Auteur/autrice : CH91

 

Quand souvenirs revenir, nous souffrir et mourir par Jean-Michel Dagory

Fiche de Quand souvenirs revenir, nous souffrir et mourir

Titre : Quand souvenirs revenir, nous souffrir et mourir
Auteur : Jean-Michel Dagory
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de Quand souvenirs revenir, nous souffrir et mourir

« C’était le petit matin. Le soleil devait se lever sur la France. Ici, de sa cellule, il ne voyait qu’un ciel terne se réfléchissant dans une mer grise. Triste jour, triste ciel, tout autour de cette île maudite même la mer était triste. Un sale temps pour mourir.
   L’idée le fit frissonner. Officiellement il n’était pas condamné à mort, juste incarcéré. Même si, un jour, on décréterait qu’il était mort des suites de maladie, ulcère ou quelque chose du genre.
   Il se demandait encore pourquoi cette idée l’avait traversé quand il entendit les pas des soldats anglais…
   Maintenant le soleil était sûrement mûr à point au-dessus des plaines de son pays. Il saisit son bicorne, redressa sa petite taille, l’Aigle se cambrait une dernière fois sur ses ergots. »

Extrait de : J.M Dagory. « Quand souvenirs revenir, nous souffrir et mourir. »

Roulette russe par Daridjana

Fiche de Roulette russe

Titre : Roulette russe
Auteur : Vladimir « Daridjana » Bodiansky
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Roulette russe

« Il était vingt-trois heures cinquante. A zéro heure commençait l’émission en direct sur la mise en orbite de SALIOUT 2000. On bâcla en deux cuillerées la meringue glacée aux framboises et aux fruits confits, on expédia d’un trait la coupe de champagne du Nouvel An sans toast ni cérémonie. Ilya Vladimiro-vitch effleura légèrement le bras de Kolomenski qui saisit l’appel et d’une poigne énergique aida son oncle – le Secrétaire Général du PC soviétique – à se lever.

Le Vieux, de plus en plus délabré, anxieusement surveillé par les médecins comme quelque relique fêlée et fragile, détestait se faire dorloter.

— A Novorossiisk, j’ai sauté sur une mine, bougonnait-il. On a recollé à la diable les morceaux qu’on a trouvés, de la fesse allemande, un nez italien, le boyau d’un chien ou d’un cheval… il y avait de la viande partout, ce jour-là ! Bah ! Pourvu que la tête et le cœur soient bien russes ! N’aie pas peur, tire, je suis encore solide ! »

Extrait de : Daridjana. « Roulette russe. »

Le vol de la libellule par Robert L. Forward

Fiche de Le vol de la libellule

Titre : Le vol de la libellule (tome 1 sur 5 – Rocheworld)
Auteur : Robert L. Forward
Date de parution : 1984
Traduction : J. Polanis
Editeur : Robert Laffont

Première page de Le vol de la libellule

« Ondulant avec légèreté dans l’atmosphère ténue, le lambeau d’aluminium déchiqueté de la voile photonique descendit se poser sur l’océan tranquille. La sonde robot autrefois propulsée par la voile était repartie dans les ténèbres interstellaires après avoir achevé son survol d’étude du système planétaire de l’Étoile de Barnard, et les messages relatant ses découvertes atteindraient la terre six ans plus tard. Le film de métal microfin n’était pas de taille à résister à l’eau ammoniacale de l’océan qui recouvrait cette planète en forme d’œuf ; la voile se dissolut en une saveur amère d’hydrate d’aluminium.
 
Clair-Blanc-Sifflet se chauffait à la surface de l’océan dans l’éclat rouge de Chaud. Chaud diminua. La diminution n’était pas comme l’obscurité provoquée par l’ombre d’une tempête, mais beaucoup plus tranchée. On aurait presque dit que Roc+Céleste s’était soudain placé devant Chaud. Une amertume fine et piquante se répandit alors dans l’océan. »

Extrait de : R.L Forward. « Le vol de la libellule – Rocheworld. »

L’oeuf du dragon par Robert L. Forward

Fiche de L’oeuf du dragon

Titre : L’oeuf du dragon (tome 1 sur 2 – L’oeuf du dragon)
Auteur : Robert L. Forward
Date de parution : 1980
Traduction : J. Polanis
Editeur : Robert Laffont

Première page de L’oeuf du dragon

« Date : 500 000 av. J.-C.

