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La harpiste des terres rouges par Aurélie Wellenstein

Fiche de La harpiste des terres rouges
Titre : La harpiste des terres rouges
Auteur : Aurélie Wellenstein
Date de parution : 2024
Editeur : Fleuve Editions
Première page de La harpiste des terres rouges
« Depuis ce qui lui semblait une éternité, Jarod fixait le rideau rouge du théâtre. Il en oubliait de cligner des paupières. Ses yeux étaient secs et douloureux.
Comme à peu près tous les autres spectateurs massés dans la salle, il haïssait les représentations, mais la musique qui montait de l’orchestre les contraignait à s’asseoir, à ne pas bouger, à regarder. Et ces derniers temps, la Harpiste multipliait les spectacles.
La tête de Jarod pivota lentement sur son cou crispé, luttant contre le pouvoir paralysant de la musique. La jeune fille à la chemise à carreaux était assise à côté de lui. Il la trouvait plutôt jolie avec ses cheveux lisses et noirs, coupés au carré, qui encadraient son visage délicat. Pas bien grande et amaigrie par les semaines d’emprisonnement, elle ressemblait à un petit oiseau fragile perché sur le gradin. Elle regardait fixement la scène, les yeux grands ouverts. Des larmes coulaient en silence sur ses joues.
Ça ira, pensa-t-il à son intention. Ce n’est pas toi sur cette scène. Ce n’est pas moi non plus. Alors, ça ira. On vivra au moins un jour de plus.
Elle n’entendait rien de ses pensées, bien sûr. Tout au plus sentait-elle son bras qui appuyait légèrement contre le sien, en un soutien muet… Leurs peaux contrastaient, blanche pour elle, brun foncé pour lui. »
Extrait de : A. Wellenstein. « La Harpiste des Terres rouges. »
La fille du feu par Aurélie Wellenstein

Fiche de La fille du feu
Titre : La fille du feu
Auteur : Aurélie Wellenstein
Date de parution : 2025
Editeur : Fleuve Editions
Première page de La fille du feu
« Mère et fille escaladaient un coteau escarpé couvert de neige. Isabella devançait l’enfant. Elle haletait sous l’effort et son haleine se changeait en courtes bouffées de vapeur grise. Les mains cramponnées aux bretelles de son lourd sac à dos, elle tanguait à droite et à gauche. Son pied dérapa soudain, l’envoyant sur un genou. Elle écrasa un juron entre ses dents et se trouva ridicule. Même dans ces circonstances, elle pensait à la bonne éducation de sa fille et à ses chastes oreilles. Elle se retourna péniblement vers Mia.
— Ça va toujours, ma chérie ?
Mia hocha courageusement la tête. Elle était ravissante dans sa doudoune bleue, qui la faisait ressembler à un ourson dodu. Comment arrivait-elle à marcher encore ? À être plus forte qu’elle ?
C’est le feu ! hurla sa conscience. C’est son maudit feu !
Elle s’en voulut aussitôt. Comment pouvait-elle s’en prendre à sa fille ? La petite n’était qu’une enfant innocente, que les hommes voulaient utiliser comme une arme. Leurs véritables ennemis se trouvaient derrière elles, et il leur fallait marcher sans faiblir jusqu’à la route. »
Extrait de : A. Wellenstein. « La Fille du feu. »
Yardam par Aurélie Wellenstein

Fiche de Yardam
Titre : Yardam
Auteur : Aurélie Wellenstein
Date de parution : 2020
Editeur : Scrineo
Première page de Yardam
« Accroupi sur la verrière du musée, Kazan prit quelques instants pour souffler. Il venait de traverser une partie de la ville par les toits. La trajectoire en dents de scie l’avait fait sauter de balcon en balustrade, escalader les pentes raides et glissantes des pignons, courir au sommet des toits comme un funambule et louvoyer entre les cheminées jusqu’à rejoindre enfin son objectif : l’immense coupole en verre bleuté du musée. À aucun moment, il n’avait craint d’être repéré. Sa silhouette vêtue de noir s’estompait dans la nuit et il était trop vif pour qu’on puisse l’identifier. Tout au plus, les insomniaques n’avaient vu qu’un mouvement furtif, une ombre aussitôt évanouie.
Il jeta un coup d’œil vers le bas. Les rues étaient calmes même si, depuis qu’il avait entamé l’ascension du musée, quelques promeneurs nocturnes et deux ou trois calèches étaient passés par intermittence, animant un instant le silence d’un éclat de rire, d’un claquement de sabot ou du cahot de roues cerclées de fer contre les pavés. »
Extrait de : A. Wellenstein. « Yardam. »
Mers mortes par Aurélie Wellenstein

