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Les pourvoyeurs par Kurt Steiner

Fiche de Les pourvoyeurs

Titre : Les pourvoyeurs
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1957
Editeur : Marabout

Première page de Les pourvoyeurs

« Un crépuscule froid tombait sur Querville. Le long de la route mal entretenue qui reliait ce bourg à Caen, le vent de la nuit soufflait des cinglées de pluie, et courbait les coudriers et les saules avec un bruissement mouillé. Sous le ciel rond et gris comme un couvercle d’acier, la plaine étendait jusqu’à l’horizon ses champs monotones et ses bouquets d’arbres sombres. La couleur semblait avoir fondu avec l’eau des nuages, et s’être mêlée à la terre qui dégageait un puissant parfum. L’aquarelle du paysage entier coulait en nappes : on ne distinguait qu’une morne grisaille.
Seul au fond du soir sans vie, un adolescent maigre dépassa les dernières maisons du bourg. Il avançait rapidement en prenant soin d’étouffer le bruit de ses pas. Les furtifs regards qu’il jetait alentour donnaient à son allure quelque chose d’oblique et de dissimulé. Il fut bientôt sur la route et marcha encore jusqu’à ce qu’un chemin caillouteux se présentât à sa gauche. Il s’y engagea après s’être assuré que la route était déserte. »

Extrait de : K. Steiner. « Les pourvoyeurs. »

Parlez-moi d’horreur… par R. Bloch

Fiche de Parlez-moi d’horreur…

Titre : Parlez-moi d’horreur…
Auteur : R. Bloch
Date de parution : 1970
Traduction : A. Degen
Editeur : Marabout

Sommaire de Parlez-moi d’horreur…

  • Marché noir
  • Les créatures de Barsac
  • La fille de Mars
  • L’intrigue, il n’y a que ça !
  • La belle ou la bête
  • Machin-machine-malchance
  • Les esprits inventifs
  • Les fiançailles de l’innommable
  • Bienvenu, l’ami !
  • L’esprit indien
  • La vengeance du tchen lam
  • Des questions de principe

Première page de Marché noir

« Quatre heures du matin.
Je coupe les néons avant d’astiquer les pompes. Pour les jus de fruits, ça va tout seul, mais le chocolat est gluant et la vapeur pleine de graisse.
Je commence toujours à m’énerver au moment du nettoyage. Debout jusqu’à cinq heures toutes les nuits, et tout ça pour gagner quoi ? Des varices. Des varices et un assortiment d’environ un millier de faces abruties. Et encore, les varices ne sont rien à côté de cet assortiment. C’est qu’ils sont cafardeux, mes clients. Je les connais tous par cœur.
Au début de la soirée, il y a les « cokes ». Je les repère à un kilomètre. »

Extrait de : R. Bloch. « Parlez-moi d’horreur. »

L’homme des monts déchirés par Pierre Pelot

Fiche de L’homme des monts déchirés

Titre : L’homme des monts déchirés (Tome 19 sur 22 – Dylan Stark)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1969
Editeur : Marabout

Première page de L’homme des monts déchirés

« L’instant d’avant, les yeux à demi clos dans la forte réverbération du soleil, il fixait par-delà les talus pauvrement herbus cette lointaine chaîne de montagnes déchirées, incroyable dentelle violacée, pâle, au bout du ciel tremblant. La barre chaotique n’était distante que de quelques miles, mais la torride pesanteur de l’air doublait pour l’œil cette distance.

À Feadaws Creek, on lui avait dit : « De tous les ranches du coin, c’est chez Caomett qu’on embauche le plus facilement. Son ranch est à quatre miles d’ici, plein sud-ouest ». On lui avait précisé : « Y a une piste, tu verras… ».

