Catégorie : Livres

 

Indignation par Philip Roth

Fiche de Indignation

Titre : Indignation (tome 2 sur 4 – Némésis)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2008
Traduction : M-C Pasquier
Editeur : Gallimard

Première page de Indignation

« Deux mois et demi environ après que les divisions bien entraînées de la Corée du Nord, armées par les Soviétiques et les communistes chinois, eurent traversé le 38e parallèle et pénétré en Corée du Sud le 25 juin 1950, et qu’eut débuté le calvaire de la guerre de Corée, je devins étudiant à Robert Treat, un petit collège universitaire du centre de Newark, qui portait le nom du fondateur de la ville au XVIIe siècle. J’étais le premier membre de notre famille à faire des études supérieures. Aucun de mes cousins n’avait été au-delà du lycée, et ni mon père ni ses trois frères n’avaient terminé l’école primaire. « Je travaille pour gagner de l’argent », m’avait dit mon père, « depuis l’âge de dix ans. »
C’était un boucher de quartier pour qui j’avais fait les livraisons à bicyclette durant toute ma scolarité, sauf pendant la saison de base-ball et les après-midi où je devais participer aux concours interscolaires en tant que membre de l’équipe des débatteurs. Disons qu’à partir du jour où j’ai quitté la boucherie — j’y avais travaillé pour lui soixante heures par semaine, entre la fin de mes études secondaires, en janvier, et la rentrée universitaire en septembre —, oui, disons qu’à partir du jour où j’ai commencé à suivre mes cours à Robert Treat, mon père a vécu dans la crainte de me voir mourir. »

Extrait de : P. Roth. « Indignation – Némésis. »

Un homme par Philip Roth

Fiche de Un homme

Titre : Un homme (tome 1 sur 4 – Némésis)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2006
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de Un homme

« Autour de la tombe, dans le cimetière délabré, il y avait d’anciens collègues de l’agence de publicité new-yorkaise, qui rappelèrent son énergie et son originalité et dirent à sa fille, Nancy, tout le plaisir qu’ils avaient eu à travailler avec lui. Il y avait aussi des gens venus de Starfish Beach, le village de retraités sur la côte du New Jersey, où il s’était installé en 2001 à Thanksgiving, ces gens âgés auxquels, hier encore, il donnait des cours de peinture. Et puis il y avait ses deux fils, Randy et Lonny, quadragénaires nés d’un premier mariage houleux, deux fils « du côté de leur mère » et qui, l’ayant plus souvent entendu traîné dans la boue que porté au pinacle, n’étaient venus que par devoir. Son frère aîné Howie et sa belle-sœur étaient arrivés de Californie la veille, et puis il y avait l’une de ses trois ex-femmes, la deuxième, Phoebe, la mère de Nancy, une grande femme émaciée aux cheveux blancs, dont le bras droit pendait, inerte, à son flanc. »

Extrait de : P. Roth. « Un homme – Némésis. »

La bête qui meurt par Philip Roth

Fiche de La bête qui meurt

Titre : La bête qui meurt (tome 3 sur 3 – David Kepesh)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2001
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de La bête qui meurt

« Je l’ai connue il y a huit ans ; elle suivait mes cours. Je n’enseigne plus à plein temps, et d’ailleurs, à vrai dire, je n’enseigne plus la littérature du tout, puisqu’il y a maintenant plusieurs années que je ne donne qu’un seul cours, un grand séminaire de troisième cycle sur la critique appliquée. J’ai beaucoup de succès auprès des étudiantes, pour deux raisons. D’abord parce que c’est un sujet dont la séduction à la fois intellectuelle et journalistique est irrésistible, ensuite parce qu’elles m’ont entendu faire de la critique littéraire à la radio publique et qu’elles m’ont vu parler de culture sur la Chaîne Treize. Ces quinze dernières années, être critique culturel à la télévision m’a valu une certaine notoriété locale, et c’est la raison du succès de mon cours. Au début, je ne me doutais pas qu’un passage hebdomadaire de dix minutes à la télévision pouvait les impressionner à ce point. Mais de fait, elles ne résistent pas à la célébrité, pour dérisoire que soit la mienne.

