Auteur/autrice : CH91

 

Le compagnon par Orson Scott Card

Fiche de Le compagnon

Titre : Le compagnon (Tome 4 sur 6 – Les chroniques d’Alvin le Faiseur)
Auteur : Orson Scott Card
Date de parution : 1995
Traduction : P. Couton
Editeur : Gallimard

Première page de Le compagnon

« Je croyais avoir fini d’écrire sur Alvin Smith. Tout le monde me répétait que non, mais je connaissais bien pourquoi. Par rapport que tout le monde avait entendu Mot-pour-mot et sa manière de conter. Ses histoires à lui, quand il a fini, sont joliment ficelées en un beau paquet et le pourquoi des événements n’échappe à personne. Ce n’est pas qu’il mette les points sur les i, notez bien. Mais on a l’impression que tout s’explique tout seul.

Moi, je ne suis pas Mot-pour-mot, certains l’ont peut-être déjà deviné vu qu’on ne se ressemble guère, et je ne compte pas le devenir dans l’immédiat, ni même m’en inspirer, non par rapport que je le trouve déplaisant, indigne de ses émules, mais surtout par rapport que je ne vois pas les choses du même œil que lui. Les choses, je ne les comprends pas toujours. Elles arrivent, voilà tout, des fois on découvre un semblant de sens dans une calamité, et d’autres fois une journée de grand bonheur reste incompréhensible. Les pires pétrins où j’ai vu les gens se fourrer, c’était quand ils essayaient de suivre leur raison. »

Extrait de : O.S Card. « Le compagnon – Les chroniques d’Alvin le Faiseur. »

L’apprenti par Orson Scott Card

Fiche de L’apprenti

Titre : L’apprenti (Tome 3 sur 6 – Les chroniques d’Alvin le Faiseur)
Auteur : Orson Scott Card
Date de parution : 1989
Traduction : P. Couton
Editeur : Gallimard

Première page de L’apprenti

« L’histoire d’Alvin apprenti, je la commencerai là où se manifestèrent les premières anomalies. C’était très loin dans le Sud, chez un particulier qu’Alvin ne connaissait pas et qu’il ne connaîtrait jamais. Ce fut pourtant lui le responsable d’une chaîne d’événements qui allaient l’amener à commettre un meurtre, selon les termes de la loi, le jour même où il achevait son apprentissage et devenait véritablement un homme.

C’était en Appalachie, en 1811, avant que cet État ne signe le Traité des Esclaves en fuite et ne rejoigne les États-Unis. Près de la frontière qui le sépare des Colonies de la Couronne, dans une région où il ne se trouvait pas un homme blanc qui ne souhaitât posséder toute une ribambelle d’esclaves noirs pour lui abattre son travail.

L’esclavage, c’était une sorte d’alchimie pour ces Blancs-là, du moins le considéraient-ils ainsi. Ils cherchaient le moyen de transmuter chaque goutte de sueur d’homme noir en or et chaque gémissement de désespoir qui s’échappait de la gorge d’une femme noire en tintement clair et doux à l’oreille de la pièce d’argent tombant sur la table du changeur. On achetait et vendait des âmes dans ce pays-là. Pourtant aucun de ces gens ne comprenait ce qu’il leur en coûtait de posséder d’autres êtres humains. »

Extrait de : O.S Card. « L’apprenti – Les chroniques d’Alvin le Faiseur. »

Le prophète rouge par Orson Scott Card

Fiche de Le prophète rouge

Titre : Le prophète rouge (Tome 2 sur 6 – Les chroniques d’Alvin le Faiseur)
Auteur : Orson Scott Card
Date de parution : 1988
Traduction : P. Couton
Editeur : Gallimard

Première page de Le prophète rouge

« Il n’y avait pas beaucoup de bateaux plats à descendre l’Hio, par les temps qui couraient, pas avec des pionniers à bord en tout cas, pas avec des familles, des outils, des meubles, des graines et quelques cochons pour entreprendre un élevage. Il suffisait de deux ou trois flèches enflammées pour qu’une tribu de Rouges s’en aille bientôt vendre un chapelet de scalps à moitié carbonisés aux Français de Détroit.

