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Le papillon des abîmes par Serge Brussolo

Fiche de Le papillon des abîmes

Titre : Le papillon des abîmes (Tome 3 sur 9 – Peggy Sue et les fantômes)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2003
Editeur : Plon

Première page de Le papillon des abîmes

« Les créatures avaient attendu la nuit pour sauter du nuage, au-dessus de la ville. Elles aimaient l’obscurité, il leur semblait qu’elles volaient mieux dans les ténèbres. Elles ne savaient pas pourquoi. C’était peut-être une idée idiote, comme de croire qu’une voiture noire roule mieux sur une route peinte en noir… Mais elles avaient souvent des idées stupides. Elles ricanèrent entre elles, excitées à la pensée de ce qu’elles allaient faire. Personne ne risquait de les voir ; dans une minute elles fileraient vers la lune, frôlant le tissu noir de la voûte céleste. Dans une minute, elles déroberaient une étoile, une de plus…

Elles adoraient cela. Il suffisait d’être cinq et de saisir toutes ensemble, à la même seconde, les branches du petit astre. Les étoiles ne savaient pas se défendre. Elles se comportaient comme ces pieuvres timides cachées au fond des océans. Quand elles sentaient les griffes des créatures crisser à leur surface, elles poussaient un cri étrange, cristallin, qui, sur la Terre, faisait frémir les dormeurs au fond des lits et transformait les rêves des enfants en cauchemars. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le Papillon des abîmes – Peggy Sue et les fantômes. »

Le sommeil du démon par Serge Brussolo

Fiche de Le sommeil du démon

Titre : Le sommeil du démon (Tome 2 sur 9 – Peggy Sue et les fantômes)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2001
Editeur : Plon

Première page de Le sommeil du démon

« Tout allait mal.

La catastrophe planait au-dessus de la famille Fairway comme un vautour tourne
dans le ciel en fixant sa proie.

Un soir, Barney – le père de Peggy Sue –, qui était charpentier et travaillait en équilibre sur des poutres métalliques à cent mètres au-dessus du sol, rentra à la maison, livide.

— Je ne comprends pas ce qui s’est passé aujourd’hui, bredouilla-t-il, mais j’ai eu soudain l’impression que quelqu’un essayait de me pousser dans le vide. J’étais debout, au milieu d’une poutrelle, en train de regarder le trottoir de la 22e avenue, soixante mètres plus bas, quand il m’a semblé que deux mains se posaient sur mes omoplates… Je n’ai jamais eu le vertige de ma vie, mais là ! Bon sang ! J’ai bien cru que j’allais faire le plongeon. Quand j’ai regardé par-dessus mon épaule, il n’y avait personne. Je n’y pige rien. Peut-être que je me fais trop vieux pour ce métier ? »

Extrait de : S. Brussolo. « Le sommeil du démon – Peggy Sue et les fantômes. »

Le jour du chien bleu par Serge Brussolo

Fiche de Le jour du chien bleu

Titre : Le jour du chien bleu (Tome 1 sur 9 – Peggy Sue et les fantômes)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2001
Editeur : Plon

Première page de Le jour du chien bleu

« Le fantôme entra dans la salle de classe alors que Flora Mitchell, le professeur de mathématiques, venait de poser une question à laquelle seule Peggy Sue était capable de répondre.

L’adolescente s’appliqua à ne pas tressaillir ; elle était depuis longtemps habituée aux incursions des « Invisibles » dans la vie quotidienne, pourtant, se trouver face à face avec l’un d’entre eux était toujours pour elle une expérience ex-trê-me-ment désagréable.

La créature avait passé sa tête au travers de la porte comme si celle-ci était composée d’un matériau mou, facile à crever. C’était un personnage de petite taille, blanchâtre, qui semblait sculpté dans de la crème fouettée.

— Peggy Sue, lança le professeur de mathématiques, tu allais dire quelque chose ?

L’adolescente se préparait à répondre quand le fantôme sauta sur ses genoux… et lui posa la main sur la bouche pour la bâillonner. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le jour du chien bleu – Peggy Sue et les fantômes. »

La princesse sans mémoire par Serge Brussolo

Fiche de La princesse sans mémoire

Titre : La princesse sans mémoire (Tome 1 sur 1 – Elodie et le maître des rêves)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2004
Editeur : Plon

Première page de La princesse sans mémoire

« Décidément, Élodie ne comprenait rien à ce qui lui arrivait. D’abord, elle s’était penchée sur la baignoire pour prendre son bain… puis elle avait basculé dedans, aspirée par une force mystérieuse. Oui, basculé… comme on tombe à la mer en passant par-dessus le bastingage d’un bateau. Le plus curieux, c’était que cette fichue baignoire semblait dépourvue de fond !

« J’ai l’impression de sombrer dans un puits, songea l’adolescente en esquissant des mouvements de brasse. Ce n’est pas possible, aucune baignoire ne peut être aussi profonde ! »

Elle avait beau dire, elle n’en continuait pas moins de couler à pic dans une eau incroyablement bleue.

