mille et deuxième nuit

« J’avais fait défendre ma porte ce jour-là ; ayant pris dès le matin la résolution formelle de ne rien faire, je ne voulais pas être dérangé dans cette importante occupation. Sûr de n’être inquiété par aucun fâcheux (ils ne sont pas tous dans la comédie de Molière), j’avais pris toutes mes mesures pour savourer à mon aise ma volupté favorite.

Un grand feu brillait dans ma cheminée, les rideaux fermés tamisaient un jour discret et nonchalant, une demi-douzaine de carreaux jonchaient le tapis, et, doucement étendu devant l’âtre à la distance d’un rôti à la broche, je faisais danser au bout de mon pied une large babouche marocaine d’un jaune oriental et d’une forme bizarre ; mon chat était couché sur ma manche, comme celui du prophète Mahomet, et je n’aurais pas changé ma position pour tout l’or du monde. »

Extrait de : T. Gautier. « La Mille et Deuxième Nuit. »

La chaine d’or par Théophile Gautier

Fiche de La chaine d’or

Titre : La chaine d’or
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1896
Editeur : BnF

Première page de La chaine d’or

« LANGON la Milésienne fut en son temps une des femmes les plus à la mode d’Athènes. Il n’était bruit que d’elle dans la ville ; pontifes, archontes, généraux, satrapes, petits-maîtres, jeunes patriciens, fils de famille, tout le monde en raffolait. Sa beauté,
semblable à celle d’Hélène aimée de Pâris, excitait l’admiration et les désirs des vieillards moroses et regretteurs du temps passé. En effet, rien n’était plus beau que Plangon, et je ne sais pourquoi Vénus, qui fut jalouse de Psyché, ne l’a pas été de notre Milésienne. Peut-être les nombreuses couronnes de roses et de tilleul, les sacrifices de colombes et de moineaux, les libations de vin de Crète offerts par Plangon à la coquette déesse, ont-ils détourné son courroux et suspendu sa vengeance ; toujours est-il que personne n’eut de plus heureuses amours que Plangon la Milésienne, surnommée Pasiphile. »

Extrait de : T. Gautier. « La Chaine d’or. »