Auteur/autrice : CH91
Nunatak par Joëlle Wintrebert

Fiche de Nunatak
Titre : Nunatak
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1983
Editeur : Casterman
Première page de Nunatak
« Noir. Cet endroit était noir et peuplé de râles, ce qui le rendait plus noir encore et plus effrayant. Matt ramena bras et jambes contre son ventre dans un geste instinctif de protection. Puis, recroquevillé, tassé sur lui-même, il perdit connaissance à nouveau.
Quand il revint à lui, une lumière diffuse et glauque avait remplacé les ténèbres. Le sol sur lequel il gisait était ébranlé par les martèlements sourds d’une machinerie proche. Se soulevant sur les coudes, Matt découvrit les parois incurvées d’une soute immense dont le plancher matelassé était jonché de corps. Alors, une sensation atroce l’envahit : Guill ! Il avait perdu Guill ! Il s’assit avec difficulté, saisit sa tête entre ses mains, se boucha les oreilles pour ne plus entendre l’insupportable lamentation des autres occupants de la cale. Son intense effort de concentration aggrava sa migraine sans lui renvoyer le plus petit écho de son frère jumeau. »
Extrait de : J. Wintrebert. « Nunatak. »
Les maîtres – feu par Joëlle Wintrebert
Fiche de Les maîtres – feu
Titre : Les maîtres – feu
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1983
Editeur : J’ai lu
Première page de Les maîtres – feu
« Le saurien s’était mis en route au premier soleil. Il marchait vite malgré le poids du havresac qui tirait ses épaules en arrière. Il savait que les anciens ne se trompaient jamais et que s’il manquait cette chance de profiter du séisme, ce seraient trois jours de marche supplémentaires.
Lorsqu’il ressentit la première secousse, il venait d’atteindre la zone de mouvance. Le remugle spécifique des collines, le reflux brutal de toute vie animale, le silence abyssal, tous ces symptômes du tremblement de terre imminent, le saurien les accueillait avec ivresse.
Fugitif, l’aiguillon de la peur vint poinçonner ce plaisir. La seconde secousse faisait onduler le sol. Bên-ïî-ïî porta une main à sa corne frontale qu’il sentait devenir turgescente et se hâta de dégager son dos du havresac. Ses doigts coururent sur les fermetures électromagnétiques et la planche télescopique jaillit de son compartiment. Le saurien lui donna aussitôt sa dimension maximale. »
Extrait de : J. Wintrebert. « Les maîtres-feu. »
Le créateur chimérique par Joëlle Wintrebert
Fiche de Le créateur chimérique
Titre : Le créateur chimérique
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1988
Editeur : J’ai lu
Sommaire de Le créateur chimérique
- La créode
- Fontaraigne
- Fontenoire
- Mercure
- La malédiction de Khimer
- Le messager
- Genèse
Première page de La créode
« Il rugit. C’était le dernier jeu inventé par les jeunes Ouqdars. Peu d’entre eux arrivaient à reproduire toute la gamme des sons qu’éructait leur animal fétiche. Damballah seul en avait maîtrisé les plus subtiles modulations.
Son cri se répercuta longtemps de miroir en miroir avant de se briser sur les parois rocheuses. L’acoustique était parfaite dans le cirque désert. Damballah aimait s’y installer dès l’aube. À cette heure, il pouvait rêver sans risque d’être interrompu.
C’était le cri du lion blessé et le jeune Ouqdar était presque trop convaincant… Le bassin l’accueillit et il s’enfouit au plus profond du glaisor. L’action mécanique du sil enrichi dénoua les nœuds musculaires qui avaient résisté au cri. Damballah se détendit. Au-dessus de sa tête, le jour naissant effilochait la nuit. Bientôt les miroirs capteraient les rayons du soleil, transmettant leur chaleur au système de régulation du bassin, et le glaisor s’échaufferait lentement jusqu’à sa température idéale. »
Extrait de : J. Wintrebert. « Le créateur chimérique. »
La fille de Terre Deux par Joëlle Wintrebert

Fiche de La fille de Terre Deux
Titre : La fille de Terre Deux
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1987
Editeur : Flammarion
Première page de La fille de Terre Deux
« Zélie pressait ses doigts contre ses oreilles. Elle ne voulait plus entendre les éclats de voix qui provenaient de la chambre voisine. Elle rêvait d’effacer en même temps que le bruit cette ville sinistre où ils avaient emménagé quand sa mère avait changé de travail, effacer la nouvelle école où, au bout de deux trimestres, elle ne s’était fait aucun ami.
