Catégorie : Livres
Docteur Squelette par Serge Brussolo

Fiche de Docteur Squelette
Titre : Docteur Squelette (Tome 1 sur 1 – Les chroniques d’épouvante)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Docteur Squelette
« Jeanne roule sur le lit humide de sueur. La chambre n’est qu’un cube de chaleur solidifiée que transpercent les aiguilles incandescentes d’une lumière filtrant par les fentes des volets.
Le drap l’enveloppe, immense et pesant comme une voile de navire trempée. La jeune femme se débat, prisonnière de ce suaire géant trop grand pour elle, collant comme un piège.
À gauche le lit est froid. Sec. Marc n’est plus là. Il a probablement attendu que sa compagne s’endorme, terrassée par la chaleur pour se relever sans bruit et sortir…
Jeanne se redresse, le cœur battant.
Dehors c’est la fournaise de l’après-midi. Un souffle de lance-flammes qui remonte les rues et dessèche le crépi des façades, craquelant vernis et peintures.
Comment Marc a-t-il pu sortir et parcourir une fois de plus ces ruelles cent fois brûlées, ce désert urbain qui vous cuit la plante des pieds à travers l’épaisseur des semelles ?
Jeanne s’extirpe de la couche. Nue, moite, des rigoles au creux des reins, des gouttes salées fuyant des aisselles.
Il lui semble qu’elle voit Marc, titubant au long de la Calle Central, tête nue, sans chapeau, les cheveux décolorés, la peau rougie et trop sèche. »
Extrait de : S. Brussolo. « Docteur Squelette – Les chroniques d’épouvante. »
La cicatrice du chaos par Serge Brussolo

Fiche de La cicatrice du chaos
Titre : La cicatrice du chaos (Tome 3 sur 3 – Les brigades du chaos)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir
Première page de La cicatrice du chaos
« Mathias Faning avait peur des ballons de baudruche. Chaque fois qu’il en voyait un flotter au bout d’une ficelle, il ne pouvait s’empêcher de frissonner de terreur. Peu de gens encore admettaient le danger, car il y avait dans cette image de la mort quelque chose d’extravagant, de paradoxal, qui allait à l’encontre de tous leurs souvenirs d’enfance. Et pourtant Faning savait qu’il avait raison.
En ce moment même, étendu sur la moquette faisant face à la baie vitrée de son appartement, il scrutait la nuit avec l’attention soutenue d’une sentinelle sondant les ténèbres. C’était toujours à cette heure qu’ils se manifestaient, quand la fatigue vous alourdissait les paupières, vous contraignant à fermer les yeux. Il fallait alors redoubler de vigilance, se raidir contre l’assoupissement, ou sinon… »
Extrait de : S. Brussolo. « La cicatrice du chaos – Les brigades du chaos. »
Promenade du bistouri par Serge Brussolo
Fiche de Promenade du bistouri
Titre : Promenade du bistouri (Tome 2 sur 3 – Les brigades du chaos)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir
Première page de Promenade du bistouri
« Mathias Faning travaille à la morgue de Los Angeles, au service nécro-vidéo. Toute sa science consiste à extraire de la mémoire résiduelle des morts les dernières images enregistrées par leur conscience au moment du meurtre, et à en tirer le portrait de leur assassin. Sa femme, adepte du RubOut, une drogue qui efface les souvenirs, ne lui adresse presque plus la parole et s’efforce d’atteindre l’amnésie totale pour refaire sa vie.
Koban Ullreider, lui, n’a jamais faim, jamais froid, et ne dort pas davantage. C’est un psychopathe rapatrié des colonies martiennes, et dont le système nerveux n’enregistre aucune information tactile.
Endoctriné par son père, un ancien prédicateur de la colonie martienne, il exerce le « métier » de psycho-killer, et éventre les femmes pour leur greffer des organes de son invention. Son but : les transformer en anges de l’Apocalypse et utiliser cette brigade du chaos pour faire pleuvoir sur la nouvelle Babylone le châtiment annoncé de toute éternité par les Écritures. »
Extrait de : S. Brussolo. « Promenade du bistouri – Les brigades du chaos. »
Profession : cadavre par Serge Brussolo
Fiche de Profession : cadavre
Titre : Profession : cadavre (Tome 1 sur 3 – Les brigades du chaos)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir
Première page de Profession : cadavre
« Elle s’appelait Sarah, elle avait vingt-cinq ans. Elle était grande et mince avec de longs cheveux noirs que la transpiration du sommeil collait à ses épaules.
Elle s’agitait au creux du lit, s’entortillant dans les draps.
Presque toutes les nuits, depuis son accident, elle revivait la même scène jusqu’à ce que l’angoisse devienne trop forte et la ramène à la réalité dans une grande suffocation qui la faisait soudain se dresser au milieu de la literie trempée.