Casse-pattes Palmer, lui, ignorait ce genre de désagréments. Les Rouges connaissaient tous son bateau plat, chargé d’une montagne de barils. Dans la plupart de ces barils clapotait du whisky, la seule musique, ou presque, qu’ils comprenaient, les Rouges. Mais au milieu de ce vaste empilement de futaille il s’en trouvait un où rien ne clapotait. Il était bourré de poudre à canon, et une mèche s’en échappait. »

Extrait de : O.S Card. « Le prophète rouge – Les chroniques d’Alvin le Faiseur. »

Le septième fils par Orson Scott Card

Fiche de Le septième fils

Titre : Le septième fils (Tome 1 sur 6 – Les chroniques d’Alvin le Faiseur)
Auteur : Orson Scott Card
Date de parution : 1987
Traduction : P. Couton
Editeur : Gallimard

Première page de Le septième fils

« La petite Peggy faisait très attention avec les œufs. Elle farfouillait dans la paille avec la main jusqu’à ce que ses doigts cognent contre un objet dur et lourd. Le caca de poule, elle s’en fichait pas mal. Après tout, quand des voyageurs avec des bébés logeaient à l’auberge, maman ne plissait jamais le nez devant leurs langes, et pourtant c’était quelquefois dégoûtant. Alors, du caca de poule, même humide, gluant et qui collait aux doigts, elle s’en fichait pas mal, la petite Peggy. Elle écartait la paille, refermait la main sur l’œuf et le sortait délicatement du pondoir. Et ce, perchée sur un tabouret branlant, dressée sur la pointe des pieds, le bras tendu très loin au-dessus de sa tête. Maman la trouvait trop jeune pour ramasser les œufs, mais la petite Peggy tenait à lui montrer qu’elle n’était pas si petite que ça.  »

Extrait de : O.S Card. « Le Septième Fils – Les chroniques d’Alvin le Faiseur.  »

Dernière querelle par Joe Abercrombie

Fiche de Dernière querelle

Titre : Dernière querelle (Tome 3 sur 3 – La première loi)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2008
Traduction : M. Ssossé
Editeur : Pygmalion

Première page de Dernière querelle

« L’Inquisiteur Glotka entra dans le palais et s’arrêta un instant. Il étira son cou tordu d’un côté, puis de l’autre, prêtant l’oreille aux craquements familiers des articulations, suivant le parcours de la douleur qui empruntait ses itinéraires routiniers, à travers l’entrelacs des muscles noués entre ses omoplates. Pourquoi ne puis-je m’empêcher de faire ça, alors que j’en souffre à chaque fois ? Pourquoi sommes-nous toujours enclins à irriter le point sensible ? Agacer l’ulcère de la langue, frotter l’ampoule, gratter la croûte ?
« Eh bien ? » lança-t-il d’une voix sèche.
Le buste de marbre qui trônait au pied de l’escalier ne lui offrit qu’un mépris silencieux en guise de réponse. J’en ai déjà par-dessus la tête de tout ça, Glotka se remit en marche d’un pas traînant, son pied invalide raclait les dalles derrière lui, les moulures du haut plafond lui renvoyaient l’écho du claquement de sa canne. »

Extrait de : J. Abercrombie. « Dernière quérelle – La première loi. »

Déraison et sentiments par Joe Abercrombie

Fiche de Déraison et sentiments

Titre : Déraison et sentiments (Tome 2 sur 3 – La première loi)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2007
Traduction : B. Mariot
Editeur : Pygmalion

Première page de Déraison et sentiments

« Maudit brouillard, qui se faufile sous vos paupières et vous empêche de voir à plus de trois pas. Qui s’insinue dans vos oreilles et vous plonge dans un tel silence que, lorsque vous finissez par percevoir un bruit, impossible d’en déterminer la provenance. Qui s’immisce dans vos narines pour vous priver de toute odeur, hormis l’humidité et la moiteur. Maudit brouillard ! Une calamité pour les éclaireurs.
En quittant le Nord pour pénétrer dans le pays des Angles, ils avaient franchi la Tumultueuse quelques jours auparavant ; depuis, Renifleur était à cran. Aller en reconnaissance dans un pays étranger en guerre n’était pas leur spécialité. Tous ses compagnons restaient sur le qui-vive. Excepté Séquoia, aucun d’eux n’était jamais sorti du Nord. Sauf le Sinistre, peut-être. Le Sinistre, cependant, ne parlait jamais des endroits qu’il avait visités. »

Extrait de : J. Abercrombie. « Déraison Et Sentiments – La première loi. »

Premier sang par Joe Abercrombie

Fiche de Premier sang

Titre : Premier sang (Tome 1 sur 3 – La première loi)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2006
Traduction : B. Mariot
Editeur : Pygmalion

