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Transparences par Ayerdhal

Fiche de Transparences
Titre : Transparences
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2004
Editeur : Le livre de poche
Première page de Transparences
« Une foule en mouvement entretient d’étranges rapports avec la mécanique des fluides, du moins quand on la considère comme la résultante de propriétés homogènes. Densité, vitesse, vecteurs, mixtion, tant qu’on la regarde de haut en plissant un peu les yeux pour en rendre les détails flous, elle tient tout entière dans une batterie de modèles mathématiques. C’est un petit peu plus compliqué quand on est dedans, parce que chaque entité est une semence potentielle de chaos. Un type s’arrête brutalement en se frappant le front, un autre perd le fil de sa trajectoire en portant son mobile à l’oreille, quelqu’un s’écroule frappé par une crise cardiaque ou l’indiscipline d’un lacet, une nana bifurque à angle droit vers une boutique, une autre hèle une amie perdue de vue depuis dix minutes ou dix ans. Une poignée de flux perdent de leur rigueur. Comme l’homme est un animal plus ou moins intelligent, chacun corrige sa course en conséquence et, surtout, en tenant compte des opportunités qu’offre la rupture d’écoulement. Changer de trottoir, rajuster son pantalon, faire une halte au kiosque à journaux, se glisser dans un flot plus prometteur, slalomer entre deux hésitants, buter contre une personne beaucoup plus attrayante qu’un lampadaire. Les graines de chaos germent. L’effet papillon est en branle. »
Extrait de : Ayerdhal. « Transparences. »
Scintillements par Ayerdhal

Fiche de Scintillements
Titre : Scintillements
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2016
Editeur : Au diable Vauvert
Sommaire de Scintillements :
- Mat, mat, mat
- Lettre d’Anamour
- Vieillir d’amour
- L’adieu à la nymphe
- La troisième lame
- Reprendre, c’est voler
- Jusqu’ici tout va bien
- Aller simple
- Apoptoses
- Scintillements
- Ce que taisent les miroirs
- Fin de semaine
- Passage obligé
- On vit une époque formidable
- Jessie, le retour
- Notre terre
- Jeu de cons
- Pollinisation
- Eloge du déficit
- Le réveil du croco
- La complexité et ses avatars
- Dépossessions
- Loin sans départ
- Les seigneurs de la firme
- Paysage urbain
- RCW
- The ghost (and the) writer
- L’autre moitié d’une vie
- La nuit de la calamitaine
- Le syndrome Potemkine
- La revanche de Jessie
- Il est allongé sur le dos, nu, immobile
- Mon mari est cyberurgien, je suis nanogicienne
- Macrocism
- Pourquoi pas ?
- Entre deux mondes, les déplacements
- Les mille derniers jours
Première page de Mat, mat, mat
« La finale du grand concours annuel d’échecs qui s’est tenu dans notre ville pour la première fois cette année aura lieu aujourd’hui dans l’auditorium intergalactique à 13 heures GTM. La population est invitée à venir encourager nos deux champions Alpha et Béta. » Le camion haut-parleur parcourait toute la ville, émettant sans cesse le même message. Depuis un mois, la ville était en liesse. À l’occasion du concours, on avait accordé un congé exceptionnel à l’ensemble des travailleurs et la fête, la grande fête des échecs battait son plein. Tous les habitants avaient assisté à au moins une des parties qui se disputaient dans les différentes salles réservées aux quatre coins de l’immense métropole. En fait de concours, il s’agissait plutôt d’un marathon d’échecs. Des catégories de joueurs avaient été créées, chaque champion rencontrait celui d’un autre groupe. Les parties duraient en moyenne trois heures. On jouait nuit et jour. La ville n’était plus qu’un échiquier. »
Extrait de : Ayerdhal. « Scintillements : intégrale des nouvelles. »
Résurgences par Ayerdhal
Fiche de Résurgences
Titre : Résurgences
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2010
Editeur : Le livre de poche
Première page de Résurgences
« À plat ventre sur le toit couvert de déjections de pigeons, à l’ombre d’un panneau publicitaire dont la réclame lumineuse se dilue dans les rayons du couchant, la lunette vissée à l’œil droit, le fusil contre le flanc. Marks balaie la place de l’autre côté du fleuve pour la vingtième fois et, pour la vingtième fois, conclut son examen en ramenant le T renversé du viseur sur la même décrépitude.
Elle est là, à quatre cents mètres de lui, assise sur un carré élimé de bâche bleue, épiée par deux zonards plus sales que blêmes, défoncés. Avachie sur son bout de plastique, le dos rond, elle tend sa sébile au hasard vers une obole dont personne ne la gratifiera, parce que ce n’est pas l’heure, pas la bonne vague, seulement le flux du troupeau qui transite de bureaux en domiciles. Elle a le teint cireux, la peau craquelée, les yeux rouges et vitreux, le cheveu gras, la lèvre lie-de-vin. Elle est vieille d’une vieillesse qui se compte en heures de mendicité, en journées trop longues de mauvaises faims, en nuits interminables d’inconfort. Elle est une guenille fripée fagotée de hardes puantes, et les zonards la guettent comme le chien surveille l’assiette du chat. Eux ont encore un foyer, peut-être dans un foyer, mais déjà plus le courage ni la force de gagner leurs doses dans de vrais portefeuilles. Ils dépouillent ceux qui ressemblent aux lendemains qu’ils ont peu de chances d’atteindre. Ils attendent que le troupeau s’évapore, que le flux verse ses dernières gouttes dans la gueule du métro. »
Extrait de : Ayerdhal. « Resurgences. »
Rainbow warriors par Ayerdhal

