Catégorie : Livres
La parcelle « Z » par Jacques Spitz

Fiche de La parcelle « Z »
Titre : La parcelle « Z »
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1942
Editeur : Jean Vigneau
Première page de La parcelle « Z »
« — Monsieur Desmaisons, le patron voudrait vous voir le plus tôt possible, jeta le jeune stagiaire par la porte entrebâillée.
Desmaisons qui feuilletait un cahier d’observations, se leva lentement, ferma l’interrupteur électrique des autoclaves, remit en ordre quelques ballons qui traînaient sur l’évier du laboratoire, puis, sans enlever sa blouse, prit le chemin du bureau patronal.
Pourquoi le vieux le demandait-il ? Ce n’était pas dans sa manière. À l’ordinaire, il venait lui-même dans les laboratoires. Cécile lui aurait-elle déjà parlé ? Pourtant, d’un commun accord, ils avaient estimé préférable que ce fût lui qui annonçât le premier la nouvelle au patron. L’avait-il apprise par une autre voie, ou par des racontars ? Comment alors avait-il réagi ? Pas mal, évidemment, mais enfin on ne sait jamais. »
Extrait de : J. Spitz. « La Parcelle «Z». »
La guerre des mouches par Jacques Spitz

Fiche de La guerre des mouches
Titre : La guerre des mouches
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1946
Editeur : Marabout
Première page de La guerre des mouches
« Juste-Évariste Magne, né à Cahors, dans le Lot, troisième fils d’un tonnelier, avait échappé de justesse au ridicule d’être prénommé Charles, comme son père. Il le devait à sa mère, dont le jugement fut peut-être éclairé par l’approche de la mort : elle mourut en effet trois jours après la venue au monde du nouveau-né. L’enfance du jeune Juste, privé de mère, se traîna, comme tant d’autres enfances malheureuses, dans les ruisseaux d’abord, sur les bancs de l’école communale ensuite. Elle se fût peut-être poursuivie sur ceux de la Correctionnelle, si un Frère de la doctrine chrétienne, dont la sœur était voisine de la cabane du père Magne, ne s’était intéressé à juste et ne l’avait fait entrer au petit séminaire. Il s’y montra relativement studieux, mais peu tenté par la vocation ecclésiastique. À vingt ans, après une suite de hasards variés dont le miracle est qu’ils aboutirent, un diplôme de licencié ès sciences de l’université de Montpellier vint terminer cette première période de son existence.
Licencié ès sciences naturelles, Juste-Évariste Magne ne trouva pas plus aisément qu’avant l’obtention de ce titre le moyen de vivre, comme faisaient apparemment tous ceux qui l’entouraient. »
Extrait de : J. Spitz. « La guerre des mouches. »
La forêt des sept-pies par Jacques Spitz

Fiche de La forêt des sept-pies
Titre : La forêt des sept-pies
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1946
Editeur : Marechal
Première page de La forêt des sept-pies
« Nous étions tous debout dans la cellule. Lui seul était assis sur son lit de prisonnier. Son visage disait la fatigue, de larges cernes entouraient ses yeux, mais il était très calme. L’exécution devait avoir lieu quelques heures plus tard. Il tenait à la main une vieille enveloppe.
— Voilà ce qu’il ne faut pas oublier, disait-il. J’emporte cette lettre, je la mettrai sur ma poitrine, et ma dernière pensée saura où se réfugier en attendant la mort. N’oubliez pas un viatique de ce genre, si vous deviez, un jour, vous trouver dans la même situation…
Il y avait aussi une autre chose qu’il avait préparée, mais il m’est impossible de m’en souvenir maintenant.
— Enfin, dit tout bas notre camarade Pierre Leblanc, il est insensé qu’on condamne à mort pour des motifs politiques. Ne pourrait-on tenter quelque démarche, agir auprès de quelqu’un ?
Nul ne savait quoi répondre. Une voix dit :
— C’est cette loi sur les complots contre la sûreté de l’État. »
Extrait de : J. Spitz. « La foret des sept pies. »
L’oeil du purgatoire par Jacques Spitz

