Auteur/autrice : CH91

 

Le crépuscule des humains par Maurice Limat

Fiche de Le crépuscule des humains

Titre : Le crépuscule des humains
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1963
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le crépuscule des humains

« Le signal ne venait pas. Thierry avait porté à plusieurs reprises la montre-bracelet à son oreille. Et elle venait de lui murmurer : douze heures sept… douze heures sept dix secondes… douze heures sept vingt secondes…

Non, il n’y avait pas d’erreur, elle n’était pas détraquée. Corson, l’ingénieur en chef du département bioélectronique, ne devait pas songer à l’heure, lui, l’expérience en cours l’absorbant totalement. Mais Thierry, en dépit de la passion qu’il apportait habituellement à faire vivre des hybrides de chair et de mécanique, ou des biobots dont le sang vert était de chlorophylle, ne pouvait oublier qu’il avait rendez-vous avec Inès.

D’ailleurs, les camarades du labo, les autres assistants de Corson, commençaient à donner des signes d’impatience, à écouter le ronron de leurs montres, voire à échanger des regards et même des propos étonnés.

— Eh bien, messieurs… ? demanda Corson, intrigué de ce manège. »

Extrait de : M. Limat. « Le crépuscule des Humains. »

Le carnaval du cosmos par Maurice Limat

Fiche de Le carnaval du cosmos

Titre : Le carnaval du cosmos
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1961
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le carnaval du cosmos

« C’était, sur l’Égypte millénaire, l’heure du crépuscule. Le monde neuf, technocratique n’avait pas assez sclérosé les hommes qu’ils n’aient gardé l’amour du passé, bien qu’emportés dans un tourbillon d’avenir qui, en un peu plus d’un siècle, les avait amenés du gaz d’éclairage et de la lampe à pétrole à la lumière captée de Sirius, d’Antarès et d’Orion et diffusée à volonté, par commutateurs.

Aussi, soucieux de demeurer humains, les Terriens conservaient-ils jalousement vestiges, monuments et musées. Musées surtout, forteresses intertemps où les œuvres d’art inégalées et inégalables vivaient de cette vie silencieuse et éternelle qui est celle des merveilles. Prestige des siècles disparus, les chefs-d’œuvre continuaient à voir naître les hommes, à les enchanter, à les laisser mourir impassiblement.

Le Caire, cité croissante, empiétait de plus en plus vers les déserts. Du moins, le fier Nil cabrait-il toujours ses ondes d’orgueil et vers le sud, on savait que les colossales constructions des Pharaons défiaient toujours le temps. »

Extrait de : M. Limat. « Le Carnaval du Cosmos. »

La tour des nuages par Maurice Limat

Fiche de La tour des nuages

Titre : La tour des nuages
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1977
Editeur : Fleuve noir

Première page de La tour des nuages

« Je ne peux pas dormir.

L’objet est là. Près de mon lit. À portée de main. Pour l’instant, il n’est rien qu’une chose inerte.

Inerte mais inquiétante.

Fascinant, ce… cette chose. Quand je l’ai vue, au marché aux puces, j’en ai eu envie tout de suite. J’étais irrésistiblement attiré. Il me semblait que ce cadran gravé de signes incompréhensibles évoquait pour moi des souvenirs très lointains, ensevelis au fond de ma mémoire, des souvenirs à la fois tendres et passionnés, douloureux peut-être. Mais l’homme est toujours égal à lui-même et il garde la nostalgie du passé, ce passé fut-il cruel.

Idiot, ce que je dis là. Quel rapport entre moi et l’objet ?

Un cadran. Une aiguille. Des signes. Une boussole me dira-t-on. Oui, on peut admettre que ça évoque une boussole. Mais une boussole dont nul ne serait capable de se servir. Fondue dans un métal indéterminé.  »

Extrait de : M. Limat. « La tour des nuages.  »

La prison de chair par Maurice Limat

Fiche de La prison de chair

Titre : La prison de chair
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1964
Editeur : Fleuve noir

Première page de La prison de chair

« Un cœur véritablement amoureux peut aimer l’ambiance printanière, le décor romantique qui sied à ce qu’il appelle son bonheur. Il n’en est pas moins vrai que, véritablement épris, il peut tout aussi bien aller à un rendez-vous en plein hiver, alors que le froid menace, que le brouillard enveloppe la ville, et y trouver autant de charmes, s’y rendre avec le même pincement au cœur.

