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Les chiens qui traversent la nuit par Pierre Pelot

Fiche de Les chiens qui traversent la nuit

Titre : Les chiens qui traversent la nuit
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2003
Editeur : Rivages

Première page de Les chiens qui traversent la nuit

« La DS, blanche à une époque, roulait à tombeau ouvert à travers le terrain vague et tirait derrière elle un long tourbillon de poussière. Le moteur grondant poussait un interminable graillement qui fusait en hoquetant du pot d’échappement sinistré. C’était l’étuve, derrière le pare-brise quasiment opaque et ses arcades presque transparentes tracées dans la crasse par des essuie-glaces maintenant disparus, ça sentait le tabac, la bière, le plastique chaud, l’essence, la vieille graisse, et quelques odeurs d’appoint non identifiables.
Germano drivait tout ça à la sportive et en chantant –  c’est-à-dire qu’il braillait, accompagnant la musique échappée de l’autoradio planté dans la boîte à gants, attrapant de temps à autre une parole qu’il restituait plus ou moins phonétiquement. »

Extrait de : P. Pelot. « Les chiens qui traversent la nuit. »

Echos par R. Matheson

Fiche de Echos

Titre : Echos
Auteur : Richard Matheson
Date de parution : 1958
Traduction : J.-P. Gratias
Editeur : Rivages

Première page de Echos

« Le jour où tout a commencé – un chaud samedi d’août – j’avais quitté mon travail peu après midi. Je m’appelle Tom Wallace ; je travaille au service de documentation de l’usine d’Aviation Nord-Américaine, à Inglewood, en Californie. À ce moment-là, nous habitions à Hawthorne, dans une résidence. La maison que nous louions appartenait à l’une de nos voisines, Mildred Sentas. En général, je faisais l’aller-retour entre mon domicile et l’usine en compagnie d’un autre voisin, Frank Wanamaker, chacun de nous utilisant sa voiture à tour de rôle. Mais Frank n’aimait pas travailler le samedi, et ce jour-là, il avait réussi à se faire excuser. C’est donc seul que je rentrai chez moi.

En abordant Tulley Street, j’aperçus devant notre porte une vieille voiture à la carrosserie bien briquée, et je sus que Philip, le frère d’Anne, était venu nous rendre visite. Philip était étudiant en psychologie à l’Université de Californie, à Berkeley, et il descendait parfois à Los Angeles pour le week-end. C’était la première fois qu’il venait nous voir dans notre nouvelle maison ; nous avions emménagé deux mois plus tôt seulement. »

Extrait de : R. Matheson. « Échos. »

Nous avons toujours vécu au château par S. Jackson

Fiche de Nous avons toujours vécu au château

Titre : Nous avons toujours vécu au château
Auteur : S. Jackson
Date de parution : 1962
Traduction : J.-P. Gratias
Editeur : Rivages

Première page de Nous avons toujours vécu au château

« Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais. Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantagenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés.
La dernière fois que j’ai jeté un coup d’œil aux livres de la bibliothèque, sur la tablette de la cuisine, la date de retour était dépassée de plus de cinq mois, et je me suis demandé si j’en aurais choisi d’autres en sachant que ceux-là seraient les derniers, qu’ils resteraient éternellement sur notre étagère. »

Extrait de : Shirley Jackson. « Nous avons toujoursvécu au château. »

Hangsaman par S. Jackson

Fiche de Hangsaman

Titre : Hangsaman
Auteur : S. Jackson
Date de parution : 1951
Traduction : F. Duvigneau
Editeur : Rivages

