Catégorie : Livres
Le jeu des coquilles de Nautilus par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Le jeu des coquilles de Nautilus
Titre : Le jeu des coquilles de Nautilus
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2003
Editeur : Editions Alire
Sommaire de Le jeu des coquilles de Nautilus :
- Chanson pour une sirène
- La course de Kathryn
- Le pont du froid
- Le noeud
- La machine lente du temps
- Le jeu des coquilles de Nautilus
Première page de Chanson pour une sirène
« Il n’avait jamais vraiment su marcher sur la terre ferme. Il le disait souvent, moitié à la blague, “neuf mois dans un environnement liquide, ça vous gâche le sec”. Il le disait encore, mais depuis la mort de Stéphanie le ton avait changé, il ne comprenait pas bien pourquoi, et ses compagnons Dauphins ne l’écoutaient plus avec le même sourire. Comme cette fois-là, ce soir de mai au Bel Canto, affalé dans sa chaise, un verre de marie-sibylle à la main, Hélène qui lui faisait du pied sous la table, les autres Dauphins autour de lui, le clan au complet pour une fois. Il l’avait dit avec des larmes absurdes dans les yeux, comme si c’était là tout ce qui le définissait et qu’il venait tout juste d’en prendre conscience. Les autres s’étaient détournés en échangeant des regards agacés, et Hélène s’était moquée de lui, tout en continuant à le peloter sournoisement ; elle avait le tour pour vous démolir l’amour-propre et le reconstruire à sa manière l’instant d’après : « Pauvre garçon. Encore heureux qu’on était là, les Dauphins, hein ? »
Extrait de : E. Vonarburg. « Le Jeu des coquilles de nautilus. »
La musique du soleil par Elisabeth Vonarburg

Fiche de La musique du soleil
Titre : La musique du soleil
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2013
Editeur : Editions Alire
Sommaire de La musique du soleil :
- Cogito
- L’oiseau de cendres
- Marée haute
- Les yeux ouverts
- La voix qui chantait le coeur du monde
- L’amour au temps des chimères
- Les enfants d’Icara
- La musique du soleil
Première page de Cogito
« Il était une fois, sur une planète très loin d’ici, une petite fille appelée Nathany Berkeley. Elle habitait dans une cité appelée Cyblande. C’était la seule cité sur la planète, qui s’appelait sans doute Cyblande aussi : les gens qui l’avaient colonisée ne lui avaient pas vraiment donné de nom ; elle ne les intéressait pas tellement. Ils voulaient seulement un endroit où ils pourraient construire leur cité et y faire ce qu’ils désireraient, loin de la Terre où les autres n’étaient pas d’accord avec la façon dont ils voulaient vivre. Cela se passait trois cents ans avec la naissance de Nathany, au temps de l’Essaimage où beaucoup de gens quittaient la Terre pour aller vivre ailleurs comme ils l’entendaient. Ils choisissaient une planète habitable, ils y allaient avec les vaisseaux surlumes, ils s’y installaient. Et comme tout le monde sur chaque planète était d’accord sur la façon dont il fallait vivre, en général, tout se passait plutôt bien. »
Extrait de : E. Vonarburg. « La Musique du soleil. »
La maison au bord de la mer par Elisabeth Vonarburg

Fiche de La maison au bord de la mer
Titre : La maison au bord de la mer
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2000
Editeur : Editions Alire
Sommaire de La maison au bord de la mer :
- Oneiros
- Band Ohne Ende
- Dans la fosse
- Les dents du dragon
- Janus
- La maison au bord de la mer
- … suspends ton vol
Première page de Oneiros
« Les Grandes Marées ont déjà considérablement rongé la falaise ; ce n’était d’ailleurs déjà à leur époque qu’un promontoire oblique de quelques centaines de mètres de long, une résurgence de la montagne dont l’échine érodée par l’âge, mais artificiellement consolidée, constitue l’assise de Baïblanca un peu plus au sud. Ils y venaient souvent dans leur enfance, Narval et elle. C’est là qu’il a fait construire sa villa. Bien sûr.
Un caprice géologique a inséré, entre le corps de la falaise et son extrême pointe, une couche de roche plus tendre qui a fini de s’émietter sous les assauts de la dernière Grande Marée. Pendant les tempêtes que le vent soulève presque toujours de l’est ou du nord, c’est la pointe qui subit de plein fouet l’attaque de la mer. Pendant les marées d’équinoxes, les escadrons liquides montent du sud-ouest, du détroit maintenant élargi qui relie la mer à l’océan, et le corps sans cesse plus incurvé de la falaise les dirige vers la pointe où ils finissent de s’écraser en panaches bouillonnants. »
Extrait de : E. Vonarburg. « La Maison au bord de la mer. »
La femme aux semelles de temps par Elisabeth Vonarburg

Fiche de La femme aux semelles de temps
Titre : La femme aux semelles de temps
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2023
Editeur : Editions Alire
Sommaire de La femme aux semelles de temps :
- Ailleurs et au Japon
- Le dormeur dans le cristal
- Les villes invisibles
- Amours de verre
- Into white
- La course de minuit
- La femme aux semelles de temps
Première page de Ailleurs et au Japon
« Et il n’avait jamais mis les pieds au Japon.