Christian se moquait bien de la brume et du gel. Lorsque Sylvie, avec sa gentillesse habituelle, lui avait dit « vendredi à neuf heures, comme d’habitude », il était arrivé avec un bon quart d’heure d’avance au carrefour que le soir noyait, que l’ambiance à la fois pesante et glaciale de ces sinistres nuits d’hiver faisait ressembler à une bifurcation direction enfer.

Malgré son enthousiasme, il avait été frappé par l’aspect inhabituel de ce quartier parisien.

Dix fois déjà il était venu attendre Sylvie. Ils se connaissaient depuis peu, mais il avait l’impression que c’était depuis toujours, que, surtout, c’était pour toujours.

Chaque fois, comme elle travaillait tard, il venait la chercher là, puis ils allaient dîner dans un petit restaurant de Montparnasse. Quelquefois, ensuite, ils dansaient à la « Coupole ». »

Extrait de : M. Limat. « La prison de chair. »

La planète sans soleil par Maurice Limat

Fiche de La planète sans soleil

Titre : La planète sans soleil
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de La planète sans soleil

« Ki-Gor s’arrêta un instant, non pour souffler, car il était dans la vigueur de ses vingt ans, mais pour contempler la splendeur de sa planète natale.

L’astre écarlate glissait vers l’horizon courbe, éveillant, des collines aux forêts, et sur les flaques miroitées des marais, d’étranges sonorités visuelles. Après l’accablement du grand jour, c’était, déjà, presque le crépuscule, cette heure intermédiaire où la lumière, semblant deviner son proche effacement, cherche à éblouir en jetant toutes ses féeries, accentuant les tonalités, heurtant les complémentaires et créant, spontanément, des variantes inconnues.

La horde s’éloignait, lourdement. Les hommes ployaient sous les quartiers du mammouth abattu, dans la forêt, après des jours et des jours de guet, de dépistage, de patience et de vaillance.

Le chef, s’étonnant de ne plus voir Ki-Gor, tourna la tête et l’aperçut, immobile sur un roc, baigné des feux de cuivre du couchant. Ki-Gor était vigoureux, quoique mince, plus élancé que la majorité de ses congénères, presque toujours râblés et noueux. »

Extrait de : M. Limat. « La planète sans soleil. »

La planète aux Chimères par Maurice Limat

Fiche de La planète aux Chimères

Titre : La planète aux Chimères
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1971
Editeur : Fleuve noir

Première page de La planète aux Chimères

« L’idée s’imposait. D’autant plus efficacement que Frank n’était pas encore en mesure de réagir mentalement.

Physiquement non plus, d’ailleurs. Il se trouvait dans un univers de nébulosité. Tout était flou, imprécis, comme inachevé. Il avait très mal à la tête. Cela, au moins, c’était une réalité, une vérité, une certitude.

Le reste…

Il ne sentait plus ses membres, son corps, son âme. Il ne pensait plus. On pensait pour lui. Frank était arrivé à ce degré de lassitude où l’homme renonce, refuse, incroyablement passif.

Mais l’idée était là, toujours là. Incommensurablement présente.

Cette pensée qui s’implantait en lui comme un clou impitoyable, et cette migraine sans merci, ces ennemies atroces, au fond, lui rendirent service. Elles stimulèrent ce qui pouvait encore lui rester de personnalité. L’une biologique et l’autre mentale, tout en le torturant, lui imposèrent d’ouvrir les yeux. »

Extrait de : M. Limat. « La planète aux Chimères. »

La nuit solaire par Maurice Limat

Fiche de La nuit solaire

Titre : La nuit solaire
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de La nuit solaire

« L’odeur était insoutenable. Formule ! Parce qu’en fait il fallait bien la supporter. Le moyen de faire autrement ? Tout être vivant respire, n’est-ce pas ? Et que l’atmosphère fût ou non à ce point atroce, on n’avait pas le choix.