Première page de Hangsaman

« Mr. Arnold Waite – mari, père, homme de parole – se renversait toujours contre le dossier de sa chaise après sa deuxième tasse de café au petit déjeuner et considérait sa femme et ses deux enfants d’un air incrédule. Sa chaise était placée de telle sorte que, lorsqu’il inclinait la tête en arrière, la lumière du soleil, été comme hiver, éclairait ses cheveux qui ne vieillissaient pas d’une lueur à la fois angélique et indifférente – indifférente car, à l’instar de Mr. Waite, cette lumière n’estimait pas indispensable de nourrir une quelconque croyance pour continuer son existence. Quand Mr. Waite tournait la tête pour regarder sa femme et ses enfants, la lumière se déplaçait avec lui et jetait des motifs fragmentés sur la table et le plancher.
« Ton Dieu », lança-t-il comme d’habitude à Mrs. Waite, assise à l’autre extrémité de la table, « a jugé bon de nous accorder une journée radieuse. » Ou bien il disait : « Ton Dieu a jugé bon de nous envoyer la pluie », ou « la neige », ou « a jugé bon de nous rendre visite avec des orages. » Ce rituel devait son origine à une malencontreuse déclaration de Mrs. Waite, quand sa fille était âgée de trois ans ; la petite Natalie ayant demandé à sa mère ce qu’était Dieu, celle-ci répondit que Dieu avait créé le monde, ses habitants, et le temps qu’il faisait ; Mr. Waite n’était pas de ceux qui laissent passer ce genre de remarque. »

Extrait de : Shirley Jackson. « Hangsaman. »

La grande secousse par R. Laymon

Fiche de La grande secousse

Titre : La grande secousse
Auteur : R. Laymon
Traduction : F. Reichert
Date de parution : 1995
Editeur : Rivages

Première page de La grande secousse

« Vingt minutes avant que le séisme ne frappe, Stanley Banks était planté devant la fenêtre du salon. Bien qu’il tînt les pages de sport du L.A. Times à la hauteur de sa poitrine, il feignait seulement de les lire. Tous les matins ouvrés de la semaine, il faisait semblant de les lire.

Au cas où Mère surgirait inopinément dans la pièce dans son fauteuil à roulettes et le surprendrait devant la fenêtre.

D’ordinaire, elle se cantonnait dans la cuisine, à siroter du café en tétant des cigarettes et en écoutant la radio.

Mais elle faisait parfois des irruptions éclair, et le journal fournissait une excellente diversion.

Dorénavant, elle était sûre que Stanley avait pris l’habitude de s’installer devant la fenêtre pour profiter de l’ensoleillement de la matinée tout en potassant la première page de la rubrique sportive.

Il le lui avait assez souvent répété.

Bien entendu, ce n’était pas la vérité.

En réalité, s’il s’installait là, c’était pour observer le trottoir. »

Extrait de : R. Laymon. « La grande secousse. »

L’initiation à la peur par T. Owen

Fiche de L’initiation à la peur

Titre : L’initiation à la peur
Auteur : T. Owen
Date de parution : 1942
Editeur : Rivages

Première page de L’initiation à la peur

« LE COLONEL ET LA TULIPE

Le colonel Bruck était un de ces hommes éternellement jeunes, qui vont d’un pas désinvolte à la rencontre d’une soixantaine qui ne les effraye nullement. Grand, mince, les cheveux presque blancs, le visage plutôt rouge que hâlé, les yeux étrangement bleus, le colonel Bruck avait incontestablement une « sacrée allure ».

Vêtu de son éternel complet de flanelle grise, modèle croisé, il contemplait ce jour-là, dans le jardin de son cottage, les tulipes démesurées qu’il cultivait avec passion. Il y en avait des rouge sang, des mauve tendre, des jaunes, des mordorées, des noires même, somptueuses, veloutées, fièrement dressées au bout dune tige robuste, presque aussi grosse que le petit doigt.

Le colonel Bruck était entièrement satisfait. Et sa satisfaction se traduisait par un sourire réellement juvénile, qui creusait dans ses joues lisses de petites fossettes très amusantes qui lui avaient valu ses plus beaux succès féminins. »

Extrait de : T. Owen. « L’initiation à la la peur. »

Sylvia par H. Fast

Fiche de Sylvia

Titre : Sylvia
Auteur : H. Fast
Date de parution : 1960
Traduction : L. du Veyrier
Editeur : Rivages

Première page de Sylvia

« La plupart des gens se contentent de faire ce qu’ils ont toujours fait : aujourd’hui sera comme hier, et demain ça continuera. C’est comme ça pour moi. Je gagne un salaire de misère dans un sale boulot. Dès que j’ai un sou en poche, je peux refuser les tâches vraiment répugnantes et accepter celles qui le sont moins, et alors j’en conçois une certaine estime pour moi-même, aussi vaine et dépourvue de sens que tous les autres sentiments que j’éprouve. Et toujours, comme tous les gens de mon espèce, je rêve que l’impossible va se produire.