Se lever, d’une humeur difficile. Se lever du pied gauche, les deux pieds bien à plat sur le plancher verni. Du pied gauche, sinistre, corneille latine en travers de la route ombragée de cyprès. Gauche, droite. Droite, rectitude des lèvres belles, les bons à ma, la neurologie dit pourtant que, inversion des clichés : hémisphère gauche : verbalisation, rationalité, pensée diurne ; hémisphère droit : intuition, émotivité, couleurs, poésie. Et la corneille vole d’un hémisphère à l’autre, la corneille, le corbeau, nevermore.
Et il n’avait jamais mis les pieds au Japon. Est-ce là un viatique à rapporter des profondeurs du sommeil, une phrase avec laquelle repasser les portes d’ivoire ? Et il n’avait jamais mis les pieds au Japon. Ce poids de désolation résignée, jamais, jamais, nevermore, la corneille est-elle japonaise ? Un cormoran, alors. Un corps mourant. Pourquoi feindre encore d’ignorer le sinistre ? La tumeur est là, sous la peau grasse, lisse, légèrement rosée. À l’envers des phrases et des poses, les pressions de l’existence, les fatalités physiologiques, déités borgnes, les bons à ma droite, les méchants à ma gauche. »
Extrait de : E. Vonarburg. « La femme aux semelles de temps. »
L’oeil de la nuit par Elisabeth Vonarburg

Fiche de L’oeil de la nuit
Titre : L’oeil de la nuit
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1980
Editeur : Le préambule
Sommaire de L’oeil de la nuit :
- L’oeil de la nuit
- Le pont du froid
- Janus
- Géhenne
- Le noeud
- Eon
Première page de L’oeil de la nuit
« Il fait très chaud. Sous le ventre de Tache Blanche le sol vibre et frémit. La patte que le petit Maître a tordue est encore douloureuse, mais ce n’est rien comparé aux ondes de souffrance qui émanent de la Maîtresse. La mère de Tache Blanche est couchée sur ses genoux, elle cliquette de plaisir sous la caresse : elle ne sent pas la souffrance de la Maîtresse.
Un souffle brûlant traverse la pièce : quelqu’un est entré en bas, venant du dehors : le Maître. Il monte les escaliers en appelant la Maîtresse, et la mère de Tache Blanche saute à terre pour aller à sa rencontre. Mais il ne la voit pas. Tache Blanche se fait tout petit en retenant un gémissement : la souffrance, encore la souffrance, plus déchirante que celle de la Maîtresse. La mère de Tache Blanche rejoint son petit sous le meuble, elle le lèche, elle sent qu’il est malheureux, mais elle ne comprend pas pourquoi : elle ne sent pas comme lui que tout est terriblement anormal. »
Extrait de : E. Vonarburg. « L’Œil de la nuit. »
Janus par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Janus
Titre : Janus
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1984
Editeur : Denoël
Sommaire de Janus :
- L’oiseau de cendres
- Thalassa
- La machine lente du temps
- EON
- Le noeud
- Dans la fosse
- Bande Ohne ende
- Janus
Première page de L’oiseau de cendres
« Non. »
Une si petite syllabe. Toomas l’écouta résonner en lui, presque étonné de l’avoir prononcée aussi facilement. Toute cette tension accumulée pendant des mois, des semaines, et aujourd’hui enfin apprendre la vérité, Tu vas mourir, et choisir.
Il se leva. Choisir. Quelque chose, quelqu’un avait choisi en lui, assurément sans hésiter une seconde, mais qui ?
Non. Une si petite syllabe. Jaillie comme une balle (et Hoshi s’était un peu affaissé derrière son grand bureau translucide ; il y dessinait du bout des doigts, à présent, les yeux baissés).
Toomas resta un instant immobile, marginalement conscient de l’immensité bleue du ciel au-delà du miroitement discret des baies vitrées ; au-dessus de la tour Panam, les bobcars menaient inlassablement leur ballet d’abeilles. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Janus. »
Hôtel Olympia par Elisabeth Vonarburg
Fiche de Hôtel Olympia
Titre : Hôtel Olympia
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2014
Editeur : Editions Alire
Première page de Hôtel Olympia
« L’Hôtel rêve.