Si je disposais d’une gomme magique, grognait Zélie, je l’utiliserais sur moi. Fini, Zélie. Fini tous les problèmes.
Elle jeta un regard dégoûté à son reflet dans le miroir dédoré qui trônait au-dessus de la cheminée. Elle se reconnaissait à peine. Comment avait-elle pu grossir à ce point ? Pas de doute, on l’avait ensorcelée, on avait soufflé dans son corps comme dans un ballon.
Saisissant une épingle qui traînait sur le marbre de la cheminée, elle l’approcha de sa joue. Si je pique, se demandait-elle, vais-je exploser ? Une baudruche qui se dégonfle en sifflant ? Trop douillette pour tenter l’expérience, elle reposa l’épingle. »
Extrait de : J. Wintrebert. « La fille de terre deux. »
La créode par Joëlle Wintrebert
Fiche de La créode
Titre : La créode (et autres récits futurs)
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 2010
Editeur : Bélial
Sommaire de La créode
- La créode
- Hétéros et Thanatos
- Qui sème le temps récolte la tempête
- Le nirvâna des accalmeurs
- Le verbiage du Verbic
- Il ne faut pas jouer avec les enfants
- Et après ?
- La femme est l’avenir de l’homme
- La journée de la guerre
- Pur esprit
- Avatar
- La déesse noire et le diable blond
- Hydra
- Cendres
- Arthro
- Imago
- Alien bise
- La fiancée du roi
- Hurlegriffe
Première page de La créode
« Il rugit. C’était le dernier jeu inventé par les jeunes Ouqdar. Peu d’entre eux arrivaient à reproduire toute la gamme des sons
émis par leur animal fétiche. Damballah seul en maîtrisait toutes les modulations.
Il rugit et son cri se répercuta longtemps de miroir en miroir avant de se briser sur les parois rocheuses. L’acoustique était parfaite dans le cirque désert. Damballah aimait s’y installer dès l’aube. À cette heure, il pouvait chevaucher ses rêves sans risque d’être interrompu.
Damballah rugit encore une fois. Pour le plaisir ? C’était le cri du lion blessé et le jeune Ouqdar était presque trop convaincant. Les hurlements sont des soupapes qui permettent d’exhaler bien des souffrances… »
Extrait de : J. Wintrebert. « La Créode et autres récits futurs. »
Chromoville par Joëlle Wintrebert
Fiche de Chromoville
Titre : Chromoville
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1984
Editeur : J’ai lu
Première page de Chromoville
« Les ombres rampent dans la ruelle, s’agrippent aux murs de l’entrepôt, s’agglutinent sous les porches, effacent les signes, avalent la couleur. Ombre parmi les ombres, un petit garçon hasarde quelques pas sur le pavé graisseux qu’irradie encore une mauvaise lueur. Il lève les bras au ciel et salue son amie, la nuit.
Alors, trois démons se détachent des murs. Le trait de feu d’un fouet-lumière cisaille l’obscurité. L’enfant, sa joue creusée d’un fin sillon fumant, exhale un cri suraigu qu’une main puante étouffe. Sous ce bâillon trop étanche, le petit garçon suffoque et s’évanouit.
Un choc brutal le ranime.
Fin de la trêve. Il vient de heurter le sol d’une cave, l’un de ces lieux secrets et rituels où les malformés comme lui rencontrent tôt ou tard la violence.
