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Atome… cher trésor ! par Yves Dermèze
Fiche de Atome… cher trésor !
Titre : Atome… cher trésor !
Auteur : Yves Dermèze
Date de parution : 1967
Editeur : Société Éditions Générales
Première page de Atome… cher trésor !
« Garnery se dit : « Je suis complètement idiot de me saouler aujourd’hui… N’importe quand, soit. Mais pourquoi précisément aujourd’hui ? »
Il en avait conscience, mais cela n’empêcha pas qu’il tendit la main, happa le verre de scotch Gilbey’s et l’avala d’un trait. Un bon scotch, ça remet un homme d’aplomb, et dieu sait s’il avait besoin d’être remis d’aplomb, Garnery, après deux mois passés à bourlinguer d’îlot en îlot, à boire les infectes boissons indigènes… Il n’y avait pas de Gilbey’s chez les indigènes, hélas.
Parce qu’il n’avait pas encore perdu tout à fait son esprit critique, il se dit aussi que, si un verre remettait un homme d’aplomb, deux, puis trois, puis quatre, puis… au fait, où en était-il ? Bah, il le saurait au moment de payer !… Bref, plusieurs verres, ça risquait de faire s’écrouler un homme, aussi accoutumé qu’il fût aux boissons fortes.
Il se mit à rire très fort, en tonnerre. Il eut conscience de ce que tous les consommateurs se tournaient vers lui. Il frappa du poing sur la table. »
Extrait de : Y. Dermèze. « Atome… cher trésor !. »
Cartier sur la corde raide par Yves Dermèze

Fiche de Cartier sur la corde raide
Titre : Cartier sur la corde raide
Auteur : Yves Dermèze
Date de parution : 1965
Editeur : Société Éditions Générales
Première page de Cartier sur la corde raide
« Pancho jura entre ses dents, freina à mort et immobilisa la fourgonnette juste sous un panneau « Stationnement interdit ». Cartier, assis près de lui, s’était cramponné afin de ne pas heurter le pare-brise.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Tu ne vois pas, non ? bougonna le métis.
Du pouce, il désignait l’entrée d’une étroite ruelle, derrière eux.
— C’est là, grogna-t-il. Pas d’erreur. En face du drugstore. Le renseignement fourni par le patron était bon…
Il ricanait avec amertume :
— « Independence Street » ! Tu parles ! Ça fait la grande dame, ça porte un nom ronflant plutôt qu’un numéro(1)… Et ce n’est même pas assez large pour qu’on puisse y passer en bagnole ! De ça, le patron a oublié d’en parler… »
Extrait de : Y. Dermèze. « Cartier sur la corde raide. »
Corrida pour une espionne par Yves Dermèze

