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Le nid par Shirley Jackson

Fiche de Le nid

Titre : Le nid
Auteur : Shirley Jackson
Date de parution : 1954
Traduction : C. Martin
Editeur : Rivages

Première page de Le nid

« Même s’il était connu que le musée abritait une énorme masse de connaissances, ses fondations avaient commencé à s’affaisser. Cela donnait au bâtiment une étrange inclinaison vers l’ouest, troublante tant elle était visible, et produisait chez les dames patronnesses, dont les levées de fonds énergiques avaient permis d’entretenir l’édifice, une honte infinie et une tendance à s’accuser mutuellement. C’était par ailleurs une grande source d’amusement pour les employés, dont les diverses occupations étaient les premières victimes de l’angle indéniable qu’avaient pris les planchers sur leur lieu de travail. Le propriétaire du dinosaure trouvait en effet très divertissante la position quasi fœtale de ses augustes ossements, tandis que le numismate, dont les spécimens tendaient à s’amonceler, notait souvent – au point d’en être presque agaçant – les juxtapositions classiques qui en résultaient. Le responsable des oiseaux naturalisés et l’astronome, dont l’existence échappait de toute façon peu ou prou à l’équilibre terrestre, affirmaient ne pas être affectés par le déclin d’un côté de l’édifice, sauf à ce qu’il les poussât à changer leurs trajectoires pour compenser l’effet naturel d’une marche sur sol incliné ; marche qui était pour eux, en tout état de cause, un mouvement inhabituel, l’un privilégiant le vol et l’autre la rotation indifférente des sphères. »

Extrait de : S. Jackson. « Le nid. »

La loterie et autres contes noirs par Shirley Jackson

Fiche de La loterie et autres contes noirs

Titre : La loterie et autres contes noirs
Auteur : Shirley Jackson
Date de parution : 2016
Traduction : F. Duvigneau
Editeur : Rivages

Sommaire de La loterie et autres contes noirs

  • La loterie
  • La possibilité du mal
  • Louisa, je t’en prie, reviens à la maison
  • Paranoïa
  • La lune de miel de Mrs Smith
  • L’apprenti sorcier
  • Le bon samaritain
  • Elle a seulement dit oui
  • Quelle idée
  • Trésors de famille
  • La bonne épouse
  • À la maison
  • Les vacanciers

Première page de La loterie

« Le matin du 27 juin était clair et radieux, annonçant la chaleur d’une journée de plein été ; les fleurs s’épanouissaient à profusion et l’herbe était d’un vert luxuriant. La population commença à se rassembler sur la place, entre le bureau de poste et la banque, aux environs de dix heures. Dans certaines bourgades, il y avait tellement de monde que la loterie durait deux jours et devait être organisée dès le 26 juin, mais ici, avec seulement trois cents habitants, l’opération tout entière ne prenait que deux heures, de sorte qu’en débutant à dix heures du matin, elle se terminait à temps pour que les villageois puissent rentrer déjeuner chez eux à midi.
Les enfants se regroupèrent les premiers, bien sûr. Les vacances d’été venaient de commencer, et la plupart n’avaient pas encore pris la pleine mesure de leur liberté ; ils restèrent tranquilles un moment, avant de se lancer dans leurs jeux, en continuant à discuter de l’école, de leurs professeurs, de livres et des remontrances dont ils avaient fait l’objet. Bobby Martin avait déjà rempli ses poches de pierres, et les autres garçons s’empressèrent de l’imiter, choisissant les plus lisses et les plus rondes ; Bobby et Harry Jones et Dickie Delacroix – les villageois prononçaient son nom « Dellacroï » – en eurent bientôt entassé une grande quantité dans un coin de la place, qu’ils défendaient contre les attaques des autres garçons. »

Extrait de : S. Jackson. « La loterie et autres contes noirs. »

La maison hantée par Shirley Jackson

Fiche de La maison hantée

Titre : La maison hantée
Auteur : Shirley Jackson
Date de parution : 1959
Traduction : D. Mols, F. Duvigneau
Editeur : Rivages