Pénombre. Une bourrade le force à se relever. Un couteau lacère sa tunique sans ménager son corps. Honteux, l’enfant baisse les yeux sur sa nudité moquée, mais le pire est encore à venir. »
Extrait de : J. Wintrebert. « Chromoville. »
Bébé – miroir par Joëlle Wintrebert

Fiche de Bébé – miroir
Titre : Bébé – miroir (Tome 2 sur 2 – Les olympiades truquées)
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Bébé – miroir
« Debout. Debout dans l’océan qui gronde et flagelle tes jambes. Bien campée sur tes pieds enfoncés dans le sable. Avec ta vie rouge dans tes veines. Avec ce flux et ce reflux tout en bas de ton ventre. Avec cette boule douloureuse, obstinée dans ta gorge, cette boule en lutte contre le cri enflé dans ta poitrine.
Tes bras s’écartent, comme pour décomprimer ton corps. Ton visage se convulse et le cri fuse enfin, pour ne finir qu’avec ton souffle.
Ce hurlement tenait ton être aussi tendu qu’un arc. Maintenant qu’il a décoché sa flèche, ton corps s’affaisse, recroquevillé sur
l’absolu de ce vide nouveau. Le goût salé de tes larmes se mêle sur tes lèvres à celui des embruns. Ta tête a rejoint tes genoux et, pour la première fois, tu cèdes. L’étreinte de la mer se referme sur toi.
L’eau est douce, âcre, et tu te mets à sangloter sans retenue.
Une aiguille s’enfonce dans ton bras. Le rythme sourd des percussions t’apaise. C’est bon de ne plus résister. C’est bon de s’abandonner, de s’endormir, délivré de soi-même. Tu es syntone, syntone, syntone. »
Extrait de : J. Wintrebert. « bébé miroir. »
Les olympiades truquées par Joëlle Wintrebert
Fiche de Les olympiades truquées
Titre : Les olympiades truquées (Tome 1 sur 2 – Les olympiades truquées)
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les olympiades truquées
« Elle avait nagé longtemps avant de se hisser sur la margelle du bassin. Maintenant, bras et jambes écartés, elle s’abandonnait à l’étreinte solaire, laissant les doigts avides de l’astre fragmenter sa peau en mille et une parcelles picotantes où les cristaux de sel et les gouttelettes évaporées dessinaient des méandres crissants. Elle sentait sur elle la respiration haletante du vent, son haleine chaude prise au piège des duvets de son corps.
Elle se leva pour mieux embrasser la brise, prise de vertige, se mit à tituber telle une bacchante. D’étranges figures fuligineuses traversèrent ses yeux, fermés sur un tourbillon d’étoiles.
Habituée à ces éblouissements, elle attendit sans impatience que s’en dissipent les derniers symptômes pour se glisser dans l’eau. Il lui fallait prendre garde à ne pas se couper sur les coquillages qui tapissaient le ciment des parois. Le bassin n’était pas assez profond pour permettre à quiconque de plonger, mais il était assez large et long, et la mer ici canalisée était maintenue à la température très douce de vingt-cinq degrés. »
Extrait de : J. Wintrebert. « Les olympyades truquées. »
Joëlle Wintrebert
Présentation de Joëlle Wintrebert :
Joëlle Wintrebert, née le 29 septembre 1949 à Toulon, est une romancière, nouvelliste, anthologiste et traductrice française. Reconnue comme l’une des plumes les plus importantes de l’imaginaire hexagonal, elle a su imposer une œuvre où se mêlent l’exigence stylistique, l’engagement féministe et une réflexion profonde sur la biologie et les structures sociales.
Des débuts entre journalisme et édition
Après des études de lettres et de cinéma à Nice puis à Paris, Joëlle Wintrebert s’oriente vers le journalisme spécialisé. Elle collabore à des revues emblématiques de la culture de l’imaginaire, telles que Horizons du Fantastique ou Fiction.
Sa carrière prend une dimension éditoriale importante lorsqu’elle assure la direction de l’anthologie Univers entre 1982 et 1985 (chez J’ai lu), un poste clé qui lui permet de promouvoir une science-fiction moderne et audacieuse.
Une œuvre au cœur du vivant et du politique
Dès ses premiers textes, Joëlle Wintrebert se distingue par une approche « biologique » de la science-fiction. Elle s’intéresse aux mutations, à la manipulation génétique et aux rapports de force entre les sexes.
Ses romans majeurs incluent :
- Les Olympiades de l’imaginaire (1980) : Son premier roman, qui explore les dérives d’une société du spectacle et du sport poussée à l’extrême.
