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Toutes les vies de Benjamin par Ange

Fiche de Toutes les vies de Benjamin

Titre : Toutes les vies de Benjamin
Auteur : Ange
Date de parution : 2011
Editeur : Syros

Première page de Toutes les vies de Benjamin

« Une petite étincelle jaillit à l’intérieur d’un ordinateur situé au deuxième étage du Centre scientifique. Rapidement, de minuscules flammes léchèrent le cœur de l’ordinateur, mais personne ne s’en aperçut, car le laboratoire était désert.

Au rez-de-chaussée, les élèves de CM2 de l’école Bradbury étaient en visite. Nous étions le matin du 15 mai 2022, et la plupart des enfants s’ennuyaient ferme.

Les deux plus jolies filles de la classe, Lucie et Capucine, regardaient Benjamin qui essayait d’acheter une barre chocolatée au distributeur.

Benjamin… Le garçon dont tout le monde se moquait. Il était maladroit, trop grand pour son âge, avec une légère tendance à bégayer par moments. Il voulut introduire la monnaie dans la fente, laissa tomber ses pièces par terre, se baissa pour les ramasser, glissa sur le sol en marbre et se cogna le nez sur la machine. Lucie et Capucine pouffèrent méchamment de rire. Benjamin s’aperçut qu’il saignait du nez, s’essuya du revers de sa main et mit du sang partout sur son tee-shirt.

– T’es trop nul ! persifla Lucie, juste derrière lui. Même pas capable de mettre des sous dans un distributeur ! »

Extrait de : Ange. « Toutes les vies de Benjamin. »

Tapisserie par Ange

Fiche de Tapisserie

Titre : Tapisserie
Auteur : Ange
Date de parution : 2005
Editeur : Bragelonne

Première page de Tapisserie

« Alexandre a quatre ans quand il voit la licorne. Il est assis par terre, dans le coin aux jouets de sa chambre, entre le lit et le bureau où Papa entrepose ses magazines autos… et d’autres, aussi, pleins de femmes sans soutien-gorge, dissimulés dans le tiroir du bas.

Alexandre a des petites voitures et des Lego, mais il ne joue pas. Alexandre ne joue jamais beaucoup ; il préfère regarder les carrés de la moquette. La moquette est bleue, les carrés sont blancs, et quand Alexandre les fixe longtemps, il a l’impression de voir les nuages filer dans le ciel.

La brise de juin soulève les rideaux de la fenêtre entrouverte. Alexandre entend un bruit. Il lève les yeux, les pupilles encore encombrées de nuages et il voit la licorne immobile à un mètre de lui.

Alexandre pense d’abord qu’elle n’est pas pour de vrai, que c’est une grosse peluche déposée par Maman dans sa chambre. Papa et Maman se sont disputés ce matin. Quand ils sont sortis du salon, Maman avait un bleu sur la joue et ses yeux étaient rouges. »

Extrait de : Ange. « Tapisserie. »

Sang maudit par Ange

Fiche de Sang maudit

Titre : Sang maudit
Auteur : Ange
Date de parution : 2017
Editeur : Castelmore

Première page de Sang maudit

« Les dames de la cour royale de Versailles descendirent du métro, soulevant leurs immenses jupes brodées d’or. Puis elles se dirigèrent vers leur correspondance, slalomant entre les hommes d’affaires accrochés à leurs téléphones portables et les femmes en imper sortant de leurs trains de banlieue. Malgré les efforts de leurs pages, les crinolines des élégantes effleurèrent deux SDF enveloppés dans leurs couvertures, qui se vengèrent en les insultant copieusement.
Des touristes japonais photographièrent avec excitation les nobles passantes, tandis que leur guide leur murmurait les noms les plus connus :
— La comtesse de Saint-Aignan… La marquise de Grammont – vous savez, la sœur de la fameuse duchesse de Montesquieu… Mme de Guise…
Angie Moretti, dix-sept ans, venait elle aussi de descendre du métro. Amusée, elle observa les Japonais, puis suivit des yeux le groupe des belles dames laissant derrière elles un sillage parfumé, tandis que, derrière, leurs assistants pressés confirmaient, au téléphone, la présence de leurs maîtresses au Bal de Versailles. »

Extrait de : Ange. « Sang maudit. »

Le très grand vaisseau par Ange

Fiche de Le très grand vaisseau

Titre : Le très grand vaisseau
Auteur : Ange
Date de parution : 2010
Editeur : Syros

Première page de Le très grand vaisseau

« Le Très Grand Vaisseau filait dans la galaxie depuis huit cents ans.

Guillaume y avait toujours vécu.

Comme ses parents, comme ses grands-parents, comme ses ancêtres depuis la vingt-septième génération, il avait passé tous ses jours et toutes ses nuits à voguer parmi les étoiles, dans cette immense coque de métal.

