Catégorie : Livres

 

Reliques de la nuit par James Paul Blaylock

Fiche de Reliques de la nuit

Titre : Reliques de la nuit (tome 1 sur 3 – Ghosts)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1994
Traduction : G. Abadia
Editeur : Bragelonne

Première page de Reliques de la nuit

« Encore une nuit de vent, anormalement chaude pour cette fin novembre, chargée de senteurs d’armoise et de poussière. Rêves d’automne agités. Nuit hantée par les craquements délibérément lents de la carcasse de la vieille maison, par le ferraillement des portes secouées dans leurs cadres, par le susurrement du vent sous l’avant-toit et son ululement dans la cheminée. Les branches des arbres se tordent, se raclent dans le noir. Les feuilles sèches carambolent contre les moustiquaires des portes et cavalcadent sur l’allée dallée.

La pleine lune veille sur la crête comme un fanal en haut d’un mur noir. Des ombres lunaires dentelées oscillent sur le sol de la cuisine. Peter Travers glisse une allumette contre le manchon d’une lanterne murale à gaz et la flamme surgit en sifflant, transformant les ombres en pâles et fugitifs ectoplasmes. Il verse une mesure de café moulu et de l’eau dans le percolateur posé sur la cuisinière et allume le gaz.

Adossé à la tablette, il regarde par la fenêtre en attendant que le café soit prêt. Derrière les chênes et les sycomores, le versant de la colline brille sous la lune d’ivoire. Des tortillons de poussière s’élèvent de la terre desséchée, spiralant parmi l’armoise et le sumac tels des spectres hésitants. Les premiers effluves de café du percolateur se répandent dans l’air de la cuisine, masquant l’odeur du désert apportée par le vent. »

Extrait de : JP Blaylock. « Reliques de la nuit. »

Le géant de pierre par James Paul Blaylock

Fiche de Le géant de pierre

Titre : Le géant de pierre (tome 3 sur 3 – Contes de l’Oriel)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1989
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages

Première page de Le géant de pierre

« Le brouillard n’est pas rare sur l’Oriel. Octobre venu, lorsque les nuits se font froides et humides, il se lève sur le fleuve et rampe jusqu’à terre où il se faufile le long du pré communal, dépasse le Moulin de la Veuve et, insinuant ses volutes entre les maisons isolées un peu à l’écart du village, remonte la Grand-Rue. La Taverne Stover, le Palais des corporations et la halle disparaissent sous ce linceul gris, et les bruits nocturnes que sont les pas du voyageur tardif, le hululement de la chouette, le bruissement des branches dans la brise, n’en paraissent que plus sonores et plus inquiétants.

Toute personne sensée est au lit en un moment pareil, bien sûr… fenêtres fermées et rideaux tirés, tandis que les dernières braises se consument dans le foyer. Ce brouillard qui vient du fleuve a quelque chose de pesant et d’étrange, comme s’il était le produit d’un sort, et non un effet naturel du climat. C’est là le genre de phénomène qu’on se plaît à rencontrer dans un livre, quand on a près de soi un verre de bière au gingembre ou de porto et que le feu mourant et le tic-tac de l’horloge sur le manteau de la cheminée sont là pour rappeler qu’il va bientôt falloir aller se coucher. »

Extrait de : JP Blaylock. « Le géant de pierre – Contes de l’Oriel. »

Le nain qui disparaissait par James Paul Blaylock

Fiche de Le nain qui disparaissait

Titre : Le nain qui disparaissait (tome 2 sur 3 – Contes de l’Oriel)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1983
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages

Première page de Le nain qui disparaissait

« Le mois de mai s’achevait, et le temps se réchauffait à Havreville. Enfin sorti de ses quartiers d’hiver – un auvent de bardeaux qui empêchait la pluie d’en ternir les cuivres et d’en gripper les mécanismes – l’énorme kaléidoscope trônait sur un lit de mousse surgi à la fin de l’an passé, à l’endroit précis où le vaisseau aérien de M. Twickenham s’était posé. Même le professeur Wurzle s’était avoué incapable de trouver un motif à la pousse de cet étrange végétal d’un vert glauque. Mais les mille fleurs minuscules qui le recouvraient composaient un arc-en-ciel de couleurs pastel si merveilleux que le pourquoi et le comment de la chose importaient peu, au fond.

