Auteur/autrice : CH91
La chasse sacrée par Lois McMaster Bujold

Fiche de La chasse sacrée
Titre : La chasse sacrée (Tome 3 sur 3 – Chalion)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 2005
Traduction : M. Fazi
Editeur : Bragelonne
Première page de La chasse sacrée
« Le prince était mort.
Comme le roi ne l’était pas, aucun des hommes perchés au-dessus de la porte du château n’osait afficher d’inconvenante réjouissance. Tout au plus un soulagement furtif. Lequel s’évanouit lorsqu’ils regardèrent la troupe de cavaliers d’Ingrey franchir la porte voûtée, dans un cliquetis de sabots, pour pénétrer dans la cour étroite. Ils le reconnaissaient – et comprenaient par conséquent qui l’envoyait.
Dans la grisaille humide de ce matin d’automne, la sueur d’Ingrey lui poissait la peau sous son pourpoint de cuir. Le froid semblait s’accumuler dans la cour pavée, canalisé par les murs blanchis à la chaux. Un courrier légèrement armé avait porté la nouvelle, franchissant en deux jours à peine la distance entre le château de la Hure, ici même, où le prince était décédé, et le palais du roi sacré à Gîtelevant. Ingrey et ses hommes, bien que plus lourdement chargés, n’avaient guère mis plus longtemps à parcourir le trajet du retour. »
Extrait de : L. McMaster Bujold. « Cycle de Chalion – La Chasse Sacrée. »
Paladin des âmes par Lois McMaster Bujold

Fiche de Paladin des âmes
Titre : Paladin des âmes (Tome 2 sur 3 – Chalion)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 2003
Traduction : M. Fazi
Editeur : Bragelonne
Première page de Paladin des âmes
« Engourdie d’épuisement, Ista se pencha entre les créneaux surmontant la tour-porte, sentant le contact rêche de la pierre sous ses mains pâles, et regarda la queue du cortège funéraire franchir la porte du château au-dessous d’elle. Les sabots des chevaux raclaient les vieux pavés, et la voûte du portail renvoyait les adieux en écho. Parmi les derniers à partir se trouvaient son frère à la mine solennelle, le provincar de Baocia, ainsi que sa famille et sa suite, deux bonnes semaines après la fin des rites et cérémonies funéraires menés par les divins.
Dy Baocia s’entretenait toujours calmement avec le gardien du château, ser dy Ferrej, qui marchait à la hauteur de son étrier, son visage grave levé vers le provincar en selle, écoutant sans aucun doute le torrent final d’instructions. Le fidèle dy Ferrej, qui avait servi la défunte provincara douairière tout au long des vingt dernières années de sa longue résidence à Valenda. Les clés du château et du donjon étincelaient à la ceinture qui ceignait sa taille épaisse. Les clés de la mère d’Ista, que celle-ci avait rassemblées et gardées, avant de les remettre à son frère aîné ainsi que tous les papiers, inventaires et instructions qu’entraîne la mort d’une grande dame. Au moment de les rendre, il en avait confié la garde non pas à sa sœur, mais au brave, vieux et honnête dy Ferrej. Les clés permettant de bloquer tout danger à l’extérieur… Ou d’enfermer Ista à l’intérieur.
Seulement par habitude, vous savez. Je ne suis plus folle, en réalité.
Ce n’était pas comme si elle avait désiré les clés de sa mère, ni l’existence qui allait de pair avec elles. Ista savait à peine ce qu’elle désirait. Mais elle savait ce qu’elle redoutait : être enfermée dans un lieu étroit et sombre par les gens qui l’aimaient. Un ennemi peut baisser sa garde, fatigué par sa tâche, et tourner le dos ; mais l’amour ne faiblit jamais. Les doigts d’Ista frottaient nerveusement la pierre. »
Extrait de : L. McMaster Bujold. « Cycle de Chalion – Paladin des âmes. »
Le fléau de Chalion par Lois McMaster Bujold

Fiche de Le fléau de Chalion
Titre : Le fléau de Chalion (Tome 1 sur 3 – Chalion)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 2001
Traduction : M. Fazi
Editeur : Bragelonne
Première page de Le fléau de Chalion
« Cazaril entendit les cavaliers sur la route bien avant de les voir. Il regarda par-dessus son épaule. Derrière lui, le sentier usé serpentait autour de la butte qui tenait lieu de colline dans ces plaines venteuses, avant de replonger dans la gadoue hivernale du sol pauvre de Baocia. À ses pieds, un ruisselet trop petit et irrégulier pour mériter un pont ou un caniveau dégouttait sur le sentier depuis les pâtures rasées par les moutons un peu plus haut. Le fracas des sabots, le cliquetis et le grincement des harnais, le tintement des cloches et l’écho de voix insouciantes s’approchaient à un rythme trop rapide pour appartenir à un fermier prudent suivi d’une escorte, ou à des muletiers parcimonieux menant leurs bêtes de charge.
Le cortège contourna la butte au trot : une douzaine d’hommes allant deux par deux, arborant la panoplie complète de leur ordre. Mais ce n’étaient pas des bandits. Cazaril soupira, puis avala sa salive pour calmer son estomac perturbé. Non qu’il puisse offrir davantage aux bandits qu’un peu d’exercice. Il se traîna un peu à l’écart du sentier et se tourna pour les regarder passer. »
Extrait de : L. McMaster Bujold. « Cycle de Chalion – Le fléau de Chalion. »
Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes par Robert Merle