En ce moment, elle était suspendue au bout de la corde, les genoux frottant la pierre du mur, à trente mètres au-dessus du trottoir. Elle essayait de ne pas penser au vide, au crampon fiché dans la façade de l’immeuble, et dont toute sa vie dépendait. Les doigts crispés sur le pinceau, elle dessinait la bouche d’une grand-mère souriante en maudissant le soleil californien qui provoquait une dessiccation trop rapide de la peinture.
Oui, elle peignait cette bouche un peu fripée tandis que la fenêtre, à dix mètres au-dessus d’elle, s’ouvrait en grinçant. Elle savait qu’une main armée d’un couteau allait sortir dans une seconde pour
sectionner le filin auquel elle était suspendue. »
Extrait de : S. Brussolo. « Profession : cadavre – Les brigades du chaos. »
L’ombre des gnomes par Serge Brussolo
Fiche de L’ombre des gnomes
Titre : L’ombre des gnomes (Tome 2 sur 2 – Les animaux funèbres)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’ombre des gnomes
« — La ville devient folle ! murmura une fois de plus le lieutenant Manuel Corco.
L’odeur fade du cadavre flottait dans l’appartement comme un relent de fleurs pourrissantes. Le policier jeta un bref coup d’œil au corps de Bombicho. L’ancien juge reposait sur le sol, entièrement nu, le ventre criblé de courtes tiges d’aciers qui ressemblaient à des carreaux d’arbalète.
Oui, la ville devenait folle. Tout avait commencé avec Bagazo, le croque-mort, qui, une nuit, avait découvert une bande de singes à l’intérieur du cimetière. Des singes dont la principale occupation consistait à déterrer les défunts et… à les manger.
Le lieutenant chassa une mouche d’un revers de main agacé. Peu de temps après, les singes s’étaient mis à envahir la cité, déféquant sur les toits des voitures et s’accouplant en public. Il s’agissait d’animaux étranges, n’appartenant à aucune espèce connue. Probablement des bâtards, dépourvus de pelage, et à la peau affreusement rose.
Corco souleva sa casquette pour s’éponger le front. Mathias Gregori Mikofsky, le journaliste scientifique, venait d’entrer dans le salon. C’était un colosse enveloppé de mauvaise graisse, au crâne chauve et dont la lèvre supérieure s’ornait d’une moustache hypertrophiée masquant complètement sa bouche. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les animaux funèbres – L’ombre des gnomes. »
Les animaux funèbres par Serge Brussolo

Fiche de Les animaux funèbres
Titre : Les animaux funèbres (Tome 1 sur 2 – Les animaux funèbres)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les animaux funèbres
« — Yeye… Eja. Yemanja… Mère des poissons et mère des eaux. Yeye… Eja.
Le halètement montait dans le brouillard de poussière au-dessus des toits du bidonville, véritable psalmodie de machine à vapeur purgeant son trop-plein d’énergie par mille soupapes.
— Yeye… Eja…
Le lieutenant Corco ferma les yeux et se cramponna au volant poisseux comme si la voiture de patrouille allait soudain disparaître, engloutie par le fleuve de goudron amolli coulant entre les deux rives de l’avenue San Emilio.
La psalmodie s’échappant de l’église spirite pénétrait en lui par tous ses orifices naturels et enflait sous sa calotte crânienne à la manière d’une montgolfière. Son cerveau n’était déjà plus qu’une boule de chewing-gum mille fois mâché, un de ces gros chewing-gums américains bleuâtres qui vous emplissent un peu plus la bouche à chaque mastication et semblent gonfler sur votre langue tel un levain plastifié, comme si on les avait secrètement programmés pour décupler leur volume, obstruer votre gorge et vous condamner à l’étouffement. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les animaux funèbres. »
Le suaire écarlate par Serge Brussolo
Fiche de Le suaire écarlate
Titre : Le suaire écarlate (Tome 2 sur 2 – La fille de l’archer)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2014
Editeur : I2N
Première page de Le suaire écarlate
« Elle se nomme Catherine, elle a quatorze ans et des cheveux aussi frisés que la laine des moutons qu’elle a l’habitude de mener paître sur la colline des Averneaux.
