Auteur/autrice : CH91

 

Darwinia par Robert Charles Wilson

Fiche de Darwinia

Titre : Darwinia
Auteur : Robert Charles Wilson
Date de parution : 1998
Traduction : M. Charrier
Editeur : Gallimard

Première page de Darwinia

« Guilford Law fêtait ses quatorze ans lorsque le monde se transforma.

Ce jour-là marqua le plus grand tournant de l’Histoire, séparant net ce qui suivit de ce qui avait précédé, mais avant de représenter cette rupture, avant tout, il fut simplement l’anniversaire de Guilford. Un froid samedi de mars, dominé par un ciel sans nuage aussi profond qu’un étang hivernal. Le garçon passa l’après-midi à jouer au cerceau avec son frère aîné, exhalant dans l’air âpre des rubans vaporeux.

Pour le dîner, sa mère avait préparé du porc aux haricots, son plat préféré. Le ragoût avait mijoté au four toute la journée, emplissant la cuisine de l’arôme délicieux du gingembre et de la mélasse. Les cadeaux n’avaient pas été oubliés : un livre relié aux pages blanches, idéales pour le dessin ; un pull bleu marine d’adulte.

Guilford, né en 1898, presque avec le siècle, était le cadet de trois enfants. Plus que son frère, plus que sa sœur, il appartenait à ce que ses parents appelaient toujours « le siècle nouveau ». Lequel n’avait pour lui rien de nouveau. »

Extrait de : R.C Wilson. « Darwinia. »

Blind lake par Robert Charles Wilson

Fiche de Blind lake

Titre : Blind lake
Auteur : Robert Charles Wilson
Date de parution : 2003
Traduction : G. Goullet
Editeur : Gallimard

Première page de Blind lake

« Ça pourrait s’arrêter n’importe quand.

Se retournant dans ce lit où il dormait pour la première fois, Chris Carmody roula sur un endroit plus chaud. Une femme s’était tenue peu auparavant dans ce creux entre les draps de coton. Une femme dont le nom lui échappait, encore perdu dans des strates de sommeil. Mais la chaleur de cette présence récente et la créatrice de cette chaleur subsistante lui manquaient terriblement. Il se représenta un visage, bienveillant, des yeux qui louchaient un peu et un sourire. Il se demanda où elle était allée.

Personne ne lui avait offert de partager son lit depuis pas mal de temps. Il s’étonna d’apprécier autant que le reste cette chaleur qu’elle avait laissée derrière elle. Cet espace dans lequel il venait d’entrer en son absence.

Ça pourrait s’arrêter n’importe quand. Avait-il rêvé ces mots ? Non. Il les avait entrés dans son calepin trois semaines plus tôt, en notant la remarque d’un étudiant de troisième cycle rencontré à Crossbank, à un demi-continent de là. On fait un travail sensationnel, et avec une espèce de sentiment d’urgence, sachant que ça pourrait s’arrêter n’importe quand… »

Extrait de : R.C Wilson. « Blind Lake. »

BIOS par Robert Charles Wilson

Fiche de BIOS

Titre : BIOS
Auteur : Robert Charles Wilson
Date de parution : 1999
Traduction : G. Goullet
Editeur : Gallimard

Première page de BIOS

« Enfoui profondément dans le bras de la fille, le régulateur ressemblait à un œuf pâle dans un nid de capillaires.
Anna Chopra écarta les tissus à petits coups de scalpel hémostatique. Elle s’efforçait de réfréner le tremblement de ses mains menues et expertes.
Elle avait pleinement conscience d’accomplir un sabotage : elle effectuait une intervention chirurgicale non autorisée ; pire, elle touchait à un instrument des Trusts. Elle violait la loi, sinon son serment d’Hippocrate.
Se retrouver seule en présence de la fille inconsciente et sous sédatifs avait renforcé la tentation. Dans une salle d’opération terrestre, confrères et étudiants l’auraient entourée. Sur Terre, on était toujours entouré. Ici, en tout cas pour l’instant, elle n’avait autour d’elle que des machines silencieuses et des instruments chirurgicaux se balançant au bout de câbles en spirale dans l’environnement de quasi-apesanteur. »

Extrait de : R.C Wilson. « BIOS. »

Ange mémoire par Robert Charles Wilson

Fiche de Ange mémoire

Titre : Ange mémoire
Auteur : Robert Charles Wilson
Date de parution : 1987
Traduction : G. Goullet
Editeur : Gallimard

Première page de Ange mémoire

« Du fait des monofilaments installés au fond de son cortex cérébral, les souvenirs de Raymond Keller lui revenaient souvent sous forme olfactive. Il sentait l’odeur du béton et de la poussière quelques secondes avant de se remémorer la banlieue aqueduc rationnée en eau dans laquelle il avait passé son enfance. Le mot essence lui venait à l’esprit, et il se retrouvait en train de soulever au palan un antédiluvien moteur à combustion interne dans le garage graisseux de son père.