Première page de La maison hantée

« Aucun organisme vivant ne peut demeurer sain dans un état de réalité absolue. Même les alouettes et les sauterelles rêvent, semble-t-il. Mais Hill House, seule et maladive, se dressait depuis quatre-vingts ans à flanc de colline, abritant en son sein des ténèbres éternelles. Les murs de brique et les planchers restaient droits à tout jamais, un profond silence régnait entre les portes soigneusement closes. Ce qui déambulait ici, scellé dans le bois et la pierre, errait en solitaire.

Après des études de philosophie, le docteur John Montague s’était tourné vers l’anthropologie afin de mieux poursuivre sa véritable vocation : l’analyse des manifestations surnaturelles. Il tenait particulièrement à se faire appeler par son titre universitaire, espérant ainsi conférer un air de respectabilité à ses travaux jugés non scientifiques. La location de Hill House pour trois mois lui avait coûté cher – autant en argent qu’en fierté personnelle, car il n’aimait pas demander –, mais il comptait bien être largement récompensé lorsqu’on ne manquerait pas de saluer la publication de son ouvrage sur les causes et les effets des perturbations parapsychologiques dans une maison que beaucoup déclaraient « hantée ». En entendant parler de Hill House, il avait d’abord douté, puis espéré, et maintenant qu’il avait enfin déniché ce qu’il cherchait depuis si longtemps, il déployait une énergie considérable pour mener son étude à terme. »

Extrait de : S. Jackson. « La Maison hantée. »

Nous avons toujours vécu au château par Shirley Jackson

Fiche de Nous avons toujours vécu au château

Titre : Nous avons toujours vécu au château
Auteur : Shirley Jackson
Date de parution : 1962
Traduction : J.-P. Gratias
Editeur : Rivages

Première page de Nous avons toujours vécu au château

« Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais. Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantagenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés.
La dernière fois que j’ai jeté un coup d’œil aux livres de la bibliothèque, sur la tablette de la cuisine, la date de retour était dépassée de plus de cinq mois, et je me suis demandé si j’en aurais choisi d’autres en sachant que ceux-là seraient les derniers, qu’ils resteraient éternellement sur notre étagère. »

Extrait de : Shirley Jackson. « Nous avons toujoursvécu au château. »

Maison hantée par Shirley Jackson

Fiche de Maison hantée

Titre : Maison hantée
Auteur : Shirley Jackson
Date de parution : 1959
Traduction : D. Mols
Editeur : Pocket

Première page de Maison hantée

« Aucun organisme vivant ne peut connaître longtemps une existence saine dans des conditions de réalité absolue. Les alouettes et les sauterelles elles-mêmes, au dire de certains, ne feraient que rêver. Hill House se dressait toute seule, malsaine, adossée à ses collines. En son sein, les ténèbres. Il y avait quatre-vingts ans qu’elle se dressait là et elle y était peut-être encore pour quatre-vingts ans. À l’intérieur, les murs étaient toujours debout, les briques toujours jointives, les planchers solides et les portes bien closes. Le silence s’étalait hermétiquement le long des boiseries et des pierres de Hill House. Et ce qui y déambulait, y déambulait tout seul.

Le docteur John Montague était docteur en philosophie. Il s’était également spécialisé en anthropologie, pressentant obscurément que cette étude le rapprocherait sans doute davantage de sa véritable vocation, à savoir l’analyse des manifestations surnaturelles. »

Extrait de : Shirley Jackson. « Maison hanté. »

Le cadran solaire par Shirley Jackson

Fiche de Le cadran solaire

Titre : Le cadran solaire
Auteur : Shirley Jackson
Date de parution : 1958
Traduction : D. Haas
Editeur : Pocket

