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La tempête par René Barjavel

Fiche de La tempête

Titre : La tempête
Auteur : René Barjavel
Date de parution : 1982
Editeur : Gallimard

Première page de La tempête

« Judith aux étoiles

« Mettez-vous à votre aise », dit le Président Fergusson.
Et il ôta son veston.
Les ministres l’imitèrent avec soulagement. Le général Sunhorn, chef d’état-major, déboutonna sa vareuse, mais ne la quitta pas. Le secrétaire d’État garda sa chaude veste de tweed irlandais. Sur convocation urgente du Président, il venait d’arriver d’Australie, où c’était l’hiver. Il n’avait eu le temps ni de se doucher ni de se changer. Depuis qu’il avait plongé de l’avion dans la chaleur torride de Washington, la sueur l’inondait. Il avait peur, s’il ôtait son veston, d’incommoder ses voisins. Il prit dans sa serviette un mouchoir de papier, le passa entre son cou et le col de sa chemise et le jeta, humide, dans l’urne cubique, en acier inoxydable, posée au centre de la table de réunion. L’urne l’avala, l’incinéra et broya ses cendres, avec une petite fumée et un ronron. C’était la corbeille à papier des réunions top secret. »

Extrait de : R. Barjavel. « La tempête. »

La peau de César par René Barjavel

Fiche de La peau de César

Titre : La peau de César
Auteur : René Barjavel
Date de parution : 1985
Editeur : Mercure de France

Première page de La peau de César

« PREMIER SOIR
— Alors meurs, César !…

L’homme colla sur le papier la dernière lettre de son message. C’était R, qui terminait le mot CESAR.
Puis il plia la feuille et l’introduisit dans une enveloppe qui portait déjà une adresse, également constituée de syllabes et de lettres collées. Il eût été plus facile d’utiliser les lettres-décalques dont on trouve des variétés dans les papeteries, mais le papetier ou la papetière aurait pu se souvenir de lui, pendant l’enquête, tandis qu’acheter France-Soir est un acte presque invisible, et en tout cas innocent. C’était dans ce quotidien qu’il avait découpé ce dont il avait besoin, et un titre intérieur lui avait magnifiquement fourni les premiers mots de son message : FRANCE-SOIR moins FRAN donne : CE-SOIR.
Il ferma l’enveloppe et la glissa dans la poche intérieure de son léger veston d’été. Une autre enveloppe s’y trouvait déjà, portant une autre adresse  »

Extrait de : R. Barjavel. « La peau de César. »

La nuit des temps par René Barjavel

Fiche de La nuit des temps

Titre : La nuit des temps
Auteur : René Barjavel
Date de parution : 1968
Editeur : Pocket

Première page de La nuit des temps

« Le Dr Simon, les mains dans les poches, le front appuyé au mur de verre de sa chambre, regarde Paris, sur lequel le jour se lève. C’est un homme de trente-deux ans, grand, mince, brun. Il est vêtu d’un gros pull à col roulé, couleur pain brûlé, un peu déformé, usé aux coudes, et d’un pantalon de velours noir. Sur la moquette, ses pieds sont nus. Son visage est mangé par les boucles d’une courte barbe brune, la barbe de quelqu’un qui l’a laissée pousser par nécessité. A cause des lunettes qu’il a portées pendant l’été polaire, le creux de ses yeux apparaît clair et fragile, vulnérable comme la peau cicatrisée d’une blessure. Son front est large, un peu caché par les premières boucles des cheveux courts, un peu bombé au-dessus des yeux, traversé par une profonde ride de soleil. Ses paupières sont gonflées, le blanc de ses yeux est strié de rouge. Il ne peut plus dormir, il ne peut plus pleurer, il ne peut pas oublier, c’est impossible… »

Extrait de : R. Barjavel. « La nuit des temps. »

La faim du tigre par René Barjavel

Fiche de La faim du tigre

Titre : La faim du tigre
Auteur : René Barjavel
Date de parution : 1966
Editeur : Gallimard