Ce soir-là, debout dans la cuisine de son appartement de Los Angeles, il sut, en sentant l’odeur de terre chaude et granuleuse d’un champ de manioc brésilien, que ce serait un mauvais souvenir.

Il reposa d’un geste délibéré le verre d’eau qu’il tenait à la main et s’approcha de la paroi extérieure du salon. De l’autre côté du mur translucide, sous le ciel sombre et sans étoiles, les lumières éparpillées des barrios flottants
scintillaient tout au long du grand port en arc de cercle.

Cette particularité de sa mémoire constituait un effet secondaire de son câblage d’Ange. Un effet parmi d’autres, pour la plupart mineurs. »

Extrait de : R.C Wilson. « Ange mémoire. »

A travers temps par Robert Charles Wilson

Fiche de A travers temps

Titre : A travers temps
Auteur : Robert Charles Wilson
Date de parution : 1991
Traduction : G. Goullet
Editeur : Denoël

Première page de A travers temps

« Le voyageur temporel ne tarderait pas à devoir affronter la nécessité de sa propre mort.
Il n’avait toutefois pas pris cette décision, ni même commencé à envisager sa nécessité, en cette fraîche matinée de printemps où Billy Gargullo, lourdement armé et revêtu de son armure dorée, déboula sur la pelouse par la porte de derrière.
Le voyageur temporel – qui s’appelait Ben Collier – avait entamé la lente et agréable conception d’un jardin au fond de la propriété. Il avait enfoncé des piquets et délimité l’emplacement avec de la ficelle d’emballage. Près de ce carré d’herbe et de gazon, il avait déposé une pelle, un râteau et un outil de labourage appelé « fouine de jardin », qu’il avait trouvé au Home Hardware, la grande surface de bricolage du centre commercial du port. Ben se lançait avec impatience dans cette aventure. Il n’avait jamais jardiné de sa vie. Il comprenait les principes fondamentaux, mais ne savait pas trop ce qui pourrait pousser dans ce lopin de terre humide et ensoleillée. Aussi avait-il choisi au hasard des semences sur le tourniquet du Home Hardware, dont du maïs, des radis, des tournesols et des aloès à floraison nocturne. »

Extrait de : R.C Wilson. « À travers temps. »

Vortex par Robert Charles Wilson

Fiche de Vortex

Titre : Vortex (Tome 3 sur 3 – Spin)
Auteur : Robert Charles Wilson
Date de parution : 2011
Traduction : G. Goullet
Editeur : Denoël

Première page de Vortex

« Dernière fois, se dit Sandra Cole lorsqu’elle se réveilla dans la chaleur étouffante de son appartement. Ce serait la dernière fois qu’elle irait passer sa journée de travail en compagnie de prostituées décharnées, de drogués en début de manque qui suaient de tout leur corps, de menteurs invétérés et de petits délinquants. Ce serait la dernière fois car elle allait remettre sa démission.

Elle se disait cela tous les matins de la semaine en se réveillant. Sauf qu’elle n’avait pas démissionné la veille et n’allait pas le faire non plus ce jour-là. Mais un matin, ce serait vraiment la dernière fois. Cette perspective la réjouit pendant qu’elle se douchait et s’habillait ; la soutint durant sa première tasse de café et son rapide petit déjeuner. Quand elle eut fini son yaourt et sa tartine grillée, Sandra avait rassemblé assez de courage pour affronter la journée. Pour accepter que rien n’allait changer, en fin de compte. »

Extrait de : R.C Wilson. « Vortex – Spin. »

Axis par Robert Charles Wilson

Fiche de Axis

Titre : Axis (Tome 2 sur 3 – Spin)
Auteur : Robert Charles Wilson
Date de parution : 2007
Traduction : G. Goullet
Editeur : Denoël

Première page de Axis

« Durant l’été de sa douzième année, celui où les étoiles commencèrent à tomber du ciel, le petit Isaac se découvrit capable de distinguer l’est de l’ouest sans ouvrir les yeux.

Isaac vivait en bordure du Grand Désert Intérieur du continent Équatoria, sur la planète annexée à la Terre par les êtres impénétrables qu’on appelait les Hypothétiques. Les gens avaient donné à cette planète toute une panoplie de noms grandioses, mythologiques ou froidement scientifiques, mais la plupart l’appelaient tout simplement le Nouveau Monde, dans plus d’une centaine de langues, ou Équatoria, comme son continent le plus colonisé. Isaac avait appris tout cela dans ce qui tenait lieu d’école.