Par la fenêtre à petits carreaux un peu troubles, Danika peut distinguer les larges allées rectilignes bordées de marronniers en fleurs, et le bassin central, avec ses tritons et ses nymphes pétrifiés sous le jet d’eau. L’Hôtel rêve d’un ancien temps, où il était hôtel particulier, un petit château perdu dans un grand parc. Si on avait le droit d’aller se promener dehors quand l’Hôtel rêve, pourrait-on s’asseoir dans l’herbe des pelouses, contre les marronniers, pourrait-on tremper sa main dans l’eau de la fontaine ? Ou marcher sous les arcades du cloître, quand l’Hôtel rêve du monastère fortifié ? Ou descendre par les marches de la ziggourat jusqu’aux temples qui en encerclent la base ? Danika se l’est toujours demandé. Elle se le demande aussi dans son rêve, car elle sait qu’elle rêve, un de ses rêves récurrents de l’Hôtel. Quelquefois, elle songe à enfreindre l’interdit, à sortir de sa chambre d’enfant transformée aussi par le rêve de l’Hôtel et à explorer l’édifice pour en examiner les métamorphoses. Mais elle ne le fait jamais. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Hôtel Olympia. »
Entre nos mains par Elisabeth Vonarburg
Fiche de Entre nos mains
Titre : Entre nos mains
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2025
Editeur : Editions Alire
Première page de Entre nos mains
« Une soudaine bulle de silence, à l’entrée du Communal. La bulle se déplace vers le fond de la salle, les conversations reprennent derrière, un peu plus bas. Il ne semble pas s’en rendre compte, ou bien il fait semblant. Oui, il, lui, le, ce, un. Un Pure. Il y en a quelques-uns par ici et dans les autres petites villes survivantes de la région, mais en réalité ce sont juste des obsolètes un peu raides et qui ne revendiquent pas agressivement. De toute manière, des véritables Pures, ça ne fréquente pas les enclaves de modifiés.
Pas qu’il projette spécialement agressif, celui-ci. La coupe de cheveux – blond paille en brosse –, ça ne veut rien dire, mais le carré des épaules, la barbe, la démarche… Et l’est tellement grand, tellement mâle, même si pas vraiment massif – plutôt dégingandé, de fait. Il y en a qui pratiquent l’eugénisme, chez les Pures, ne sont pas à une contradiction près : sélectionnent et croisent pour les caractères dominants, appellent ça mariage. Et je n’ai jamais rien vu d’aussi typé mâle dans la région, même chez les bons vieux obsos. On est plus petit. Et moins blanc. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Entre nos mains. »
Comment écrire des histoires par Elisabeth Vonarburg
Fiche de Comment écrire des histoires
Titre : Comment écrire des histoires
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1986
Editeur : Le griffon d’argile
Première page de Comment écrire des histoires
« Raconter une histoire, ce que faisaient nos ancêtres rassemblés autour des feux, la nuit, c’est la plus ancienne forme de fiction, celle qui est à la source de toute la littérature. Malgré toutes nos sophistications réelles ou supposées, il y a toujours en nous une curiosité et une faculté d’émerveillement enfantines devant les histoires. Contes de fées, romans d’amour, récits d’espionnage… ou faits divers, chacun peut trouver son propre type d’histoire, et chacun le trouve, parce qu’il en a besoin.
Pourquoi ? Parce que le monde peut être une prison et que, comme l’a dit justement un célèbre conteur d’histoires merveilleuses, on a bien le droit d’essayer d’échapper à sa prison. Non pas, paradoxalement, pour nier le monde, mais pour mieux y revenir après être allé reprendre des forces au pays des rêves. Les rêves ne sont pas forcément le contraire de la réalité : ils sont peut-être plutôt ce qui nous encourage à la transformer…
Mais ce n’est pas la seule raison de notre fascination pour les histoires, et pour ceux qui les racontent.
C’est aussi que raconter une histoire est la forme la plus ancienne du jeu de la communication. Quelqu’un, dans le noir ou à la lumière du jour, raconte quelque chose à quelqu’un d’autre : c’est une relation interpersonnelle, un partage, un échange. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Comment écrire des histoires. »
Chroniques du Pays des Mères par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Chroniques du Pays des Mères
Titre : Chroniques du Pays des Mères
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1992
Editeur : Le livre de poche
Première page de Chroniques du Pays des Mères
« L’autre côté du soleil. C’est ainsi que Lisbeï appelait la lune quand elle était petite, pour le grand amusement des gardiennes, quand la garderie ouest était encore pour elle « la Garderie ». Elle avait dû voir quelquefois la lune dans le ciel alors que le soleil n’avait pas tout à fait disparu derrière la haute enceinte du parc-jardin (« les yeux d’Elli : bonne nuit », disaient alors les gardiennes). En tout cas, l’autre côté du soleil flotte dans sa mémoire chaque fois quelle évoque la garderie ouest, comme les lunes pâles ou rousses de son enfance flottaient vers le haut du soir, symboles d’un espace de temps interdit aux petites mosta puisque c’était l’heure d’aller dormir, les rangées blanches du dortoir, le silence obscur empli de souffles.
Pourtant Lisbeï ne serait sans doute jamais restée les yeux ouverts à rêver d’autres côtés s’il n’y avait eu Tula. Car Tula était venue de l’espace invisible qui devait exister à l’extérieur de la garderie, autour de
l’enceinte circulaire du parc. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Chroniques du Pays des Mères. »