Première page de La faim du tigre

« Jamais je ne m’habituerai au printemps. Année après année, il me surprend et m’émerveille. L’âge n’y peut rien, ni l’accumulation des doutes et des amertumes. Dès que le marronnier allume ses cierges et met ses oiseaux à chanter, mon cœur gonfle à l’image des bourgeons. Et me voilà de nouveau sûr que tout est juste et bien, que seule notre maladresse a provoqué l’hiver et que cette fois-ci nous ne laisserons pas fuir l’avril et le mai.
Le ciel est lavé, les nuages sont neufs, l’air ne contient plus de gaz de voitures, on ne tue plus nulle part l’agneau ni l’hirondelle, tout à l’heure le tilleul va fleurir et recevoir les abeilles, les roses vont éclater et cette nuit le rossignol chantera que le monde est une seule joie. Tout recommence avec des chances neuves et, cette fois, tout va réussir. J’ai un an de moins que l’an dernier. Non, pas un an, toute ma vie de moins. Je suis une source qui commence. C’est la grande illusion annuelle. Le règne végétal s’y laisse prendre en premier. D’un seul élan, des milliards d’arbres et de plantes resurgissent, poussent des tiges enthousiastes, déplient des feuilles parfaites qui n’ont pas de raison de ne pas être éternelles. Pourtant, dans l’autre moitié du monde,  »

Extrait de : R. Barjavel. « La faim du tigre. »

La charrette bleu par René Barjavel

Fiche de La charrette bleue

Titre : La charrette bleue
Auteur : René Barjavel
Date de parution : 1980
Editeur : Gallimard

Première page de La charrette bleue

« La rue Gambetta est déserte.
Il fait très chaud. C’est un après-midi d’été, l’heure où l’on reste chez soi, derrière les volets de bois plein, bien clos. Ma mère est debout, seule, au milieu de la rue. Elle s’est placée en plein soleil pour que je la voie bien, elle a le bras droit levé, elle tient quelque chose dans sa main et elle m’appelle :
— René ! René !…
Je suis au bout de la rue, devant l’atelier d’Illy, le charron, avec des copains de mon âge et aussi quelques vieux qui ne veulent manquer aucune occasion de se distraire, et qui ne craignent pas de transpirer, parce que tant d’étés successifs leur ont depuis longtemps pompé toute l’eau du corps. Nous regardons Illy se livrer à une de ses opérations magiques. Sur un grand cercle de fer couché à terre il a entassé des copeaux et des morceaux de bois sec, déchets légers de son atelier, puis d’autres plus gros, et les a allumés en quatre endroits, en croix. Mainte- »

Extrait de : R. Barjavel. « La charette bleue. »

L’enchanteur par René Barjavel

Fiche de L’enchanteur

Titre : L’enchanteur
Auteur : René Barjavel
Date de parution : 1984
Editeur : Gallimard

Première page de L’enchanteur

« Le grand cerf blanc sortit d’un fourré d’aubépines sans déranger la moindre fleur. Son poil était pareil à de la neige fraîchement tombée et tandis qu’il traversait la clairière sa ramure se balançait comme la voilure d’un vaisseau.
Merlin aimait prendre cette apparence quand il se déplaçait dans la forêt. Il s’arrêta sans bruit au débouché du sentier qui menait à la source de l’Œil, ainsi nommée parce que, par les beaux jours, le ciel se reflétait à la surface de la vasque qu’elle s’était creusée dans le sable et le fin gravier, et elle prenait alors la ressemblance d’un grand œil bleu entre des cils de menthe et de myosotis.
Une fille était en train de s’y baigner, blonde et nue. Le cerf la voyait à travers le feuillage. Elle était très jeune, douze ans, treize ans peut-être. Dans  »

Extrait de : R. Barjavel. « L’Enchanteur. »

Journal d’un homme simple par René Barjavel

Fiche de Journal d’un homme simple

Titre : Journal d’un homme simple
Auteur : René Barjavel
Date de parution : 1951
Editeur : Denoël