Il habitait un ensemble de bâtiments en brique et en adobe, loin de la ville la plus proche. Il n’y avait pas d’autres enfants dans la colonie. Les adultes avec lesquels il vivait préféraient rester à distance prudente du reste du monde. Ils étaient spéciaux, de diverses manières dont ils ne discutaient qu’à contrecœur. »

Extrait de : R.C Wilson. « Axis – Spin. »

Spin par Robert Charles Wilson

Fiche de Spin

Titre : Spin (Tome 1 sur 3 – Spin)
Auteur : Robert Charles Wilson
Date de parution : 2005
Traduction : G. Goullet
Editeur : Gallimard

Première page de Spin

« Tout le monde tombe, et nous atterrissons tous quelque part.

Nous avons donc loué une chambre au troisième étage d’un hôtel de style colonial de Padang, où personne ne nous remarquerait avant un moment.

Neuf cents euros par nuit nous ont permis d’obtenir tranquillité et balcon avec vue sur l’océan Indien. Par beau temps, ce dont on ne manquait pas depuis quelques jours, on apercevait la partie la plus proche de l’Arc : une ligne verticale couleur de nuage qui ne cessait de s’élever sur l’horizon jusqu’à disparaître dans une brume bleue. Un spectacle impressionnant, même si on ne voyait en réalité, de la côte ouest de Sumatra, qu’une fraction de l’Arc tout entier. Son pilier le plus éloigné plongeait jusqu’aux pics sous-marins de la crête Carpenter, à plus de mille kilomètres de là, enjambant la faille de Mentawai comme une alliance lâchée à la verticale dans une flaque peu profonde. Sur la terre ferme, l’Arc serait allé de Bombay, sur la côte orientale de l’Inde, à Madras, sur la côte occidentale. Ou disons, très grossièrement, de New York à Chicago. »

Extrait de : R.C Wilson. « Spin. »

Les temps changent par Jodi Taylor

Fiche de Les temps changent

Titre : Les temps changent (Tome 2 sur 2 – La police du temps)
Auteur : Jodi Taylor
Date de parution : 2020
Traduction : C. Colin Kapen
Editeur : Editions Hervé Chopin

Première page de Les temps changent

« Je n’arrive pas à croire que je fais toujours partie de la Police du Temps. Et cette fois, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Les occasions n’ont pas manqué de les envoyer bouler pour de bon. Tout ce que j’avais à faire, c’était ce que mon père voulait – et c’est sans doute là que j’ai merdé, car je n’ai jamais été très doué pour obéir aux ordres de mon cher papa.

Pour que vous compreniez bien la situation : en ce moment même, je pourrais être en train de me prélasser dans un luxueux pied-à-terre à Hong Kong, aux frais de la princesse, avec une jolie petite Asiatique dans une main et quelque chose de long et froid dans l’autre. Cette phrase peut prêter à confusion, j’en ai conscience, mais je suis bien trop frigorifié pour m’en inquiéter. Ce que je veux dire, c’est que je pourrais être là-bas, en train de profiter des joies de la vie cosmopolite et de la douce chaleur d’un soleil éclatant.

J’aurais mon propre bureau, voire plusieurs. Mon propre personnel, une armée de gens magnifiques prêts à répondre à mes moindres désirs. Tous mes besoins seraient satisfaits et, croyez-moi, mes besoins sont nombreux et variés.

Au lieu de quoi, je suis coincé ici, toujours apprenti de la Police du Temps. Je me suis fait tirer dessus et j’ai eu la trouille de ma vie sur une colline égyptienne. J’ai été menacé par une lapine – avant de vous marrer, vous auriez dû voir la taille de cette bestiole. En plus, elle était enceinte. »

Extrait de : J. Taylor. « La Police du Temps – Les Temps changent. »

La police du temps par Jodi Taylor

Fiche de La police du temps

Titre : La police du temps (Tome 1 sur 2 – La police du temps)
Auteur : Jodi Taylor
Date de parution : 2020
Traduction : C. Colin Kapen
Editeur : Editions Hervé Chopin

Première page de La police du temps

« Il y a bien longtemps dans le futur, le secret du voyage dans le temps devint accessible au grand public. Comme il fallait s’y attendre, chacun voulut en profiter, mais personne n’en comprenait réellement toutes les implications. Le monde faillit s’effondrer.

D’anciennes guerres furent menées encore et encore tandis que les dirigeants politiques appuyaient inlassablement sur le bouton « reset » dans l’espoir d’une issue qui, cette fois-ci, leur serait favorable.

De nouvelles nations émergèrent et brillèrent un instant avant de s’éteindre. Les États confédérés d’Amérique, par exemple, surgirent des cendres de l’Amérique du Nord, subirent une lourde défaite, puis se relevèrent pour ensuite résister à toutes les tentatives de démantèlement. La lutte féroce et acharnée qui en découla altéra si profondément le fil du Temps que, pendant une période dangereusement longue, la Confédération et l’Union existèrent de manière simultanée, chacun forgeant sa propre histoire en parallèle.

Partout dans le monde, des individus vivaient, mouraient et vivaient à nouveau. »

Extrait de : J. Taylor. « La police du temps. »