Catégorie : Livres

 

Les joyaux de la couronne par Walter Jon Williams

Fiche de Les joyaux de la couronne

Titre : Les joyaux de la couronne
Auteur : Walter Jon Williams
Date de parution : 1987
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages

Première page de Les joyaux de la couronne

« Dans ses chaussons de cuir souple, Drake Maijstral gagna sans un bruit le centre de la salle de bal. C’était son métier que d’avoir le pied léger, sur Péleng comme ailleurs.
Là, les idéogrammes « Longue vie » et « Bienvenue aux voyageurs » flottaient sous le haut plafond. Le scintillement de ces holos, baignant la salle d’une vive clarté, permettait avant tout d’offrir l’éclairage idéal aux médiaglobes qui voguaient au-dessus du public pour le filmer. Dans l’assistance, chacun, humain ou pas, réagissait à cette brillance inaccoutumée selon son caractère ou la raison de sa présence. On se fondait dans l’ombre et on murmurait, tourné vers le mur. On paradait sous un globe ou, porté par un champ agrav, on s’élevait à sa rencontre dans l’espoir qu’il condescende à vous interviewer. On se promenait en pleine lumière, mais, timide, on rougissait. On tâchait de paraître normal, et on finissait par se demander ce qu’était la normalité, surtout dans de telles circonstances. »

Extrait de : W.J Williams. « Les Joyaux de la Couronne. »

Machine de guerre par Paolo Bacigalupi

Fiche de Machine de guerre

Titre : Machine de guerre (tome 3 sur 3 – Les cités englouties)
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2017
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Machine de guerre

« Le drone volait en cercles loin au-dessus des ravages de la guerre.

Il n’était pas là une semaine plus tôt. Une semaine plus tôt, les Cités englouties ne valaient pas la peine qu’on les mentionne, encore moins qu’on envoie un drone les surveiller.

Les Cités englouties : littoral rendu marécageux par la montée des eaux et les haines politiques, lieu de décombres et d’incessants échanges de feu. Autrefois fière capitale, les gens qui alors circulaient dans ses couloirs de marbre dominaient une bonne partie du monde. Aujourd’hui, l’endroit avait à peine sa place sur les cartes, et encore moins au cœur des réunions des personnes civilisées. Les histoires qu’elles avaient contrôlées, les territoires qu’elles avaient gouvernés, tout avait été perdu à mesure que ses habitants sombraient dans la guerre civile – avant d’être oubliés.

Pourtant, un drone de surveillance de classe Rapace les survolait à présent.

Maintenu à distance par des courants humides et chauds, il observait les jungles impénétrables et les côtes érodées. Il tournait en ronds, les ailes déployées pour profiter des vents tièdes de l’océan Atlantique. Ses caméras passaient sur les marais emmêlés de kudzu et les étangs émeraude infestés de moustiques. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « Machine de guerre – Les cités englouties. »

Démence par Guy-Roger Duvert

Fiche de Démence

Titre : Démence (Tome 5 sur 5 – Outsphere)
Auteur : Guy-Roger Duvert
Date de parution : 2026
Editeur : Library of Congress

Première page de Démence

« M1500, dont le vrai nom s’était effacé il y a longtemps derrière le titre d’Empereur, admirait la vue que lui offrait la baie vitrée installée en haut de sa pyramide. Un bâtiment majestueux aux origines extraterrestres autour duquel il avait fondé une cité devenue dès lors la capitale d’un véritable empire. Un bâtiment qu’il n’avait plus quitté depuis des siècles. L’homme le plus puissant de la planète était également un prisonnier. Sa survie avait nécessité un tel sacrifice de sa part.

L’Atlante comprenait que les presque deux millénaires qu’il avait vécus sur Eden aboutissaient à sa situation actuelle. De nombreux siècles plus tôt, il s’était donné une mission, reprenant à son compte les craintes de la colonie de l’époque, baptisée Outsphere. Sa réussite ou son échec allait se décider bientôt et du déroulement des événements dépendrait la survie de l’humanité. »

Extrait de : G-R Duvert. « Démence – Outsphere. »

La peste du léopard vert par Walter Jon Williams

Fiche de La peste du léopard vert

Titre : La peste du léopard vert
Auteur : Walter Jon Williams
Date de parution : 2003
Traduction : J.-D. Brèque
Editeur : Bélial