Fiche de Corrida pour une espionne
Titre : Corrida pour une espionne
Auteur : Yves Dermèze
Date de parution : 1968
Editeur : Société Éditions Générales
Première page de Corrida pour une espionne
« Quand Hilda sortit de sa chambre, elle n’était pas à l’extrême limite du découragement. Elle espérait encore. Chez Versinger, on lui avait laissé entendre, la veille, que peut-être…
Il devait être à peu près neuf heures moins le quart. Elle ne pouvait le savoir avec certitude car, bien entendu, il y avait beau temps qu’elle avait vendu sa montre-bracelet. Et pour presque rien. À peine de quoi payer les frais d’une semaine à la clinique ! Une montre en or massif, de grande marque…
Neuf heures moins le quart. Même à pied, elle serait facilement chez Versinger à neuf heures, heure à laquelle elle était convoquée pour une réponse définitive. En elle-même, elle murmurait : « Mon dieu, faites qu’ils m’accordent l’acompte… » En ce qui concernait le travail lui-même, l’accord était déjà établi. On l’embaucherait quand elle voudrait. Mais on ne la paierait qu’en fin de semaine.
Or elle avait besoin d’argent, un urgent besoin, un dramatique besoin de cent dollars.
Ses talons claquaient sur le trottoir. Les semelles étaient usées jusqu’à la corde, mais nul ne pouvait le deviner. Sa robe était très simple – elle l’avait achetée en solde – mais Hilda était jolie et n’avait nul besoin de vêtements luxueux. »
Extrait de : Y. Dermèze. « Corrida pour une espionne. »
Le général est mort par Yves Dermèze
Fiche de Le général est mort
Titre : Le général est mort
Auteur : Yves Dermèze
Date de parution : 1967
Editeur : Société Éditions Générales
Première page de Le général est mort
« Pancho avait sa moue des grands jours quand il ordonna :
— Arrête !
Jocelyn, qui tenait le volant, obéit aussitôt et glissa vers lui un regard empreint de curiosité. Elle n’avait jamais pu se faire aux réactions de Pancho, bien qu’elle ne l’eût pas quitté depuis deux ans et qu’elle eut participé avec lui à plusieurs missions dangereuses.
L’auto s’immobilisa au ras du trottoir, moteur au ralenti.
— On est du mauvais côté, mon gros, murmura la jeune femme.
— Je m’en fous, répondit Pancho.
Il se penchait légèrement en avant pour mieux épier la mince silhouette de Gudian qui, sans se douter de rien, continuait à marcher sur le trottoir, l’air absorbé, la tête basse, les mains dans les poches.
— Si un flic s’approche, bougonna Jocelyn, on va perdre une minute ou deux et adieu la piste…
— Pas question, fit Pancho. »
Extrait de : Y. Dermèze. « Le général est mort. »
Pancho a frappé par Yves Dermèze
Fiche de Pancho a frappé
Titre : Pancho a frappé
Auteur : Yves Dermèze
Date de parution : 1966
Editeur : Société Éditions Générales
Première page de Pancho a frappé
« — Asseyez-vous, dit M. Smith.
Il avait son air maussade des grands jours et comme toujours lorsqu’une question délicate le préoccupait, il essuyait les verres de ses lunettes, entre le pouce et l’index. Cartier et Pancho s’étaient souvent demandé comment il pouvait voir, ensuite, au travers de verres légèrement huileux.
Cartier s’assit à gauche, Pancho à droite. M. Smith les regarda assez longuement, comme s’il ne les connaissait pas à merveille déjà, et hocha la tête, approbateur. Exactement les hommes qu’il fallait pour la mission délicate qu’il allait leur confier.
Ou plutôt qu’il allait confier à Pancho. Cartier, qui était pourtant l’agent no 1 du Service, réfléchissait trop, pensait trop. Cette fois, il fallait un tueur. Donc, le métis Pancho. L’ennui, c’est que justement on ne savait pas encore si l’on frapperait, et surtout qui l’on frapperait. »
Extrait de : Y. Dermèze. « Pancho a frappé. »
Via Velpa par Yves Dermèze

Fiche de Via Velpa
Titre : Via Velpa
Auteur : Yves Dermèze
Date de parution : 1975
Editeur : Le Masque
Première page de Via Velpa
« Lorsque Nel Gavard, bourreau juré d’Altaïr, décida de jouer à l’expérimentateur, il ne se doutait pas des bouleversements qu’il allait apporter dans sa constellation et dans sa galaxie tout entière. Des cerveaux beaucoup plus puissants que le sien n’eussent pas imaginé la millième partie de ce qu’allait entraîner un tout petit geste.
Nel Gavard était une demi-brute. Son front plat s’ornait de six barres verticales indélébiles. Ses yeux bovins saillaient sous ses épais sourcils noirs. Lorsque, dans son adolescence, on avait mesuré son indice intellectuel, on avait ricané avec pitié. Et Nel Gavard avait ricané aussi, incapable qu’il était de comprendre l’ironie ou la pitié. Les tests habituels l’avaient classé bon dernier. Que faire de ce dégénéré ? À partir de la septième catégorie, la loi ordonnait de les supprimer afin qu’ils ne fussent ni une charge, ni un danger pour la civilisation. Nel Gavard avait été sauvé par une toute petite étincelle qui subsistait en lui. »
Extrait de : Y. Dermèze. « Via velpa. »
Souvenance pleurait par Yves Dermèze

