Auteur/autrice : CH91

 

La part des ombres (partie 2) par Gabriel Katz

Fiche de La part des ombres

Titre : La part des ombres
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2018
Editeur : Scrineo

Première page de La part des ombres

« Rouge. Elle avait choisi le rouge. Un rouge moiré aux reflets sombres, brodé de mille perles, dont la couleur de sang était comme un affront. L’héritière du trône de Goranie allait épouser un Traceur. Un guerrier des montagnes, un éleveur de chèvres, une brute tatouée ivre de violence. Et pourtant, elle souriait.
– Le corset n’est pas trop serré, Votre Altesse ?
Il l’était. Au point de ralentir sa respiration. Mais il n’en faudrait pas moins pour affronter la cérémonie, la descente des marches, la lente remontée des salons d’honneur au son de la musique nuptiale, et le regard hostile de ceux qui croyaient encore à la souveraineté gorane. En ces heures de profonde solitude, cette robe serait une armure.
– Ça ira.
Comme un essaim d’abeilles, les six couturières de la garde-robe royale tournoyaient autour d’elle, achevant de dissimuler les agrafes, nouant les derniers rubans. »

Extrait de : G. Katz. « La part des ombres – Tome 2. »

La part des ombres (partie 1) par Gabriel Katz

Fiche de La part des ombres

Titre : La part des ombres
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2016
Editeur : Scrineo

Première page de La part des ombres

« Elle était belle. Plus belle que toutes les femmes de Goranie, et son sourire timide, fragile, lui donnait un air d’enfance. Dans sa robe pourpre aux reflets sombres, une couronne d’orchidées sur ses longs cheveux de métisse, elle était plus princesse que paysanne. Mais les sabots de bois qui pointaient sous le velours rappelaient que le matin même, elle était allée aux champs comme les autres, qu’elle avait bêché la terre comme les autres.
Denkan la regardait, le cœur battant, comme s’il la voyait pour la première fois. Elle était son amie de toujours, son amour, sa complice. Tant d’hommes l’avaient courtisée que son père avait fait monter les enchères, poussant les prétendants à garnir leurs paniers de parcelles de terre, d’outils neufs, de moutons et de chèvres. Elle les avait refusés. Tous. Et de guerre lasse, sa famille l’avait cédée à ce laboureur sans fortune, qui n’avait que le bonheur à lui promettre. »

Extrait de : G. Katz. « La part des ombres. »

La nuit des cannibales par Gabriel Katz

Fiche de La nuit des cannibales

Titre : La nuit des cannibales
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2017
Editeur : Flammarion

Première page de La nuit des cannibales

« J’ai toujours détesté les soirées. Même avec DJ machin aux platines, les people qui se font coucou en dansant sur les tables, et du champagne comme s’il en pleuvait. Je me suis ennuyé comme d’habitude, j’ai fait des bises à la ronde, comme d’habitude – ça va, toi ? – et si je me souviens bien, j’ai fini dans un coin du coin VIP, à boire des shots en faisant clic clic avec la bague de ma montre. Ça sert à quelque chose, il paraît, pour la plongée ou quelque chose comme ça. Je suis rentré vers 2 ou 3 heures, je ne sais plus… Si j’avais su que cette soirée serait la dernière, je me serais peut-être moins ennuyé.

Je m’appelle Max. Maxime de Retz, pour les intimes, avec une particule qui m’a valu une bonne moitié de mon chiffre d’affaires – les clients adorent, surtout les étrangers. À ceux qui me demandent si je descends de Gilles de Rais, parce que ça s’écrit pareil, je réponds que oui, même si en fait non. Pendant des années, ça a été mon arme de drague. Le grand frisson pour pas cher : oui, madame, mon ancêtre était un compagnon de Jeanne d’Arc, et oui madame, on l’a brûlé pour sorcellerie. La vérité, c’est que ma mère a hérité ce nom d’un premier mariage, avant que j’en hérite à mon tour, moyennant une petite procédure et un bon avocat. Mon vrai nom, c’est Maxime Corbier, c’est moins bien pour draguer, moins bon pour les affaires, et puis c’est le nom de mon père, que j’ai vu trois fois dans ma vie. »

Extrait de : G. Katz. « La nuit des cannibales. »

La maîtresse de guerre par Gabriel Katz

Fiche de La maîtresse de guerre

Titre : La maîtresse de guerre
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2013
Editeur : Scrineo