Fiche de Rainbow warriors
Titre : Rainbow warriors
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2013
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Rainbow warriors
« Il y a des choses qui ne se font pas. Courir dans un cimetière, par exemple. Surtout un cimetière militaire. Cracher sur les tombes, non plus. Encore moins sans prendre le temps de s’arrêter. Geoff, lui, fait ça tous les matins depuis bientôt deux ans.
Il court en tennis et jogging, serviette autour du cou, la foulée sûre et tranquille, et il crache sur une trentaine de tombes en marmonnant des mots que lui seul comprend. Ce sont pourtant des phrases simples.
Salut, vieux salopard.
T’as l’air fin sous ta pelouse, maintenant.
Tiens ? T’es encore là, toi ?
Redis-moi qui c’est qui pète la forme, gros malin.
Alors, fils de pute, toujours calanché ?
Oui, ce sont des phrases simples, car Geoff Tyler est quelqu’un de simple. Il a promis qu’il irait cracher sur les tombes de tous les fumiers qui commettraient l’imprudence de crever avant lui et il tient parole. C’est ainsi qu’on est un homme d’honneur. Et qu’importe si cela défrise les rares oreilles qui ont la déveine d’intercepter un mot ou deux. »
Extrait de : Ayerdhal. « Rainbow Warriors. »
Parleur par Ayerdhal
Fiche de Parleur
Titre : Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1997
Editeur : J’ai lu
Première page de Parleur
« Il est arrivé un matin, au petit matin, le cinquième jour de la fermentation, quand le miel prend sa première amertume. C’était l’Année des Feux de Pierre, les vignes appelaient l’eau de tous leurs raisins, l’été n’en finissait pas de rogner l’automne. C’était l’année où le Prince adouba son aîné, l’année où il lui confia la ville pendant qu’il guerroyait pour son Roi sur d’autres rivages. Jamais les mères n’avaient pleuré autant d’enfants, jamais les épouses n’avaient perdu autant de maris, jamais n’avaient-elles autant été souillées. Sale année.
Il est arrivé avec le vent de mer, un havresac au bout du bras droit, le chat sur l’épaule gauche.
Le museau niché dans son cou, le chat dormait. C’était une femelle de moins de cinq livres, d’un noir passé de gris, d’un gris taché de feux. C’était cent jours après la mort de Karel, l’assassinat de Karel. Cent jours : le temps qu’une nouvelle se faufile depuis la capitale du Sud jusqu’à la capitale du Nord et qu’un bon marcheur en revienne. »
Extrait de : Ayerdhal. « Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé. »
Le chant du Drille par Ayerdhal

Fiche de Le chant du Drille
Titre : Le chant du Drille – l’intégrale
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1992
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Le chant du Drille
« Lodève laissa ses reins goûter la fraîcheur lénifiante du bois, comme si le dossier de la chaise avait la faculté de détendre, comme s’il pouvait l’aider à extraire les impuretés émotionnelles de cette lettre. Comment Vernang pouvait-il sortir indemne de ses voyages incessants avec ce fatras de sensibilité pour seul bagage ? Elle sourit : Vernang ne sortait pas toujours indemne de ses expériences. Il s’était parfois tant ramassé la figure que son visage intérieur devait être lézardé de cicatrices terrifiantes. Néanmoins, il prétendait trouver la paix dans chaque blessure. De toute façon, Vernang vivait depuis presque un siècle de cette exacerbation sensitive, et ce n’était pas à elle de comprendre comment. Elle l’écarta de ses pensées.
Taheni. Décidément, Vernang n’était pas facile à chasser, fût-ce en image ! Taheni : elle reconnaissait la patte de l’écrivain dans l’exotisme de ce nom suave. Qui d’autre pouvait ainsi nommer la deuxième planète d’un petit système binaire perdu dans un amas aux confins de la Galaxie ? Et les étoiles : Tandsen, Looderin… Et les Drilles ! Noyé dans la nomenclature d’une expédition scientifique, l’artiste laissait sa marque, comme un charme. »
Extrait de : Ayerdhal. « Le chant du Drille. »
La troisième lame par Ayerdhal
Fiche de La troisième lame
Titre : La troisième lame
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2013
Editeur : ActuSF
Sommaire de La troisième lame :
- La troisième lame
- Pollinisation
Première page de La troisième lame
« Anthelm Lax a rang d’ambassadeur, mais, sur les rôles fédéraux, il apparaît comme Médiateur attaché au Conseil Homéocrate et son statut est celui de consultant chargé d’audit auprès des colonies. Comme ses missions exigent la plus stricte neutralité, il n’a aucun lien avec le Département Expansion et il n’est pas rare que celui-ci exprime la plus froide réserve voire les plus strictes observations à son encontre. Toutefois, ni le Département Expansion, ni le Président du Conseil – la seule autorité dont Anthelm Lax dépend –, ni lui-même ne sont dupes des tensions qui les opposent. Elles ne sont que répliques, de celles qui se récitent pour l’authenticité dans un spectacle où toute ressemblance avec la réalité ne peut être que fortuite.
Anthelm Lax a un nom pour son sacerdoce : brise-lames. Il n’a, par ailleurs, aucune illusion sur le bien-fondé humaniste, pourtant indéniable, de son action. Il est très confortablement défrayé pour casser l’élan d’indépendance des colonies. L’Homéocratie ne souhaite pas perdre le bénéfice de ses protectorats et elle n’a pas davantage l’intention d’accueillir de nouveaux membres dans son hémicycle législatif. Le Département Expansion gère, les agents de la Commission Homéocrate veillent et, lorsqu’ils alertent le Conseil, Anthelm Lax affrète un astronef. »
Extrait de : Ayerdhal. « La troisième lame suivi de Pollinisation. »
L’homme aux semelles de foudre par Ayerdhal