Or moi, je suis sensible à la beauté féminine, tu le sais. Chacun ses faiblesses : telle est la mienne… Je vois cette beauté, et elle me rend aveugle à tout le reste. Dès que ces filles viennent à mon premier cours, je sais presque tout de suite laquelle sera pour moi. Mark Twain a écrit une nouvelle où le héros, poursuivi par un taureau, se réfugie dans un arbre. »

Extrait de : P. Roth. « La Bête qui meurt – David Kepesh. »

Professeur de désir par Philip Roth

Fiche de Professeur de désir

Titre : Professeur de désir (tome 2 sur 3 – David Kepesh)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1977
Traduction : H. Robillot
Editeur : Gallimard

Première page de Professeur de désir

« La tentation me vient, tout d’abord, d’évoquer le personnage remarquable d’Herbie Bratasky, directeur, chef d’orchestre, chanteur de charme, comique et maître des cérémonies de l’hôtel montagnard tenu par ma famille. Quand il n’est pas moulé dans son maillot de bain élastique d’athlète qu’il arbore pour diriger les leçons de rumba sur le bord de la piscine, il est sapé comme un prince, en général avec son blazer deux tons crème et carmin et son large pantalon jaune canari dont les jambes se rétrécissent pour lui enserrer les chevilles au-dessus de ses chaussures blanches à perforations de gandin. Dans sa poche est toujours disponible une plaquette de chewing-gum Black Jack, tandis qu’il en savoure une autre avec ce lent mouvement de mastication insolente au fond de ce que ma mère appelle la « trappe » d’Herbie. Sous l’étroite ceinture super-chic en crocodile et la courbe de la chaîne d’or tenant ses clefs, un genou s’agite à l’intérieur de son pantalon, Herbie battant la mesure au rythme de ces tambours qu’il entend seul résonner dans ce Congo qu’est son cerveau. »

Extrait de : P. Roth. « Professeur De Désir – David Kepesh. »

Le sein par Philip Roth

Fiche de Le sein

Titre : Le sein (tome 1 sur 3 – David Kepesh)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1972
Traduction :
Editeur : Gallimard

Première page de Le sein

« Cela commença étrangement. Mais aurait-il pu en être autrement, de quelque manière que cela eût commencé ? On a pu dire, bien sûr, que tout sous le soleil commence « étrangement » et finit « étrangement », et que tout est « étrange » : une rose parfaite est « étrange », une rose imparfaite ne l’est pas moins, et la rose qui a une beauté ordinaire de rose et pousse dans le jardin de votre voisin l’est aussi. Je n’ignore pas que, dans une certaine perspective, tout apparaît terrifiant et mystérieux. Placez-vous au point de vue de l’éternité ; tenez compte, si vous en êtes capable, de l’oubli, et tout ce qui est devient prodigieux. Néanmoins, je voudrais porter à votre connaissance, en toute humilité, que certaines choses sont plus prodigieuses que d’autres, et que je suis l’une de ces choses.  

Cela commença étrangement – par un léger fourmillement sporadique dans l’aine. Pendant la première semaine, je me retirais plusieurs fois par jour dans les toilettes des hommes, adjacentes à mon bureau, dans le bâtiment des Lettres, pour baisser mon pantalon ; mais en m’examinant, je ne voyais rien qui sortît de l’ordinaire, si minutieuses que fussent mes recherches. »

Extrait de : P. Roth. « Le sein – David Kepesh. »

Sous le caducée par Ward Moore

Fiche de Sous le caducée

Titre : Sous le caducée
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1978
Traduction : E.C.L. Meistermann
Editeur : Le livre de poche

Première page de Sous le caducée

« APRÈS avoir peiné dans la dernière rampe, le petit train cliquetant qui ne transportait plus que deux passagers exhala ses miasmes de mazout brûlé gris dans l’air clair et tranquille de la campagne déserte en
s’arrêtant au terminus.

« Ça doit être ça, dit le gamin en bondissant dans le soleil de ce milieu d’après-midi. La voie ne va pas plus loin. Mais où est Shelby ? »

L’homme débarqua sur le quai de la gare un tout petit peu plus calmement. Il avait quarante-deux ans, en paraissait trente-cinq, il avait un corps bien bâti et bien entretenu, et il ne se trouvait qu’un soupçon d’argent dans sa chevelure brun foncé et sa barbe encore plus foncée. « Du calme, Jode, mit-il en garde son compagnon âgé de dix ans. Pas de noms, souviens-toi. Oublie tout de suite que je t’ai appelé par le tien et évitons tous deux de prononcer le sien ; trop de gens le connaissent. Tant qu’on sera à Orthohaven, il faudra qu’on rase les murs, comme on disait au XXe siècle. »

Extrait de : W. Moore. « Sous le caducée. »

Frank Merriwell à la Maison Blanche par Ward Moore

Fiche de Frank Merriwell à la Maison Blanche

Titre : Frank Merriwell à la Maison Blanche
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1973
Traduction : A. Duffaud, D. Bellec
Editeur : Le passager clandestin