Fiche de Mers mortes
Titre : Mers mortes
Auteur : Aurélie Wellenstein
Date de parution : 2019
Editeur : Scrineo
Première page de Mers mortes
« Oural s’accouda aux créneaux de la forteresse, ses avant-bras tatoués appuyés contre la pierre ocre et rugueuse, chaude de soleil. Le désert s’étalait depuis les remparts jusqu’à l’horizon tremblotant de chaleur. Difficile d’imaginer qu’il y a encore quinze ans de cela, une mosaïque de prés salés et de prairies inondées bordées de roseaux entourait la citadelle. La disparition des mers et des océans, par ricochets climatiques, avait métamorphosé cette région marécageuse en un chaos de roches basses, strié de crevasses, de sable fauve parfois vitrifié en coulures noires, et d’éboulis de terre rouge.
Oural tourna discrètement la tête vers sa garde du corps, qui se tenait, silencieuse, sur sa gauche. Comme lui, elle regardait le désert, mais ils n’y voyaient pas la même chose. Oural avait toujours été séduit par les mystères de ces grandes étendues arides, alors que pour elle, seuls comptaient le bastion, ses murs et ses sujets. »
Extrait de : A. Wellenstein. « Mers mortes. »
Les loups chantants par Aurélie Wellenstein

Fiche de Les loups chantants
Titre : Les loups chantants
Auteur : Aurélie Wellenstein
Date de parution : 2016
Editeur : Scrineo
Première page de Les loups chantants
« Yuri s’avança autant qu’il l’osa dans le Blizzard. La tempête se déchaînait et les vents rugissaient à ses oreilles, le poussant en avant, en arrière, malmenant son manteau en peau de renne. Pour progresser dans cette furie blanche, il devait marcher pas à pas avec ses raquettes, courbé en deux, un bras replié sur la tête, mais même ainsi, les bourrasques lui coupaient la respiration et les flocons lui lapidaient le visage. Il finit par s’immobiliser, le souffle court, les cuisses et les bottes matelassées de neige. Lentement, il se redressa.
– Venez, dit-il à voix basse.
En apparence, il était seul. Les flocons tourbillonnaient autour de lui. Sa vue s’arrêtait à un mètre et les sifflements aigus du vent couvraient tout autre bruit. Pourtant, grâce au don psychique qui le liait à l’esprit des animaux, Yuri devinait la présence des loups. Indifférente à la fureur du Blizzard, la meute se rapprochait en silence. »
Extrait de : A. Wellenstein. « Les Loups chantants. »
Le roi des fauves par Aurélie Wellenstein

Fiche de Le roi des fauves
Titre : Le roi des fauves
Auteur : Aurélie Wellenstein
Date de parution : 2015
Editeur : Scrineo
Première page de Le roi des fauves
« L’aube grisaillait à l’horizon quand Ivar quitta la forge. Soufflant dans son col pour se réchauffer, il s’engouffra dans les étroites ruelles du village. À cette heure, la grande majorité du bourg dormait encore et le jeune homme comptait sortir sans être vu. Par sécurité, il rasait les murs, son arc et ses flèches dissimulés sous son manteau. Il se demandait si ses amis avaient réussi à trouver le sommeil. Lui avait tourné et retourné leur projet insensé dans sa tête durant toute la nuit. Quand il s’était finalement levé, il était résolu à prévenir son père, mais bien sûr, il n’en avait rien fait. Il n’avait même pas eu le courage de réveiller le forgeron. Le pauvre homme était endormi devant la table vide de leur salle à manger, la tête sur les bras. À ce stade, l’accabler d’un fardeau supplémentaire relevait de la cruauté…
Le jeune homme soupira et enfonça ses poings dans ses poches. Il devait avoir l’air si préoccupé qu’il se réjouit d’être seul, son expression noyée dans l’ombre ardoise des murs. Devant ses amis tout à l’heure, il lui faudrait faire meilleure figure. »
Extrait de : A. Wellenstein. « Le roi des fauves. »
Le dieu oiseau par Aurélie Wellenstein

