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Forêts secrètes par Francis Berthelot

Fiche de Forêts secrètes

Titre : Forêts secrètes
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 2004
Editeur : Bélial

Sommaire de Forêts secrètes

  • Le serpent à collerette
  • Mérélune
  • La nouvelle Alice
  • Peinture de nuit
  • La gantière et l’équarisseur
  • Rire de verre
  • Peter Paon et la fée Crochette
  • Le coeur à trois temps

Première page de Le serpent à collerette

« Au pays des Forêts Secrètes se trouvait jadis, en bord de mer, une petite ville austère et gaie nommée Gurmance. Les maisons, blanchies à la chaux, avaient des colombages de couleur, des fenêtres aux carreaux minuscules, des balcons fleuris de colchiques et des toits dont les tuiles vertes luisaient au soleil. Des ruelles pavées de galets serpentaient entre le vieux port, la place des kermesses, l’hôtel du bourgmestre et la chapelle des Trépassés. Et, dans les cent boutiques qui s’y égrenaient, on vendait de la céramique, du drap, des sarcloirs, du pain bis, des ex-voto, des tranches d’espadon et des poupées de cire.

L’une de ces maisons avait été baptisée la Chaumière Bleue, car, bien qu’arborant des poutres d’un bel azur, elle était couverte non de tuiles mais de chaume. Un marin pêcheur, Renaud des Îles, y vivait avec sa famille. Ses ancêtres, venus des archipels de la mer des Glaces, s’étaient installés à Gurmance un siècle plus tôt. »

Extrait de : F. Berthelot. « Forêts secrètes. »

Carnaval sans roi par Francis Berthelot

Fiche de Carnaval sans roi

Titre : Carnaval sans roi (Tome 8 sur 9 – Rêve du démiurge)
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 2011
Editeur : Bélial

Première page de Carnaval sans roi

« Pour certains hommes, les signes occultes ont plus de sens que la réalité même.

À vingt-six ans, Kantor Ferrier fait partie de ces hommes. Cette perception de l’invisible est la seule trace qu’il conserve de son talent singulier de jadis ; un don qui, en l’élevant au-dessus des autres, lui a permis de survivre parmi eux : la faculté de s’introduire dans leur paysage mental, de l’étudier et même d’agir sur lui. Seulement, il l’a perdu depuis deux bonnes années. Bientôt trois. Certes, il n’en parle guère : mais que peut-on devenir quand on a détenu un tel pouvoir et qu’on s’en retrouve privé ?

Un observateur de chaque seconde, voilà. Un photographe d’art qui, en fixant sur sa pellicule la surface des choses, s’évertue à en rendre le mystère visible. Cela lui permet de gagner sa vie — ce n’est déjà pas si mal. Et cependant, il se sent comme un aigle dont on a brisé les ailes. Si ses yeux ne brûlent plus du feu sauvage de l’adolescence, ils n’en demeurent pas moins, dans leurs sombres orbites, emplis de ténèbres. »

Extrait de : F. Berthelot. « Carnaval sans roi – Rêve du démiurge. »

Hadès palace par Francis Berthelot

Fiche de Hadès palace

Titre : Hadès palace (Tome 6 sur 9 – Rêve du démiurge)
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 2005
Editeur : Bélial

Première page de Hadès palace

« L’illusion est la vérité première du bateleur. Les nuits de cafard, en grimant son visage de bleu et d’or, en arrachant des étoiles à ses mains, il entraîne les foules dans le carrousel du rêve. Et si sa flamme s’éteint à la fin du spectacle, elle se rallume dès le lendemain soir : un vrai artiste fait feu de toute croix.

Blotti dans une ruelle du Marais, le Piano-Strass est un de ces cabarets de poche dont la survie tient autant de l’insolence que du miracle. Ouvert depuis bientôt quinze ans, il se remplit vaille que vaille au gré des saisons, des impôts, de la pluie, des embouteillages, du programme du jour, de l’humeur du patron, de l’état d’ébriété du pianiste et de cent impondérables, tels que l’élection de M. Univers, la coupe du monde de french-cancan ou la visite à Paris de la reine-mère du Lichtenberg.