Étendu dans son nid de feuillage à la fourche d’un arbre, Buu contemplait les étoiles qui parsemaient le ciel obscur. Le jeune humanoïde velu aurait dû dormir, mais la curiosité le maintenait éveillé. Un demi-million d’années plus tard, ce pétillement d’intérêt aurait sans doute entraîné son esprit aux confins de l’univers à la découverte des mystères mathématiques de la relativité. Pour l’instant…

Alors qu’il regardait ainsi les étoiles scintillantes, un point lumineux flamboya soudain d’un éclat plus intense. Effrayé – mais fasciné – Buu observa le point grandissant jusqu’à ce qu’il disparût derrière une branche d’arbre. Se disant qu’il pourrait le voir de nouveau s’il se rendait à la clairière toute proche, il descendit de son nid – tout droit dans les anneaux rayés de Kaa. »

Extrait de : R.L Forward. « L’oeuf du dragon. »

Toilette des morts par Hervé Jaouen

Fiche de Toilette des morts

Titre : Toilette des morts
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Toilette des morts

« Toilette des morts…

C’est bien plus tard qu’il avait lu ce truc. À un moment où il avait plus ou moins accusé le coup de la mort de Corinne. Plutôt dire que sa haine avait succédé à sa peine. Il avait voulu voler le feu sacré de l’armée française et de ses putains de valeurs morales, et on l’avait puni. Il était Prométhée attaché à son poteau – en l’occurrence sa cellule en neuropsychiatrie –, et le vautour lui bouffait le foie. Mais son foie c’était sa haine, et elle repoussait sans cesse.

Ce n’était pas désagréable. Comme on le dit de la fièvre, ça le nourrissait.

N’empêche, il n’aurait jamais dû lire ce bouquin. Pendant plusieurs jours, après cette lecture dégueulasse, ils avaient dû le mettre sous calmants. Enfin, encore plus qu’à l’ordinaire. Double ou triple dose. »

Extrait de : H. Jaouen. « Toilette des morts. »

Sainte Zélie de la palud par Hervé Jaouen

Fiche de Sainte Zélie de la palud

Titre : Sainte Zélie de la palud
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2018
Editeur : Presses de la cité

Première page de Sainte Zélie de la palud

« Région parisienne, 1974.

Dans un élégant mouvement de ballet automobile, quatre minibus en cortège déposèrent devant l’escalier d’honneur d’une gentilhommière les passagers qu’ils avaient embarqués boulevard des Italiens.

Pauline, petite banquière modèle en devenir, trouva le décor digne des romans de la comtesse de Ségur. Formation financière oblige, elle s’amusa à se demander pour quelle valeur cet actif historique figurait au bilan de la Banque Commerciale de Crédit – abrégez en B2C, je vous prie, mesdames et messieurs les initiés. « Un pacson de biftons, sûr et certain », aurait répondu son mareyeur de père, et peut-être aurait-il ajouté, dans son langage direct, inapproprié, ici, en ce lieu ô combien majestueux : « Mais même si on me la refilait, j’en voudrais pas de cette meringue à dégobiller. »

Cher papa ne fait pas dans la dentelle… Elle sourit, essaya de qualifier la construction pâtissière. Castel et manoir ne convenaient pas vraiment, qui évoquaient le granit de sa Bretagne natale. Alors quoi ? »

Extrait de : H. Jaouen. « Sainte Zélie de la palud. »

Que ma terre demeure par Hervé Jaouen

Fiche de Que ma terre demeure

Titre : Que ma terre demeure
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2001
Editeur : Presses de la cité

Première page de Que ma terre demeure

« Anna venait d’avoir vingt ans et le regard qu’elle portait sur son passé d’enfant de la DDASS commençait à se nuancer. Au début de son adolescence, elle avait maudit en silence les religieuses de la Maison rurale où elle avait appris la cuisine, la couture, le raccommodage, le repassage, l’hygiène alimentaire et les soins corporels, en deux mots ces « arts ménagers » supposés faire de la jeune sauvageonne une épouse économe, une reproductrice docile et une mère attentionnée. Malgré tout, il fallait bien en convenir à présent, les bonnes sœurs avaient eu le mérite de la pousser dans ses études, jusqu’à obtenir deux CAP en même temps : d’employée de bureau et d’aide-comptable. Par la suite, les Filles de l’Enfant Jésus l’avaient inscrite à divers concours administratifs, ce qui lui avait valu de trouver cette « place sûre », comme on disait à l’époque, à la mairie de Plouralez, une commune rurale d’à peine trois mille âmes, au nord de la Cornouaille. »

