Catégorie : Livres
L’oisif surmené par Hervé Jaouen

Fiche de L’oisif surmené
Titre : L’oisif surmené
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1995
Editeur : Seuil
Première page de L’oisif surmené
« C’est au septième art que je dois d’être venu au monde.
Habilleuse de cinéma, maman avait été embauchée pour coudre, retoucher et mettre à sécher les vêtements de la vedette féminine d’une nouvelle version d’Un homme et une femme, grand film d’amour des années soixante tourné à Deauville, par temps de pluie. Le scénario, extrêmement dépouillé, ne pouvait que plaire aux Américains acheteurs des droits du re-tournage. Un homme, une femme et un chien courent sur une plage, s’éloignent, se rapprochent, s’éloignent, se rapprochent, s’éloignent, se rapprochent, et ainsi de suite pendant quatre-vingt-dix minutes. Le dialogue et les jappements du chien, m’a dit maman plus tard, sont couverts par une scie, ou rengaine, un mot chanté et répété sans cesse, « chabadabada, chabadabada, chabadabada », et qui signifierait, dans une langue que je ne connais pas, « aime-moi, mon cœur bat pour toi ».
Venu à Deauville vérifier que son argent était utilisé à bon escient, le producteur, un Texan, est tombé amoureux de maman. Ou l’inverse. Ou les deux. Toujours est-il qu’ils ont fait chabadabada. Voilà comment j’ai été conçu en Normandie. »
Extrait de : H. Jaouen. « L’Oisif surmené. »
L’allumeuse d’étoiles par Hervé Jaouen

Fiche de L’allumeuse d’étoiles
Titre : L’allumeuse d’étoiles
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1996
Editeur : Denoël
Première page de L’allumeuse d’étoiles
« Je les tiens. Une chanteuse sait bien quand elle les tient, les gens qui l’écoutent, qu’ils soient deux, quatre, cent ou cinq cents. Mille ou dix mille, est-ce que cela m’arrivera jamais ?
Je les tiens en mon pouvoir. Un bien grand mot, « pouvoir ». Plus un mot de Roparz qu’un des miens. Roparz aurait dit : « Tu les tiens, tu es le cobra et la flûte, le panier d’osier et le charmeur de serpents, tu es l’univers et le non-univers, le Grand Tout et le grand rien du tout, néant, fermons le ban ! » Et il aurait ricané.
Je ferme les yeux pour ne pas le voir, Roparz, de l’autre côté de la vitre. Pourtant, ce sont ses mots à lui que je chante. Mais je l’entends murmurer à mon oreille, dans le casque : « Tu les tiens par ta peau, par tes cheveux, par tes paupières closes et ton visage de porcelaine, par ta voix et par mes paroles. »
Extrait de : H. Jaouen. « L’allumeuse d’étoiles. »
L’adieu aux Iles par Hervé Jaouen

Fiche de L’adieu aux Iles
Titre : L’adieu aux Iles
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1996
Editeur : Mazarine
Première page de L’adieu aux Iles
« L’homme de l’administration est venu me chercher dans l’amphi. Sur sa face plate, le masque de componction des estafettes de la mort.
Tandis qu’il trottinait derrière moi le long du couloir qui sentait la poussière d’été, ses lèvres de poupée qui parle ont bredouillé votre femme c’est grave, enfin je crois, excusez-moi, le téléphone est là.
Et la secrétaire le portait aussi ce masque breveté pompes funèbres, fatales nouvelles, faut compatir, si possible avoir l’air, et moi j’avais envie de les mordre parce que je crevais de peur, il était cinq heures, notre petite Charlotte sortait de l’école à moins le quart, Louisa me faisait appeler en plein cours, je me suis dit c’est comme ça qu’une vie bascule, une fin d’après-midi banale, un coup de fil, accident, et voilà, tout est foutu.
Je leur en voulais, aux deux stratifs, de me regarder par en dessous, de guetter ma voix brisée, mes cernes creusés, les perles de sueur froide sur mon front comme des boutons ou des gouttes de gomme arabique, oui ça y était, j’étais le troisième larron masqué, je m’allongeais sur un lit de bitume fumant et j’attendais le rouleau compresseur qui m’écraserait les traits. »
Extrait de : H. Jaouen. « L’adieu aux Îles. »
L’adieu au Connemara par Hervé Jaouen

