Catégorie : Livres

 

Filles impertinentes par Doris Lessing

Fiche de Filles impertinentes

Titre : Filles impertinentes
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1984
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion

Première page de Filles impertinentes

« Une photographie de ma mère me la présente sous les traits d’une collégienne imposante, au visage rond empreint de cette assurance caractéristique, me semble-t-il, de l’ère victorienne. Ses cheveux sont noués en arrière avec un ruban noir. Elle porte l’uniforme du collège – un large chemisier blanc et une longue jupe sombre. Sur une photographie prise quarante-cinq ans plus tard, elle apparaît maigre, vieille et sévère, et nous regarde bravement du fond d’un monde de déception et de frustration. Elle est debout près de mon père, la main sur le dossier de sa chaise. Il est contraint de rester assis car il est malade. Comme toujours. Manifestement, il a toutes les peines à se tenir droit. Cependant il arbore le complet de rigueur, sans doute parce qu’elle lui a demandé de faire cet effort. Elle porte une robe de couturière plutôt élégante, confectionnée dans un coupon acheté en solde.
Ce récit a pour objet la distance qui sépare ces deux photographies. Il semble qu’il m’ait fallu toute une vie pour comprendre mes parents, au long d’un chemin jalonné de surprises. »

Extrait de : D. Lessing. « Filles impertinentes. »

Ces prisons où nous choisissons de vivre par Doris Lessing

Fiche de Ces prisons où nous choisissons de vivre

Titre : Ces prisons où nous choisissons de vivre
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1986
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion

Première page de Ces prisons où nous choisissons de vivre

« Voilà bien longtemps, un fermier aussi prospère que respecté possédait l’un des plus beaux troupeaux de vaches laitières du pays, si bien que des fermiers de toute la partie méridionale du continent venaient lui demander des conseils. Cela se passait dans l’ancienne Rhodésie du Sud, où j’ai grandi et qui s’appelle maintenant le Zimbabwe. Quant à l’époque, c’était juste après la Seconde Guerre mondiale.

Je connaissais bien ce fermier et sa famille. Il était d’origine écossaise et décida de faire venir d’Écosse un taureau exceptionnel. À cette époque, la science n’avait pas encore découvert comment expédier d’un continent à l’autre par la poste de petits paquets contenant de futurs veaux. L’animal arriva le jour dit, en avion naturellement, et eut droit à un comité d’accueil composé de fermiers, d’amis, de connaisseurs. »

Extrait de : D. Lessing. « Ces prisons où nous choisissons de vivre. »

Alfred et Emily par Doris Lessing

Fiche de Alfred et Emily

Titre : Alfred et Emily
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 2008
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion

Première page de Alfred et Emily

« Les soleils des longs étés du début du siècle dernier ne promettaient que paix et abondance, sans parler de la prospérité et du bonheur. De mémoire d’homme, on n’avait jamais vu des journées aussi imperturbablement ensoleillées. D’innombrables mémoires et romans l’ont certifié, aussi puis-je affirmer en toute confiance qu’en ce dimanche après-midi d’août 1902, dans le village de Longerfield, le temps était splendide. C’était le jour de la fête annuelle de l’Allied Essex and Suffolk Bank. La scène avait lieu dans une vaste prairie que le fermier Redway prêtait chaque année et qui était occupée par des vaches la plupart du temps. Plusieurs activités se déroulaient simultanément. À l’extrémité de la prairie, le tumulte et les cris d’excitation indiquaient que les enfants jouaient à cet endroit. »

Extrait de : D. Lessing. « Alfred et Emily. »

L’histoire du Général Dann par Doris Lessing

Fiche de L’histoire du Général Dann

Titre : L’histoire du Général Dann (Tome 2 sur 2 – Cycle de l’eau)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 2005
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion

Première page de L’histoire du Général Dann

« Il suffirait à Dann de bouger à peine la main, d’un côté ou de l’autre, et ce serait la chute.
Il s’était allongé, comme un plongeur, et se cramponnait à l’extrémité d’une fragile saillie de roche noire, dont la partie inférieure avait été usée par l’eau et par le vent. De loin, on aurait dit un doigt obscur pointé vers la cataracte se déversant sur une paroi de rocs sombres, où elle se volatilisait instantanément en une brume tourbillonnante. Cette vision mouvante fascinait Dann, comme s’il contemplait une falaise rugissante, d’un blanc éclatant. Le bruit l’assourdissait. Il avait l’impression d’entendre des voix l’appeler du fond d’un orage, bien qu’il sût que ce n’étaient que les cris des oiseaux de mer. Ainsi penché, il ne voyait qu’une immense cascade d’eau limpide. S’il levait la tête au-dessus de son bras et regardait devant lui, il apercevait au loin, au-delà de l’abîme au bord duquel il gisait, des nuées basses qui étaient de la neige et de la glace.
Tout était blanc sur blanc, et il respirait l’air frais de la mer, qui nettoyait ses poumons de l’odeur fade et humide du Centre. »

