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Les sables de Falun par P. Curval

Fiche de Les sables de Falun

Titre : Les sables de Falun
Auteur : P. Curval
Date de parution : 1975
Editeur : Marabout

Première page de Les sables de Falun

« Une lanière invisible lui cingla le dos. Nils serra les dents ; la douleur était plus forte qu’il ne l’avait pensé. Le gardien l’observait avec un sourire moqueur :

— Alors, on apprécie ?

Nils se retourna et replongea ses mains dans le sable. Il en aimait la fluidité un peu rêche. La fureur montait en lui. Il n’avait rien fait pour mériter cette punition : une simple minute de paresse. Il fit une boule en pétrissant une poignée de boue claire arrachée au banc de sable et, se retournant à nouveau, projeta la masse molle vers le gardien. L’homme ne parvint pas à éviter le projectile : le sable mouillé s’écrasa sur son visage. Nils se précipita pour neutraliser le gardien. Celui-ci fit un écart pour éviter le choc, s’essuya d’un geste de l’avant-bras pendant que Nils s’affalait sur le sol, emporté par son élan. Le gardien serra la poignée de son fouet électronique et en dirigea l’embout vers le prisonnier resté à terre. Une lueur zébra l’espace. Nils se tordit de douleur et gémit comme une bête blessée.

— On en redemande ? »

Extrait de : P. Curval. « Les sables de Falun. »

La mante au fil des jours par Christine Renard

Fiche de La mante au fil des jours

Titre : La mante au fil des jours
Auteur : Christine Renard
Date de parution : 1977
Editeur : Marabout

Première page de La mante au fil des jours

« Le père de Jacques Bréal se plaisait à raconter l’histoire suivante :
Un homme alla un jour trouver un psychanalyste, car il était la proie d’hallucinations répétées : tous les soirs, il voyait, sortant de dessous son lit à petits pas pressés, une mante religieuse énorme et menaçante. L’insecte terrifiant le fixait alors d’un regard immobile, claquait deux fois des mâchoires, et retournait sous le lit. Il était ensuite impossible de le retrouver. Pour comble de malheur, cette mante n’apparaissait que lorsque l’homme était seul. Ainsi ne pouvait-il jamais en apporter la preuve. C’est pourquoi ses meilleurs amis lui avaient conseillé d’aller voir un psychanalyste. Après avoir longtemps hésité, il avait décidé de tenter l’aventure.
Ainsi allait-il régulièrement raconter ses rêves, décrire ses phantasmes, errer dans les jardins de son enfance, se perdre dans le labyrinthe du rêve éveillé ; après quoi, il rentrait chez lui, dînait légèrement et gagnait avec appréhension sa chambre à coucher. Et, tous les soirs, à la même heure, il voyait la mante sortir de dessous son lit.
Un jour, le psychanalyste attendit en vain son patient.
Celui-ci ne vint pas davantage le lendemain, pas davantage le jour suivant. Le psychanalyste l’appela au téléphone, lui écrivit, et, n’obtenant pas de réponse, se rendit à son domicile. Personne ne répondit à son coup de sonnette. Inquiet, il alla sonner à la loge où une concierge désagréable lui annonça sans préambule que celui qu’il voulait voir était mort.
Stupéfait, il interrogea la femme hâtivement.
— Mort ? Mais comment ? Comment ?
— Il a été mangé par une mante. Une mante religieuse grosse comme ça.
 »

Extrait de : C. Renard. « La Mante au Fil des Jours. »

Kâ le Terrifiant par Lyon Sprague de Camp

Fiche de Kâ le Terrifiant

Titre : Kâ le Terrifiant et autres nouvelles insolites
Auteur : Lyon Sprague de Camp
Date de parution : 1970
Traduction : C. et L. Meistermann
Editeur : Marabout

Sommaire de Kâ le Terrifiant

  • Les fantômes de Melvin Pye
  • Sagesse orientale
  • Chamane malgré soi
  • La pile de bois dur
  • Monsieur incendiaire
  • Rien dans le règlement
  • Kâ le Terrifiant

Première page de Les fantômes de Melvin Pye

« Ça recommençait.

Bernard Rigoulot se releva sur un coude et fixa les ténèbres.

Il se dit : « Ne sois pas idiot, Barney. C’est ton imagination. Ces trucs-là n’existent pas… c’est ton imagination. Tu vieillis… faudrait voir un docteur. Si tu ne peux pas te payer un docteur, l’hôpital, alors ! »

La discussion entre deux personnes, murmures et gazouillis, parcourait le plancher et escaladait le mur.

Rigoulot songea : « S’ils doivent me tenir éveillé, qu’ils parlent au moins à voix haute pour que je les entende. »

La discussion s’amplifia soudain, comme une radio dont on augmente le volume.

— Scélérat, il est réveillé, fit une voix.

— Je sais, collègue, fit la seconde voix.

— Tu vas lui faire peur ?

— C’est ce que je veux.

— C’est contraire au règlement.