Première page de Le cadran solaire

« Après l’enterrement, ils rentrèrent à la maison, qui était, sans contestation possible désormais, la maison de Mrs. Halloran. Ils restèrent un moment à se dandiner, comme s’ils hésitaient sur la conduite à tenir, dans le beau vestibule aux proportions majestueuses, tandis que Mrs. Halloran allait dans l’aile droite annoncer à Mr. Halloran que les derniers devoirs avaient été rendus à Lionel sans mélodrame. La jeune Mrs. Halloran, voyant s’éloigner sa belle-mère, dit d’un ton désabusé :
— Elle va peut-être tomber raide morte sur le pas de la porte. Fancy chérie, tu aimerais voir grand-maman tomber raide morte sur le pas de la porte ?
— Oui, mère.
Fancy tira sur le bas de la robe noire dont sa grand-mère l’avait accoutrée. La jeune Mrs. Halloran n’estimait pas convenable de faire porter le deuil à une enfant de dix ans. D’autant que la robe était trop longue et vraiment indigne d’une Halloran. »

Extrait de : Shirley Jackson. « Le cadran solaire. »

La loterie par Shirley Jackson

Fiche de La loterie

Titre : La loterie
Auteur : Shirley Jackson
Date de parution : 1949
Traduction : D. Mols
Editeur : Pocket

Sommaire de La loterie

  • La dent
  • L’amant diabolique
  • The villager
  • Charles
  • Ma vie chez R. H. Macy
  • Le sorcier
  • Sept types d’ambiguïté
  • Les renégats
  • Ebriété
  • Statue de sel
  • Colloque
  • Le pantin
  • Combat judiciaire
  • Bien sûr
  • Les hommes, avec leurs grosses chaussures !
  • La lettre de Jimmy
  • Comme ma mère les faisait
  • Jardin fleuri
  • Venez en Irlande danser avec moi
  • La loterie

Première page de La dent

« Le car attendait en haletant lourdement au bord du trottoir, devant la petite gare routière, et ses grandes formes arrondies bleues et argent luisaient au clair de lune. Il n’y avait que quelques personnes qui s’intéressaient à lui, et à part cela plus aucun passant n’était à voir à cette heure tardive. L’unique cinéma de la ville avait fermé ses portes une heure auparavant, à la fin de la dernière représentation, et tous les spectateurs qui étaient allés prendre une glace au drugstore avaient déjà réintégré leurs foyers. Le drugstore lui-même était fermé et plongé dans l’obscurité, et sa porte était rentrée dans le rang des portes closes et silencieuses qui s’alignaient au cœur de la nuit. La longue rue était déserte. Les seuls éclairages qui subsistaient à part les réverbères étaient ceux du petit bar qui restait ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de l’autre côté de la rue, et puis la petite lampe solitaire qui brûlait encore au guichet de la petite gare. »

Extrait de : Shirley Jackson. « La Loterie. »

Hangsaman par Shirley Jackson

Fiche de Hangsaman

Titre : Hangsaman
Auteur : Shirley Jackson
Date de parution : 1951
Traduction : F. Duvigneau
Editeur : Rivages

Première page de Hangsaman

« Mr. Arnold Waite – mari, père, homme de parole – se renversait toujours contre le dossier de sa chaise après sa deuxième tasse de café au petit déjeuner et considérait sa femme et ses deux enfants d’un air incrédule. Sa chaise était placée de telle sorte que, lorsqu’il inclinait la tête en arrière, la lumière du soleil, été comme hiver, éclairait ses cheveux qui ne vieillissaient pas d’une lueur à la fois angélique et indifférente – indifférente car, à l’instar de Mr. Waite, cette lumière n’estimait pas indispensable de nourrir une quelconque croyance pour continuer son existence. Quand Mr. Waite tournait la tête pour regarder sa femme et ses enfants, la lumière se déplaçait avec lui et jetait des motifs fragmentés sur la table et le plancher.
« Ton Dieu », lança-t-il comme d’habitude à Mrs. Waite, assise à l’autre extrémité de la table, « a jugé bon de nous accorder une journée radieuse. » Ou bien il disait : « Ton Dieu a jugé bon de nous envoyer la pluie », ou « la neige », ou « a jugé bon de nous rendre visite avec des orages. » Ce rituel devait son origine à une malencontreuse déclaration de Mrs. Waite, quand sa fille était âgée de trois ans ; la petite Natalie ayant demandé à sa mère ce qu’était Dieu, celle-ci répondit que Dieu avait créé le monde, ses habitants, et le temps qu’il faisait ; Mr. Waite n’était pas de ceux qui laissent passer ce genre de remarque. »