Au rez-de-chaussée, entre des murs pourpres d’où émergent les visages de Mistinguett, Judy Garland, Piaf, Tino Rossi et Fred Astaire, on boit, on fume, on cause, accoudé au bar ou juché sur un tabouret, voire sur une de ces tables de bistrot qui, bien que dénichées aux puces, garantissent l’authenticité de l’endroit. »

Extrait de : F. Berthelot. « Hadès Palace – Rêve du démiurge. »

Pandémonium par Johan Heliot

Fiche de Pandémonium

Titre : Pandémonium
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2002
Editeur : Bélial

Première page de Pandémonium

« Il faisait encore nuit noire lorsque ma logeuse vint tambouriner à ma porte.
Je venais juste de m’endormir, après avoir peiné de longues heures à la correction d’un manuscrit confié par un feuilletoniste de mes amis. Pour subvenir à mes besoins, je louais mes talents d’écrivain public à qui se pouvait soucier des règles de l’orthographe et de la grammaire. Mais si Paris était alors riche en pamphlétaires, chroniqueurs ou publicistes de tous acabits, ils étaient peu nombreux à posséder les quelques sous requis par mon intervention. Aussi la langue en pâtissait-elle souvent, et je devais me satisfaire de peu : un modeste garni où déposer ma malle et mes livres, potage, pain noir et piquette – mes trois « p » nourriciers, répétais-je à l’envi – chaque soir, quand ce n’était pas un jour sur deux.
Fort heureusement, la mère Blanchot, ma logeuse, appréciait ma compagnie et acceptait souvent de prolonger mon crédit plus que de raison. »

Extrait de : J. Heliot. « Pandemonium. »

Rempart par Laurent Genefort

Fiche de Rempart

Titre : Rempart
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 2011
Editeur : Bélial

Première page de Rempart

« 2019
C’est cette année-là que les Bouches se sont ouvertes. Deux d’abord, une au-dessus du Pacifique et une autre au milieu de la mer de Chine. Rien de grave pour la sécurité mondiale : ce qui en sortait, la plupart du temps, tombait dans un grand « plouf », se débattait quelques secondes avant de se noyer. L’avantage d’avoir beaucoup d’océans…
Le choc a été brutal pour les grandes religions : le choc de l’innocence perdue. Par contre, pour un paquet de sectes, ça a été du pain bénit, tous ces aliens qui déboulaient sur notre belle planète bleue. Mais ensuite, même elles ont été débordées. Trop de variété, trop de biochimies, trop de langages différents… trop tout court.
Car d’autres Bouches se sont ouvertes sur la terre ferme. Par dizaines. »

Extrait de : L. Genefort. « Rempart. »

Points chauds par Laurent Genefort

Fiche de Points chauds

Titre : Points chauds
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 2012
Editeur : Bélial

Première page de Points chauds

« C’est cette année-là que les Bouches se sont ouvertes. Deux d’abord, une au-dessus du Pacifique et une autre au milieu du golfe du Bengale. Rien de grave pour la sécurité mondiale : ce qui en sortait tombait dans un grand « plouf », se débattait quelques secondes avant de se noyer. L’avantage d’avoir beaucoup d’océans.

Voilà. Nous n’étions plus seuls.

À cette époque, je sortais du lycée pour intégrer l’école des sous-officiers d’active. Mon père était instructeur, ma mère comptable dans l’armée de terre. Ils s’attendaient à ce que je postule à Saint-Cyr, j’en avais les capacités et le goût de la théorie. Mais moi, c’est le terrain qui m’intéressait. Pas seulement pour les sensations fortes et pour voyager. Pour secourir aussi, m’impliquer. Servir, pour servir à quelque chose : ce n’était pas qu’un slogan, cela avait une signification réelle. À la seconde où j’ai vu les images des premières Bouches qui s’ouvraient sur la terre ferme et tous ces aliens en dégorger, j’ai su que plus rien, jamais, ne serait comme avant. Pour le monde comme pour moi. »

Extrait de : L. Genefort. « Points chauds. »

Opexx par Laurent Genefort

Fiche de Opexx

Titre : Opexx
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 2022
Editeur : Bélial

Première page de Opexx

« Les problèmes ne surviennent pas outre-monde. Ceux en dehors des risques du métier, je veux dire. Ils se produisent en permission, quand on a le temps de cogiter.

De mon côté, je ne risque pas d’en poser, des problèmes. On m’a diagnostiqué un syndrome de Restorff. Un profil recherché par le commandement Opexx, les opérations militaires ultramondaines, parce qu’au retour d’une mission, on ne souffre jamais de troubles post-traumatiques — ni de ce que les médias ont appelé le « spleen opexx ». En contrepartie, mon empathie s’en ressent. La norme considère le Restorff comme un handicap, et ça l’est probablement. Je ne le saurai jamais, mais Claire n’a-t-elle pas coutume de dire que j’avance dans la vie sans espoir et sans crainte ?