Une bouche produisit un bruit vulgaire. Puis une apparition surgit.

C’était l’image d’un homme corpulent et brun de quarante ans, avec une petite moustache, et vêtu d’un costume croisé sombre bien repassé. »

Extrait de : L. Sprague De Camp. « Kâ le Terrifiant et autres nouvelles insolites. »

De peur que les ténèbres par Lyon Sprague de Camp

Fiche de De peur que les ténèbres

Titre : De peur que les ténèbres
Auteur : Lyon Sprague de Camp
Date de parution : 1941
Traduction : C. Meistermann
Editeur : Marabout

Première page de De peur que les ténèbres

« Les mains de Tancredi quittèrent de nouveau le volant et se mirent à s’agiter.

— … c’est pourquoi je vous envie, docteur Padway. Ici, à Rome, nous avons encore du travail. Mais pah ! Nous ne faisons que boucher des trous. Rien de grand, rien de neuf. De la restauration. Un travail de maçon, quoi ! Ah oui, pah !

— Professeur Tancredi, dit patiemment Martin Padway, comme je vous l’ai déjà dit, je ne suis pas docteur. J’espère l’être bientôt, si j’arrive à tirer une thèse de cette fouille au Liban.

Lui-même, le plus prudent des chauffeurs, il voyait ses articulations blanchir à force de s’agripper à la cloison de la petite Fiat, comme il sentait une douleur au pied droit auquel il tentait de faire traverser le plancher.

Tancredi s’empara violemment du volant, juste à temps pour éviter une Isotta hautaine de l’épaisseur d’une lame de rasoir. L’Isotta continua son chemin en ruminant de sombres pensées. »

Extrait de : L. Sprague De Camp. « De peur que les ténèbres. »

Les animaux de la guerre par F. Pohl

Fiche de Les animaux de la guerre

Titre : Les animaux de la guerre
Auteur : F. Pohl
Date de parution : 1957
Traduction : J.-P. Carasso
Editeur : Marabout

Première page de Les animaux de la guerre

« Dans l’avion qui m’amenait de Montauk, nous avons eu une alerte au missile-guidé mais, pour finir, c’était l’un des nôtres. Il s’est dirigé sur nous en hurlant, bien visible à travers les hublots du zinc et, comme un seul homme, les cent quarante passagers ont pris une profonde inspiration. Mais son radar I.F.F. nous a reconnus. Il a viré puis, après un demi-tour sur lui-même, il s’est remis en chasse d’un Caodaï – encore qu’à ma connaissance il n’y en eût guère dans les parages.
On s’est donc posé dans les temps. Je me retrouvais sur la côte de Floride. Tout à fait furieux.
Pas trace de l’hélicoptère qui était censé m’attendre. Je me suis débrouillé avec la fille du stand de papeterie – pas mal pour un simple soldat – pour téléphoner et j’ai appelé le numéro qui figurait sur mon ordre de route. »

Extrait de : F. Pohl. « Les animaux de la guerre. »

Aux portes de l’épouvante par R. Bradbury et R. Bloch

Fiche d’Aux portes de l’épouvante

Titre : Aux portes de l’épouvante
Auteur : R. Bradbury et R. Bloch
Date de parution : 1969
Traduction : G. Halleux
Editeur : Marabout

Sommaire d’Aux portes de l’épouvante

  • L’ombre du clocher par R. Bloch
  • Les espions par R. Bradbury
  • La grimace de la goule par R. Bloch
  • Petites créatures de l’horreur par R. Bloch
  • Rêve de fièvre par R. Bradbury
  • La sentence druidique par R. Bloch
  • L’homme mort par R. Bradbury
  • Une question de cérémonial par R. Bloch
  • Le manipulateur par R. Bradbury
  • L’homme qui criait au loup ! par R. Bloch

Première page de L’ombre du clocher

« William Hurley, né Irlandais, était devenu chauffeur de taxi – si bien qu’il serait superflu, à la lueur de ces deux faits, d’ajouter qu’il était bavard.
Dès l’instant où il eut pris son passager dans la ville de Providence, par cette chaude soirée d’été, il se mit à parler. Le passager, un homme grand et mince, d’une trentaine d’années environ, s’installa dans la voiture en tenant une serviette contre lui. Il donna une adresse dans la Benefit Street et Hurley démarra, mettant son taxi en prise et donnant libre cours à son bavardage.
Hurley commença ce qui devait être une conversation unilatérale en faisant des commentaires sur la matinée aux New York Giants. Impassible devant le silence de son passager, il fit quelques remarques au sujet du temps – récent, en cours et à venir. »

Extrait de : R. Bradbury et R. Bloch. « Aux portes de l’épouvante. »

L’épée de Rhiannon par L. Brackett

Fiche de L’épée de Rhiannon

Titre : L’épée de Rhiannon (Tome 1 sur 4 – Le livre de Mars)
Auteur : L. Brackett
Date de parution : 1953
Traduction : A. Audiberti
Editeur : Marabout