Extrait de : Shirley Jackson. « Hangsaman. »

Shirley Jackson

Présentation de Shirley Jackson :

Naissance et éducation

Shirley Jackson, née Shirley Jackson Stearns le 14 décembre 1916 à San Francisco en Californie, est une romancière, novelliste et conférencière américaine. Elle grandit à Rochester, New York, où elle développe un intérêt précoce pour l’écriture. Après des études secondaires à Brighton High School, elle fréquente l’Université de Rochester pendant deux ans avant de se transférer à l’Université de Syracuse, où elle obtient un baccalauréat en anglais en 1940.

Carrière littéraire

Jackson commence à publier des nouvelles dans des revues littéraires pendant ses études à Syracuse. Son premier roman, The Road Through the Wall (Le chemin à travers le mur), est publié en 1948. Cependant, c’est sa nouvelle La Loterie (The Lottery), parue dans The New Yorker la même année, qui la propulse sur la scène littéraire. Cette histoire troublante et dérangeante sur un rituel sacrificiel dans une petite ville américaine choque le public et attire une attention considérable sur Jackson.

Au cours des deux décennies suivantes, Jackson écrit six autres romans, dont Maison hantée (The Haunting of Hill House) (1959), considéré comme l’un des romans fantastiques les plus importants du XXe siècle, et Nous avons toujours vécu au château (We Have Always Lived in the Castle) (1962), un récit gothique sur une famille isolée vivant dans une maison en ruine. Elle publie également plus de 200 nouvelles, dont beaucoup sont rassemblées dans des recueils tels que The Lottery and Other Stories (La Loterie et autres histoires) (1949) et The Haunting of Hill House and Other Stories (Maison hantée et autres histoires) (1960).

Style et thèmes

L’œuvre de Jackson est connue pour son exploration de thèmes tels que l’aliénation, la folie, la famille et la société américaine. Elle utilise souvent des éléments d’horreur et de suspense pour créer une atmosphère de malaise et d’inquiétude chez ses lecteurs. Ses personnages sont souvent des individus marginalisés ou perturbés qui luttent pour trouver leur place dans le monde.

Vie personnelle et décès

En 1940, Jackson épouse le critique littéraire Stanley Edgar Hyman. Le couple s’installe dans le Vermont et a quatre enfants. Jackson continue à écrire activement tout au long de sa vie, bien qu’elle souffre de dépression et d’anxiété. Elle meurt d’une crise cardiaque le 8 août 1965 à North Bennington, Vermont, à l’âge de 48 ans.

Héritage

Shirley Jackson est considérée comme l’une des figures les plus importantes de la littérature américaine du XXe siècle. Son œuvre continue d’être lue et admirée par les lecteurs du monde entier pour son originalité, sa puissance et son exploration intemporelle de la condition humaine.

Prix et distinctions

Prix Edgar-Allan-Poe de la meilleure nouvelle pour « La Loterie » (1949)
National Book Award nomination for The Haunting of Hill House (1960)

Livres de Shirley Jackson :

Hangsaman (1951)
La loterie (1949)
La loterie et autres contes noirs (2016)
La maison hantée (1959)
Le cadran solaire (1958)
Le nid (1954)
Maison hantée (1959)
Nous avons toujours vécu au château (1962)

Pour en savoir plus sur Shirley Jackson :

La page Wikipédia de S. Jackson
La page Noosfere de S. Jackson
La page isfdb de S. Jackson