Catégorie : Livres

 

Le petit par Arcadi et Boris Strougatski

Fiche de Le petit

Titre : Le petit
Auteur : Arcadi et Boris Strougatski
Date de parution : 1971
Traduction : S. Delmotte
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le petit

« VIDE ET SILENCE

 
— Tu sais, dit Maïka, j’ai une espèce de pressentiment débile…
Nous nous trouvions près du glider, elle regardait à ses pieds et piochait de son talon le sable gelé.
Je ne sus quoi répondre. Je n’éprouvais aucun pressentiment, mais tout compte fait je ne raffolais pas non plus de cet endroit. Plissant les yeux, je me mis à contempler l’iceberg. Tel un gigantesque bloc de sucre, il pointait au-dessus de l’horizon, un croc crénelé d’un blanc aveuglant, totalement froid, totalement immobile, totalement homogène, sans le moindre scintillement ou miroitement pittoresques – on voyait bien qu’une fois son irruption accomplie, cent mille ans auparavant, dans cette rive plate, sans défense, il était fermement décidé à  »

Extrait de : A. et B. Strougatski. « Le Petit. »

Le lundi commence le samedi par Arcadi et Boris Strougatski

Fiche de Le lundi commence le samedi

Titre : Le lundi commence le samedi
Auteur : Arcadi et Boris Strougatski
Date de parution : 1966
Traduction : B. Du Crest
Editeur : Denoël

Première page de Le lundi commence le samedi

« J’approchais de mon lieu de destination. La forêt verdoyante s’avançait tout au bord de la route, ne faisant que rarement place à des clairières couvertes de laiches jaunes. Le soleil, prêt à se coucher depuis un bon bout de temps, ne se décidait toujours pas et restait suspendu au-dessus de l’horizon. La chaussée était étroite et parsemée de gravier. Quand l’auto roulait sur de gros cailloux, les jerricans vides faisaient un bruit de ferraille dans le coffre arrière.
Deux hommes débouchèrent de la forêt et s’arrêtèrent sur le bas-côté en regardant dans ma direction. L’un d’eux leva la main. Je ralentis pour mieux les voir. C’étaient des jeunes gens, un peu plus âgés que moi peut-être et qui me firent l’effet de chasseurs. Leurs visages me plurent et je stoppai. Celui qui avait levé le bras passa par la portière un visage bronzé au nez en bec d’aigle et me demanda en souriant :
— Vous ne pourriez pas nous emmener jusqu’à Solovets ?  »

Extrait de : A. et B. Strougatski. « Le lundi commence le samedi. »

Le dernier cercle du paradis par Arcadi et Boris Strougatski

Fiche de Le dernier cercle du paradis

Titre : Le dernier cercle du paradis
Auteur : Arcadi et Boris Strougatski
Date de parution : 1976
Traduction : M. Barrière
Editeur : Le Masque

Première page de Le dernier cercle du paradis

« L’inspecteur des douanes avait un visage rond et lisse qui respirait la bienveillance, et son attitude était des plus respectueusement aimables.
— Soyez le bienvenu, me dit-il. Comment trouvez-vous le soleil ici ? – Son regard se posa sur le passeport que je tenais à la main. – Belle matinée, n’est-ce pas ?
Je lui présentai mon passeport et posai ma valise sur le comptoir. L’inspecteur feuilleta rapidement le passeport. Il avait un uniforme blanc avec des boutons en argent et un galon, également en argent, à chaque épaule. Mettant le passeport de côté, il commença à toucher la valise avec le bout de ses doigts.
— Curieux, fit-il. Cette valise n’a pas encore séché. Il est difficile d’imaginer qu’il puisse faire mauvais quelque part. »

Extrait de : A. et B. Strougatski. « Le dernier cercle du paradis. »

La troïka par Arcadi et Boris Strougatski

Fiche de La troïka

Titre : La troïka
Auteur : Arcadi et Boris Strougatski
Date de parution : 1972
Traduction : P. Chwat
Editeur : Albin Michel

Première page de La troïka

« L’histoire débute au beau milieu d’une journée de travail. Je suais à grosses gouttes sur la rédaction de l’habituelle réclamation à adresser à l’usine des techniques magnétiques de Kitejgrad lorsque mon ami Edik Ampériane se présenta à mon bureau. D’une exquise politesse et de parfaite éducation, il n’avait pas surgi sans crier gare, ne s’était pas brusquement emparé du siège réservé aux visiteurs, n’avait pas effrontément fait irruption à travers un mur et ne s’était pas engouffré par le vasistas ouvert à coups de lance-pierres. La plupart de mes amis sont généralement pressés d’arriver on ne sait où, sont toujours en retard, aussi jaillissent-ils avec une totale désinvolture, négligeant les voies d’accès qu’empruntent ceux du commun. Edik, lui, n’appartient pas à cette race et il était tout bonnement entré  »