Première page de L’épée de Rhiannon

« Un poste vers l’infini

Matt Carse, lorsqu’il sortit de chez Mme Kan, s’aperçut tout de suite que quelqu’un le suivait. Le rire des petites femmes brunes avait beau lui résonner encore aux oreilles et le doux et chaud brouillard de la fumée du thil monter devant ses yeux, tout cela n’amortissait pas le claquement léger des sandales qu’il entendait derrière lui, dans la froide nuit martienne.
Carse détacha tranquillement de sa gaine son revolver protonique, sans tenter d’échapper à celui qui le suivait. Il traversa Jekkara sans ralentir ni presser le pas.
« La vieille ville, pensa-t-il. Ce sera le meilleur endroit. Par ici, il y a trop de monde. »
Jekkara n’était pas endormie, malgré l’heure tardive. Les villes du Bas Canal ne dormaient jamais, car les lois ne les atteignaient pas et le temps ne comptait pas pour elles. À Jekkara, comme à Valkis et Barrakesh, la nuit n’était qu’un jour moins éclatant. »

Extrait de : L. Brackett. « Le livre de Mars – L’épée de Rhiannon. »

L’Atlantide attaque par Lester Del Rey

Fiche de L’Atlantide attaque

Titre : L’Atlantide attaque
Auteur : Lester del Rey
Date de parution : 1953
Traduction : D. Bernstein
Editeur : Marabout

Première page de L’Atlantide attaque

« Course d’essai

Tout respirait le calme et la paix, dans ce paysage perdu quelque part au sud de Puerto Rico, dans la mer des Caraïbes. Au loin, on distinguait une île avec ses maisons de pêcheurs et, sur la mer bleue, un petit bateau isolé évoluait lentement, son moteur au ralenti. Dans le ciel, le vrombissement d’un avion imperceptible se faisait entendre. C’étaient les deux seules traces de vie dans cette contrée déserte.
À bord de l’appareil, un jeune homme aux mâchoires saillantes regardait sans relâche l’écran du radar. Derrière lui, courbé sur son émetteur, un radio restait en liaison constante avec le bateau qui évoluait au-dessous d’eux. Il fallait s’assurer que tout était bien désert et éloigner toute embarcation qui se serait aventurée, par hasard, dans cette région de l’océan.
Sur le bateau – torpilleur camouflé – Don Miller était rivé à ses appareils de radio, de radar et de sonar. »

Extrait de : L. Del Rey. « L’Atlantide attaque. »

Résurrections par R. Silverberg

Fiche de Résurrections

Titre : Résurrections
Auteur : R. Silverberg
Date de parution : 1972
Traduction : G. Colson
Editeur : Marabout

Première page de Résurrections

« Ce matin-là, James Harker ne s’attendait à rien d’extraordinaire. Six mois s’étaient écoulés depuis les élections et ces six mois de sacrifices quotidiens lui avaient appris à ne rien attendre d’extraordinaire. Il en était revenu à son cabinet juridique qui le dissimulait sous un anonymat tel qu’il n’en avait plus connu depuis ses vingt ans ; le poste de gouverneur et tout l’appareil du pouvoir n’étaient plus maintenant que de beaux souvenirs qui s’estompaient de mois en mois.
Bien. Préparons-nous à la matinée d’un ex-gouverneur. Il y avait du pain sur la planche. L’audience pour l’affaire de la Fondation Bryant était fixée au jeudi suivant et Harker devait mettre son dossier en ordre. Une bien triste cause où les plaignants ne méritaient que le plus profond mépris : le pauvre  »

Extrait de : R. Silverberg. « Résurrections. »

La tour de verre par R. Silverberg

Fiche de La tour de verre

Titre : La tour de verre
Auteur : R. Silverberg
Date de parution : 1970
Traduction : S. Hilling
Editeur : Marabout

Première page de La tour de verre

« Écoutez, aurait voulu dire Siméon Krug, il y a un milliard d’années, il n’y avait pas un seul homme sur Terre, il n’y avait qu’un poisson. Pauvre chose visqueuse pourvue d’écailles, de branchies, et de petits yeux tout ronds. Il vivait dans l’océan, et l’océan était comme une prison, et l’air formait comme un toit au-dessus de sa geôle. Personne ne pouvait traverser le toit. On mourait si on le traversait, disait-on. Mais il y eut un poisson qui le traversa, et il mourut. Et il y en eut un autre, et il le traversa, et il mourut. Mais il y eut un troisième poisson, et il le traversa, et ce fut comme si son cerveau était en feu, ses branchies en flammes, et l’air l’étouffait, et le soleil était une torche dans ses yeux, et il resta gisant dans la boue, attendant la mort, mais il ne mourut pas. Il rampa sur la plage, rentra dans l’eau et dit : « Dites donc, il y a un tout autre monde, là-haut ! » Et il y retourna, et il vécut encore, disons deux jours, et puis il mourut. »

Extrait de : R. Silverberg. « La Tour de verre. »