Fiche de L’adieu au Connemara
Titre : L’adieu au Connemara
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2003
Editeur : Presses de la cité
Première page de L’adieu au Connemara
« Comme il avait perdu l’espoir qu’un seul d’entre eux survive, Sean Maloney usa ses dernières forces à creuser leurs tombes à tous sur le chemin du lac, dans le petit cimetière d’Inishconga, en face de l’îlot du même nom. Courbé sur sa houe, à l’intérieur de l’enclos cerné d’ifs, sous un rejet de frêne, de Kathleen, sa femme, Sean Maloney creusa, creusa la fosse. Jour après jour, alors que ses bras et ses jambes faiblissaient, de chacun de leurs six enfants Sean Maloney creusa, creusa le trou. Épuisé, il creusa le sien, en espérant bien succomber le dernier. Comme il n’y aurait plus personne pour l’ensevelir, il n’attendait du Très-Haut que la grâce ultime de lui accorder la force de ramper sous la bruyère jusqu’à sa douve où il s’aplatirait comme un crapaud pour rendre l’âme, recroquevillé sur lui-même comme tous les morts de faim. »
Extrait de : H. Jaouen. « L’adieu au Connemara. »
Hôpital souterrain par Hervé Jaouen

Fiche de Hôpital souterrain
Titre : Hôpital souterrain
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1990
Editeur : Gallimard
Première page de Hôpital souterrain
« Du plus loin qu’il se souvînt, l’angoisse était présente, changeante, protéiforme – parfois colombe apprivoisée qui se niche au creux de la poitrine et respire faiblement ; tantôt cafard qui ronge, lime ses pattes les unes contre les autres, écrivant une musique aux aigus métalliques ; souvent fleur vénéneuse éclose le soir et fanée au matin ; toujours livre impénétrable dont les pages de papier bible s’envolent au moindre souffle et desquelles s’échappent, ainsi que des moucherons, des hiéroglyphes en grappes, angoisses illisibles.
Oui, du plus loin qu’il se souvînt, il avait craint que ces angoisses des matins et des soirs ne se réunissent un jour jusqu’à former une boule qui l’étoufferait.
Et dès que sa fille vint au monde, il craignit pour sa vie.
Il avait craint l’accident à la sortie de l’école, l’empoisonnement, la strangulation, la noyade et autres peurs somme toute normales et banales d’un père fou d’amour, mais jamais il n’aurait imaginé, du fond du puits de ses terreurs nocturnes, qu’Angeline eût pu disparaître sans laisser de traces. »
Extrait de : H. Jaouen. « Hôpital souterrain. »
Histoire d’ombres par Hervé Jaouen

Fiche de Histoire d’ombres
Titre : Histoire d’ombres
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2004
Editeur : Denoël
Première page de Histoire d’ombres
« Juin 1984, Pierrelégier (Suisse).
Je ne m’appelle plus Ralph Bakchine.
J’ai changé d’identité et c’est drôle de le dire.
De l’écrire…
Aujourd’hui, c’est presque un anniversaire : voilà un an que je vis en Suisse, avec Jeanne. Jeanne et sa sœur. Mais la sœur n’est que l’ombre de Jeanne et elle n’a aucune importance dans cette histoire.
Je les aide à tenir le Café-restaurant de la Poste. Je suis devenu barman, pizzaïolo, plongeur, homme à tout faire.
Jeanne est une fille étrange, je parlerai d’elle plus tard.
Si j’ai entrepris de terminer ce journal, de mettre un point final à cette histoire, c’est pour que nul n’ignore la vérité.
Que je ne laisse rien dans l’ombre, après moi. »
Extrait de : H. Jaouen. « Histoire d’ombres. »
Gwaz-Ru par Hervé Jaouen

