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La grâce et le venin par Michel Jeury

Fiche de La grâce et le venin

Titre : La grâce et le venin
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 1992
Editeur : Robert Laffont

Première page de La grâce et le venin

« Transcrit sous dictée par maître Cieuzac,notaire à Bourg-de-Lémance. Je m’appelle Colin Aline, connue sous le nom de veuve Colin. Aujourd’hui, 2 août 1924, dixième anniversaire de la déclaration de guerre, j’approche de mes septante-cinq ans. Je trouve que ma vie est un roman, c’est pourquoi j’ai demandé à mon notaire… Oui, oui, notez ça aussi, maître… J’ai demandé à mon notaire, et en payant, d’écrire tout ce que je vais lui raconter, sans rien changer ni retrancher.J’ai été depuis l’âge de douze ans guérisseuse, panseuse ou, comme on dit, « leveuse de maux ». Écrivez tout, faites-moi signe si je vais trop vite, mais ne me coupez pas. Je sais ce que j’ai à dire et ce sera plus long qu’un testament. Mais, au fond, c’est bien une sorte de testament que je vous dicte. Soyez tranquille. Je ne veux pas raconter toute ma vie an par an, depuis ma naissance, qui a coïncidé comme par hasard avec la mort de ma pauvre mère. Je sais exactement où je vais commencer…

… Un beau jour d’avril 1898, j’avais quarante-huit ans. Quand je revois ce temps, j’ai l’impression que j’étais une vraie jeunesse et quand même il me semble que je n’ai pas changé. »

Extrait de : M. Jeury. « La grâce et le venin. »

La croix et la lionne par Michel Jeury

Fiche de La croix et la lionne

Titre : La croix et la lionne
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 1986
Editeur : Bragelonne

Première page de La croix et la lionne

« IBÉRIA-TERVILLE, SEPTEMBRE 3301

Greg Zaruel emplit ses poumons et quitta d’un léger bond le trottoir rapide qui plongeait vers la rue Médina-Sidonia et vers l’océan. À sa gauche, la voie lente remontait vers les tours du gouvernement régional, les six tours Europe. Il retomba en soufflant fort sur le trottoir central.

— Nage un peu, gros ! cria une voix moqueuse.

Il reçut un coup de hatacha à l’épaule et s’écarta pour laisser passer son agresseur. Celui-ci avançait à la tête d’un groupe de cinq jeunes, filles et garçons, en costume solarien : autant dire nus. Tous brandissaient des compensateurs de gravité en forme d’haltère à main, des hatachas. Ils posaient un pied sur le trottoir tous les quatre ou cinq mètres, puis décollaient et voletaient gracieusement au-dessus du sol. Ils s’amusaient bien et affichaient un complet mépris pour les piétons. Greg les vit s’éloigner en direction de la rue Véga où il se rendait lui-même. Selon toute probabilité, leur destination finale était bien différente. Ils n’avaient aucune raison, eux, et sans doute aucune envie de quitter la Terre, qui leur était sûrement douce et propice. »

Extrait de : M. Jeury. « La Croix et la Lionne. »

L’univers – ombre par Michel Jeury

Fiche de L’univers – ombre

Titre : L’univers – ombre
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’univers – ombre

« Une pluie de lumière m’éveilla. Il me sembla un instant que le soleil tout entier se mettait à fondre et coulait autour de moi en un ruisseau mousseux et pétillant. J’étais dans mon lit et le matin m’avait réveillé. Mais quel lit et quel matin ?

La lumière qui baignait la chambre m’étonna par une qualité que je n’arrivais pas à définir. Elle était vive et pâle, éclatante et soyeuse à la fois.

Je regardai avec curiosité ma chambre au plafond peint et le décor luxuriant de l’autre côté des baies vitrées. Je m’emplis les yeux de lumière, je laissai le ciel bleu se poser sur moi et j’admirai longuement le paysage. Ma tête était encore vide.

Un souvenir naquit dans ma mémoire, grossit et devint plus brillant que mille soleils Syris. Je me rappelai Syris, la visiteuse d’un autre monde. Je revis avec précision son visage long et mince, ses grands yeux verts, si doux et si fous, ses cheveux blonds qui dansaient sur ses épaules quand elle marchait de ce pas balancé dont le rythme me souleva une seconde. »

Extrait de : M. Jeury. « L’univers-ombre. »

L’armée rouge contre les utopistes par Michel Jeury

Fiche de L’armée rouge contre les utopistes

Titre : L’armée rouge contre les utopistes
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 1977
Editeur : Bragelonne

Première page de L’armée rouge contre les utopistes

« Simple péripétie. Incident mineur.