Extrait de : A. et B. Strougatski. « La Troïka. »

La seconde invasion des martiens par Arcadi et Boris Strougatski

Fiche de La seconde invasion des martiens

Titre : La seconde invasion des martiens
Auteur : Arcadi et Boris Strougatski
Date de parution : 1967
Traduction : P. Lequesne
Editeur : L’esprit des péninsules

Première page de La seconde invasion des martiens

« 1er JUIN (3 heures du matin)
Ô maudit conformisme du monde !
 
Seigneur, encore Artémis à présent ! Je découvre qu’elle fricote malgré tout avec ce Nicostrate. Et ça se dit ma fille… Bon, enfin…
Vers une heure du matin, j’ai été réveillé par un grondement puissant bien qu’éloigné, et intrigué par le reflet sinistre des taches rouges qui dansaient sur les murs de la chambre. Le bruit était comme un roulement continu, pareil à ce qu’on entend lors d’un tremblement de terre, et du reste toute la maison vibrait, les vitres tintaient et les flacons tressautaient sur la table de nuit. Effrayé, j’ai bondi à la fenêtre. Le ciel au nord flamboyait : on aurait dit que la terre là-bas, derrière l’horizon, s’était entrouverte et lançait jusqu’aux étoiles des fontaines de feu multicolore. Et ces deux-là, sourds et aveugles, tout baignés qu’ils étaient par les flammes de l’enfer et secoués par les ondes de choc souterraines, se tenaient enlacés sur le banc juste sous ma fenêtre et s’embrassaient à pleine bouche. J’ai tout de suite reconnu Artémis et j’ai d’abord cru que Charon était  »

Extrait de: A. et B. Strougatski. « La Seconde invasion des Martiens. »

L’escargot sur la pente par Arcadi et Boris Strougatski

Fiche de L’escargot sur la pente

Titre : L’escargot sur la pente
Auteur : Arcadi et Boris Strougatski
Date de parution : 1968
Traduction : M. Pétris
Editeur : Champ libre

Première page de L’escargot sur la pente

« De cette hauteur, la forêt était comme une luxuriante écume mouchetée. Comme une immense éponge poreuse couvrant le monde tout entier. Comme un animal qui se serait un jour tapi dans l’attente puis se serait endormi et se serait couvert d’une mousse grossière. Comme un masque informe posé sur un visage que personne n’avait encore jamais vu.
Perets quitta ses sandales et s’assit, ses pieds nus pendant dans le précipice. Il lui sembla que ses talons étaient tout d’un coup devenus humides, comme s’il les avait réellement plongés dans le tiède brouillard lilas qui s’accumulait sous la falaise. Il tira de sa poche les cailloux qu’il avait ramassés, les disposa soigneusement а côté de lui, puis choisit le plus petit et le jeta doucement en bas, dans le monde vivant et silencieux, endormi et indifférent qui avalait pour toujours. L’étincelle blanche s’éteignit, et rien ne se produisit, aucun branchage ne remua, aucun oeil ne s’entrouvrit pour le regarder.
S’il jetait un caillou toutes les minutes et demi;  »

Extrait de : A. et B. Strougatski. « L’Escargot sur la pente. »

L’auberge de l’alpiniste mort par Arcadi et Boris Strougatski

Fiche de L’auberge de l’alpiniste mort

Titre : L’auberge de l’alpiniste mort
Auteur : Arcadi et Boris Strougatski
Date de parution : 1982
Traduction : A. Volodine
Editeur : Denoël

Première page de L’auberge de l’alpiniste mort

« Je coupai le contact, puis je sortis de la voiture et ôtai mes lunettes noires. Tout était conforme à ce qu’avait décrit Zgoot. L’hôtel n’avait qu’un étage. C’était un bâtiment peint en jaune et vert. Une magnifique enseigne funèbre était pendue au-dessus du seuil : auberge de l’alpiniste mort. De gros tas de neige s’élevaient à droite et à gauche de l’entrée, et dans cette masse poreuse étaient plantés des skis de toutes les couleurs. Sept, d’après mes calculs ; à l’un d’eux était encore fixée une chaussure. Troubles, gaufrés, des glaçons énormes formaient des guirlandes au niveau du toit. À la dernière fenêtre du rez-de-chaussée apparut la tâche pâle d’un visage, et au même instant s’ouvrit la porte de l’entrée principale. Un homme trapu, chauve, s’avança sur le seuil. Il portait une éblouissante chemise en dacron, par-dessus laquelle il avait enfilé un gilet de fourrure rousse. Il avait une démarche lourde, traînante ; il s’approcha puis s’arrêta en face de moi. Je remarquai aussitôt sa physionomie rougeaude et grossière, soutenue par un cou de lutteur catégorie poids lourd. »