Extrait de : D. Lessing. « L’Histoire du Général Dann – Cycle de l’eau. »

Mara et Dann par Doris Lessing

Fiche de Mara et Dann

Titre : Mara et Dann (Tome 1 sur 2 – Cycle de l’eau)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1999
Traduction : I. D. Philippe
Editeur : Flammarion

Première page de Mara et Dann

« La scène qu’enfant, puis adolescente et enfin jeune femme elle s’efforcerait tant de garder en mémoire était assez claire au début. Elle avait été entraînée de force – tantôt portée, tantôt tirée par la main –, par une nuit noire, seules les étoiles étaient visibles, puis on l’avait poussée dans une chambre en lui ordonnant de se taire, et les gens qui l’avaient amenée avaient disparu. Elle n’avait pas prêté attention à leurs visages, à leur aspect, elle était trop effrayée, mais c’était son peuple, le Peuple, elle en était sûre. La chambre ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait connu. C’était un carré, construit avec des rocs énormes. Elle se tenait dans une des maisons rocheuses. Elle les côtoyait depuis toujours. Les maisons rocheuses étaient là où vivaient « les autres », le peuple des Rochers. Pas son peuple à elle, qui les méprisait. Elle avait souvent vu le peuple des Rochers marcher sur les routes, s’écarter vite du chemin à la vue du Peuple, mais l’aversion qu’on lui avait inculquée à leur encontre lui interdisait de bien les regarder. Elle en avait peur, elle les trouvait laids. »

Extrait de : D. Lessing. « Mara et Dann – Cycle de l’eau. »

Les agents sentimentaux de l’Empire Volyen par Doris Lessing

Fiche de Les agents sentimentaux de l’Empire Volyen

Titre : Les agents sentimentaux de l’Empire Volyen (Tome 5 sur 5 – Canopus dans Argo)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1983
Traduction : S. Guillot
Editeur : La Volte

Première page de Les agents sentimentaux de l’Empire Volyen

« J’ai demandé à quitter Shikasta – pour me retrouver sur un monde dont la caractéristique dominante est la même que sur Shikasta. Fort bien ! Je vais supporter ce mandat jusqu’au bout. Mais je vous avise par la présente, formellement, de mon aspiration à être envoyé, lorsque j’en aurai fini ici, sur une planète aussi arriérée, éprouvante que vous le souhaiterez, mais dont les populations ne semblent pas souffrir en permanence de démence autodestructrice.

Venons-en maintenant à mon rapport initial. Cela fait cinq V-années que je me trouve ici, et je peux confirmer certains rapports récents selon lesquels notre agent Incent aurait été victime d’une attaque de Rhétorique – ce qui n’a rien d’inhabituel, après tout, ni de forcément malvenu si l’on considère cela comme une inoculation contre pire encore –, mais malheureusement il ne s’en est pas remis, et souffre toujours d’un état résistant de Rhétorique Ondulante. »

Extrait de : D. Lessing. « Les Agents sentimentaux de l’Empire Volyen – Canopus dans Argo. »

L’invention du représentant de la planète 8 par Doris Lessing

Fiche de L’invention du représentant de la planète 8

Titre : L’invention du représentant de la planète 8 (Tome 4 sur 5 – Canopus dans Argo)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1982
Traduction : S. Guillot
Editeur : La Volte

Première page de L’invention du représentant de la planète 8

« Vous voulez savoir ce que nous inspiraient les Agents canopéens à l’époque de la Glace.

C’était d’ordinaire Johor qui venait, mais lui ou un autre arrivait sans prévenir – et fortuitement, selon toute apparence – pour rester plus ou moins longtemps, et durant ces agréables visites, qu’on attendait toujours avec impatience, nous donnait des conseils, nous montrait comment utiliser plus efficacement les ressources de notre planète, nous suggérait de nouveaux appareils, méthodes et techniques. Et puis partait sans jamais nous dire quand aurait lieu la prochaine visite de Canopus.