Peut-être… Ce serait le hasard qui aurait donné à cet événement une importance historique. Le hasard et la personnalité des protagonistes. Pour ceux qui l’ignoreraient encore : d’un côté, Clotilde Igor, commandant de l’Ira, l’Armée Rouge Internationale ; de l’autre, deux anarchistes célèbres, Pascal Fouvarol et Mara Idaho.

Le décor : une vallée du Massif Central, avec beaucoup d’arbres, de lacs, de rivières, un paradis secret entre la montagne et la plaine, le ciel et la terre, le passé et l’avenir…

Cent personnes de tout âge vivaient dans la communauté Allende de Serre-Bazac. Cette “utopie” s’était constituée autour de la ferme Fouvarol. Pascal Fouvarol était un homme du Sud, un aventurier repenti ou Dieu sait quoi. Il avait une femme jeune et belle… Contrairement à beaucoup de communautés qui avaient poussé comme des champignons après la révolution, soulevant le mépris et la haine des habitants, la “bande à »

Extrait de : M. Jeury. « L’Armée rouge contre les utopistes. »

L’année du certif par Michel Jeury

Fiche de L’année du certif

Titre : L’année du certif
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 1995
Editeur : France Loisirs

Première page de L’année du certif

« Paul Fontanes a traversé la classe de sa femme, il est venu poser ses coudes sur le bureau où Claire est en train de calligraphier un modèle d’écriture à l’encre rouge.

— C’est demain le dernier jour de classe. Tu pourrais te dispenser de préparer les cahiers des petits.

— Mais les gens nous regardent, depuis que nous sommes en école mixte. Et si les petits ne travaillent pas le dernier jour, les parents diront : « Ce n’était pas la peine de tout chambarder ! »

Paul Fontanes tire sur son faux col et sa cravate à système, essuie du dos de la main la sueur qui baigne son cou. C’est un homme de taille moyenne, mince, les épaules maigres, bien planté sur ses jambes courtes. Sa tête, un peu longue et chevaline, est juchée sur un cou nerveux, à la pomme d’Adam pointue et toujours en mouvement. »

Extrait de : M. Jeury. « L’année du certif. »

L’anaphase du diable par Michel Jeury

Fiche de L’anaphase du diable

Titre : L’anaphase du diable
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’anaphase du diable

« La guerre qui opposa les humains aux Urus fut dans un premier temps celle de Grakforal contre le Kaerwea. Un premier temps qui ne dura pas moins de deux mille années standard : le plus vaste et le plus long conflit de l’histoire des mondes connus.

Foral est à l’origine un petit pays de trois cent cinquante mille kilomètres carrés sur une planète sans importance, Sora de Kerab. Grakforal signifie seulement « le plus grand Foral ». Il y eut d’abord une nation aux frontières élargies. Un empire continental lui succéda. Enfin, la planète entière… Quatre mille ans après le début de l’ère planétaire sur Sora, la reine Teherakli était aussi l’impératrice de Herogaro, Vanémonen, Akhtyrka, etc.

Grakforal occupait un volume de plus de mille parsecs cubes et rassemblait plusieurs dizaines de mondes.

C’est alors qu’il rencontra un ennemi à sa mesure, le Kaerwea uru.

Univers 1, Archives de l’Eternité, 33e Cercle. GRAKFORAL.

(Telle est l’histoire officielle. La vérité est peut-être un peu différente.) »

Extrait de : M. Jeury. « L’anaphase du Diable. »

Du Périgord par Michel et Dany Jeury

Fiche de Du Périgord

Titre : Du Périgord (Contes et Légendes)
Auteur : Michel Jeury et Dany Jeury
Date de parution : 1998
Editeur : Nathan

Sommaire de Du Périgord

  • Les mille et un châteaux
  • Le Coulobre
  • La belle et le magicien
  • La dame blanche
  • La queue du diable
  • L’ange de la forêt
  • La bergère et le Lébérou
  • L’ogre et le charbonnier
  • Riquette et le cèpe enchanté
  • Le sortilège de la Margot
  • Le meunier et l’enfer

Première page de Les mille et un châteaux

« Il était une fois un pauvre bûcheron et sa femme, qui habitaient une petite cabane de bois et de terre dans la sombre forêt de la Double. Ils vivaient retirés du monde par amour de la nature. À cette époque, la Double était très marécageuse et hostile à l’homme, elle servait souvent de repaire aux loups et aux brigands.