Il y avait effectivement une piste : simple trace qui cheminait à travers les pâtures, déroulait ses lacets au pied de soudains escarpements raides. Il avait suivi la trace.  »

Extrait de : P. Pelot. « Dylan Stark – L’homme des monts déchirés.  »

L’homme-qui-marche par Pierre Pelot

Fiche de L’homme-qui-marche

Titre : L’homme-qui-marche (Tome 11 sur 22 – Dylan Stark)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1968
Editeur : Bragelonne

Première page de L’homme-qui-marche

« On sait à peine que c’est le milieu du jour. C’est vague. Mais on sait qu’avant le soleil était dur, et cru, et blanc. Avant, toute la plaine – une plaine, cette peau calcinée, boursouflée, tout encombrée de cannaies et de halliers ; une plaine, ça ? – avait sur le dos comme une grande couleur de brûlé. Voilà. Une couleur qui avait le même goût, la même odeur que ce sacré soleil planté haut dans le toit bleu du monde.

On sait que des mamelons roux s’étiraient nonchalamment à cet endroit, que l’air était parfaitement immobile, aussi transparent que l’eau claire de la rivière. Que des oiseaux, quelque part, se démenaient tout ce qu’ils savaient pour attirer l’attention.

On sait qu’il faisait chaud et que les chemises moites collaient aux creux des reins, que le pas du cheval avait un effet soporifique, que l’envie de parler était tombée depuis bien longtemps. Que les lèvres et la langue étaient sèches, les mains poisseuses de sueur, et que le chapeau ressemblait fortement à une sacrée petite étuve posée sur la tête. »

Extrait de : P. Pelot. « Dylan Stark – L’Homme-qui-marche. »

Le hibou sur la porte par Pierre Pelot

Fiche de Le hibou sur la porte

Titre : Le hibou sur la porte (Tome 8 sur 22 – Dylan Stark)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1968
Editeur : Marabout

Première page de Le hibou sur la porte

« Mollement, il acheva d’épandre le reste du ballot de paille, à petits coups de fourche, puis il se redressa. Un moment, il demeura ainsi penché en avant, appuyé des deux mains sur le manche de l’outil et le regard inspectant la litière. C’était bien, bon et frais. À présent, ils pouvaient venir de la plaine enneigée, naseaux fumants et givrés, crinières folles ; ils pouvaient venir, avec leurs croupes hautes, musclées, leurs odeurs d’hiver. Ils seraient bien. On les attendait. L’écurie serait chaude et amicale, solide ; et le vent pouvait bien souffler alentour et buter dans les poutres.

Dylan laissa fuser un soupir, puis il alla porter la fourche au fond du bâtiment, dans un angle. Là encore il s’arrêta pour jeter un coup d’œil autour de lui. Il regarda les boxes alignés et égaux, clairs, bien pourvus chacun d’une épaisse litière de paille. »

Extrait de : P. Pelot. « Dylan Stark – Le hibou sur la porte. »

Les irréductibles par Pierre Pelot

Fiche de Les irréductibles

Titre : Les irréductibles (Tome 7 sur 22 – Dylan Stark)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1967
Editeur : Marabout

Première page de Les irréductibles

« Le 12 novembre 1865

Bientôt la nuit déborderait sur terre, et elle serait grise, sale, molle et visqueuse. Elle serait sur la neige comme une suie mauvaise, transformant les lointains sommets de la montagne, là-bas aux environs de Springfield, en obscures et vagues silhouettes maladroitement tracées au crayon – comme une esquisse jetée avant le travail au pinceau. La nuit comme une armée en marche coulerait, lente, inexorable, avec ses mains froides aux caresses voraces, roulée dans les plis de ses affreux sourires. Et puis ce serait le brouillard dense et opaque ; et puis il n’y aurait plus rien.

Il frissonna, s’assura machinalement que le col de sa veste était bien remonté.  »

Extrait de : P. Pelot. « Dylan Stark – Les irréductibles.  »

Les loups sur la piste par Pierre Pelot

Fiche de Les loups sur la piste

Titre : Les loups sur la piste (Tome 6 sur 22 – Dylan Stark)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1967
Editeur : Marabout

Première page de Les loups sur la piste

« Nebucad avait dit :

— La pluie sur Siloam, par le diable ! rien de plus triste à voir !