Elle s’est débarrassée de ses sandales pour goûter la joie de marcher pieds nus dans l’herbe fraîche. Sa vie est faite d’une addition de plaisirs simples. Elle a tôt appris qu’il fallait s’en contenter car l’existence des humbles est brève, souvent interrompue par le passage capricieux d’une épidémie ou le surgissement furieux d’une troupe armée qui viole, saccage et tue. Elle a vite compris combien il était vain de faire de grands projets. Mieux vaut vivre dans l’instant et se réjouir de n’avoir pas encore la gorge tranchée. Elle n’a plus d’illusions ; l’année dernière, elle a vu ce que les soldats avaient laissé de Montauvert, le village voisin, au terme d’une ripaille de trois jours et trois nuits. Elle a aidé sa mère et sa sœur à laver les corps des femmes éventrées, et ceux des bébés empalés sur des piques. Elle a elle-même enveloppé dans un suaire sa grande amie, Ninette, qui avait partagé ses jeux de petite fille. Ninette, qui plantait dans la terre de minuscules fanions jaunes pour attirer les lutins. Ninette, qui aurait tellement voulu être une fée… »
Extrait de : S. Brussolo. « Le Suaire écarlate – La fille de l’archer. »
La fille de l’archer par Serge Brussolo
Fiche de La fille de l’archer
Titre : La fille de l’archer (Tome 1 sur 2 – La fille de l’archer)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2012
Editeur : Fleuve noir
Première page de La fille de l’archer
« La foire est un trou punais, un lieu où l’on peut à son aise, et selon la terminologie des édiles, lascher ses eaues et aysemens…
La foire bourgeonne au pied des remparts, agglutinant ses tentes aux vives couleurs. Le vacarme est effrayant, les odeurs se font lourdes. La dernière averse a changé le sol en un champ boueux où les badauds piétinent allégrement, crottant chausses, brodequins et pigaches. Les dames, elles, essayent de sauvegarder leurs robes en empruntant les chemins de planches disposés au long des baraques. Les goinfres, gavés de gaufres et de cidre, connaissent les affres de la colique et se soulagent à l’abri de paravents de joncs tressés, ou derrière une tente. Leurs excréments vivifient le fumet ambiant ; qu’importe ! tout à l’heure on lâchera les cochons éboueurs qui s’engraisseront de ces déchets.
Il y a le cracheur de feu, l’équilibriste, le jongleur, l’homme qui s’enfonce des épingles dans les joues sans cesser de sourire, l’enfant araignée aux membres tordus qu’on peut replier dans un panier d’osier où il tient à peine plus de place qu’un chaton. »
Extrait de S. Brussolo. « La Fille de l’Archer – La Fille de l’Archer. »
Les rivages incertains par Serge Brussolo

Fiche de Les rivages incertains
Titre : Les rivages incertains (Tome 2 sur 2 – La fille aux cheveux rouges)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2006
Editeur : J’ai lu
Première page de Les rivages incertains
« Il y aurait un mois, ce soir, qu’ils avaient quitté Londres. Quatre semaines d’une navigation interrompue par de brèves escales ; la plus importante ayant eu lieu à Cuba. Quatre semaines d’angoisse et d’insomnie, passées à scruter l’océan ; car la mort était là, cachée sous le gris des vagues, invisible. Amy, chaque fois qu’elle s’accoudait au bastingage, la sentait rôder à dix encablures. À côté d’elle, Sharon, devinant ses angoisses, plissait les yeux pour sonder les flots.
— La mer, disait la fillette, ça ressemble à une peau d’éléphant.
Ce n’était pas faux. Par calme plat, les lames se muaient en une multitude de rides superficielles, de plis, de sillons. Amy, elle, avait l’impression de contempler une plaine d’asphalte infinie, une piste d’atterrissage désespérément vide attendant le retour d’une escadrille fantôme à jamais égarée dans les brumes du Walhalla.
Elle avait conscience de se laisser submerger par ses fantasmes, mais le voyage, interminable, favorisait les dérives mentales. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les rivages incertains – La fille aux cheveux rouges. »
Le chemin de cendre par Serge Brussolo
Fiche de Le chemin de cendre
Titre : Le chemin de cendre (Tome 1 sur 2 – La fille aux cheveux rouges)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2006
Editeur : J’ai lu
Première page de Le chemin de cendre
« Le 22 juin 1940, la France capitule devant le déferlement allemand qui la submerge de toutes parts. C’est la consternation, personne n’avait imaginé cela ! L’Angleterre se retrouve seule, isolée, mais, dans un premier temps, va se réjouir, voire s’enorgueillir de cet isolement. No more bloody allies ! proclament les graffitis. Au vrai, les Anglais ont toujours ressenti comme un fardeau l’obligation de composer avec les Français. Ils sont soulagés de n’avoir, désormais, à ne compter que sur eux-mêmes. Ils sont convaincus qu’ils se débrouilleront mieux en ayant les mains libres.
On a certes beaucoup écrit sur cette période que la propagande britannique s’est appliquée à embellir. Pendant longtemps on a tressé des couronnes, élevé des statues, entonné des panégyriques… Aujourd’hui, les historiens sont plus circonspects ; sous l’image d’Épinal ils commencent à discerner une réalité plus triviale, moins chevaleresque. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le Chemin de cendre – La fille aux cheveux rouges. »