Mais Fernand et Lucette ne craignaient pas les brigands ; étant bien pauvres, ils n’avaient rien à se faire voler. Quant aux loups, on peut dire qu’ils entretenaient avec eux de bonnes relations de voisinage. Le couple vivait en harmonie avec tous les êtres de la forêt, à l’orée d’une clairière sablonneuse. Le vaillant coupeur de bois partait le matin, en longeant les étangs brumeux et infestés de moustiques. Il ne rentrait que la nuit venue.

Lucette faisait la cueillette des baies sauvages et des racines. Elle aimait chanter avec le vent, rire avec la belette, caresser le renard roux et courir après le faisan, dans le soleil de l’après-midi. Chaque petit habitant de la forêt était un peu son enfant. »

Extrait de : M. et D. Jeury. « Contes et légendes du Périgord. »

Aux yeux la lune par Michel Jeury

Fiche de Aux yeux la lune

Titre : Aux yeux la lune
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Aux yeux la lune

« En situant le point de départ de le civilisation moderne au paléolithique supérieur, on peut estimer que l’humanité a mis environ vingt mille ans pour créer SEM, l’ordinateur sémiologique aux pouvoirs quasi divins. Sem donna alors l’immortalité aux hommes, du moins à quelques-uns d’entre eux, qui devinrent pour toujours ses enfants. L’histoire humaine prit fin. Le Temps de Sem commença dans l’uni- — vers de Sem qui comprenait tous les mondes de Sem…
Archives de Sem : SEM (01 : Avant Sem).
Ania enfila son peignoir les yeux baissés. Elle avait peur de regarder par la fenêtre. Le monde de Vieille Terre était-il encore là ? Elle lutta contre un flottement nauséeux.
Sem l’avait prévenue dans la nuit. « L’enfant est conçu depuis vingt-cinq jours. C’est la limite pour le transfert et la réimplantation, qu’on doit opérer à l’insu de la mère porteuse. »

Extrait de : M. Jeury. « Aux yeux la lune. »

Aux étoiles du destin par Michel Jeury

Fiche de Aux étoiles du destin

Titre : Aux étoiles du destin
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 1984
Editeur : Opta

Première page de Aux étoiles du destin

« LES JELMAUS

J’espère que le récit de mon aventure sera lu un jour par les Terriens.

C’est l’histoire, la double histoire de la découverte de la Terre par les Jelmaus et de la découverte du monde jelmau par un Terrien. C’est également le récit, certes, incomplet, fragmentaire, du plus étrange combat que menèrent jadis les races humaines.

Je m’appelle Jean Baratet. À l’époque où débute ce récit, j’avais vingt-sept ans et j’étais reporter dans un grand quotidien parisien. Le 23 janvier 1960, je me trouvais à bord du quadriréacteur d’Air-France qui assurait la liaison Rome-Paris. Vers neuf heures, nous survolâmes les Alpes que nous cachait une masse de nuages gris, d’une intense opacité. Autour de l’avion, cependant, l’air restait bleu. »

Extrait de : M. Jeury. « Aux étoiles du destin. »

Au cabaret des oiseaux par Michel Jeury

Fiche de Au cabaret des oiseaux

Titre : Au cabaret des oiseaux
Auteur : Michel Jeury
Date de parution : 2007
Editeur : Presses de la cité

Première page de Au cabaret des oiseaux

« C’est un matin de juillet, peu avant les grandes vacances. On est en 1929, l’année des tours du monde : celui du Zeppelin, le dirigeable allemand, et celui du marin français Alain Gerbault.
Je m’appelle Many Lagrange et j’ai presque dix ans. J’habite Miraval, une commune boisée du Périgord noir. Maman est morte depuis longtemps, je ne me souviens pas très bien d’elle, quelquefois à peine, quelquefois un peu plus, mais c’est peut-être un rêve. À Pâques, il y a quelques mois, on a conduit au cimetière grand-mère Virginie, qui me racontait tant d’histoires. Mon père, Antoine Lagrange, est très occupé par son métier de cabaretier. C’est ma tante Douce-Aimée qui s’occupe de moi, à sa façon.
Elle a quarante-cinq ans, mais paraît bien plus vieille. »

Extrait de : M. Jeury. « Au cabaret des oiseaux. »