C’était juste avant de monter sur sa charrette, devant le magasin de Tom Shiffy. Ils étaient quatre dans le General Store, plantés derrière les vitres des devantures, les mains aux poches. Il y avait Tom, avec sa longue face plate de poisson hilare, qui passait le temps de ses silences à préparer de nouvelles plaisanteries ; Sid Shoffender – ce sacré Sid ! – avec son bras blessé et les souvenirs de la bataille du matin prêts à glisser à la moindre occasion sur ses lèvres gercées. Mais ces deux-là se taisaient la plupart du temps et, quand ils parlaient, on savait d’avance de quoi il serait question. Ce qui fait qu’ils auraient aussi bien pu être absents. »

Extrait de : P. Pelot. « Dylan Stark – Les loups sur la piste. »

Les loups dans la ville par Pierre Pelot

Fiche de Les loups dans la ville

Titre : Les loups dans la ville (Tome 5 sur 22 – Dylan Stark)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1967
Editeur : Marabout

Première page de Les loups dans la ville

« Il en avait assez.

Sen Benton en avait assez.

La nuit de cette fin septembre était claire, sans lune et fraîche. Toute pâle. Le ciel tranquillement appuyé aux montagnes était gorgé d’étoiles. Dans l’ombre verte et les éclats glacés collés aux choses de la terre, les bosquets piqués au hasard de la vallée, tout alentour de la ville, n’avaient pas de couleur définie. Septembre était venu et il avait tué les feuillages ; dans la nuit, les bosquets ne ressemblaient à rien : des taches, des touffes brunâtres qui frissonnaient sous un souffle égaré de vent, des riens à peine consistants. On pouvait entendre les premiers pas du gel, hésitants, dans les feuilles tombées au sol ; le gel, comme une marée invisible et lente coulée dans les roseaux de la Hill-River, dans ses halliers. »

Extrait de : P. Pelot. « Dylan Stark – Les loups dans la ville. »

La horde aux abois par Pierre Pelot

Fiche de La horde aux abois

Titre : La horde aux abois (Tome 4 sur 22 – Dylan Stark)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1967
Editeur : Marabout

Première page de La horde aux abois

« Pour Asaph Bewo, le petit homme, tout se déclencha le jour où, pour la première fois depuis le début de la guerre, on remit le feu aux herbes rôties par un soleil torride du mois d’août. Il se passa beaucoup de choses bizarres ce jour-là ; diverses circonstances, totalement indépendantes les unes des autres, se mêlèrent étrangement, à un instant précis, comme irrémédiablement attirées entre elles, pour se confondre finalement avec le visage du Hasard. Ce fut un jour à marquer d’une croix. Un de ces moments auquel s’accroche facilement le souvenir.

D’abord, les gens mirent le feu aux herbes et, rien que ça, c’était d’une très grande importance. Cela ne s’était pas vu depuis presque cinq années. Durant tout le temps noir de la guerre, on n’y avait pas songé. »

Extrait de : P. Pelot. « Dylan Stark – La horde aux abois. »

Malpertuis par J. Ray

Fiche de Malpertuis

Titre : Malpertuis
Auteur : Jean Ray
Date de parution : 1943
Editeur : Marabout

Première page de Malpertuis

« L’oncle Cassave va mourir. Sa barbe s’écoule, blanche et frémissante, de son visage plombé, sur l’édredon rouge. Il aspire l’air comme s’il humait des odeurs parfaitement délectables et ses mains, qu’il a énormes et velues, griffent ce qui vient à sa portée.

La femme Griboin, qui est venue lui apporter du thé au citron, a dit :

— Il fait ses petits paquets.

L’oncle Cassave l’a entendue.

— Pas encore, femelle, pas encore, a-t-il ricané.

Quand elle fut partie, dans un remous de jupes apeurées, il a ajouté à mon adresse :

— Ce n’est pas que j’en aie pour longtemps encore, petit, mais, après tout, mourir est une chose sérieuse, et il ne faut pas se presser.

Puis son regard s’est remis à errer par la chambre, s’arrêtant sur chaque objet, comme pour un ultime inventaire. »

Extrait de : Jean Ray. « Malpertuis. »