Fiche de Souvenance pleurait
Titre : Souvenance pleurait
Auteur : Yves Dermèze
Date de parution : 1950
Editeur : Librairie des Champs-Élysées
Première page de Souvenance pleurait
« LE PASSÉ DE GRENMARCH
Les deux hommes, bataillant avec leur ciré que les rafales plaquaient au corps ou soulevaient ridiculement, se hâtaient vers la baie.
C’était folie que de sortir par cette tempête. Ils n’auraient pas dû quitter la station radio, L’un des quatre opérateurs aurait dû rester, assurer l’écoute, alerter le port le plus proche, retransmettre le message tragique.
L’île de Grenmarch semblait prête à s’arracher de la surface des flots. Aux puissantes rafales, on avait l’étrange impression qu’elle vacillait. Des nuages gris couraient au ciel, masquant la lune.
— Valbert ! hurla une voix devant eux.
Le plus grand des deux hommes boutonna l’attache du col de son ciré noir que fouettaient les larges gouttes. »
Extrait de : Y. Dermèze. « Souvenance pleurait. »
Sept à la morgue par Yves Dermèze

Fiche de Sept à la morgue
Titre : Sept à la morgue
Auteur : Yves Dermèze
Date de parution : 1968
Editeur : Société Éditions Générales
Première page de Sept à la morgue
« Patrick Van Goneden freina lorsqu’il reconnut l’homme, et sa Jaguar rouge s’arrêta à hauteur de celui-ci. La rue était déserte.
— Quel bienheureux hasard ! s’exclama Van Goneden, souriant. Mon cher Hollegan, précisément je vous cherchais… et j’allais droit à votre domicile.
En se penchant, sans cesser de sourire, il ouvrait la portière de droite :
— Montez donc… Je vous déposerai où vous voudrez.
— Ma foi, dit Hollegan, ce n’est pas de refus. J’avais décidé de faire un peu de marche à pied… Mais je m’empâte… et je suis essoufflé presque tout de suite.
Il était plutôt petit, gros et rougeaud de visage. Tendance certaine à la congestion, pensa Van Goneden pendant que l’autre s’installait près de lui. Van Goneden, lui, était grand, élancé, souple et sportif et n’avait que dédain pour ce petit bonhomme ventripotent qu’il roulait beaucoup trop aisément depuis quelques semaines. »
Extrait de : Y. Dermèze. « Sept à la morgue. »
Les lumières par Yves Dermèze

Fiche de Les lumières
Titre : Les lumières
Auteur : Yves Dermèze
Date de parution : 1976
Editeur : Le Masque
Première page de Les lumières
« (Extrait de l’Encyclopédie galactique, volume 3 de SOL)
L’Homme avait à peine colonisé quelques planètes lorsqu’il fut brusquement coupé de ses bases. La Terre ne répondait plus.
Or, si les hardis conquérants de l’espace avaient déjà commencé à se multiplier sur diverses colonies et avaient reçu à peu près tout le matériel nécessaire à la fabrication d’objets manufacturés, ils dépendaient totalement de la planète mère pour le carburant, essentiel pour les astronefs.
Les appareils qui disposaient des réserves suffisantes s’élancèrent aussitôt vers la Terre qui ne répondait plus, mais on n’obtint jamais de leurs nouvelles. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’on eût l’explication de ce silence.
Ils avaient atterri sans encombre, mais n’avaient trouvé sur III de Sol que ruines et désolation, et n’avaient découvert aucune goutte de carburant pour repartir. »
Extrait de : Y. Dermèze. « Les Lumières. »
Le trésor du Dieu par Yves Dermèze

Fiche de Le trésor du Dieu
Titre : Le trésor du Dieu
Auteur : Yves Dermèze
Date de parution : 1946
Editeur : Didier
Première page de Le trésor du Dieu
« — Qu’est-ce que c’est ?… murmura Mabel Bright, suffoquée, raidie par l’étonnement indigné.
Elle contourna la roche qui masquait les flots, vérifia d’un geste machinal la présence de l’automatique dans l’étui fixé à la ceinture, et s’approcha de l’homme.
Écroulé sur le dos, bras en croix, jambes écartées sur le sable chaud, il figurait assez bien un cadavre. Mabel Bright avait parfois assisté au tragique spectacle de corps humains fauchés dans leur course et s’abattant comme des pantins disloqués ; pourtant un vague émoi lui arracha un frisson.
Jusqu’à l’horizon, le Pacifique étendait son calme plat. L’ardent soleil d’après-midi scintillait aux frissons de la houle. Tout à droite, à l’extrémité du promontoire rocheux qui s’avançait dans les flots et qui cernait en demi-lune la minuscule plage de sable, un cotre à la voile carguée se balançait à la brise. »
Extrait de : Y. Dermèze. « Le trésor du dieu. »