Pas en opération, en tout cas, au contraire. Au débriefing, dans le sas de décompression, mon psy vérifie si des tics ne sont pas apparus sur mon visage, si je m’occupe convenablement de ma femme et de ma fille durant les permissions, si je ne me renferme pas quand on m’interroge sur le boulot, si mon entourage a constaté récemment des écarts de conduite. Rien de tout cela, mon comportement est aussi lisse que d’habitude. »

Extrait de : L. Genefort. « Opexx. »

Mémoria par Laurent Genefort

Fiche de Mémoria

Titre : Mémoria
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 2012
Editeur : Bélial

Première page de Mémoria

«  J’ai le droit de savoir pourquoi tu vas me buter, non ? » demanda Norodom.
Il ne se débattait plus. Il avait compris qu’il ne parviendrait jamais à briser la chaise sur laquelle il était ligoté, car l’inhibiteur neural que je lui avais posé sur la nuque l’empêchait de remuer le petit doigt. S’il était attaché, c’était avant tout pour ne pas qu’il s’effondre. Il ne pouvait ni bouger, ni hurler. De toute façon, nous nous trouvions dans une cabane en tôle, plus exactement un container éventré reconverti en abri : crier aurait été inutile.
J’avais traîné Norodom là-dedans une heure auparavant, mais il m’avait fallu une bonne semaine pour monter l’enlèvement. De la porte entrouverte filtrait une brise aux relents de curry : les miasmes du marécage voisin, qui venait lécher un récif de citernes géantes le séparant des tarmacs de l’astroport de Koh-Tap. Un grondement extérieur enflait jusqu’à faire trembler le mobilier : un vieux socle holo, des sièges de salle d’attente fissurés et écaillés, une glacière en mousse cryostat, une banquette défoncée… et, posée sur un cageot en plastique, la mallette. »

Extrait de : L. Genefort. « Mémoria. »

Lum’en par Laurent Genefort

Fiche de Lum’en

Titre : Lum’en
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 2015
Editeur : Bélial

Première page de Lum’en

« LA VIE INTELLIGENTE sur Garance apparut cent mille ans avant que la planète ne porte ce nom. Cette vie-là n’était pas humaine, ni même organique.
Lum’en était unique en son genre parmi les Dépositaires.
Elle avait commis l’un des crimes les plus graves: détourner un passage à discontinuité spatiale dans le but de le transformer en pont temporel et tenter de modifier le passé de l’univers. La Marraine des Espèces avait laissé des milliers de passages analogues ouvrant sur autant de mondes (bien plus tard, les humains les désigneraient sous le nom de Portes de Vangk). Les Dépositaires voguaient de monde en monde, explorant des volumes d’espace vertigineusement vastes, dans le cerveau de vaisseaux dont ils formaient la conscience. Ils n’avaient aucun ennemi. Le respect des passages à discontinuité spatiale constituait un fondement non seulement de leur civilisation, mais aussi de leur morale personnelle.
Lum’en fut jugée, reconnue coupable et condamnée à une peine de réclusion de dix mille ans sur une planète déserte. Dévoyer un instrument de la Marraine des Espèces était considéré comme une déviance éthique extrême pour des êtres qui se qualifiaient eux-mêmes de Dépositaires. »

Extrait de : L. Genefort. « Lum’en. »

Fleur par Laurent Genefort

Fiche de Fleur

Titre : Fleur
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 2012
Editeur : Bélial

Première page de Fleur

« Même avec ton nom, Fleur, une pute ça reste une pute. »

La baffe de Juancho m’éclate la lèvre. Et un revers à la volée, qui m’envoie valser contre le coin de la porte et cogner sur le trottoir en me faisant voir trente-six chandelles. Celle-là, Juancho, je ne lui en veux pas de me l’avoir balancée. Ça me permet de moins sentir les autres coups qui pleuvent.

Par terre le bitume fissuré, le ploc ploc de l’averse qui commence. Je me dis : Bon, les gouttes vont le mouiller, Juancho déteste ça, il va rentrer et me laisser tranquille.

Mais ça ne l’arrête pas. Du coin de l’œil, j’aperçois des passants qui s’écartent. Personne ne voudrait se frotter à lui.

« Regarde, salope, regarde ce que tu me fais faire ! Hein, pourquoi tu m’obliges à te faire ça ? »

Extrait de : L. Genefort. « Fleur. »