Fiche de L’homme aux semelles de foudre
Titre : L’homme aux semelles de foudre
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1999
Editeur : Les moutons électriques
Première page de L’homme aux semelles de foudre
« Salinger n’aimerait pas, mais alors pas du tout, ce qu’il est en train de faire.
Correction : l’honorable professeur Salinger détestera ce qu’il apprendra par l’une ou l’autre des agences de presse qui vampirisent les petits tracas et les gros pépins du monde.
Les pointes de bottes dans la croûte de sable que la nuit moire de gris, les deux mains sur le guidon du trial, Mark hausse les épaules. Du même mouvement, il se redresse, coupe le contact, passe la jambe gauche par-dessus la selle et hisse la moto sur sa béquille, puis il ôte ses gants et son casque et les pose sur le réservoir. La moto est noire, le casque est noir, mais son humeur les rend pâlots.
Il se passe une main dans les cheveux pour en chasser la sueur et jette un œil vers la dune. Pas vraiment une dune, tout au plus un remords de désert que le simoun s’acharne à jeter contre le rocher. Derrière, quelque part en contrebas, se trouve l’oued qui est devenu un fleuve, comme disent les Gallas – et ça leur fait une belle jambe que la sécheresse elle-même se soit tarie. Ah oui ! Une putain de jambe de bois ! »
Extrait de : Ayerdhal. « L’Homme aux semelles de foudre. »
Genèses par Ayerdhal

Fiche de Genèses
Titre : Genèses
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1996
Editeur : J’ai lu
Sommaire de Genèses
- Genèse par F. Carsac
- Le début du cercle par E. Vonarburg
- Labyrinthe de la nuit par J.-M. Ligny
- Le jugement des oiseaux par J.-C. Dunyach
- Une paix éternelle par P. Bordage
- Nulle part à Liverion par S. Lehman
- Chaque jour est un nouveau combat par B. Werber
- Lamente-toi, sagesse ! par J.-L. Trudel
- Les heureux damnés par R. Canal
- Reprendre, c’est voler par Ayerdhal
Demain, une oasis par Ayerdhal

Fiche de Demain, une oasis
Titre : Demain, une oasis
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir
Première page de Demain, une oasis
« Cette version doit bien être la cinquantième ; du moins est-ce la cinquantième fois que je commence ce… Qu’est-ce au juste ? Une biographie ? Je n’en suis pas certain.
— Tu te perds encore, s’esclaffe Tatiana. (Elle se sert de son écran pour intercepter ce que le mien affiche.) Raconte, bon sang ! Contente-toi de raconter… comme à des gosses, par exemple.
Nous n’avons pas d’enfant, nous n’en avons jamais eu, nous sommes trop âgés pour en avoir à présent et nous n’en voudrions toujours pas. Parfois, cela nous a manqué… Parfois. Mais c’eût été un crime pour nous, vous comprenez ? Non, mais vous comprendrez ; c’est ce que je me suis promis, c’est pour cela que j’écris.
— Si tu mets l’épilogue en prologue, tu ne t’en sortiras jamais !
Tatiana aime les choses carrées, logiques.
— Par quoi veux-tu que je commence ? dis-je.
Elle se lève, sûre d’elle, impérieuse, magnifique, et elle se place derrière mon écran. Le regard qu’elle me jette est un encouragement à n’être que moi, aussi faible et futile, brouillon — et immature que je le suis toujours. Pensez ce que vous voulez, elle n’a jamais été aussi belle, elle ne fait qu’embellir ; chaque ride, chaque cicatrice, chaque stigmate de son vieillissement ne font que l’embellir. »
Extrait de : Ayerdhal. « Demain une oasis. »