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Sang de pierre par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Sang de pierre

Titre : Sang de pierre
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2009
Editeur : Editions Alire

Sommaire de Sang de pierre :

  • Eon
  • Le langage de la nuit
  • Le début du cercle
  • Celles qui vivent au-dessus des nuages
  • Sang de pierre
  • Terminus

Première page de Eon

« L’enfant ne ressemble à personne. Ce n’est pas un Kheïry : il est blanc. Il n’a pas les cheveux cendrés des Milès ni les yeux bridés des Ély ; ses mains sont petites et étroites, celles des Haupt sont larges et carrées. Il est simplement vêtu d’un pagne qui lui ceint les reins. Son torse nu brille, lisse et souple, dans la lumière rosée du passage. Épaules rondes, mince visage triangulaire, grands yeux noirs, cheveux noirs roulant en boucles sur les épaules, l’enfant ne ressemble à personne et, à cette heure-ci, il devrait être dans la salle d’étude avec les autres. Mais il est là, appuyé contre la paroi de chair, à moitié couché dans le creux qui s’y est ouvert pour le recevoir, et il regarde Hilsh avancer.

Hilsh n’a pas le temps de s’arrêter. Il est occupé, il a du travail, il doit aller chercher… Que doit-il aller chercher ? Une angoisse brève le traverse. Il ne se rappelle pas ! Il est sûr pourtant qu’il doit aller chercher quelque chose. Quelqu’un ? Il arrive près de l’enfant ; son pas ralentit involontairement. Et justement l’enfant sourit, se redresse et dit : « Je dois t’emmener. Suis-moi. »

Extrait de : E. Vonarburg. « Sang de pierre. »

Reine de mémoire – intégrale par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Reine de mémoire – intégrale

Titre : Reine de mémoire – intégrale
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution :
Editeur : Editions Alire

Sommaire de Reine de mémoire – intégrale :

  • La maison d’oubli
  • Le dragon de feu
  • Le dragon fou
  • La princesse de vengeance
  • La maison d’équité

Les voyageurs malgré eux par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Les voyageurs malgré eux

Titre : Les voyageurs malgré eux
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1994
Editeur : Editions Alire

Première page de Les voyageurs malgré eux

« Catherine se réveille. Dans son lit, sa chambre, sa maison, elle le sait au paysage sensoriel qui se déploie dans sa conscience. La posture de son corps est familière : main droite sous le drap, à plat sur le diaphragme, main gauche à l’extérieur, jambe droite un peu pliée sur le côté, jambe gauche un peu relevée. Et presque dans la même fraction de seconde, un autre continuum de sensations explose dans sa tête, dans son corps, ou à l’extérieur, elle ne sait, un raz-de-marée, non, un tourbillon et elle au centre, dans l’oeil de la tornade, un calme surnaturel où chacune des sensations inconnues qui l’assaillent est identifiée, analysée – en une perception parfaitement attendue, familière, normale.

Ce rêve (puisqu’assurément elle rêve), par l’intermédiaire de sens qu’elle ne possède pas, lui fournit des informations dont elle comprend la substance, mais non l’utilité. »

Extrait de : E. Vonarburg. « Les voyageurs malgré eux. »

Les contes de la chatte rouge par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Les contes de la chatte rouge

Titre : Les contes de la chatte rouge
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1993
Editeur : Editions Québec / Amérique

Première page de Les contes de la chatte rouge

« II était une fois, dans un grand château du Pays-d’En-Bas, une petite fille très curieuse, et qui s’appelait Lila. Comme le lilas, mais sans s. C’était peut-être parce qu’elle avait les yeux d’un bleu tirant sur le mauve, comme les fleurs des lilas qui poussaient tout autour du château. Pour le reste, elle ne ressemblait pas tellement à une fleur : elle avait des taches de rousseur en confettis sur le bout du nez et des cheveux roux, brillants et frisés comme de fins tire-bouchons de cuivre. Quand ils étaient secs, après avoir été lavés et parfumés à l’essence de citronnelle, sa gouvernante osait à peine les brosser : ils gonflaient comme la crinière d’une petite lionne, impossibles à natter. S’il faisait sombre, on voyait des étincelles y crépiter sous la brosse, et si alors on posait dessus des petits morceaux de soie déchirée – la fine soie du bonnet qu’on mettait le dimanche – les morceaux restaient collés tout seuls ! (Ce n’était pas la gouvernante qui avait découvert cette propriété des cheveux de Lila, évidemment.) »

Extrait de : E. Vonarburg. « Les contes de la chatte rouge. »

Le silence de la cité par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Le silence de la cité

Titre : Le silence de la cité
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1998
Editeur : Editions Alire