Fiche de Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes
Titre : Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1957
Editeur : Gallimard
Sommaire de Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes :
- Nouveau Sisyphe
- Justice à Miramar
- L’assemblée des femmes (d’après Aristophane)
Première page de Nouveau Sisyphe
« La scène représente la cour d’une maison de pêcheur à Corinthe. Au fond et au centre, des marches donnent accès à un remblai où chemine le sentier qui conduit à Corinthe. De l’autre côté du remblai, invisible pour le spectateur, la mer. Devant la porte de la maison, à droite, des filets bleus, des paniers d’un jaune safran, des filins, des avirons peints en rouge vif, un escabeau. Tout à fait à gauche de la scène, à côté d’un if, une grande dalle plate, posée sur deux grosses pierres, sert de banc. Tout, sous le soleil, est si vivement coloré, que l’ensemble, bien que fort simple, produit presque l’effet du luxe.Au lever du rideau, Cynara est assise sur les marches, en train de réparer les filets. Elle est svelte, presque gracile, et son teint très foncé, mais non pas noir, révèle une race étrangère. Arion est à peine plus âgé. Il est debout en haut des marches, sur le remblai.
ARION. – Quelle douceur sur la mer, Cynara… Derrière Corinthe, derrière les monts d’Arcadie, le soleil s’enfonce, plat comme le disque d’un athlète. Les pêcheurs affalent leurs voiles. »
Extrait de : R. Merle. « Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’Assemblée des femmes (d’après Aristophane). »
Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling par Robert Merle

Fiche de Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling
Titre : Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1950
Editeur : Gallimard
Sommaire de Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling :
- Flamineo
- Sisyphe et la mort
- Les Sonderling
Première page de Flamineo
« La maison de Camillo à Rome. Quand le rideau se lève, Camillo et Vittoria sont debout en haut des marches, face au public. Le duc de Brachiano, en bas des marches, prend congé d’eux. Il tourne à demi le dos au public. A sa gauche, un serviteur, porteur d’une torche. A l’avant-scène à droite, Flamineo immobile dans l’ombre. La scène est obscure, sauf la partie éclairée par la torche. Au fond, une large fenêtre s’ouvre sur la nuit.
BRACHIANO. – Les heures que j’ai passées dans ta maison m’ont été douces, Camillo. Et plus douce encore, la voix de Vittoria. Vous chanterez encore pour moi, Vittoria ?
CAMILLO. – Je remercie Votre Seigneurie de l’honneur fait à ma maison.
BRACHIANO. – Chanterez-vous encore pour moi, Vittoria ?
CAMILLO. – Désirez-vous, Monseigneur, que deux de mes serviteurs accompagnent votre carrosse ? Les rues de Rome ne sont pas sûres. »
Extrait de : R. Merle. « Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling. »
Derrière la vitre par Robert Merle

Fiche de Derrière la vitre
Titre : Derrière la vitre
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1970
Editeur : Gallimard
Première page de Derrière la vitre
« À l’endroit même où s’élève aujourd’hui l’église de Nanterre, les jeunes filles, au Moyen Âge, venaient de la capitale supplier l’ombre de Geneviève de dissiper les premiers symptômes des maternités imprudentes. La protectrice de Lutèce, étendant sa protection sur ces Parisiennes, exauçait parfois leurs prières. Au fil des siècles, cependant, la sainte perdit peu à peu son pouvoir, ou son esprit de compassion. Les pèlerinages cessèrent, le matérialisme prévalut. Et bientôt les Parisiens ne vinrent plus à Nanterre que pour goûter sa charcuterie, ses gâteaux et ses vins.
Maigre prospérité. Bien qu’il pût se vanter, sous Louis-Philippe, d’avoir vu passer, poussif et crachotant, le premier chemin de fer de France, le petit bourg somnolait. Ses pompiers restaient chez eux, se chauffant à leur propre feu. Les commerçants gagnaient petit, la passion politique tombait au plus bas, les filles étaient vertueuses, et plus que tout autre, la rosière, élue chaque année par le Conseil municipal avec l’approbation du curé. »
Extrait de : R. Merle. « Derrière la vitre. »
Outredune par Hugh Howey