Fiche de Le dieu oiseau
Titre : Le dieu oiseau
Auteur : Aurélie Wellenstein
Date de parution : 2018
Editeur : Scrineo
Première page de Le dieu oiseau
« Resté sur la plage, Faolan avait la tête pleine du grondement des vagues. Le vent sifflait contre ses oreilles, jouait dans ses cheveux noirs emmêlés. Sous ses pieds nus, le sable volcanique se dérobait en glissant, aspiré par le ressac, avant de rouler avec les algues et les coquillages dans l’écume. Le fracas des rouleaux dominait tout, même le piaillement des mouettes. À sentir l’électricité flotter dans l’air, un gros orage se préparait.
Faolan ne quittait pas Torok des yeux. Sans s’en rendre compte, il avait calqué son souffle sur la respiration profonde et rauque de la mer.
Torok s’était élancé un instant plus tôt et déjà, sa silhouette s’amenuisait, devenait toute petite et blanche dans ce déchaînement liquide. Une seconde, il disparut dans le creux d’une vague, avant de remonter le flanc de la suivante en un crawl énergique.
Si seulement les profondeurs pouvaient t’aspirer, songea Faolan avec rancœur. »
Extrait de : A. Wellenstein. « Le dieu oiseau. »
Le désert des couleurs par Aurélie Wellenstein

Fiche de Le désert des couleurs
Titre : Le désert des couleurs
Auteur : Aurélie Wellenstein
Date de parution : 2021
Editeur : Scrineo
Première page de Le désert des couleurs
« Capella rouvrit les yeux en pleine nuit. Si le rêve se dissipa aussitôt dans l’obscurité, la certitude demeura, puissante : c’était son tour. Elle avait été choisie.
L’oreille tendue, elle écouta, comme si elle pouvait entendre les pas de l’homme monter vers elle, mais il n’y avait rien, juste le froissement de sa propre respiration raccourcie par l’émotion.
Elle referma les yeux, tâchant de retrouver les images de son rêve. Elle sentait encore son corps d’homme contre le sien, ses mains dans ses cheveux, son parfum de sable. L’émotion persistait, trop troublante pour n’être qu’un songe. Bien sûr, elle avait désiré ce moment et il lui était arrivée de se réveiller en proie aux émois tièdes d’un rêve érotique. Mais là…
Ce n’était pas un rêve. C’était une vision.
Devait-elle se préparer ? Quand elle imaginait son union mystique au marchand de sable, elle se visualisait maquillée, parfumée, peignée, ses longs cheveux noirs, lisses et brillants, oints d’huile, rejetés en arrière sous l’arceau d’une tiare dorée. »
Extrait de : A. Wellenstein. « Le désert des couleurs. »
La mort du temps par Aurélie Wellenstein

Fiche de La mort du temps
Titre : La mort du temps
Auteur : Aurélie Wellenstein
Date de parution : 2017
Editeur : Scrineo
Première page de La mort du temps
« Accoudée au balcon du seizième étage, Callista observait les toits bleu-gris de Paris, piqués çà et là du rouge sombre des petites cheminées. Une rumeur confuse remontait vers elle : la voix profonde de la foule et de la circulation, le cliquetis de la vaisselle que l’on range, le bourdonnement d’une télévision… La respiration calme de la ville en ce soir d’été contrastait avec les hurlements de ses parents dans le salon. Les cris se rapprochaient dangereusement. La jeune fille se raidit, les doigts serrés sur la rambarde en bois, au point de sentir les échardes lui piquer les paumes. Le sac de voyage était bien dissimulé sous son lit, mais elle s’inquiétait quand même d’être découverte. »
Extrait de : A. Wellenstein. « La mort du Temps. »