Gilroy Bastable avait engagé un assistant jardinier pour entretenir le carré de verdure. Mais le temps était si clément, la vue des fleurs si reposante, le cadre si idyllique, que le nouvel employé municipal n’avait eu de cesse, trois jours durant, de s’endormir au beau milieu du parterre ; le maire devait payer un jeune garçon pour aller, toutes les demi-heures à peu près, secouer l’homme et le tirer du sommeil. »

Extrait de : JP Blaylock. « Le nain qui disparaissait – Contes de l’Oriel. »

Le vaisseau elfique par James Paul Blaylock

Fiche de Le vaisseau elfique

Titre : Le vaisseau elfique (tome 1 sur 3 – Contes de l’Oriel)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1982
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages

Première page de Le vaisseau elfique

« À l’été succédait l’automne, comme il se doit. Le mois d’octobre était arrivé, accompagné d’un bon peu de pluie. Et la pluie, au fond, ce n’est pas si désagréable – enfin, pour qui n’est pas dehors. Telles des oies, écharpes vaporeuses et deux azurés avaient migré vers le sud quelques semaines plus tôt et fait place à des bancs de nuages au gris tumultueux.

Un grondement sourd, qui tenait autant du braillement d’un géant que du craquement d’un rocher tombé au bas d’une gorge, s’entendait au loin dans la vallée. Du village, il semblait que l’Oriel se jetât dans la mer juste entre les versants herbus des montagnes, mais seule la distance créait pareil mirage. Le fleuve, aussi vaste que le ciel, par ici, avait eu des lustres pour grignoter ces murs de pierre et, même si cela ne se voyait pas depuis Havreville, la vallée s’évasait en de vertes collines qui moutonnaient jusqu’au lointain rivage côtier.

Les feuilles tombaient donc sous les assauts de la bise et, de celles qui s’accrochaient aux branches, bien peu gardaient la couleur émeraude de la belle saison. »

Extrait de : JP Blaylock. « Le Vaisseau Elfique – Contes de l’Oriel. »

Sonne le glas de la Terre par James Paul Blaylock

Fiche de Sonne le glas de la Terre

Titre : Sonne le glas de la Terre (tome 3 sur 3 – Christian)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1995
Traduction : B. Legrand
Editeur : Denoël

Première page de Sonne le glas de la Terre

« Une nuit humide d’hiver. Presque deux heures du matin et l’esprit de Noël hante le vent de l’océan, soupire à travers les faux sucres d’orge en forme de cannes étincelantes, suspendus aux réverbères sur Chapman Avenue, à travers les côtes du Père Noël illuminé au loin sur Plaza, le long des ruelles vides obscurcies d’ombres sournoises, inquiétantes. Des gouttes de pluie tombent en oblique sur les globes de verre brumeux des lampes, et de lourds nuages brisés errent, masquant le visage de la lune. Pendant un bref moment, les tuiles de terre cuite de l’église St. Anthony luisent sous la lumière lunaire. Les maisons du centre-ville émergent de l’ombre : bungalows de planches aux porches obscurs et aux parterres couverts de feuilles, arbres tordus qui soulèvent les trottoirs, sombres maisons, parsemées de rares lampes extérieures et, de-ci de-là, de quelques guirlandes de Noël laissées allumées pour toute la nuit. »

Extrait de : JP Blaylock. « Sonne le glas de la Terre. »

Le dernier denier par James Paul Blaylock

Fiche de Le dernier denier

Titre : Le dernier denier (tome 1 sur 3 – Christian)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1988
Traduction : J-P Pugi
Editeur : J’ai lu

Première page de Le dernier denier

« Il avait pris un sherrut, un taxi derviche tourneur qui se ruait sur la route menant des hauteurs de Jérusalem à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv. Le conducteur était un fou. Pennyman était ballotté et secoué en tous sens, tandis que la Mercedes-Benz d’un autre âge négociait les virages à une vitesse ahurissante et franchissait d’un bond les dos-d’âne de la chaussée. Il sentait dans sa poche la chaleur d’une bourse de cuir contenant quelques pièces en argent. Derrière lui, le jour décroissait et le soleil couchant blanchissait la vieille ville de Jérusalem. Devant, les ombres des hauteurs de Tel-Aviv s’étiraient sur un paysage méditerranéen sans relief qu’il reconnaissait à peine. Il y avait si longtemps…

Il s’était déjà rendu à cet aéroport, à l’époque où il portait encore le nom de Lod. Avant cela, bien des années plus tôt, il avait embarqué pour Chypre dans le port d’Haïra, à bord d’un chalutier. Il emportait alors une autre de ces pièces – la troisième qu’il avait en sa possession. »

Extrait de : J-P Blaylock. « Le dernier denier. »

Jonathan Strange et Mr Norrell par Susanna Clarke

Fiche de Jonathan Strange et Mr Norrell

Titre : Jonathan Strange et Mr Norrell
Auteur : Susanna Clarke
Date de parution : 2004
Traduction : I. D. Philippe
Editeur : Robert Laffont

Première page de Jonathan Strange et Mr Norrell

« Automne
1806-janvier 1807

VOILÀ QUELQUES ANNÉES, dans la bonne ville d’York, il existait une société de magiciens. Ces messieurs se réunissaient le troisième mercredi du mois et échangeaient de longues et ennuyeuses communications sur l’histoire de la magie anglaise.