Extrait de : A. et B. Strougatski. « L’auberge de l’alpiniste mort. »

L’arc-en-ciel lointain par Arcadi et Boris Strougatski

Fiche de L’arc-en-ciel lointain

Titre : L’arc-en-ciel lointain
Auteur : Arcadi et Boris Strougatski
Date de parution : 1963
Traduction : S. Delmotte
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’arc-en-ciel lointain

« La paume de Tania, chaude et un peu rugueuse, reposait sur ses yeux, et plus rien ne le concernait. Il sentait l’odeur amère et salée de la poussière, les oiseaux de la steppe grinçaient, mal réveillés, et l’herbe sèche lui piquait et chatouillait la nuque. Rester allongé ainsi était dur et inconfortable, son cou le démangeait intolérablement, mais il ne bougeait pas, écoutant la respiration douce et égale de Tania. Il souriait et se réjouissait de l’obscurité, car son sourire devait être bête et satisfait jusqu’à l’indécence.
Puis, d’une manière aussi intempestive que déplacée, l’appel stridula au laboratoire du mirador. Tant pis ! Ce n’était pas la première fois. Ce soir-là, tous les appels tombaient d’une manière intempestive et déplacée. »

Extrait de : A. et B. Strougatski. « L’arc-en-ciel lointain. »

Il est difficile d’être un dieu par Arcadi et Boris Strougatski

Fiche d’Il est difficile d’être un dieu

Titre : Il est difficile d’être un dieu
Auteur : Arcadi et Boris Strougatski
Date de parution : 1964
Traduction : B. Du Crest, V. Lajoye
Editeur : Denoël

Première page d’Il est difficile d’être un dieu

« L’arbalète d’Anka était équipée d’un fût en matière plastique noire, d’une corde d’acier chromé, et un seul mouvement de son levier coulissant suffisait à la bander. Anton n’aimait pas les nouveautés, il utilisait un bon vieil engin du même modèle que celui du maréchal Totz, premier roi d’Arkanar : bardé de cuivre, avec un moulinet sur lequel s’enroulait une corde de boyau. Pachka, lui, avait pris une carabine à air comprimé. Paresseux et peu doué pour les travaux manuels, il considérait les arbalètes comme des armes préhistoriques.
Ils approchèrent d’une rive escarpée et sablonneuse, orientée au nord, où affleuraient les racines enchevêtrées de pins immenses. Anka lâcha la barre du gouvernail et regarda autour d’elle. Le soleil était déjà haut, tout était bleu, vert et jaune : le brouillard bleu au-dessus du lac, les pins vert sombre de la forêt, le sable jaune de la rive opposée. Et au-dessus d’eux, le ciel d’un bleu très clair.
« Il n’y a rien ici », dit Pachka. »

Extrait de : A. et B. Strougatski. « Il est difficile d’être un dieu. »

Vers un avenir perdu par Pierre Barbet

Fiche de Vers un avenir perdu

Titre : Vers un avenir perdu
Auteur : Pierre Barbet
Date de publication : 1962
Editeur : Le rayon fantastique

Première page de Vers un avenir perdu

« GRAND CONSEIL

Voici donc, en l’an 65402 de la 24 e révolution galactique, le vingt-sixième jour du troisième décan, Arcturus aux rayons couleur corail, avec son cortège de quatre planètes gravitant majestueusement autour de lui, et voici la curieuse histoire qui m’a été transmise à travers l’abîme du temps.

Sur la troisième planète, tel un atoll posé sur la mer améthyste, s’étire Polis Magna, capitale de l’Univers, siège du Grand Conseil qui régente les créatures, aussi nombreuses que les grains de sable d’une plage, qui forment la Confédération Galactique.

Là vit un peuple heureux, grouillante fourmilière pleine de diversité dans le tohu-bohu de ses races bigarrées.

Enviable civilisation, sur laquelle ne pèse plus aucun souci d’ordre matériel: une heure de travail par jour »

Extrait de : P. Barbet. « Vers un Avenir Perdu. »