- Chromoville (1983) : Une œuvre marquante décrivant une cité souterraine régie par une hiérarchie stricte basée sur les couleurs, abordant les thèmes de l’oppression et de la révolte.
- Pollen (2002) : Souvent considéré comme son chef-d’œuvre, ce roman met en scène une société gynarchique sur la planète Ocre, explorant avec finesse les questions d’identité, de reproduction et d’écologie. Cet ouvrage lui a valu le prix Rosny aîné.
La littérature de jeunesse et le fantastique
Joëlle Wintrebert a également mené une carrière prolifique dans la littérature pour la jeunesse, où elle aborde avec la même exigence des thèmes complexes. Elle y explore le fantastique, l’histoire ou le futurisme, notamment avec des titres comme L’Enfant du lagon (1987) ou la série des Nunwick.
Son style, souvent qualifié de sensuel et précis, se déploie aussi dans le domaine de la fantasy historique et du fantastique, avec des ouvrages tels que Le Créateur de chimères.
Une autrice multi-récompensée
Le talent de Joëlle Wintrebert a été salué par les prix les plus prestigieux du genre en France. Elle est l’une des rares autrices à avoir remporté le Grand Prix de l’Imaginaire à plusieurs reprises, tant pour ses nouvelles que pour ses romans ou ses traductions.
Engagée, elle a souvent pris position pour une meilleure reconnaissance des femmes dans les littératures de l’imaginaire, dénonçant les plafonds de verre et les stéréotypes de genre au sein du milieu littéraire.
Postérité et influence
Aujourd’hui, Joëlle Wintrebert demeure une figure de référence. Son œuvre, qui refuse le manichéisme et privilégie l’exploration des zones grises de l’âme humaine et de l’évolution des sociétés, continue d’influencer les nouvelles générations d’auteurs de science-fiction française. Elle réside actuellement dans le sud de la France, où elle poursuit son travail de création.
Livres de Joëlle Wintrebert :
Olympiades :
- Les olympiades truquées (1980)
- Bébé miroir (1980)
Chromoville (1984)
La créode et autres récits futurs (2010)
La fille de Terre Deux (1987)
Le créateur chimérique (1988)
Les maîtres-feu (1983)
Nunatak (1983)
Pollen (2002)
Te retrouver (2020)
Pour en savoir plus sur Joëlle Wintrebert :
La page Wikipédia sur J. Wintrebert
La page Noosfere sur J. Wintrebert
La page isfdb de J. Wintrebert
Vercingétorix et les mystères gaulois par Roger Facon et Jean-Marie Parent

Fiche de Vercingétorix et les mystères gaulois
Titre : Vercingétorix et les mystères gaulois
Auteur : Roger Facon et Jean-Marie Parent
Date de parution : 1983
Editeur : Robert Laffont
Première page de Vercingétorix et les mystères gaulois
« Il faut attendre le XIXe siècle pour voir Vercingétorix prendre place parmi les héros du peuple de France. Jusque-là on l’ignore superbement. Classiques et historiens d’avant la Révolution ne lui consacrent pas la moindre ligne. Pour ces derniers, l’histoire de notre pays ne commence-t-elle pas avec Mérovée à défaut du mystérieux Pharamond1 ?
Heureusement, Amédée Thierry vient réparer l’outrage. Il publie en 1828 une Histoire des Gaulois qui fait la part belle au fils de Celtill. Vercingétorix ne rate pas son entrée. Et c’est tant mieux.
Bien sûr, Michelet se fait tirer l’oreille pour parler de l’Arverne. Mais il est excusable. Vercingétorix fut l’élève, le protégé des druides et Michelet — victime des manipulations de l’impérialisme césarien — n’est pas tendre envers les druides. Il les dépeint, dans son Histoire de France, comme de grands organisateurs de sacrifices humains. Dans sa préface de 1869, on peut lire : « Dans les galeries solitaires des Archives où j’errai vingt années, dans ce profond silence, des murmures cependant venaient à mon oreille. »
Extrait de : R. Facon et J.M Parent. « Vercingétorix et les mystères gaulois. »