Extrait de : H. Jaouen. « Que ma terre demeure. »

Quai de la fosse par Hervé Jaouen

Fiche de Quai de la fosse

Titre : Quai de la fosse
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1981
Editeur : Editions de la Chapelle

Première page de Quai de la fosse

« Sous un ciel bleu acier chargé de grésil, Nantes étalait la mousse de ses quartiers populaires le long de la Loire et de l’Erdre, comme si elle avait dû recouvrir les deux fleuves dès la levée de l’encadrement du crédit et la résorption de la crise du bâtiment. Depuis dix heures, à l’intention d’une foule frileuse et inattentive, un Jodel traînait à basse altitude un bandeau publicitaire, enseigne animée, queue d’un cerf-volant en liberté qui conseillait d’acheter chez Decré – à la fois le B.H.V., les Galeries Lafayette et la Samaritaine de la capitale des pays de Loire. Comme s’il participait à une course de pylônes, l’avion revenait sans cesse enrouler son calicot autour de l’immeuble Bretagne, majeur dressé de la main jupitérienne de quel robot dominateur au service de quels élus, de quels promoteurs ?… À l’évidence mauvais tour joué aux quartiers historiques de la vieille ville dont le quai de la Fosse est le chancre, aujourd’hui stérile, et l’échancrure vers la Loire dans l’ourlet des anciennes rues marchandes, des anciens greniers à blé, des silos rouillés et des entrepôts lépreux. »

Extrait de : H. Jaouen. « Quai de la fosse. »

Pleure pas sur ton biniou par Hervé Jaouen

Fiche de Pleure pas sur ton biniou

Titre : Pleure pas sur ton biniou
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1985
Editeur : Editions de la Chapelle

Première page de Pleure pas sur ton biniou

« En l’an mil neuf cent soixante-dix et des mèches se produisirent à l’extrême ouest de la Bretagne des événements normaux, habituels dans ce pays de marins, de paysans et de chômeurs secoué périodiquement par la fièvre autonomiste qui monte, chaque été, de quelques degrés. Il y eut de nombreuses explosions que l’on pourrait qualifier, si l’on ne craignait que d’aucuns ne voient là une malice péjorative, de manifestations folkloriques.

Les choses se gâtèrent, au mois de juillet, lorsque les touristes semblèrent visés par de mystérieux individus, dans la région de Pont-l’Abbé. Ce fut tout d’abord l’affaire des serpents.

Dans les dunes d’une station balnéaire, deux enfants de touristes furent mordus par des vipères aspic (Vipera aspis). La gravité des morsures justifiant cette mesure exceptionnelle, ils furent évacués par hélicoptère vers l’hôpital Morvan de Brest. Les autorités étouffèrent la chose et s’interrogèrent. »

Extrait de : H. Jaouen. « Pleure pas sur ton biniou. »

Petites trahisons et grands malentendus par Hervé Jaouen

Fiche de Petites trahisons et grands malentendus

Titre : Petites trahisons et grands malentendus
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2009
Editeur : Editions Diabase

Sommaire de Petites trahisons et grands malentendus :

  • Des yeux de poisson mort
  • Le faux pardon
  • Les animaux de Pierrot
  • Ne dîne pas en ville
  • Un saint homme
  • Les derniers sacrements

Première page de Des yeux de poisson mort

« La messe d’enterrement touchait à sa fin. Les vapeurs d’encens que le prêtre répandait autour du cercueil de Liam rappelèrent à Michael les brumes qui divaguaient au ras des chardons et des reines-des-prés, les soirs d’été, pendant qu’ils assemblaient leurs cannes à mouche au bord de la rivière.

À l’époque, qui aurait pu prévoir qu’ils se fâcheraient à mort en pêchant la truite ? Personne. Bonté divine, absolument personne. C’était trop con.

L’esprit encombré de souvenirs, il emboîta le pas aux gens du cortège, derrière le corbillard, en se demandant à combien de temps remontaient leurs premières parties de pêche ensemble. Vingt-trois, vingt-cinq ans ? Plus ? Moins ? »

Extrait de : H. Jaouen. « Petites Trahisons et Grands Malentendus. »