Première page de La peste du léopard vert

« Battant des jambes au-dessus de l’océan, la sirène solitaire contemplait l’horizon depuis son perchoir sur le banian surplombant la mer.
L’air était d’une immobilité absolue et imprégné du parfum des fleurs nocturnes. Des roussettes filaient résolument au-dessus des eaux, en partance pour leur repos diurne. Quelque part, un cacatoès blanc lança un cri strident. Un stourne de Micronésie entama un vol des plus bref vers le large, puis rebroussa chemin. Le soleil levant projetait des étincelles rouge et or depuis les crêtes des vagues et parait de lumière la végétation tropicale qui couronnait les nombreuses îles s’étalant jusqu’à l’horizon.
La sirène décida qu’il était l’heure du petit déjeuner. Elle se laissa glisser de sa chaise en toile suspendue et s’avança sur l’une des grosses branches du banian. Celle-ci oscillait doucement sous son poids, et ses pieds nus s’accrochaient à l’écorce rêche. Elle baissa les yeux vers le bleu soutenu du chenal, bien différent du bleu turquoise des eaux où affleuraient les récifs. »

Extrait de : W.J Williams. « La Peste du Leopard Vert. »

Scalde par Federico Saggio

Fiche de Scalde

Titre : Scalde (tome 4 sur 4 – Prélude au Ragnarök)
Auteur : Federico Saggio
Date de parution : 2022
Editeur : Editions Cavaliers Seuls

Première page de Scalde

« La neige.

Le froid.

Et le vent.

Le blanc immaculé, éclatant, qui se teinte de l’écarlate de la vie qui me quitte. Je regarde mon sang se répandre pendant de longues secondes, sans comprendre, sans saisir le sort qui m’attend. Bien sûr, c’est la mort qui guette patiemment et qui appose sur moi, en silence, son linceul transparent.

Le Dernier Hiver a posé les yeux sur moi. Je sens son souffle sur mon visage, je peux presque discerner le sourire carnassier qu’il m’adresse, savourant chacun de mes râles… Il se languit de cette ultime respiration qu’il attend que j’exhale. »

Extrait de : F. Saggio. « Prélude au Ragnarök – Scalde. »

Valkyrie par Federico Saggio

Fiche de Valkyrie

Titre : Valkyrie (tome 3 sur 4 – Prélude au Ragnarök)
Auteur : Federico Saggio
Date de parution : 2021
Editeur : Editions Cavaliers Seuls

Première page de Valkyrie

« Je virevolte entre les cimes des arbres, esquive les branches et pique en direction de la steppe glacée. Un puissant battement d’ailes et me voilà qui domine à nouveau l’horizon ; tournoyant sur moi-même, je laisse les vrilles me griser, l’illusion de la liberté me pénétrer.

Une soudaine bourrasque vient plier la végétation ; la nature enragée s’efforce de me soumettre à sa volonté. C’est de bon cœur que je me prête au jeu, éclatant de rire devant un défi si puéril ; combien de fois avons-nous dansé ce ballet ? Combien de fois le vent s’est-il efforcé de m’emporter… sans jamais remuer le moindre de mes cils ?

Je plonge de côté, enroulant mes ailes autour de mes épaules, tournoyant sur moi-même de plus belle. »

Extrait de : F. Saggio. « Prélude au Ragnarök – Valkyrie. »

Le royaume des brumes par Federico Saggio

Fiche de Le royaume des brumes

Titre : Le royaume des brumes (tome 2 sur 4 – Prélude au Ragnarök)
Auteur : Federico Saggio
Date de parution : 2021
Editeur : Editions Cavaliers Seuls

Première page de Le royaume des brumes

« Mes paupières sont terriblement lourdes, mes yeux embués.

Un brouillard épais, aux volutes aussi enivrantes qu’étouffantes, enveloppe et appesantit le fil de mes pensées. Aurais-je entaché mon âme en me rendant au Royaume des Brumes ?

Me serais-je condamné en accomplissant la volonté des Dieux ?

Me serais-je perdu à force de trop vouloir m’éprouver ?

Ma tête repose sur un ventre chaud et nu de femme : sa peau est douce et tendre au toucher, légèrement parfumée du sel d’une nuit agitée. Elle frémit à peine au contact de mes doigts gelés ; je la sens se cambrer de désir, répondre docilement à ce qu’elle prend pour une invitation au plaisir. 