Première page de La maîtresse de guerre

« Le village était en deuil. Devant une grande maison au toit couvert de neige, un groupe d’hommes se tenait en silence. Ils étaient tous là, malgré le froid, malgré le vent de la montagne qui soulevait des nuages de givre. Le meunier, le forgeron, le tanneur, le bûcheron et ses fils, les clercs, le marchand de fourrures, l’ébéniste, les trappeurs. Et même les gamins du village, qui se pressaient derrière leurs pères. Il ne manquait que Horn, le maître d’armes, et c’était lui qu’on attendait.
Quelqu’un lança à voix haute :
– Il ne viendra pas.
Il y eut des murmures d’approbation. Le jour déclinait déjà sur les crêtes, bientôt la route serait trop dangereuse pour chevaucher. Lorsque la nuit tombait sur les montagnes du Nordland, le pays appartenait aux loups et aux esprits des ténèbres.
Les villageois se dispersaient quand résonna le grondement sourd d’un galop sur la neige. C’était lui. Avec son manteau détrempé, son bonnet de laine, sa grande épée nordique. Sa barbe tressée était blanche de givre. »

Extrait de : G. Katz. « La Maîtresse de guerre. »

L’assassin de Pigalle par Gabriel Katz

Fiche de L’assassin de Pigalle

Titre : L’assassin de Pigalle
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2026
Editeur : City Editions

Première page de L’assassin de Pigalle

« Il y a des endroits comme ça, qui sont faits pour le crime. Un petit hôtel coincé entre deux immeubles, avec son enseigne qui grésille, sa façade lézardée, ses fenêtres opaques. La pluie et la crasse y ont laissé de longues traînées noires, comme des stigmates d’incendie. On se croirait presque dans un film, sauf qu’il y a trop de bruit, trop de lumières, trop de tout. Deux voitures, une camionnette de police, des agents en pèlerine. Dans la lueur des gyrophares, des grappes de curieux se bousculent, parce qu’il y a un mort et qu’on veut le voir.
Comme s’ils n’en avaient pas assez vu, des morts.
Max Weber leur laisserait volontiers sa place, mais il l’a voulue cette place, au lieu de choisir les bureaux, comme tout le monde le lui conseillait. Question de fierté, sans doute. »

Extrait de : G. Katz. « L’assassin de Pigalle. »

Dehors tu vas avoir si froid par Gabriel Katz

Fiche de Dehors tu vas avoir si froid

Titre : Dehors tu vas avoir si froid
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2024
Editeur : Editions du Masque

Première page de Dehors tu vas avoir si froid

« J’aime pas le foie gras. J’ai jamais aimé le foie gras. Ou alors il y a longtemps, quand ma mère en achetait pour Noël, en promo au Leclerc, sous vide, dans un torchon à carreaux 100% synthétique. C’est gras, le foie gras. Ça colle au palais, ça laisse une pellicule de graisse et une culpabilité terrible, comme si c’était moi qui la gavais, l’oie. Ce qui ne m’a pas empêché de tartiner des toasts toute la journée, parce que j’ai besoin de ce job, et qu’il y a pire. Comme le pauvre mec au rayon jouets qui étouffe dans son costume de Père Noël, ou la nana qui vend des huîtres à l’extérieur, dans le bon air des pots d’échappement, alors qu’il s’est remis à neiger. J’ai fait ça, moi aussi. J’ai tout fait. Et s’il faut choisir, j’aime autant déambuler avec mon plateau dans les allées du Monop, pour proposer mon foie gras industriel à des gens qui ne l’achèteront pas.
— Bonjour, madame ! Un petit toast ?
Mamie fronce les sourcils sous son bonnet de douche dégoulinant de neige fondue, comme si je lui proposais du shit. »

Extrait de : G. Katz. « Dehors tu vas avoir si froid. »

Avec des jouets par milliers par Gabriel Katz

Fiche de Avec des jouets par milliers

Titre : Avec des jouets par milliers
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2025
Editeur : Editions du Masque

Première page de Avec des jouets par milliers

« Ça peut toujours être pire. Même quand on croit que non. J’ai fait le Père Noël aux grands magasins, le contrôle des sacs à l’opéra, j’ai fait goûter du foie gras au Monop’, servi du vin chaud qui troue le bide et des churros à l’huile rance, agité une clochette pour l’Armée du salut, distribué des flyers en costume de poulet, et chaque fois, mais alors chaque fois, je me dis que ça ne peut pas être pire.
Ça peut.
Ce soir, je suis dans une boîte. Et ce n’est pas une façon de parler. Une vraie boîte en carton, un peu trop étroite pour mon costume de Père Noël, où j’ai du mal à me caser sans rentrer le menton, le nez dans les poils de ma fausse barbe. Et comme ce serait dommage de m’éviter le pire du pire, on m’a abandonné dans ma boîte depuis dix bonnes minutes, probablement au pied du sapin. »

Extrait de : G. Katz. « Avec des jouets par milliers. »

Au bout des doigts par Gabriel Katz

Fiche de Au bout des doigts

Titre : Au bout des doigts
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2018
Editeur : Fayard