Huit cents ans auparavant, le Très Grand Vaisseau avait quitté la planète mère avec trois mille passagers. Sur Terre, la famine et la guerre faisaient rage, et ces trois mille volontaires – hommes, femmes et enfants – avaient décidé de trouver un monde meilleur. Ils rêvaient d’une autre Terre, une planète habitable… avec du bon air pour respirer, de l’herbe que les vaches puissent manger, de la terre pour cultiver des céréales. 

Des planètes habitables, il n’y en avait pas beaucoup dans la galaxie. Ils savaient que le voyage serait long. »

Extrait de : Ange. « Le très grand vaisseau. »

L’oeil des dieux par Ange

Fiche de L’oeil des dieux

Titre : L’oeil des dieux
Auteur : Ange
Date de parution : 2000
Editeur : Mango

Première page de L’oeil des dieux

« Le distributeur de nourriture émit un étrange gargouillement. Un liquide verdâtre et gluant tomba dans le récipient de Tomy, qui regarda le résultat, dégoûté.

— Mina ! appela-t-il de sa voix enfantine. Viens voir ! Ça ne marche plus !

Mina n’avait pas besoin de venir. Elle avait observé Tomy pendant qu’il passait sa commande, et elle avait vu le résultat.

Sa pire crainte était devenue réalité.

La catastrophe.

Ce distributeur avait été le dernier à fonctionner. Comment allaient-ils manger, maintenant ? Comment allaient-ils boire ? Mina était responsable de sa bande. Ils étaient dix, de neuf à treize ans, et ils comptaient sur elle pour tout. Mina avait quatorze ans. En tant que chef, elle avait le devoir de trouver des solutions pour nourrir, soigner et protéger « ses » Loups.

La bande des Loups, c’était leur nom.

Si elle ne trouvait pas de solution, les Loups seraient vite affamés…

Mina fit signe à Chelsea, sa seconde. Les deux filles s’éloignèrent au fond du salon qui leur servait de quartier général pour ne pas que les autres entendent. »

Extrait de : Ange. « L’Oeil des Dieux. »

La mort d’Ayesha par Ange

Fiche de La mort d’Ayesha

Titre : La mort d’Ayesha (Tome 3 sur 3 – Les trois lunes de Tanjor)
Auteur : Ange
Date de parution : 2003
Editeur : Bragelonne

Première page de La mort d’Ayesha

« La petite fille regarda le cadavre tomber à côté d’elle sans réagir. C’était un homme aux cheveux bruns, un homme libre, mais les clients de l’auberge l’avaient tout de même tué : il avait fait l’erreur de dissimuler ses esclaves, le jour du Grand Sacrifice, pour tenter de les sauver.

Son épouse se mit à hurler comme une bête, puis tomba à genoux en sanglotant, mais un voisin la releva et la gifla si fort qu’un peu de sang coula de ses lèvres. Dans la salle de pierre creusée dans la falaise, le bruit était assourdissant. Des enfants hurlaient de peur au fond de la pièce, des hommes se battaient, des femmes s’accrochaient à leurs maigres bagages. L’aubergiste avait disparu depuis longtemps. Pas pour appeler la garde : ici, à Fonterault, petite ville à moitié troglodytique, collée au flanc ouest des pics, il n’y avait plus de gardes. La guerre, la peur, l’arrivée massive des réfugiés, la faim surtout avaient détruit toute structure, toute loi. Ils étaient des milliers à s’entasser dans cette ville qui, en temps de paix, abritait trois cents âmes… »

Extrait de : Ange. « La mort d’Ayesha – Les trois lunes de Tanjor. »

La flamme d’Harabec par Ange

Fiche de La flamme d’Harabec

Titre : La flamme d’Harabec (Tome 2 sur 3 – Les trois lunes de Tanjor)
Auteur : Ange
Date de parution : 2002
Editeur : Bragelonne

Première page de La flamme d’Harabec

« La ville était un piège de flammes.

Tout brûlait. Les trois tours de Sarsannes n’étaient plus qu’un immense brasier sur le ciel nocturne. Le palais du mayarash venait de s’écrouler à l’ouest, tandis que la fine flèche de pierre et de bois qui en ornait le toit, visible à dix lieues de la campagne avoisinante, s’était abattue sur les occupants qui tentaient de fuir l’enfer.

Fuir où, d’ailleurs ? La cité était encerclée et les assiégeants avaient ordre de ne laisser sortir personne. Ils allaient périr ici, tous, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, brûlés vifs dans leurs maisons tandis que les envahisseurs massacraient tous ceux qui tentaient de passer les murailles.