Elle se rappela soudain que ses parents lui avaient toujours interdit de prendre des bains. Sa mère, notamment, lui avait mille fois répété de se cantonner à l’usage de la douche pour sa toilette. Jusqu’à aujourd’hui, cette interdiction lui avait paru aussi bizarre qu’incompréhensible, et, tout à l’heure, en rentrant du collège, elle avait décidé de passer outre. Elle s’en repentait amèrement en cette minute.

Empêtrée dans son peignoir de bain en éponge rose elle avait du mal à nager. Plus elle descendait, plus l’eau devenait froide. »

Extrait de : S. Brussolo. « La princesse sans memoire – Elodie et le maître des rêves. »

Temps futurs par Aldous Huxley

Fiche de Temps futurs

Titre : Temps futurs
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1948
Traduction : J. Castier
Editeur : Plon

Première page de Temps futurs

« C’était le jour de l’assassinat de Gandhi ; mais sur le Calvaire les curieux s’intéressaient plus au contenu de leurs paniers de pique-nique qu’aux répercussions possibles de l’événement, somme toute assez banal, auquel ils étaient venus assister. En dépit de tout ce que peuvent dire les astronomes, Ptolémée avait parfaitement raison : le centre de l’univers est ici, et non là-bas. Gandhi était mort, soit ; mais penché par-dessus sa table de travail dans son bureau, penché par-dessus la table de la Cantine du Studio, Bob Briggs ne pensait qu’à parler de lui-même.
« Vous avez toujours été pour moi un tel soutien ! » m’assura Bob, cependant qu’il se préparait, non sans délectation, à conter le dernier épisode de son histoire.
Mais, au fond, comme je le savais fort bien, et comme Bob lui-même le savait mieux que moi, il ne désirait pas véritablement être soutenu. Il aimait se trouver en difficulté, et il aimait encore davantage parler de son infortune. La difficulté et sa dramatisation verbale lui permettaient de se voir sous la forme de tous les poètes romantiques réunis en un seul – Beddoes recourant au suicide, Byron recourant à la fornication, Keats mourant de Fanny Brawne, Harriet mourant de Shelley. Et, se voyant sous la forme de tous les poètes romantiques, il pouvait oublier pendant quelques instants les deux sources primordiales de son malheur, le fait qu’il n’eût aucun de leurs talents et fort peu de leur puissance sexuelle. »

Extrait de : A. Huxley. « Temps futurs. »

Retour au meilleur des mondes par Aldous Huxley

Fiche de Retour au meilleur des mondes

Titre : Retour au meilleur des mondes
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1958
Traduction : D. Meunier
Editeur : Plon

Première page de Retour au meilleur des mondes

« En 1931, alors que j’écrivais Le Meilleur des Mondes, j’étais convaincu que le temps ne pressait pas encore. La société intégralement organisée, le système scientifique des castes, l’abolition du libre arbitre par conditionnement méthodique, la servitude rendue tolérable par des doses régulières de bonheur chimiquement provoqué, les dogmes orthodoxes enfoncés dans les cervelles pendant le sommeil au moyen des cours de nuit, tout cela approchait, se réaliserait bien sûr, mais ni de mon vivant ni même du vivant de mes petits-enfants. J’ai oublié la date exacte des événements rapportés dans ma fable, mais c’était vers le sixième ou septième siècle après F. (après Ford). Nous qui vivions dans le deuxième quart du vingtième siècle après J.-C., nous habitions un univers assez macabre certes, mais enfin le cauchemar de ces années de dépression était radicalement différent de celui, tout futur, décrit dans mon roman. Notre monde était torturé par l’anarchie, le leur, au septième siècle après F., par un excès d’ordre. Le passage de cet extrême à l’autre demanderait du temps, beaucoup de temps à ce que je croyais, ce qui permettrait à un tiers privilégié de la race humaine de tirer le meilleur parti des deux systèmes : celui du libéralisme désordonné et celui du meilleur des mondes, beaucoup trop ordonné, dans lequel l’efficacité parfaite ne laissait place ni à la liberté ni à l’initiative personnelle. »

Extrait de : A. Huxley. « Retour au meilleur des mondes. »

Le meilleur des mondes – Aldous Huxley

Fiche de Le meilleur des mondes

Titre : Le meilleur des mondes
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1932
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Plon

Première page de Le meilleur des mondes

« Un immeuble gris massif, de trente-quatre étages seulement, avec au-dessus de l’entrée principale les mots CENTRE D’INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT CENTRAL DE LONDRES, et, dans un écu, la devise de l’État mondial, COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ, STABILITÉ.