Je me redresse légèrement sur le coude pour la dévisager : qu’importe le temps que j’y passe, je ne reconnais pas ses traits. Ses yeux sont d’un noir profond, et recèlent une intelligence vive…  »

Extrait de : F. Saggio. « Prélude au Ragnarök – Le royaume des brumes. »

Sigurd par Federico Saggio

Fiche de Sigurd

Titre : Sigurd (tome 1 sur 4 – Prélude au Ragnarök)
Auteur : Federico Saggio
Date de parution : 2021
Editeur : Editions Cavaliers Seuls

Première page de Sigurd

« La neige.
Le froid.
Et le vent.
Mais je ne sens absolument rien de tout cela. Pas même mes doigts qui s’engourdissent. Pas même mes muscles qui se tétanisent. 
La seule sensation qui m’étreint, c’est ce terrible sentiment de solitude, cette mélancolie implacable qui ne me quitte plus désormais.
À présent que je sais ce que je sais, rien ne me paraît plus réel, ni plus tangible, que ce terrible sentiment d’inéluctabilité face à la mort tandis que j’ajuste ma mire.
 
Ma proie est magnifique. Elle hume l’air et profite des derniers rayons de soleil sans se douter de rien. Heureux soit-il, l’animal qui ignore tout de sa condition d’être mortel et éphémère. Il ne sait rien non plus du sort qui l’attend. »

Extrait de : F. Saggio. « Prélude au Ragnarök – Sigurd. »

Un homme dans la nuit par Gaston Leroux

Fiche de Un homme dans la nuit

Titre : Un homme dans la nuit
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1910
Editeur : Feedbooks

Première page de Un homme dans la nuit

« À toute vapeur, le train filait dans la Prairie. Il avait quitté les rives du Missouri, laissé derrière lui les faubourgs manufacturiers d’Omaha City et dirigeait sa course folle vers Cheyenne, traversant dans toute sa largeur, de l’est à l’ouest, l’État de Nebraska. Le train se trouvait alors dans la partie la plus dangereuse de son parcours de New York à San Francisco.

Aujourd’hui que les Peaux-Rouges se sont civilisés et qu’ils montent dans le train après avoir pris leurs tickets, la sécurité des voyageurs dans le Nebraska est aussi complète que dans les autres États de l’Union.

Mais, si nous nous reportons d’une vingtaine d’années en arrière, il n’en allait point de même. Et quand les Omahas, les Gowas ou les Delawares, les Pawnies et surtout les Sioux, quand quelques membres des tribus du Nebraska sortaient des « territoires réservés » pour prendre le train, c’était pour le prendre d’assaut. Déjà, à cette époque, ils étaient à demi domptés et ne songeaient guère à mettre le siège devant Cheyenne ni à affamer la ville, comme ils l’avaient fait quelques années auparavant. »

Extrait de : G. Leroux. « Un homme dans la nuit. »

Quelques nouvelles terrifiantes par Gaston Leroux

Fiche de Quelques nouvelles terrifiantes

Titre : Quelques nouvelles terrifiantes
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1911-1924
Editeur : Bibebook

Sommaire de Quelques nouvelles terrifiantes :

  • Le dîner des bustes
  • La hache d’or
  • L’auberge épouvantable
  • Le Noël du petit Vincent-Vincent
  • Not’Olympe
  • La femme au collier de velours

Première page de Le dîner des bustes

« Le Chinois, le Malgache et le Soudanais, explique Dorée, confidentielle, je ne sais pas leurs vrais noms, ni leurs âges, ni rien et personne ne le sait à Toulon. C’est prodigieux de les voir ici… En voilà qui sont du Mourillon, du vrai Mourillon… Ce sont des capitaines de la coloniale. Sur quatre années, ils en passent trois dans leur pays de là-bas, en Chine, à Madagascar, au Soudan, et, la quatrième, ils refont leur foie au bord de la mer, en se chauffant au soleil, dans le jardinet d’une villa… On dit des choses d’eux : « Ils vivent ici, pareils que chez les sauvages… Ils mangent à la sauvage… enfin, tout !… »

Claude Farrère

Les Petites Alliées

Le capitaine Michel n’avait plus qu’un bras, qui lui servait à fumer sa pipe. C’était un vieux loup de mer dont j’avais fait la connaissance en même temps que celle de quatre autres loups de mer, un soir, à l’apéritif, sur la terrasse d’un café de la vieille Darse, à Toulon. Et nous avions ainsi pris l’habitude de nous réunir autour des soucoupes, à deux pas de l’eau clapotante et des petites barques dansantes, à l’heure où le soleil descend du côté de Tamaris. »

Extrait de : G. Leroux. « Quelques nouvelles terrifiantes. »