Fiche de L’oeil du purgatoire
Titre : L’oeil du purgatoire
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1945
Editeur : Pocket
Première page de L’oeil du purgatoire
« Décidément la malchance me poursuit. À la série de contrariétés qui m’arrivent, je pourrais même croire que le monde m’est particulièrement hostile. Ce matin encore, l’infect Gugenlaert me refuse la toile que je lui apportais, celle qu’il m’avait presque commandée. Prétexte : ses clients n’aiment que la peinture claire. Je lui en ficherai, moi, de la peinture claire ! Quelle idée se fait-il donc de moi ? Du reste, comme tous les marchands de tableaux, Gugenlaert ne comprend rien à la peinture… Personne ne comprend rien à la peinture, pas même ceux qui la font.
Des coups pareils vous dégoûtent du travail, et de vous-même par-dessus le marché ! Je suis rentré avec ma toile sous le bras. Si lâche que j’ai essayé de la reprendre, de l’éclaircir, de donner ce qu’on attendait de moi. Mais je me suis vite aperçu qu’il était impossible de ressembler à l’image que les autres se font de vous, et de guerre lasse, je suis allé faire un tour. »
Extrait de : J. Spitz. « L’oeil du purgatoire. »
L’homme élastique par Jacques Spitz
Fiche de L’homme élastique
Titre : L’homme élastique
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1938
Editeur : Marabout
Première page de L’homme élastique
« 12 mai
Je me félicite d’avoir acheté cette propriété en Ardèche. La visite que je viens d’y faire a confirmé mes premières impressions. L’endroit, situé à mi-chemin entre Privas et Aubenas, est aussi désert et désolé que je le souhaitais. Sur un haut plateau, semé de quelques bouquets de sapins et de chênes rabougris, il n’y a là qu’un village d’une cinquantaine d’habitants, Freissenet, dont ma future demeure, appelée Chantambre, est distante d’au moins trois kilomètres. La pierre de ces régions est noire, d’un aspect sévère qui n’est pas pour me déplaire. Les oiseaux semblent y être aussi rares que les humains. Nul ne s’attarde en ces lieux. Pourtant, une bonne route passe non loin de mon portail d’entrée et facilitera le transport du matériel, tout en faisant assez de lacets pour décourager les visiteurs éventuels. À l’ordinaire, les véhicules préfèrent suivre la vallée qui contourne le plateau. Ce décor sauvage semblait attendre un homme de mon genre. »
Extrait de : J. Spitz. « L’Homme élastique. »
L’expérience du docteur Mops par Jacques Spitz

Fiche de L’expérience du docteur Mops
Titre : L’expérience du docteur Mops
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1939
Editeur : Gallimard
Première page de L’expérience du docteur Mops
« Si le mois d’avril n’avait pas été si pluvieux cette année-là à Paris, rien ne serait arrivé, ou il serait arrivé autre chose. Mais à quoi bon épiloguer sur le rôle joué par les circonstances accessoires dans les grands événements de la vie ? Maintenant, je ne crois plus aux causes et aux effets, à ces explications laborieuses qu’on forge après coup pour rendre compte de l’enchaînement des événements. Tout se fait n’importe comment, et ce n’est que pour une satisfaction assez vaine de l’esprit qu’on imagine une suite logique dans le cours des choses.
Je venais de rentrer en France pour y passer l’année de mon congé. Il faut avoir séjourné trois années consécutives dans les îles du Pacifique, les Philippines, Timor, Bali, pour bien comprendre ce que peut signifier un retour en France. Retrouver des arbres, des laitages, des nuits fraîches, des sommeils sans moustiquaires, des femmes dont les yeux brillent et semblent enfin signifier quelque chose, de vieilles maisons, de vieux paysages, sans scorpions, sans serpents, sans insectes, et des gens dont on comprend sans effort la langue… Mes quinze premiers jours à Paris furent enchanteurs, car c’est par Paris que, naturellement j’avais commencé. »
Extrait de : J. Spitz. « L’Expérience du Docteur Mops. »
L’agonie du globe par Jacques Spitz

Fiche de L’agonie du globe
Titre : L’agonie du globe
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1935
Editeur : Gallimard
Première page de L’agonie du globe
« Il n’existe pas encore de travail définitif qui fasse autorité pour l’histoire de ces dernières années. L’ouvrage que nous présentons aujourd’hui au public n’a pas la prétention de remédier à cette lacune. Il ne veut être qu’un simple exposé des événements, et, comme tel, s’adresse plus particulièrement aux lecteurs qui cherchent la vérité dans les faits plutôt que dans ces réflexions posthumes et ces appréciations à retard dont les historiens de métier gonflent les dossiers de l’Histoire.
L’Histoire, a-t-on dit, est une petite science conjecturale. Encore que par quelque côté nous ayons donné, par notre exemple, de la vraisemblance à cette proposition, nous voudrions rectifier ici le célèbre aphorisme. Il faut une confiance de non-initié pour croire que la Science puisse être autre chose qu’une continuelle conjecture, et qu’elle permette par exemple de prévoir avec certitude l’évolution des choses. À vrai dire, la Science se contente seulement de classer, le plus ingénieusement et le plus clairement possible, les enseignements de l’expérience passée. »
Extrait de : J. Spitz. « L’agonie du globe. »
Joyeuses apocalypses par Jacques Spitz