C’étaient des « gentlemen magiciens », ce qui signifie que leur magie n’avait jamais nui à personne – ni fait aucun bien. En réalité, il faut l’avouer, aucun de ces magiciens n’avait jamais jeté le plus petit sort, ni par sa vertu magique fait trembler une feuille sur un arbre, modifié la trajectoire d’un seul atome de poussière ou touché à un cheveu de la tête de quiconque. Cependant, en dépit de cette unique menue réserve, ils étaient réputés pour compter parmi les gentlemen les plus sages et les plus magiques du Yorkshire. »

Extrait de : S. Clarke. « Jonathan Strange et Mr Norrell. »

Sur des mers plus ignorées… par Tim Powers

Fiche de Sur des mers plus ignorées…

Titre : Sur des mers plus ignorées…
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1987
Traduction : F-M Watkins
Editeur : J’ai lu

Première page de Sur des mers plus ignorées…

« Bien que le vent du soir eût glacé son dos pendant la traversée, il n’avait pas encore commencé sa course nocturne parmi les lianes et les palmiers de l’île ; il allait bientôt disperser l’air humide laissé par la journée. Le visage de Benjamin Hurwood luisait de sueur avant même que l’homme noir ne l’eût fait pénétrer de quelques pas dans la jungle. Il soupesa la lourde machette qu’il tenait dans sa main gauche – unique – et scruta avec inquiétude les ténèbres qui se pressaient contre la végétation illuminée par la torche, tout autour et au-dessus d’eux. Les histoires de cannibales et de serpents géants qu’il avait entendu raconter devenaient trop plausibles et il était difficile, en dépit d’incidents récents, de se fier à la collection de queues de bœuf, de petits sachets de toile et d’amulettes accrochés à la ceinture de son compagnon. Dans cette forêt vierge, ce n’était pas un réconfort de les considérer comme des gardes, des arrêts et des drogues au lieu de fétiches – pas plus qu’il n’était rassurant de se dire que l’homme était un bocor plutôt qu’un sorcier ou un chaman. »

Extrait de : T. Powers. « Sur des mers plus ignorées. »

Parmi les tombes par Tim Powers

Fiche de Parmi les tombes

Titre : Parmi les tombes
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 2012
Traduction : M. Le Dain
Editeur : Bragelonne

Première page de Parmi les tombes

« La base feutrée du fou d’ivoire atterrit sur le marbre de l’échiquier avec un bruit étouffé.

— Échec, dit la fille.

Le visage du vieil homme qui lui faisait face était plongé dans l’ombre – on avait tiré les rideaux des fenêtres donnant sur la rue, et le lustre, déséquilibré par son manchon économiseur de gaz, pendait de guingois. Tout ce qu’elle pouvait voir sous la visière de sa casquette noire, c’était l’éclat de ses lunettes aux foyers épais tournées vers les pièces du jeu.

Tous deux détestaient perdre.

— Et mat en… deux coups, constata-t-il.

Il se carra dans son fauteuil et l’observa en clignant longuement des yeux. Avec un soupir, elle écarta les mains. »

Extrait de : T. Powers. « Parmi les tombes. »

Les voies d’Anubis par Tim Powers

Fiche de Les voies d’Anubis

Titre : Les voies d’Anubis
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1983
Traduction : G. Lebec
Editeur : J’ai lu

Première page de Les voies d’Anubis

« Lorsque la BMW prit le virage et que, tout de suite après mais en souplesse, le chauffeur l’immobilisa d’un coup de frein, Brendan Doyle se plia sur la banquette arrière et posa son regard sur le terrain vague ceint d’une clôture devant lequel ils étaient arrivés. De hauts lampadaires le baignaient d’une lumière crue et l’on percevait à proximité le bruit de lourdes machines à l’œuvre.

— Pourquoi nous arrêtons-nous ici ? demanda-t-il sans trop d’espoir.

Le chauffeur bondit prestement de la voiture pour ouvrir la portière à Doyle. La nuit était assez fraîche.

— Mr Darrow est ici, expliqua-t-il. Laissez, je vais la prendre, ajouta-t-il en saisissant la valise de Doyle.

Celui-ci n’avait pas desserré les lèvres durant les dix minutes qu’avait duré le trajet depuis l’aéroport d’Heathrow mais à présent sa nervosité triomphait de sa réticence à reconnaître à quel point il ignorait presque tout de sa situation.

— J’ai… euh… j’ai cru saisir dans ce que m’ont dit les deux personnes qui sont entrées en contact avec moi à Fullerton, en Californie, que ce travail a quelque chose à voir avec Samuel Taylor Coleridge, fit-il timidement alors qu’ils s’acheminaient vers le portail ménagé dans le grillage. Savez-vous précisément… de quoi il s’agit ? »

Extrait de : T. Powers. « Les Voies D’Anubis. »