Arekh interrompit sa course en voyant le toit où il se préparait à sauter s’affaisser dans une fumée noire, et des volutes de feu s’élancer vers les étoiles comme si elles voulaient les lécher. La terrasse où il s’était réfugié était en pierre, elle tiendrait, du moins tant que le bâtiment tiendrait lui aussi… or les poutres de soutènement fumaient, et à l’intérieur, dans la salle à manger où s’étaient tenus tant de festins, les parquets de chêne et d’acajou flambaient déjà avec une joie contagieuse. »

Extrait de : Ange. « La flamme d’Harabec – Les trois lunes de Tanjor. »

Le peuple turquoise par Ange

Fiche de Le peuple turquoise

Titre : Le peuple turquoise (Tome 1 sur 3 – Les trois lunes de Tanjor)
Auteur : Ange
Date de parution : 2001
Editeur : Bragelonne

Première page de Le peuple turquoise

« La galère coulait lentement, comme à regret. Les membres d’équipage avaient été tués dès les premières minutes ; la bataille s’était ensuite éloignée vers la rive sud du lac, abandonnant le vaisseau et les prisonniers à leur sort.

L’eau avait envahi l’embarcation par petites vagues, l’une après l’autre, déséquilibrant la coque, jusqu’à ce que la galère décide de s’enfoncer par l’arrière. Le plus surprenant, avait pensé Arekh en contemplant le lac, c’était le calme. Les cris des officiers des autres vaisseaux, les hurlements des marins agonisants, le bruit des voiles ravagées par les flammes étaient maintenant très loin. Les vaisseaux de l’émir et de ses ennemis avaient disparu derrière une avancée rocheuse.

Là-bas, le massacre continuait, mais autour de la galère, l’eau était redevenue paisible. Le cadavre du grand Mérinide qui marquait le rythme sur son tambour flottait à quelques mètres des quarante galériens entravés à leurs bancs. Le niveau de l’eau montait, atteignant maintenant la
poitrine des prisonniers des derniers rangs. »

Extrait de : Ange. « Le Peuple turquoise – Les trois lunes de Tanjor. »

Il était trois petits enfants par Ange

Fiche de Il était trois petits enfants

Titre : Il était trois petits enfants
Auteur : Ange
Date de parution : 2013
Editeur : Bragelonne

Première page de Il était trois petits enfants

« Bien sûr que je la connais, cette chanson. Mais je ne peux pas vous la chanter, même ce soir… Je suis navré, mes agneaux, mais un papy, ça vieillit, et je n’ai plus ma voix d’avant.
Ne croyez-vous pas qu’il est temps de dormir, plutôt ?
Non ? Très bien. Mais vous ne préféreriez pas une histoire ?
Parce que la chanson, si je ne peux la chanter, je peux la raconter.
Remonte bien ta couette, mon loupiot : tu vas avoir froid.
Vous voulez que je me lance ? Ça va prendre un certain temps, mais c’est à ça que servent les papys, non ? À raconter des histoires.
Vous n’avez pas peur, au moins ? Parce que Il était trois petits enfants n’est pas une chanson qui parle de bergères qui embobinent des princes, ou de rossignol pépiant des bêtises dans un jardin. Il y a quelques passages un peu durs… Enfin, je suppose que si, de tout temps, les maîtresses l’ont apprise à leurs élèves, c’est qu’elles pensaient qu’ils étaient capables de la supporter. »

Extrait de : Ange. « Il était trois petits enfants. »

Le grand pays par Ange

Fiche de Le grand pays

Titre : Le grand pays (Tome 1 sur 1 – La légende des tueuses-démon)
Auteur : Ange
Date de parution : 2008
Editeur : Bragelonne

Première page de Le grand pays

« A 11 heures, ils demandèrent à Malïn de se suicider. Ils l’amenèrent dans la suite princière, l’assirent sur le superbe lit de soie et de velours où il devrait s’allonger pour rendre son dernier soupir, et lui laissèrent, selon la tradition, une dague, un bol de breuvage aux épices et au miel et une fiole de poison. Puis ils s’inclinèrent et sortirent.

La grande porte de la chambre se referma derrière eux.

Malïn resta seul.

Il avait quatorze ans.

Il demeura assis sur le bord du lit, regardant la table, la dague, la fiole. Il se sentait très petit dans cette chambre immense qui n’était pas la sienne. Elle appartenait à un de ses lointains cousins, un vrai prince, qui avait une vraie chance de monter un jour sur le Trône Immuable. Peut-être était-ce même la chambre de Makantha, un des plus proches héritiers. Comme Malïn, Makantha n’avait pas quinze ans. Comme Malïn, Makantha était de sang royal. »

Extrait de : Ange. « Le Grand Pays. »