Première page de Frank Merriwell à la Maison Blanche

« Il était une fois un magnat politique amoureux de la fille d’un savant fou. Stevenson Woolsey n’avait pas de brioche, ne mâchait pas de cigare (en fait il ne fumait pas du tout), ne portait jamais de complet rayé ou de lunettes, ne donnait jamais de claques dans le dos et n’embrassait jamais les bébés. Il avait passé son diplôme avec mention à l’université de Western Reserve, avait lu deux fois Finnegans Wake entièrement et en avait compris une partie. À trente-deux ans, il était commanditaire d’un certain nombre de sociétés qui étaient les fournisseurs réguliers de la ville et du comté en marchandises et en services. C’était la roue motrice incontestée du club Horace Greeley de la cinquième conscription. Sur les neuf conseillers de la ville, quatre lui devaient leur élection et le maire était son allié politique. Il avait fourni au shérif les voix qui lui manquaient pour être élu, et deux des superviseurs du comté (ainsi que les trois membres du conseil législatif) consultaient Steve avant de voter les lois importantes. Il avait ce genre de beauté qui n’attire pas l’attention, et il ne parlait jamais en public à cause d’un léger bégaiement. »

Extrait de : W. Moore. « Frank Merriwell à la Maison Blanche. »

Encore un peu de verdure par Ward Moore

Fiche de Encore un peu de verdure

Titre : Encore un peu de verdure
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1947
Traduction : J. Fillion
Editeur : Denoël

Première page de Encore un peu de verdure

« J’ai toujours su qu’un jour ou l’autre j’écrirais un livre. Une œuvre qui m’aiderait à supporter les ennuis quotidiens. Mais nul ne sait ce qui l’attend au tournant du chemin et, au cours des vingt dernières années, il s’est passé tant d’événements extraordinaires que le roman délassant et agréable dont je rêvais paraîtrait aujourd’hui dépassé par la réalité. Je préfère donc relater ce qu’il m’est arrivé personnellement.
Tout a commencé par un mot.
— Herbe. Graminée. Graminacée. Les herbes.
Ces mots n’éveillaient en moi que de vagues visions de parcs publics parsemés de bancs à l’usage des oisifs.
J’avais entrepris de bonne foi, et non pour la première fois, au cours de ma carrière de représentant de commerce, de répondre à une annonce, prêt à me soumettre à l’interrogatoire serré d’un chef des ventes des plus qualifiés. »

Extrait de : W. Moore. « Encore un peu de verdure. »

Autant en emporte le temps par Ward Moore

Fiche de Autant en emporte le temps

Titre : Autant en emporte le temps
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1955
Traduction : J. Fillion
Editeur : Denoël

Première page de Autant en emporte le temps

« Bien que j’écrive ceci en l’an 1877, je ne suis né en réalité qu’en 1921. Ni les dates ni les temps des verbes ne sont inexacts… Je m’explique.
Je suis né, comme je viens de le dire, en 1921, mais ce n’est qu’au début des années 1930, alors que j’avais environ dix ans, que j’ai commencé à comprendre dans quel monde misérable et spolié je vivais. Ce fut peut-être le portrait à la mine de plomb de Granpa Hodgins, qui trônait au-dessus de la cheminée, qui m’aida à en prendre conscience.
C’est en souvenir de Granpa Hodgins que je fus baptisé peut-être un peu solennellement Hodgins McCormick Backmaker car mon Granpa était un vétéran de la guerre d’indépendance du Sud. Comme tant de jeunes de sa génération, il avait endossé l’uniforme bleu mal coupé pour répondre à l’appel de M. Lincoln, cet homme obstiné et malavisé, selon les uns, ce martyr selon les autres. Question de perspective selon le point de vue offert par l’une ou l’autre de mes deux vies. »

Extrait de : W. Moore. « Autant en emporte le temps. »

Munich par Robert Harris

Fiche de Munich

Titre : Munich
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2018
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon

Première page de Munich

« Le mardi 27 septembre 1938, peu avant treize heures, M. Hugh Legat, des services diplomatiques de Sa Majesté, fut conduit à sa table près de l’une des hautes fenêtres du restaurant du Ritz de Londres, commanda une demi-bouteille de Dom Pérignon 1921 qu’il ne pouvait pas se permettre, replia son exemplaire du Times à la page dix-sept et se remit à lire pour la troisième fois le discours qu’avait prononcé la veille au soir Adolf Hitler au Sportpalast de Berlin.

LE DISCOURS DE HERR HITLER

DERNIER AVERTISSEMENT À PRAGUE

LA PAIX OU LA GUERRE ?

Legat jetait de temps en temps un regard en direction de l’entrée, à l’autre bout de la salle. Peut-être était-ce son imagination, mais il avait l’impression que les convives, et même les serveurs qui allaient et venaient sur la moquette entre les sièges tapissés de vieux rose, manquaient étonnamment d’entrain. »

Extrait de : R. Harris. « Munich. »