Première page de Journal d’un homme simple

« Si j’entreprends d’écrire ce journal, ce n’est, pas pour laisser à la postérité un document sensationnel. C’est seulement pour écrire un livre de plus. Écrire est mon métier. Ce n’est pas le dernier des métiers, mais peut-être l’avant-dernier. Dans ce pays de France où l’on boit soixante millions d’hectolitres de vin par an, on ne consomme guère, pour la même période, qu’un dixième de livre par habitant. Les vignerons sont riches et les écrivains portent des chaussures trouées.
Quand on a quelque chose à dire, on doit, il est vrai, supporter, pour l’exprimer, la gêne et même les persécutions. Mais qui aujourd’hui, quelque part au monde, a quelque chose à dire ? Qui peut nous apporter une certitude. Nous montrer le chemin vers la lumière ? J’écoute, j’écoute, je n’entends que du bruit…
Je vais donc écrire un livre de plus, bien que je n’aie rien de plus à dire que la plupart de nos beaux génies. Pourquoi un journal ? Pourquoi pas ? Un journal n’est pas plus menteur qu’un roman. Un  »

Extrait de : R. Barjavel. « Journal d’un homme simple. »

Jour de feu par René Barjavel

Fiche de Jour de feu

Titre : Jour de feu
Auteur : René Barjavel
Date de parution : 1957
Editeur : Denoël

Première page de Jour de feu

« Une fourmi me mordait la peau du ventre au-dessus du nombril. Qu’est-ce que j’étais pour elle ? Sahara ? Bifteck ? Elle essayait de m’entamer. Un petit casse-croûte avant d’alerter la tribu. Un papillon vermillon palpitait au-dessus de ma barbe et de mes sourcils. J’ouvris un œil noir, il s’enfuit. Il espérait peut-être une pervenche. Le soleil me cuisait la poitrine. L’air frais glissait au ras de l’herbe courte. Il me caressa le flanc gauche, m’apporta le parfum d’une touffe d’œillets maigres, sauvages.
L’herbe était si épaisse que mes mains reposaient sur elle sans la plier. Il me fallait enfoncer l’index en le vrillant, dans l’épaisseur verte, pour trouver la terre. Je touchais alors, du bout du doigt, sa chair humide et tiède, qui vivait.
Les abeilles se gorgeaient de thym. De gros bourdons bleus maladroits bousculaient les fleurs d’or. Sur chaque fleur, sous chaque feuille, une bête allait à ses affaires. Toutes les bêtes du rez-de-chaussée,  »

Extrait de : R. Barjavel. « Jour De Feu. »

Commando spatial par René Barjavel et Pierre Lamblin

Fiche de Commando spatial

Titre : Commando spatial
Auteur : René Barjavel et Pierre Lamblin
Date de parution : 1967
Editeur : Orion

Première page de Commando spatial

« Où l’on fait connaissance du commandant Cliff McLane et de son équipe

Nous sommes en l’an 2593.

Le monde a bien changé ! Sur la Terre, les États nationaux sont devenus une notion entièrement périmée. Les guerres n’opposent plus les pays du globe, et, depuis plusieurs siècles, si la paix règne enfin, d’autres menaces surgissent du fond de l’Espace.

Associant leurs recherches, mettant en commun leurs inventions, les savants ont fait progresser la science d’une façon fantastique. La Terre devenue trop étroite, les hommes se sont échappés de leur séjour traditionnel.

Désormais l’Humanité unie occupe toutes les planètes du Système Solaire, s’élance vers les étoiles lointaines et habite le fond des océans, aussi bien que les terres. »

Extrait de : R. Barjavel. « Commando spatial. »

Colomb de la lune par René Barjavel

Fiche de Colomb de la lune

Titre : Colomb de la lune
Auteur : René Barjavel
Date de parution : 1959
Editeur : Gallimard

Première page de Colomb de la lune

« La police fit sortir les journalistes et établit un cordon autour de la villa. Blanche et bleue avec ses tuiles roses au sommet de la colline verte, elle avait l’air d’une maquette pour lotissement de luxe. Deux cent cinquante policiers en uniforme ceinturèrent la colline et un véhicule à sirène et phares rouges s’installa en travers de l’allée.
La femme de Colomb se trouva enfin seule avec sa mère dans le salon aux meubles bousculés. Ils avaient réussi à renverser la table basse en dalle de verre noir, aux pieds de fer forgé noirs, dorés sur la tranche et dans les contours. Les poissons figés qui étalaient dans l’épaisseur de la dalle des nageoires de voile rose parmi des algues jaunes, se trouvaient maintenant à la verticale, et un des pieds forgés avait troué la moquette couleur tabac de Virginie.
– Ces journalistes ! dit la mère de la femme de Colomb. »

Extrait de : R. Barjavel. « Colomb de la lune. »