Première page de Premier sang

« Logen s’élança à travers les arbres. Ses pieds nus glissaient sur la terre mouillée, la neige à moitié fondue et les aiguilles de pin humides. Un souffle rauque raclait sa poitrine, son sang battait contre ses tempes. Il trébucha et s’étala, manquant de s’ouvrir le torse avec sa propre hache. Haletant, il resta allongé à observer la forêt baignée dans l’ombre.
Il était sûr que Renifleur le talonnait quelques instants plus tôt, mais il n’y avait maintenant plus aucun signe de sa présence. Quant aux autres… qu’étaient-ils devenus ? Pas brillant pour un chef d’être ainsi séparé de ses compagnons ! Il aurait dû essayer de retourner là-bas, mais les Shankas l’encerclaient. Il les sentait se déplacer entre les arbres, leur odeur lui emplissait les narines. Il avait l’impression d’entendre des cris sur sa gauche… peut-être se battait-on ! Comme il se redressait avec la plus grande discrétion, Logen entendit une branche se briser. Il fît volte-face. »

Extrait de : J. Abercrombie. « Premier sang – La première loi. »

La moitié d’une guerre par Joe Abercrombie

Fiche de La moitié d’une guerre

Titre : La moitié d’une guerre (Tome 3 sur 3 – La mer éclatée)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2015
Traduction : J. Parichet
Editeur : Bragelonne

Première page de La moitié d’une guerre

« — Nous avons perdu, constata le roi Fynn, les yeux rivés sur sa bière.

Dans la salle du trône déserte, Skara savait qu’il était inutile de le nier. L’été dernier, au même endroit alors bondé, une pléthore de héros rivalisant de fierté et assoiffés de sang, chantant leur gloire à venir, avait promis la victoire sur le petit peuple du Haut Roi.

Les discours de ces hommes s’étaient avérés plus vaillants que leurs actes, comme c’était souvent le cas. Après un piteux début, quelques mois sans gloire ni profit, ils avaient fui, un par un, et seule une poignée de malchanceux demeurait auprès du grand foyer, qui abritait des flammes aussi minables que la bonne fortune du Trovenland. La Forêt aux nombreuses colonnes, naguère garnie de guerriers, était désormais peuplée d’ombres. Emplie de déceptions.

Ils avaient perdu. Et ils ne s’étaient même pas battus.

Bien sûr, mère Kyre voyait les choses sous un autre angle.

— Nous avons passé un accord, mon roi, le corrigea-t-elle tout en mâchonnant docilement sa viande, telle une jument devant une botte de foin. »

Extrait de : J. Abercrombie. « La mer éclatée – La moitié d’une guerre. »

La moitié d’un monde par Joe Abercrombie

Fiche de La moitié d’un monde

Titre : La moitié d’un monde (Tome 2 sur 3 – La mer éclatée)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2015
Traduction : J. Parichet
Editeur : Bragelonne

Première page de La moitié d’un monde

« Il n’hésita qu’un instant, mais Épine en profita pour lui balancer son bouclier dans les noix.

Malgré le brouhaha ambiant, essentiellement des acclamations en faveur de Brand, son adversaire, elle entendit celui-ci gémir.

Le père d’Épine disait toujours : La moindre pause peut causer ta mort. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire, Épine avait suivi ce principe toute sa vie. Elle montra les dents – pratique courante chez elle, après tout – et, avec un grognement, se rua de toutes ses forces sur Brand.

Dans un fracas de boucliers, elle le percuta de l’épaule et le força à reculer vers la mer, soulevant un nuage de sable. Secoué, il tenta de la frapper au visage, mais elle l’esquiva en se baissant. Elle en profita pour lui assener un coup en plein mollet, sous sa cotte de mailles trop grande. »

Extrait de : J. Abercrombie. « La mer éclatée – La moitié d’un monde. »

La moitié d’un roi par Joe Abercrombie

Fiche de La moitié d’un roi

Titre : La moitié d’un roi (Tome 1 sur 3 – La mer éclatée)
Auteur : Joe Abercrombie
Date de parution : 2014
Traduction : J. Parichet
Editeur : Bragelonne

Première page de La moitié d’un roi

« La tempête faisait rage la nuit où Yarvi apprit qu’il était roi. Ou du moins, la moitié d’un roi.

Il soufflait un vent fureteur, comme le nommaient les Gettlandais : il s’élevait depuis père Océan en gémissant tel un damné, s’insinuait dans chaque fissure de chaque demeure pour glacer ses habitants, blottis les uns contre les autres au coin du feu.

Il faisait claquer les volets aux étroites fenêtres des quartiers de mère Gundring, trembler la porte en bois et acier dans son cadre. Il taquinait les flammes dans l’âtre, qui crachotaient de colère en retour, projetant sur les murs les sinistres ombres frémissantes des bouquets d’herbes séchées pendus au plafond ainsi que des racines que tenait mère Gundring dans ses doigts noueux.

— Et ceci ?

« Ceci » avait l’allure d’une simple motte de terre, mais Yarvi n’était pas dupe.

— De la racine de Langue-noire. »

Extrait de : J. Abercrombie. « La mer éclatée – La moitié d’un roi. »