Première page de Le silence de la cité

« Elle ne savait pas qu’il pouvait mourir.
Il avait une peau brune toute ridée, une masse de cheveux blancs toujours en désordre, des yeux bruns qui souriaient au fond de leur réseau de rides ; ou bien c’étaient les rides qui souriaient. De toute façon, on ne pouvait pas dire s’il souriait en regardant sa bouche : il avait trop de moustache. Grand-Père. Elle l’appelait Grand-Père.
Elle ne savait pas que c’était un homme-machine.
Elle n’avait presque jamais besoin d’utiliser son bracelet de communication. Elle avait perdu sa poupée, elle était tombée, Gil ou Marianne lui avaient fait mal en jouant, ou elle s’était disputée avec eux, et il surgissait avant même qu’elle ait vraiment eu le temps de se mettre à pleurer. Il parlait, ou il ne disait pas grand-chose, mais il était toujours là quand il le fallait vraiment. Elle ne savait pas bien pourquoi, mais quand il sentait le tabac, ou l’herbe coupée, et que sa moustache était jaunie, il était davantage… là. Elle sentait très bien, alors, s’il était gai, ou sérieux, ou préoccupé – mais toujours comme il l’aimait. C’était Grand-Père. »

Extrait de : E. Vonarburg. « Le silence de la cité. »

Le jeu des coquilles de Nautilus par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Le jeu des coquilles de Nautilus

Titre : Le jeu des coquilles de Nautilus
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2003
Editeur : Editions Alire

Sommaire de Le jeu des coquilles de Nautilus :

  • Chanson pour une sirène
  • La course de Kathryn
  • Le pont du froid
  • Le noeud
  • La machine lente du temps
  • Le jeu des coquilles de Nautilus

Première page de Chanson pour une sirène

« Il n’avait jamais vraiment su marcher sur la terre ferme. Il le disait souvent, moitié à la blague, “neuf mois dans un environnement liquide, ça vous gâche le sec”. Il le disait encore, mais depuis la mort de Stéphanie le ton avait changé, il ne comprenait pas bien pourquoi, et ses compagnons Dauphins ne l’écoutaient plus avec le même sourire. Comme cette fois-là, ce soir de mai au Bel Canto, affalé dans sa chaise, un verre de marie-sibylle à la main, Hélène qui lui faisait du pied sous la table, les autres Dauphins autour de lui, le clan au complet pour une fois. Il l’avait dit avec des larmes absurdes dans les yeux, comme si c’était là tout ce qui le définissait et qu’il venait tout juste d’en prendre conscience. Les autres s’étaient détournés en échangeant des regards agacés, et Hélène s’était moquée de lui, tout en continuant à le peloter sournoisement ; elle avait le tour pour vous démolir l’amour-propre et le reconstruire à sa manière l’instant d’après : « Pauvre garçon. Encore heureux qu’on était là, les Dauphins, hein ?  »

Extrait de : E. Vonarburg. « Le Jeu des coquilles de nautilus. »

La musique du soleil par Elisabeth Vonarburg

Fiche de La musique du soleil

Titre : La musique du soleil
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2013
Editeur : Editions Alire

Sommaire de La musique du soleil :

  • Cogito
  • L’oiseau de cendres
  • Marée haute
  • Les yeux ouverts
  • La voix qui chantait le coeur du monde
  • L’amour au temps des chimères
  • Les enfants d’Icara
  • La musique du soleil

Première page de Cogito

« Il était une fois, sur une planète très loin d’ici, une petite fille appelée Nathany Berkeley. Elle habitait dans une cité appelée Cyblande. C’était la seule cité sur la planète, qui s’appelait sans doute Cyblande aussi : les gens qui l’avaient colonisée ne lui avaient pas vraiment donné de nom ; elle ne les intéressait pas tellement. Ils voulaient seulement un endroit où ils pourraient construire leur cité et y faire ce qu’ils désireraient, loin de la Terre où les autres n’étaient pas d’accord avec la façon dont ils voulaient vivre. Cela se passait trois cents ans avec la naissance de Nathany, au temps de l’Essaimage où beaucoup de gens quittaient la Terre pour aller vivre ailleurs comme ils l’entendaient. Ils choisissaient une planète habitable, ils y allaient avec les vaisseaux surlumes, ils s’y installaient. Et comme tout le monde sur chaque planète était d’accord sur la façon dont il fallait vivre, en général, tout se passait plutôt bien. »

Extrait de : E. Vonarburg. « La Musique du soleil. »

La maison au bord de la mer par Elisabeth Vonarburg

Fiche de La maison au bord de la mer

Titre : La maison au bord de la mer
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2000
Editeur : Editions Alire

Sommaire de La maison au bord de la mer :

  • Oneiros
  • Band Ohne Ende
  • Dans la fosse
  • Les dents du dragon
  • Janus
  • La maison au bord de la mer
  • … suspends ton vol

Première page de Oneiros

« Les Grandes Marées ont déjà considérablement rongé la falaise ; ce n’était d’ailleurs déjà à leur époque qu’un promontoire oblique de quelques centaines de mètres de long, une résurgence de la montagne dont l’échine érodée par l’âge, mais artificiellement consolidée, constitue l’assise de Baïblanca un peu plus au sud. Ils y venaient souvent dans leur enfance, Narval et elle. C’est là qu’il a fait construire sa villa. Bien sûr.