Fiche de Gwaz-Ru
Titre : Gwaz-Ru
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2013
Editeur : Presses de la cité
Première page de Gwaz-Ru
« À la grande surprise du jeune brigadier qui tenait le volant, la Juvaquatre de la gendarmerie de Quimper déboucha route de Bénodet, près du lieu-dit Moulin des Landes.
— Merde alors, dit-il, c’est la fin de la garenne.
— Ouais, tour nul, dit son supérieur, un maréchal des logis blanchi sous un képi lustré par quelque vingt ans de fidélité à des régimes antagoniques.
D’origine rurale, le chef maniait naturellement des tournures vernaculaires, parfois hermétiques à l’entendement du brigadier, un Brestois non bretonnant. Mais là, c’était clair. Tour nul : chou blanc. Ils étaient passés devant la ferme de Goarem-Treuz sans la voir. Pourtant, d’après la carte d’état-major, il n’y avait pas trente-six fermes le long de cette garenne qu’ils avaient parcourue d’un bout à l’autre, à partir de la route de Concarneau. »
Extrait de : H. Jaouen. « Gwaz-Ru. »
Flora des Embruns par Hervé Jaouen

Fiche de Flora des Embruns
Titre : Flora des Embruns
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1991
Editeur : Presses de la cité
Première page de Flora des Embruns
« Jamais Grand-rue n’avait mieux mérité son nom. Elle était née au pont sur la Virgule – maigre ruisseau côtier qui prenait sa source dans les collines au-dessus de la palud pour se jeter dans l’aber et y perdre son identité au rythme des marées – en même temps que le moulin à mer construit sous le règne de Louis XIV, sa première borne. Sa seconde borne extrême avait été élevée un siècle plus tard : sur la grève, épaulée aux rochers, une digue où venaient accoster les sardiniers et les chalutiers à voiles couleur tabac. Les pêcheurs y vendaient leur marée à une poignée de commerçants et hôteliers venus des bourgs ruraux alentour. Bientôt l’on avait bâti des abris, des maisons de pêcheurs – une pièce en bas, une pièce en haut éclairée par une mansarde ou un chien assis –, et puis au gré des ventes de terrains et des bonnes fortunes de mer, les lèvres de l’aber s’étaient chaussées de dents disparates, blanches et bleu ardoise, jusqu’à former une ligne continue de l’océan au Moulin du Pont. »
Extrait de : H. Jaouen. « Flora des embruns. »
Fleur d’achélème par Hervé Jaouen

Fiche de Fleur d’achélème
Titre : Fleur d’achélème
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2007
Editeur : Editions diabase
Première page de Fleur d’achélème
« C’est à l’occasion de son vingtième anniversaire, en 1966, que Bernard reçut la première lettre de Lucienne. Contrairement à l’indifférence qu’il feignit devant Marie-Claude, il fut flatté et amusé d’y lire sous l’autodérision une espèce de regret amoureux – sans doute Lucienne l’avait-elle aimé, et peut-être l’aimait-elle encore, après tout, ce qui serait assez drolatique. À vingt ans, il portait déjà un regard sans faiblesse sur le passé récent, et pourtant si lointain, de leur bande de copains.
Comme beaucoup de couples de leur génération, Marie-Claude et Bernard étaient entrés brutalement dans l’âge adulte. À force de faire l’amour à la sauvette dans des conditions et des postures rendant périlleuse la pratique du coït interrompu, ils avaient fabriqué un gosse. Ils ne le prirent pas comme une tuile. Puisqu’ils s’aimaient depuis leur quinzième printemps, quoi de plus naturel que de se marier à dix-neuf ans, quand on y gagne en plus son indépendance vis-à-vis du milieu familial ? »
Extrait de : H. Jaouen. « Fleur d’achélème. »
Orcs par Stan Nicholls

Fiche de Orcs
Titre : Orcs
Auteur : Stan Nicholls
Date de parution : 2001
Traduction : I. Troin
Editeur : Bragelonne
Sommaire de Orcs :
- La compagnie de la foudre
- La légion du tonnerre
- Les guerriers de la tempête