Fiche de Joyeuses apocalypses
Titre : Joyeuses apocalypses
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution :
Editeur : Bragelonne
Sommaire de Joyeuses apocalypses
- La guerre des mouches
- L’homme élastique
- La guerre mondiale n°3
- Nouvelles six machines à fabriquer l’avenir
Première page de La guerre des mouches
« Juste-Évariste Magne, né à Cahors, dans le Lot, troisième fils d’un tonnelier, avait échappé de justesse au ridicule d’être prénommé Charles, comme son père. Il le devait à sa mère, dont le jugement fut peut-être éclairé par l’approche de la mort : elle mourut en effet trois jours après la venue au monde du nouveau-né. L’enfance du jeune Juste, privé de mère, se traîna, comme tant d’autres enfances malheureuses, dans les ruisseaux d’abord, sur les bancs de l’école communale ensuite. Elle se fût peut-être poursuivie sur ceux de la Correctionnelle, si un Frère de la doctrine chrétienne, dont la sœur était voisine de la cabane du père Magne, ne s’était intéressé à juste et ne l’avait fait entrer au petit séminaire. Il s’y montra relativement studieux, mais peu tenté par la vocation ecclésiastique. A vingt ans, après une suite de hasards variés dont le miracle est qu’ils aboutirent, un diplôme de licencié ès sciences de l’université de Montpellier vint terminer cette première période de son existence. »
Extrait de : J. Spitz. « Joyeuses apocalypses. »
Transitions par Ann Leckie

Fiche de Transitions
Titre : Transitions
Auteur : Ann Leckie
Date de parution : 2023
Traduction : P. Marcel
Editeur : J’ai lu
Première page de Transitions
« À peine les derniers traînards du cortège funéraire étaient-ils sortis par la porte fantôme que les bots maçons déplièrent leurs longues pattes et les tendirent vers la pile des pierres qu’ils avaient retirées du mur la veille avec tant de précautions. Enae n’avait pas regardé en arrière pour voir le scellement de la porte, mais ille put l’entendre juste un instant avant que s’élève en une clameur la première lamentation de deuil de la tante Irad. Un ou deux cousins émirent un sanglot d’essai.
Enae n’avait pas pleuré à la mort de Grand-Maman. Ille n’avait pas pleuré quand Grand-Maman li avait dit qu’elle avait choisi le moment de partir. Ille ne pleurait pas à présent. Ce qui n’était pas nécessairement un problème, chacun connaissait les expressions qu’on affiche quand on suit la bière jusqu’au crématorium, tout le monde connaissait les sons qu’émet la proche parentèle, et Enae aurait pu sangloter ou se lamenter s’ille l’avait voulu. Et d’ailleurs, de toutes ces tantes et oncles, noncles et cousins, Enae était cille qui avait vécu des décennies avec Grand-Maman et pris soin d’elle dans sa vieillesse. Ille avait le droit absolu de marcher en tête de la procession, tout de suite derrière Grand-Maman, en poussant des lamentations qu’on entendrait dans toute la ville, en ces heures calmes du petit matin. Pourtant ille marchait en silence, les yeux secs, à l’arrière. »
Extrait de : A. Leckie. « Transitions. »
La tour du freux par Ann Leckie
Fiche de La tour du freux
Titre : La tour du freux
Auteur : Ann Leckie
Date de parution : 2019
Traduction : P. Marcel
Editeur : J’ai lu
Première page de La tour du freux
« J’ai eu ma première vision de toi à ta sortie de la forêt, au moment où tu croisais le groupe des hauts piquets d’offrandes, avec leurs yeux exorbités, qui marquent la lisière des bois, ta monture avançant au pas. Tu chevauchais aux côtés de Mawat, lui-même une vision qui m’était familière : grand, large d’épaules, de longs cheveux coiffés en dizaines de tresses retenues en arrière par un anneau épais orné de plumes figurées en relief sur l’or, sa cape gris sombre doublée de soie bleue. De l’or pesait aussi à ses avant-bras. Il affichait un vague sourire en te disant quelques mots, mais ses yeux étaient fixés sur la forteresse de Vastaï, encore à cinq lieues de distance sur sa petite péninsule : des bâtiments de deux ou trois étages cernés d’une muraille en grès jaune pâle, dont les extrémités convergeaient sur une tour ronde bâtie en bord de mer. Sur le côté terre du mur se dressaient assez de maisons pour constituer une ville, interrompue par un talus et des douves. Des goélands planaient au-dessus des quelques navires aux mâts nus dans le port jouxtant la forteresse et au-dessus des eaux grises au-delà, mouchetées de blanc par le vent et une voile ici et là. On distinguait tout juste les bâtiments en pierre blanche et les navires plus nombreux de la ville d’Ard Vusktia, de l’autre côté du détroit. »
Extrait de : A. Leckie. « La tour du freux. »