L’immense salle du rez-de-chaussée donnait au nord. Froide malgré l’été derrière les vitres et la chaleur tropicale entre les murs, une lame de lumière venue des fenêtres cherchait avidement un modèle anatomique sous sa housse, la silhouette blême d’un universitaire frigorifié, et ne rencontrait que le verre, le nickel et la porcelaine à l’éclat glacial d’un laboratoire. À l’hivernal répondait l’hivernal. Les blouses des employés étaient blanches, leurs mains gantées d’un caoutchouc cadavérique. La lumière était gelée, morte, fantôme.

Seuls les tubes jaunes astiqués des microscopes lui renvoyaient une substance riche et vivante tel du beurre, en coulées alléchantes, d’une paillasse à l’autre jusqu’au fond de la salle. »

Extrait de : A. Huxley. « Le meilleur des mondes [Nvlle trad. de Josée Kamoun]. »

Le meilleur des mondes par Aldous Huxley

Fiche de Le meilleur des mondes

Titre : Le meilleur des mondes
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1932
Traduction : J. Castier
Editeur : Plon

Première page de Le meilleur des mondes

« Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au-dessus de l’entrée principale, les mots : CENTRE D’INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT DE LONDRES-CENTRAL, et, dans un écusson, la devise de l’État mondial : COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ, STABILITÉ.

L’énorme pièce du rez-de-chaussée était exposée au nord. En dépit de l’été qui régnait au-delà des vitres, en dépit de toute la chaleur tropicale de la pièce elle-même, ce n’étaient que de maigres rayons d’une lumière crue et froide qui se déversaient par les fenêtres. Les blouses des travailleurs étaient blanches, leurs mains, gantées de caoutchouc pâle, de teinte cadavérique. La lumière était gelée, morte, fantomatique. Ce n’est qu’aux cylindres jaunes des microscopes qu’elle empruntait un peu de substance riche et vivante, étendue le long des tubes comme du beurre.
— Et ceci, dit le Directeur, ouvrant la porte, c’est la Salle de Fécondation.
Au moment où le Directeur de l’Incubation et du Conditionnement entra dans la pièce, trois cents Fécondateurs, penchés sur leurs instruments, étaient plongés dans ce silence où l’on ose à peine respirer, dans ce chantonnement ou ce sifflotement inconscient, par quoi se traduit la concentration la plus profonde. »

Extrait de : A. Huxley. « Le meilleur des mondes. »

Jouvence par Aldous Huxley

Fiche de Jouvence

Titre : Jouvence
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1939
Traduction : J. Castier
Editeur : Plon

Première page de Jouvence

« Tout avait été convenu par télégramme : Jeremy Pordage devait chercher des yeux un chauffeur « de couleur » vêtu d’un uniforme gris, avec un oeillet à la boutonnière ; et le chauffeur de couleur devait chercher des yeux un Anglais entre deux âges tenant à la main les Oeuvres Poétiques de Wordsworth. Malgré la foule qui encombrait la gare, ils se reconnurent sans difficulté.

« Le chauffeur de Mr Stoyte ?»

« Mr Pordage, Massah ?»

Jeremy fit de la tête un signe affirmatif, et, son Wordsworth dans une main, son parapluie dans l’autre, étendit à demi les bras, du geste d’un mannequin cherchant à excuser les imperfections de sa personne, tout en exhibant, avec une conscience totale et amusée de leurs défauts, une silhouette déplorable qu’accentuaient les vêtements les plus ridicules. « Une chose misérable, semblait-il insinuer, mais c’est bien moi. » Le dénigrement défensif et pour ainsi dire préventif était, chez lui, devenu habituel. »

Extrait de : A. Huxley. « Jouvencel. »

Île par Aldous Huxley

Fiche de Île

Titre : Île
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1962
Traduction : M. Treger
Editeur : Plon

Première page de Île

«  Attention ! » cria une voix, et c’était comme si un hautbois se fût mis à parler tout à coup. « Attention ! » répéta la voix haut perchée et nasillarde. « Attention ! » Gisant sur un lit de feuilles mortes, tel un cadavre, les cheveux emmêlés, le visage barbouillé d’une façon grotesque, meurtri, les vêtements en lambeaux et maculés de boue, Will Farnaby s’éveilla en sursaut. Molly l’avait appelé. Il était temps de se lever, temps de s’habiller. Il ne fallait pas être en retard au bureau.
« Merci, chérie », dit-il en s’asseyant. Il ressentit une douleur aiguë dans son genou droit ; d’autres douleurs s’éveillèrent dans son dos, ses bras, sur son front.
« Attention ! » insistait la voix, sur le même ton. Appuyé sur un coude, Will regarda autour de lui et fut ahuri de voir, à la place du papier peint gris et des rideaux jaunes de sa chambre à coucher de Londres, une clairière ombragée et balayée par les rayons obliques de l’aurore.
« Attention ! »
Pourquoi disait-elle « Attention » ?
« Attention ! Attention ! » insistait la voix, au point que cela en devenait étrange et stupide. « Molly ! » appela Will. « Molly ! ». »

Extrait de : A. Huxley. « Île. »