Première page de Au bout des doigts

« Je n’aime pas la foule. Je n’ai jamais aimé la foule. Je ne suis pas de ceux qui s’entassent dans les stades ou s’agglutinent en terrasse, pour cuire au soleil dans les relents de sueur et de pots d’échappement. Ni de ceux qui s’infligent la gare du Nord à la pire heure de la journée, mais on ne peut pas toujours passer entre les mailles. Paris est une ville étrange, oscillant sans cesse entre paradis et enfer, et pour peu qu’on en maîtrise les rouages, on s’en sort plutôt bien. Il faut connaître les détours, les passages, les ruelles. Éviter le flot. Échapper aux grands axes. Surveiller sa montre. Ne pas accepter de rendez-vous chez son psy à l’heure où la banlieue s’engouffre en masse dans les trains du soir. Tout ça pour qu’un freudien aux jambes croisées, impassible comme un bonze, approuve mes constats d’échec d’un hochement de tête. Je me demande vraiment pourquoi je perds mon temps avec ce type.

Quant à prendre un taxi, c’est le meilleur moyen de passer une heure dans les embouteillages, pour cinquante euros sur fond de Radio Nostalgie. C’est au-delà de mes forces. Je préfère encore le métro, vingt minutes de lutte pour l’oxygène dans les haleines de cigarette froide. »

Extrait de : G. Katz. « Au bout des doigts. »

Le serment de l’orage par Gabriel Katz

Fiche de Le serment de l’orage

Titre : Le serment de l’orage (tome 1 sur 1 – Le serment de l’orage)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2019
Editeur : BigBang

Première page de Le serment de l’orage

« Ils étaient sept. Sept chevaliers sous un ciel d’orage, leurs boucliers luisant sous l’averse, leurs capes claquant dans la bourrasque. Un éclair déchira le ciel, illuminant la scène comme en plein jour, distordant leurs ombres sur le sol détrempé. Un cheval se cabra dans un hennissement, mais son cavalier le maîtrisa d’une main de fer. Au pied de la falaise, la mer rugissait sous le vent.
Trempé jusqu’aux os, le petit berger se tapit dans le buisson où il avait trouvé refuge. Il retint son souffle comme si ces hommes pouvaient l’entendre, à quelques mètres de là, sous leurs heaumes de métal. Une peur irraisonnée le tenaillait. Ces chevaliers sans suite, sans écuyers et sans bannières étaient comme des fantômes, revenus d’entre les morts pour célébrer la tempête.
En cercle, silencieux, immobiles, ils attendaient. Puis l’un d’eux prit la parole. Il n’avait pas de visage, juste un heaume cabossé ruisselant sous la pluie. Et un surcot noir sur une cotte de mailles, des gantelets de fer, une lourde épée bâtarde. Sa voix résonna, caverneuse, étouffée par le casque et les rafales de vent. Il parla longtemps, par phrases hachées et sèches, tandis que la pluie s’intensifiait. »

Extrait de : G. Katz. « Le serment de l’orage – Le serment de l’orage. »

Les terres de cristal par Gabriel Katz

Fiche de Les terres de cristal

Titre : Les terres de cristal (tome 3 sur 3 – Le puits des mémoires)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2013
Editeur : Scrineo

Première page de Les terres de cristal

« Le monde à nouveau n’était plus que ténèbres. Une obscurité insondable, moite et suffocante, et l’air si rare que chaque bouffée paraissait être la dernière. À tâtons, Olen chercha la paroi de sa prison roulante, dont le bois crissa sous ses ongles. Un goût amer, presque acide, lui monta aux lèvres, tandis qu’il luttait contre le sommeil. Sa mémoire meurtrie lui renvoyait des bribes de rêves enfiévrés, des rêves de fuite éperdue, de femmes nues, de guerre et de tempêtes. Des images furtives de chevauchées glaciales, de villages en feu. Un délire insensé, peuplé de visages inconnus, où il se réveillait prince, acclamé par la foule, croulant sous l’or, le pouvoir et les honneurs.

Soudain, les cahots cessèrent. Ses yeux se fermaient comme si une vague de plomb coulait sur ses paupières, mais il refusa de s’endormir. Cette scène, il l’avait déjà vécue ; les dernières secousses, le silence, puis l’ouverture sur le ciel, le froid de la montagne, le chemin sinueux vers la vallée d’Helion. Dans quelques minutes, il en était sûr, des coups sourds résonneraient dans la boîte, une brèche s’ouvrirait dans le bois, une planche se casserait pour laisser apparaître les visages hagards de ses compagnons de route. »

Extrait de : G. Katz. « Le Puits des mémoires – Les Terres de Cristal. »