Fiche de Outredune
Titre : Outredune (Tome 2 sur 2 – Outresable)
Auteur : Hugh Howey
Date de parution : 2022
Traduction : T. Arson
Editeur : Actes Sud
Première page de Outredune
« Vic se rappelait la première fois qu’elle avait désiré tuer quelqu’un. Et pas en manière de plaisanterie comme le font les enfants quand ils disent “Je vais te tuer !” à un camarade qui leur a fait un tort quelconque, mais sur un mode mûrement réfléchi, planifié, qui débouche sur la décision finale de prendre une vie. D’y mettre un terme définitif.
C’est une chose qui vous change, lorsque vous découvrez cette ligne tracée dans le sable. Et elle vous change davantage dès que vous la franchissez.
Les hommes qui la plaquaient au sol dans le bordel de sa mère allumèrent une braise chez Vic, et elle ne culpabilisa pas de ce qui s’ensuivit. Tout comme elle ne culpabiliserait pas pour cette ville peuplée de monstres qui avaient torturé les siens depuis plus longtemps que quiconque pouvait s’en souvenir.
Elle avait accompli un long voyage afin de se venger des hommes qui avaient rasé Springston, qui avaient abattu le grand mur, là où elle avait passé son enfance. »
Extrait de : H. Howey. « Outredune – Outresable. »
L’île perdue par Max Brooks

Fiche de L’île perdue
Titre : L’île perdue (Minecraft)
Auteur : Max Brooks
Date de parution : 2017
Traduction : P. Touboul
Editeur : Castelmore
Première page de L’île perdue
« Je me noie !
Je me réveillai sous l’eau, très loin sous l’eau, et ce fut la première chose qui me vint à l’esprit. Le froid. Les ténèbres. Où donc était la surface ? Je me débattis dans tous les sens, cherchant à remonter. Je tournai, virai, et finis par la voir : une lueur. Faible, pâle et lointaine.
Instinctivement, je me précipitai dans cette direction, et je remarquai vite que l’eau, autour de moi, s’éclaircissait. Ça devait être la surface, le soleil.
Mais comment le soleil pouvait-il être… carré ? J’étais forcément victime d’une hallucination. Peut-être une illusion provoquée par l’eau.
Peu importe ! Combien me reste-t-il d’air dans les poumons ? Je dois y arriver. Nage !
Mes poumons se gonflèrent et de petites bulles s’échappèrent entre mes lèvres, s’élevant devant moi vers la lumière, au loin. Je battis l’eau des bras et des jambes, comme un animal pris dans un filet. Maintenant, je le voyais : un plafond fait de reflets ondulants, qui se rapprochait à chacun de mes mouvements désespérés. Plus proche, mais encore si loin. Mon corps me faisait souffrir, mes poumons brûlaient. »
Extrait de : M. Brooks. « L’île perdue – Minecraft. »
Rhino par Dominique Douay

Fiche de Rhino
Titre : Rhino
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Rhino
« Hautes de cent mètres et plus, les portes de bronze s’écartèrent en silence, glissant sur leurs rails parfaitement huilés. Massée au pied de la colline, la foule retenait son souffle. L’air était frais ; le petit matin achevait de tisser ses écharpes de brume au hasard des bâtisses. Bientôt, le soleil se lèverait et il ferait grand jour.
— Les voilà ! cria quelqu’un.
Mais ce n’était qu’un voile de brouillard qui jouait avec l’ombre. D’ailleurs, les lourds vantaux n’étaient encore qu’à moitié ouverts.
Puis, couvrant la houle de murmures que cette exclamation avait fait naître, s’éleva un bourdonnement semblable à celui produit par des milliers et des milliers de ruches.
— Ils se réveillent !
Excitée, la foule se pressait contre la grille qui protégeait les flancs du tertre.
Le bourdonnement enfla encore. À présent, même les cris ne parvenaient plus à se faire entendre. »
Extrait de : D. Douay. « Rhino. »
Le principe de l’oeuf par Dominique Douay

Fiche de Le principe de l’oeuf
Titre : Le principe de l’oeuf
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1980
Editeur : Calmann-Lévy
Première page de Le principe de l’oeuf
« JE crois bien, souffla l’homme d’une voix sourde. Puis il se tut, mordilla sa lèvre inférieure d’un air préoccupé. À l’endroit où le tissu était en contact avec le cuir chevelu, une large bande d’humidité ceignait l’informe chapeau de toile censé le protéger du soleil. Ce porc n’en finira donc pas de transpirer, pensa vaguement Magloire. Placé un peu en retrait, il suivait avec une fascination teintée de dégoût le cours sinueux des gouttes de sueur qui prenaient naissance sur le front, s’amassaient ensuite le long des arcades sourcilières et des ailes du nez, se rejoignaient enfin à la pointe du menton où elles demeuraient un instant en attente, sans doute retenues par quelque poil oublié par la lame du rasoir. Transpire, mon vieux, transpire, ça te fera peut-être perdre quelques kilos de graisse.
« Cette fois, je crois bien que nous tenons le bon numéro », dit l’homme, plus fort. Il tourna un bref instant sa face congestionnée vers Magloire. « Vous voyez ? » Un signe du menton vers le petit écran gris sale sur lequel un minuscule point lumineux s’était matérialisé, animé de pulsations dans lesquelles Magloire, l’espace d’une seconde, crut reconnaître une sorte de respiration. »
Extrait de : D. Douay. « Le Principe de l’œuf. »