Cyrille Wagner était écœuré. L’odeur était faite de suint, de remugles inavouables, de moisissures et de fermentation, et d’une façon générale de tout ce qui émane de la pourriture, de la décomposition et par-dessus tout des sécrétions humaines.

Le tout dans l’énorme cockpit de cet astronef de malheur, où rien ou presque ne fonctionnait plus, sinon encore – et de façon bien médiocre – les turboréacteurs. »

Extrait de : M. Limat. « La nuit solaire. »

La nuit des géants par Maurice Limat

Fiche de La nuit des géants

Titre : La nuit des géants
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1967
Editeur : Fleuve noir

Première page de La nuit des géants

« Un vent glacé soufflait sur le rivage. Ce vent brutal des petites planètes douées d’atmosphère, mais où la courbe de l’horizon est toujours proche, semble-t-il, et où les perturbations sont impitoyables.

On ne savait si c’était le jour, la nuit.

En fait, en ce monde minuscule où devait avoir lieu l’étrange rendez-vous, il régnait, en permanence, cette lumière fantomale, l’astre tutélaire demeurant tellement éloigné, et la rotation si rapide…

L’homme allait et venait, au bord de la petite mer qui battait le faible relief. Un lac, plutôt, mais doué de marées fantaisistes. Tout, sur le planétoïde, roulant à des milliards de lieues de la Terre, quelque part dans la constellation du Loup, semblait une maquette réduite de la planète-patrie.

Ken allait et regardait souventes fois le ciel, reportant son regard sur le cadran de sa montre-bracelet. Un modèle intermonde, l’heure absolue ayant été adoptée, après les premiers échanges interplanétaires et interstellaires. »

Extrait de : M. Limat. « La nuit des géants. »

La Maleficio par Maurice Limat

Fiche de La Maleficio

Titre : La Maleficio
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1966
Editeur : Fleuve noir

Première page de La Maleficio

« Des nuages roulaient, occultant partiellement la lune, lui donnant cet aspect de tristesse morne bien peu en accord avec le romantisme que la tradition et l’imagerie attribuent généralement au ciel vénitien.

Jacques Landret en faisait la constatation. Sans amertume. Il pensait seulement que le voyage à Venise manque de charme quand il est accompli en solitaire, comme c’était son cas.

À trente-quatre ans, il était enfin parvenu à effectuer le voyage qu’il souhaitait depuis toujours. Les circonstances, jusqu’alors, lui avaient été peu favorables. Et puis il avait fallu un déplacement commercial, pour la firme où il était ingénieur. Ses directeurs s’étant mis en rapport avec des industriels vénitiens, Landret avait été chargé de préparer les contacts en vue d’une collaboration entre les ateliers français et leurs homologues italiens.

On allait lancer, sur le marché européen, puis mondial, un nouveau modèle de machine à écrire. Jacques Landret était, sinon le promoteur, du moins un des « pères » du nouveau modèle. Aussi avait-il accepté d’emblée la mission qui lui donnait l’occasion de connaître enfin la cité des Doges. »

Extrait de : M. Limat. « La Maleficio. »

La lumière d’ombre par Maurice Limat

Fiche de La lumière d’ombre

Titre : La lumière d’ombre
Auteur : Maurice Limat
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir

Première page de La lumière d’ombre

« Je me suis fait des illusions. J’ai vingt-deux ans de la Terre et c’est sans doute
ce qui explique ma vocation, mon enthousiasme. Et puis la déception, la chute…

Être cosmonaute. Nous en parlions déjà, je crois bien, à la maternelle !

Moi, Axel Forest, j’ai réalisé mon rêve.

Dès que j’ai eu mon brevet de spatiovolant, je me suis vu fonçant à travers les galaxies, traquant les comètes et chevauchant des météores.

Et puis j’ai reçu ma nomination. Affecté, pour une durée équivalant à quatre mois de la planète patrie, sur un astro-feu martien. Quelle douche !

Je sais ce qu’est un astro-feu. Un vieux rafiot qui ne peut plus guère franchir les gouffres interplanétaires mais dont les responsables de la navigation, la grande
navigation interastres, veulent encore utiliser les ressources.  »

Extrait de : M. Limat. « La lumière d’ombre.  »