Un caprice géologique a inséré, entre le corps de la falaise et son extrême pointe, une couche de roche plus tendre qui a fini de s’émietter sous les assauts de la dernière Grande Marée. Pendant les tempêtes que le vent soulève presque toujours de l’est ou du nord, c’est la pointe qui subit de plein fouet l’attaque de la mer. Pendant les marées d’équinoxes, les escadrons liquides montent du sud-ouest, du détroit maintenant élargi qui relie la mer à l’océan, et le corps sans cesse plus incurvé de la falaise les dirige vers la pointe où ils finissent de s’écraser en panaches bouillonnants. »

Extrait de : E. Vonarburg. « La Maison au bord de la mer. »

La femme aux semelles de temps par Elisabeth Vonarburg

Fiche de La femme aux semelles de temps

Titre : La femme aux semelles de temps
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2023
Editeur : Editions Alire

Sommaire de La femme aux semelles de temps :

  • Ailleurs et au Japon
  • Le dormeur dans le cristal
  • Les villes invisibles
  • Amours de verre
  • Into white
  • La course de minuit
  • La femme aux semelles de temps

Première page de Ailleurs et au Japon

« Et il n’avait jamais mis les pieds au Japon.

Se lever, d’une humeur difficile. Se lever du pied gauche, les deux pieds bien à plat sur le plancher verni. Du pied gauche, sinistre, corneille latine en travers de la route ombragée de cyprès. Gauche, droite. Droite, rectitude des lèvres belles, les bons à ma, la neurologie dit pourtant que, inversion des clichés : hémisphère gauche : verbalisation, rationalité, pensée diurne ; hémisphère droit : intuition, émotivité, couleurs, poésie. Et la corneille vole d’un hémisphère à l’autre, la corneille, le corbeau, nevermore.

Et il n’avait jamais mis les pieds au Japon. Est-ce là un viatique à rapporter des profondeurs du sommeil, une phrase avec laquelle repasser les portes d’ivoire ? Et il n’avait jamais mis les pieds au Japon. Ce poids de désolation résignée, jamais, jamais, nevermore, la corneille est-elle japonaise ? Un cormoran, alors. Un corps mourant. Pourquoi feindre encore d’ignorer le sinistre ? La tumeur est là, sous la peau grasse, lisse, légèrement rosée. À l’envers des phrases et des poses, les pressions de l’existence, les fatalités physiologiques, déités borgnes, les bons à ma droite, les méchants à ma gauche. »

Extrait de : E. Vonarburg. « La femme aux semelles de temps. »

L’oeil de la nuit par Elisabeth Vonarburg

Fiche de L’oeil de la nuit

Titre : L’oeil de la nuit
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1980
Editeur : Le préambule

Sommaire de L’oeil de la nuit :

  • L’oeil de la nuit
  • Le pont du froid
  • Janus
  • Géhenne
  • Le noeud
  • Eon

Première page de L’oeil de la nuit

« Il fait très chaud. Sous le ventre de Tache Blanche le sol vibre et frémit. La patte que le petit Maître a tordue est encore douloureuse, mais ce n’est rien comparé aux ondes de souffrance qui émanent de la Maîtresse. La mère de Tache Blanche est couchée sur ses genoux, elle cliquette de plaisir sous la caresse : elle ne sent pas la souffrance de la Maîtresse.

Un souffle brûlant traverse la pièce : quelqu’un est entré en bas, venant du dehors : le Maître. Il monte les escaliers en appelant la Maîtresse, et la mère de Tache Blanche saute à terre pour aller à sa rencontre. Mais il ne la voit pas. Tache Blanche se fait tout petit en retenant un gémissement : la souffrance, encore la souffrance, plus déchirante que celle de la Maîtresse. La mère de Tache Blanche rejoint son petit sous le meuble, elle le lèche, elle sent qu’il est malheureux, mais elle ne comprend pas pourquoi : elle ne sent pas comme lui que tout est terriblement anormal. »

Extrait de : E. Vonarburg. « L’Œil de la nuit. »