Les Agents canopéens ne différaient guère les uns des autres. Moi-même, comme mes rares congénères ayant été emmenés sur d’autres Planètes Colonisées pour y recevoir instruction et formations de diverses natures, savions qu’il fallait reconnaître à tous les fonctionnaires du Service colonial canopéen une indéniable autorité. Mais c’était là l’expression de qualités intimes, non celle de quelque position hiérarchique. »

Extrait de : D. Lessing. « L’invention du Représentant de la Planète 8 – Canopus dans Argo. »

Les expériences siriennes par Doris Lessing

Fiche de Les expériences siriennes

Titre : Les expériences siriennes (Tome 3 sur 5 – Canopus dans Argo)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1981
Traduction : S. Guillot
Editeur : La Volte

Première page de Les expériences siriennes

« Je suis Ambien II, membre des Cinq.

Je me suis engagée à rédiger un compte-rendu de nos expériences sur Rohanda, connue à cette époque sur Canopus sous le nom de Shikasta.

Je vais employer les divisions temporelles communément admises tant par nous-mêmes que par l’Empire de Canopus :

(1) La période courant jusqu’au premier pic de radiations en provenance d’Andar.
(2) Celle qui s’étend entre le premier et le deuxième pic de radiations – à nouveau en provenance d’Andar.
(3) De la seconde irradiation jusqu’à l’échec de l’Alliance Canopus-Rohanda, aussi connue sous le nom de Catastrophe. On qualifie parfois cette troisième période d’Âge d’Or.
(4) La période de déclin ultérieur – dont traitera l’essentiel de mon rapport.

Je me bornerai simplement à mentionner les expériences menées avant la première irradiation – elles sont dûment documentées dans la rubrique Zoologie Inférieure. »

Extrait de : D. Lessing. « Les Expériences Siriennes – Canopus dans Argo. »

Les mariages entre les zones trois, quatre et cinq par Doris Lessing

Fiche de Les mariages entre les zones trois, quatre et cinq

Titre : Les mariages entre les zones trois, quatre et cinq (Tome 2 sur 5 – Canopus dans Argo)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1980
Traduction : S. Guillot
Editeur : La Volte

Première page de Les mariages entre les zones trois, quatre et cinq

« Plus encore que des ragots, les rumeurs engendrent des chansons. Nous autres, Chroniqueurs et compositeurs de notre Zone, déclarons qu’avant même que les conjoints de cet exemplaire mariage n’aient pris conscience de ce que les nouvelles directives signifiaient pour eux, les chansons nous avaient déjà envahis, et se diffusaient d’un bout à l’autre de la Zone Trois. Et, bien sûr, il en était de même dans la Zone Quatre.

Du Grand au Petit
Du Haut vers le Bas
De Quatre à Trois
Je ne puis aller.

C’était là une comptine d’enfants. Le lendemain du jour où j’avais appris la nouvelle, je les regardais l’interpréter depuis mes fenêtres. Et l’un d’eux se rua sur moi dans la rue avec une « énigme » qu’il tenait de ses parents : si l’on accouple un cygne et un jars, qui prendra le dessus ? »

Extrait de : D. Lessing. « Les mariages entre les zones trois, quatre et cinq – Canopus dans Argo. »

Shikasta par Doris Lessing

Fiche de Shikasta

Titre : Shikasta (Tome 1 sur 5 – Canopus dans Argo)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1979
Traduction : P. Guivarc’h
Editeur : La Volte

Première page de Shikasta

« J’ai été envoyé en mission sur de nombreuses planètes colonisées par nous. Je suis habitué aux crises de toutes sortes. Je me suis trouvé au cœur de situations critiques menaçant l’existence d’espèces entières ou de programmes spécifiques soigneusement mis au point. J’ai su plus d’une fois ce que c’était que d’accepter l’échec, final et irréversible, d’une tentative ou d’une expérience portant sur des créatures possédant le potentiel de développement rêvé, attendu. Et puis plus rien, point final, les roulements de tambour s’espacent et se taisent. Silence…

Mais l’aptitude à faire la part du feu exige une détermination bien différente de la patience têtue nécessaire pour résister à l’usure, à la perte insidieuse de substance sur des siècles et des millénaires, avec, au bout du tunnel, une pauvre petite lueur d’espoir.

Le désarroi présente différents degrés et qualités. À mon humble avis, tous ne sont pas inutiles, et il me semble que la disposition d’esprit d’un simple employé mérite d’être consignée. »

Extrait de : D. Lessing. « Shikasta – Canopus dans Argo. »