S’il n’arrivait jamais rien, l’existence serait absurde. Moi, j’ai eu de la chance, au moins une fois dans ma vie – et c’est déjà beaucoup – il m’est arrivé quelque chose : Sylvia West est entrée dans ma vie et je suis entré dans la sienne.

Je m’appelle Alan Macklin. Taille : un mètre soixante-dix-huit ; cheveux bruns, yeux marron, je ne suis ni plus laid ni mieux qu’un autre. »

Extrait de : H. Fast. « Sylvia. »

Mémoires d’un rouge par H. Fast

Fiche de Mémoires d’un rouge

Titre : Mémoires d’un rouge
Auteur : H. Fast
Date de parution : 1990
Traduction : E. Chaix-Morgiève
Editeur : Rivages

Première page de Mémoires d’un rouge

« Je ne pourrais en aucun cas raconter l’histoire de la curieuse existence qu’il m’a été donné de vivre sans aborder cette longue période pendant laquelle j’ai été ce que cette vieille brute de sénateur Joseph McCarthy se délectait à appeler « un porteur de la carte du Parti communiste ». Il prononçait ces mots comme s’il s’agissait d’une incantation pour faire apparaître le diable lui-même, évoquant Satan avec une telle volupté méchante que c’est tout juste si l’on ne sentait pas l’odeur du soufre.

Lors de mon unique confrontation avec ce vieux monstre de McCarthy, je tentai vainement de lui enseigner quelques-unes des vérités les plus évidentes de l’histoire américaine, mais il se mit dans une colère noire et rugit que je n’avais qu’à en faire un livre. Je fis bien davantage, mais nous en reparlerons. Pour l’heure, laissez-moi décrire les circonstances qui m’ont amené à intégrer le mouvement communiste, où j’ai milité pendant douze années qui changèrent radicalement mon existence. »

Extrait de : H. Fast. « Mémoires d’un rouge. »

L’ange déchu par H. Fast

Fiche de L’ange déchu

Titre : L’ange déchu
Auteur : H. Fast
Date de parution : 1965
Traduction : M. Tesnières
Editeur : Rivages

Première page de L’ange déchu

« L’escalier

Je vais vous conter l’histoire comme elle s’est passée, et vous pourrez vous faire une opinion. C’est tout ce que je suis en droit de demander, pour l’instant, et c’est déjà beaucoup, je crois.
Tout commença un jour de mars, par un triste après-midi pluvieux : il se produisit je ne sais quelle perturbation dans l’installation électrique de l’immeuble, et toutes les lumières s’éteignirent. Nous étions là, en plein vingtième siècle, mais aussi désemparés, aussi isolés que le fut jamais l’homme, au commencement du monde.

De mon bureau, tout là-haut au vingt-deuxième étage, je découvrais la pointe de l’île de Manhattan, la baie, le fleuve. Dame Liberté, les remorqueurs, les paquebots, les cargos, les quais. Et sur tout cela tomba la pluie ; et tout cela était gris et lugubre, dans un univers lugubre où les gens de mon espèce n’avaient guère en commun que leur désarroi. »

Extrait de : H. Fast. « L’ange déchu. »

John Silence par A. Blackwood

Fiche de John Silence

Titre : John Silence
Auteur : A. Blackwood
Date de parution : 1908
Traduction : M. Duperray
Editeur : Rivages

Sommaire de John Silence

  • La némésis du feu
  • Une invasion psychique
  • Culte secret

Première page de La némésis du feu

« Grâce à une stratégie que je n’ai jamais pu percer à jour, John Silence réussit toujours à garder l’exclusivité du compartiment, et comme nous avions deux heures devant nous avant le prochain arrêt du train, il y avait tout le temps nécessaire pour passer en revue les éléments préliminaires du cas à traiter. Il m’avait téléphoné le matin même, et malgré le handicap des kilomètres de fil qui nous séparaient, j’avais reconnu dans sa voix le frémissement qui précède les aventures extraordinaires.

— C’est comme s’il s’agissait d’une simple visite à la campagne, répondit-il à l’appareil, en réponse à ma question, et n’oubliez pas votre fusil.

— Armé à blanc, je suppose ? Car je connaissais sa stricte opposition de principe aux sports qui attentent à la vie et devinais que les fusils n’avaient pour but évident que le déguisement. »

Extrait de : A. Blackwood. « John Silence. »